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De Vientiane à Paris, la communauté laotienne catholique célèbre la fête des bienheureux martyrs du Laos

Au Laos, la communauté catholique s’est retrouvée à Vientiane pour célébrer le premier anniversaire de la béatification des 17 martyrs de l’Eglise au Laos et rendre grâce de l’élévation au cardinalat de Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, premier cardinal de l’histoire du pays.

C’est par une veillée de prière et une adoration du Saint-Sacrement, vendredi soir, à Vientiane, que la communauté catholique s’est préparée à fêter ses 17 bienheureux martyrs. Le lendemain, le cardinal Louis-Marie Ling a célébré une cérémonie d’action de grâce à l’église du Sacré-Coeur. Y ont notamment participé les vicaires apostoliques du pays, Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh, au Cambodge, invité en tant que membre de la Conférence épiscopale du Laos et du Cambodge (CELAC) et le P. Roland Jacques, Oblats de Marie Immaculée et vice-postulateur de la cause des martyrs.

Rendre grâce pour la béatification des martyrs du Laos et l’élévation au cardinalat de Mgr Louis-Marie Ling

A l’issue de la célébration était organisé la cérémonie traditionnelle du basi soukouan, en l’honneur du nouveau cardinal du pays. Prévue lors des grandes occasions, cette tradition, qui consiste à lier le poignet avec une cordelette en coton, a notamment permis aux représentants de communautés bouddhistes et musulmanes locales de formuler des vœux à l’intention du nouveau cardinal du pays.

Au Laos, l’Eglise catholique constitue une toute petite minorité : ses fidèles représentent 0,7 % des 7 millions d’habitants de ce pays. La situation de l’Eglise dans ce pays demeure délicate dans la mesure où, « en fait, chaque région ou ville encadre différemment la liberté religieuse », comme l’expliquait le cardinal Louis-Marie Ling en juin dernier.

Les 17 bienheureux martyrs sont des prêtres et laïcs laotiens, des missionnaires français et italiens, des missionnaires des Oblats de Marie Immaculée et de la Société des Missions Etrangères de Paris (3). Ainsi, une cérémonie était organisée à Paris, rue du Bac, dans la chapelle des Missions Etrangères, à laquelle les OMI étaient invités. Le célébrant, le P. Anthony Kiettisack Souvanmany, a rappelé que la béatification des 17 martyrs du Laos constituait « une grande joie et une fierté » et a souligné la double figure christique de prophète et de martyr des 17 Bienheureux dont la fête est organisée pendant le temps de l’Avent. En France, la communauté catholique laotienne compte plus de 7 000 fidèles, ce qui est hors de proportion avec le nombre de laotiens installés dans ce pays, estimé à 45 000.

« Un évènement historique » pour la petite communauté catholique du Laos

Le 11 décembre 2016, une seule et unique messe avait été célébrée dans tout le Laos : les quatre évêques et les 21 prêtres du pays étaient alors réunis à Vientiane, dans l’église du Sacré-Cœur, pour la cérémonie de béatification des dix-sept martyrs de l’Eglise catholique au Laos. 6 000 fidèles (1) et une dizaine de prélats étrangers (2) avaient également participé. « Un évènement historique » pour le cardinal Louis-Marie Ling, d’autant que cette cérémonie avait pu se dérouler dans la capitale d’un pays dirigé par un régime communiste.

Ouverte en 2004, promulguée en juin 2015 par le pape François, la cause de ces martyrs est particulière en ceci que, assassinés, exécutés ou morts d’épuisement entre 1954 et 1970, ces derniers ont trouvé la mort dans le contexte de la décolonisation et des luttes pour l’indépendance nationale, luttes menées notamment par le Pathet Lao communiste, dont les héritiers directs sont toujours au pouvoir à Vientiane, au sein du Parti révolutionnaire populaire lao.

La cérémonie de béatification avait été marquée selon les témoins par une atmosphère de paix, de joie et de recueillement. A la fin de la célébration, le directeur adjoint du Front Lao pour l’édification de la nation, organisme d’Etat placé sous la direction du Parti et du ministère de l’Intérieur qui chapeaute les religions, avait fait longuement l’éloge de la doctrine et de l’action de l’Eglise catholique au Laos. Le nonce apostolique, le sud-coréen Paul Tschang In-nam, qui réside à Bangkok et n’est accrédité à Vientiane qu’en qualité de délégué apostolique, n’avait pas hésité à saisir la main tendue : au nom du Saint Père, il avait espéré que des relations diplomatiques pleines et entières puissent être prochainement établies entre le Saint-Siège et le Laos.

Notes

(1) Au Laos, la communauté catholique compte environ 50 000 fidèles (0,7 % de la population totale)
(2) Onze évêques de pays voisins (Cambodge, Thaïlande et Vietnam) et les supérieurs généraux des Missions Etrangères de Paris (MEP), le P. Gilles Reithinger, et des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI), le P. Roland Jacques, vice-postulateur de la cause, avaient participé à la cérémonie de béatification.

(3) Dix sont des prêtres français (cinq des Missions Etrangères de Paris et cinq Oblats de Marie Immaculée) ; le missionnaire italien est OMI.

Source EDA

 

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Laos – A la veille du consistoire, rencontre avec le Cardinal Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun

Aujourd’hui, mercredi 28 juin, cinq nouveaux cardinaux sont créés par le pape François. Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, 73 ans, évêque de Paksé, au Laos, est l’un d’entre eux. L’annonce de son élévation au cardinalat avait créé la surprise, le 21 mai dernier, à la fin de la prière du Regina Caeli.

Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun a accepté de répondre aux questions du National Catholic Reporter. La traduction française est de la Rédaction d’Eglises d’Asie.

 

National Catholic Reporter : Cardinal Ling, quand avez-vous appris la nouvelle de votre cardinalat ?

Cardinal Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun : La surprise a été totale. J’ai reçu un appel téléphonique d’un ancien élève. Il m’a félicité pour mon élévation au cardinalat. Je lui ai dit de ne pas taquiner son aîné. Ce n’est pas correct. Je ne l’ai pas cru à ce moment-là, dimanche [21 mai], après le dîner. J’étais alors à Paksé.

Ensuite, j’ai reçu un autre appel téléphonique, de la part d’une religieuse, qui m’a également félicité pour la même raison. Je lui ai dit : « Êtes-vous folle ? » « Non », m’a-t-elle répondu. Ensuite, je lui ai demandé qui d’autre avait été créé cardinal. Elle a m’indiqué qu’il y avait cinq personnes et que j’étais le quatrième. J’ai commencé à la croire un petit peu.

Les appels téléphoniques n’ont pas cessé pendant deux ou trois jours. Les e-mails ont commencé à se multiplier. Ensuite, je suis allé vérifier sur Internet pour voir que c’était vraiment moi et que mon nom figurait bien dans la liste. Peut-être qu’ils avaient mal interprété mon nom. Comme vous le savez, mon nom de famille, Mangkanekhoum [MANG-KHA-NE-KHUN], est difficile à prononcer.

Un jour plus tard, le nonce [Mgr Paul Tschang In-Nam, délégué apostolique au Laos] et une personne de Propaganda Fide, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, ont également appelé pour me féliciter. Avec leurs appels, j’ai commencé à penser que cette nouvelle était réelle. Plus tard, je me suis rendu à Vientiane. Mgr Banchong [Tito Banchong Thopanhong, administrateur apostolique de Luang Prabang] et moi devions demander un visa.

Mais alors, tout le monde, y compris des membres de l’Eglise de Thaïlande, des religieuses et des missionnaires italiens, voulait me voir à Vientiane. Tout le monde avait connaissance de la nouvelle à ce moment-là. Que pouvez-vous faire lorsque les nouvelles sont publiques ? Je suppose que je ne pouvais plus reculer et qu’il me fallait accepter ce cardinalat.

Quelle a été votre réaction ? Comment vous êtes-vous senti ?

Comme je l’ai dit un peu plus tôt, je pensais que ce n’était pas réel, car je ne pensais pas que c’était sérieux. Je pensais qu’ils me taquinaient, qu’ils me faisaient une farce. Je n’avais pas peur. Je n’ai rien ressenti de particulier, car je ne pensais pas que c’était vrai. Je pensais que, pour une telle décision, des officiels m’auraient d’abord contacté.

Quand je suis allé à Bangkok pour dîner avec les deux cardinaux de Bangkok [l’archevêque à la retraite, le cardinal Michai Kitbunchu, et l’actuel archevêque, le cardinal Kriengsak Kovithavanij], ils m’ont raconté une histoire similaire : quand le pape choisit quelqu’un, il le fait d’abord et prévient la personne en question par la suite. C’est la décision du pape. Après avoir entendu les « cardinaux de la classe supérieure », je me suis senti en paix.

Ce fut un moment aussi trépidant car des personnes du Canada, de France et du monde entier m’appelaient et m’envoyaient des emails, pour m’adresser leurs félicitations. Il m’a fallu des semaines pour répondre à tous. En retour, je leur ai demandé de prier pour moi.

Selon vous, pour quelles raisons le pape François vous a-t-il créé cardinal ?

Quand nous sommes allés à Rome pour une visite ad limina [le 26 janvier 2017], personne n’aurait pensé à cela. Pourtant, lors de la visite, le pape nous a dit que la force de l’Eglise réside dans l’Eglise locale, en particulier l’Eglise qui est petite, l’Eglise qui est faible, et l’Eglise qui est persécutée. C’est l’épine dorsale de l’Eglise universelle. J’étais un peu perplexe.

Le lendemain, nous avons célébré la messe avec le Saint-Père, et il a réitéré cette pensée dans son homélie. Cela m’a fait me poser des questions. J’en ai conclu que la force de l’Eglise venait de la patience, de la persévérance et de la volonté d’accepter la réalité de la foi. Cela m’a fait penser que notre pauvreté, notre souffrance et notre persécution sont les trois colonnes qui fortifient l’Eglise.

Comment le gouvernement laotien a-t-il réagi à votre élévation au cardinalat ?

A l’heure actuelle, il n’y a eu aucune réaction de la part du gouvernement. Il n’y a pas de déclaration officielle directe. Je ne sais pas si le gouvernement comprend l’importance du cardinalat, ce qu’il signifie pour eux, son devoir et sa responsabilité au sein de l’Eglise.

Cependant, il y a une demande de rendez-vous. Il y a des catholiques qui occupent des postes importants au sein du gouvernement. Ils m’ont fait parvenir une invitation. Je serais heureux d’accepter leur invitation. J’aimerais trouver des moyens de coopérer et d’entretenir de meilleures relations avec le gouvernement.

Après la prise de contrôle par les communistes en 1975, Mgr Banchong a été détenu, « rééduqué », pendant plus de neuf ans. Combien d’années avez-vous été détenu et comment avez-vous vécu ce temps ?

J’ai été détenu pendant trois ans. L’arrestation et l’éventuelle incarcération m’ont effrayé au début. Je me demandais : « Pourquoi m’arrêteraient-ils ? » Plus tard, ils m’ont fait part de la raison de mon arrestation : « Vous faites la promotion de Jésus-Christ. »

Je l’ai accepté, comme c’était vrai. Ils avaient raison, je « promouvais » Jésus. C’était une accusation exacte.

Quel est l’état de la relation entre l’Eglise catholique et le gouvernement maintenant ? Dans quelle mesure est-ce difficile de fournir des services pastoraux aux fidèles ? Quid de l’évangélisation ? Existe-t-il des restrictions concernant les activités de l’Eglise ?

Au niveau central et départemental, il n’y a pas de problème. Mais le problème se trouve au niveau des gouvernements régionaux et municipaux. C’est comme ça à travers tout le pays, car les relations de travail entre les gouvernements centraux et régionaux ne se déroulent pas d’une manière correcte.

[En ce qui concerne le travail pastoral de l’évangélisation], oui, c’était interdit d’enseigner Jésus et l’Evangile. Il existe des dispositions qui interdisent le travail de diffusion de l’enseignement de Jésus.

Mais en réalité, parfois, elles ne sont pas mises en œuvre. Cela dépend de chaque région. Dans certaines régions, il n’y a pas de problème pour évangéliser grâce aux catéchistes et aux services pastoraux. Dans d’autres, il pourrait y avoir des difficultés. Ailleurs, enfin, c’est tout à fait dangereux.

En fait, chaque région ou ville encadre différemment la liberté religieuse. Les prêtres peuvent se déplacer pour célébrer la messe. Dans n’importe quel village, il existe déjà une paroisse ou une église, il n’y a pas de problème.

Mais il y a un problème si vous construisez une nouvelle église parce que c’est quelque chose de nouveau. Mais un tel problème peut être discuté avec les autorités locales. Nous devons établir des liens avec eux et parler avec eux. C’est facile à un endroit, mais peut-être moins facile ailleurs. Plus important encore maintenant, lorsque nous voulons structurer une nouvelle communauté, nous devons connaître la langue et le système. Nous devons parler avec les autorités locales et les rendre acceptables pour les deux parties.

Vous êtes ici aux Etats-Unis pour une messe d’action de grâce à l’intention des dix-sept martyrs récemment béatifiés. Comment le gouvernement et le Pathet Lao ont-ils pu autoriser la cérémonie de béatification de martyrs morts du fait des communistes ? Le gouvernement ne se sent-il pas offensé ?

Nous ne nous concentrons pas sur le fait que nos martyrs ont péri de la main des communistes. En fait, tous n’ont pas été tués par les communistes. Il y avait d’autres raisons.

En tout cas, nous avons demandé au gouvernement d’organiser une cérémonie de béatification dans notre propre pays. Ils nous ont donné la permission d’organiser cet événement. Que signifie cette autorisation ? Cela signifie qu’au moins le gouvernement a compris qu’il fallait établir des relations entre l’Eglise et le gouvernement. Des relations a minima peut-être mais des relations tout de même.

C’est la raison pour laquelle nous n’utilisons pas le terme de « martyrs ». Nous avons utilisé un mot meilleur et juste pour décrire ces martyrs. Nous les appelons les « ancêtres de la foi ». En vérité, c’est le terme le plus approprié. Si nous n’avons pas les ancêtres de la foi, il n’y a pas de martyrs. Tout le monde peut accepter ce terme.

Je crois que non seulement le gouvernement, mais tout le monde, peut accepter cela comme normal – une célébration d’action de grâce pour nos ancêtres de la foi. C’est notre logique, et c’est ce qui est acceptable par le gouvernement. Nous ne nous opposons pas du tout au gouvernement.

Vous rejoignez le collège des cardinaux et le Laos est maintenant, en quelque sorte, sur la carte. Que souhaitez-vous voir se développer concernant les relations entre le gouvernement et l’Eglise au Laos ?

Notre pays a avancé. Il s’est largement ouvert. En vérité, parfois, le gouvernement peut proposer des lois et des règlementations restrictives. Mais néanmoins, on peut dire qu’il est flexible.

Regardez les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et les pays d’Asie du Sud-Est. La Birmanie entretient désormais des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, à la suite de la récente visite d’Aung San Suu Kyi auprès du pape François. Le Vietnam, qui a déjà établi une forme de relation avec le Saint-Siège, est en train d’avoir un nonce installé à Hanoi. La Thaïlande et le Cambodge entretiennent également des relations diplomatiques. Seul le Laos n’a pas de relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Il y a un point d’interrogation sur cette relation et je travaille sur ce sujet.

Nous pouvons changer la façon de penser du gouvernement. Nous sommes un ami. Nous avons besoin de construire une amitié. Si les deux parties travaillent ensemble, nous pouvoir prévoir une meilleure relation.

Dans un pays où l’on dénombre 45 113 catholiques, parmi 6,4 millions d’habitants, qui sont servis par 20 prêtres, 98 religieux et religieuses, dans 218 paroisses, y a-t-il un effort pour travailler sur les priorités pastorales ? Qu’en est-il du travail des catéchistes ?

La plus importante réalisation est à Thakhek, car c’est là que se trouve le grand séminaire. Nous nous aidons mutuellement à le faire grandir. Au début, il n’était pas bien développé. Le programme d’études et les cours n’étaient pas bien organisés car les professeurs de séminaire ne pouvaient se consacrer pleinement à l’enseignement. Les enseignants thaïlandais n’étaient pas suffisamment engagés. On leur a demandé d’enseigner sept jours, mais ils n’ont enseigné que trois jours. Nous avons ensuite décidé d’utiliser le personnel des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et de la Société des Missions Etrangères de Paris. Ils enseignent en lao. Nous avons environ quinze séminaristes cette année au grand séminaire.

Concernant les catéchistes, j’ai toujours été impliqué auprès d’eux. J’ai été le directeur d’une école de formation de catéchistes avant mon incarcération. Après ma libération, j’ai continué le travail à Paksan et plus tard à Paksé quand j’ai été nommé vicaire apostolique là-bas.

Même si je ne dirige pas directement le programme maintenant, je leur donne toujours des orientations. Je n’ai jamais abandonné ce ministère. Maintenant, en tant qu’administrateur de Vientiane, il y a plus de catéchistes, anciens et jeunes. Nous n’avons plus d’école car il est difficile d’avoir un programme avec un directeur qui prépare et met en œuvre une formation. Nous avons organisé un nouveau système avec une série de sessions. Nous les faisons venir à chaque session, ce qui nous est aussi plus simple financièrement.

Les catholiques représentent un petit pourcentage de la population totale. La majorité des Laotiens sont des bouddhistes. Les évêques asiatiques ont défini le dialogue interreligieux comme l’une de leurs priorités. Pourriez-vous parler de la situation interreligieuse dans votre vicariat ?

Il n’y a pas de problème concernant les relations avec nos frères et sœurs bouddhistes. Mais entre les catholiques et les autres chrétiens, il peut exister quelques problèmes. Chacun d’entre nous a une manière d’évangéliser différente. Nos frères chrétiens peuvent avoir un programme développé d’évangélisation et peuvent attirer beaucoup l’attention. Notre programme, au contraire, est simple et discret.

Le problème réside dans la compréhension de la tradition et de la culture. Par exemple, nous pensons qu’une cérémonie de baci est un événement traditionnel, un rassemblement de personnes pour prier à l’intention de certaines personnes, à certaines occasions. D’autres groupes chrétiens pourraient voir une telle cérémonie comme l’adhésion à l’animisme. Chacun a une opinion différente à ce sujet, donc un dialogue ne résout rien.

Source : Eglises d’Asie

NLQ #Points non négociables PNN

Laos : vers une interdiction de la GPA ?

Depuis que les pays voisins du Laos comme la Thaïlande ou le Cambodge ont interdit la Gestation Pour Autrui (GPA) en 2015, de nombreuses cliniques se sont implantées au Laos, devenu une destination de choix pour les couples stériles du monde entier. Les prix pratiqués y sont “très intéressants” pour les occidentaux. Outre le trafic de drogues, celui de sperme s’est aussi développé (cf : Découverte d’un trafic de sperme à la frontière entre la Thaïlande et le Laos).

Les mères porteuses y sont nombreuses, mais très peu accouchent au Laos car très peu d’unités de soins intensifs néonatals sont disponibles. La plupart des femmes vont en Thaïlande ou au Cambodge pour donner jour à l’enfant. Bien que le nourrisson soit issu de GPA, ce n’est alors pas considéré comme une violation de la loi puisqu’il s’agit d’un accouchement et non d’une procédure entière de GPA dans l’enceinte du pays.

Face à cette situation, il est question depuis février dernier que le pays interdise, lui aussi, la pratique de la GPA.

 

Source Généthique.org

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Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, premier cardinal originaire du Laos

En 2000, être nommé par le pape Jean-Paul II à la tête du vicariat apostolique de Pakse, dans le sud du Laos, avait constitué un « choc »pour le P. Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, alors âgé de 56 ans. Dimanche 21 mai dernier, à la fin de la prière du Regina caeli, le pape François a annoncé la création de cinq nouveaux cardinaux lors d’un consistoire qui se tiendra le 28 juin prochain. Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, 73 ans, est l’un de ces cinq nouveaux cardinaux, dont l’annonce par le pape a créée la surprise.
Né le 8 avril 1944 à Bonha-Louang, dans l’ethnie Khmu (Khamu), Louis-Marie Ling effectue sa formation au sein de l’institut Voluntas Dei à Québec et est ordonné prêtre en 1972. Le 30 octobre 2000, il est le premier vicaire apostolique à être consacré à Pakse depuis l’érection du vicariat apostolique en 1967. Président de la Conférence épiscopale du Laos et du Cambodge (CELAC) de 2009 à 2014, nommé administrateur du vicariat apostolique de Vientiane en février 2017, il sera désormais le premier cardinal originaire du Laos.

Mgr Ling, un artisan de paix

Dans ce pays culturellement bouddhiste de 6,7 millions d’habitants où le christianisme est considéré comme une religion « étrangère », les catholiques, environ 50 000, représentent moins de 1 % de la population. Pays de mission, quatre vicariats apostoliques (Thakhek-Savannakhet au Centre-Laos, Vientiane et Luang Prabang au Nord et Pakse au Sud) sont à la charge d’une vingtaine de prêtres diocésains, de trois évêques et, à compter du 28 juin prochain, d’un cardinal. Une situation d’autant plus inédite que le 11 décembre dernier, dix-sept martyrs du Laos, morts récemment (entre 1954 et 1970, dans le contexte politique particulièrement complexe de la décolonisation, des guerres de libération nationale et de la guerre froide), ont été béatifiés. La cérémonie s’était déroulée à Vientiane, avec l’autorisation et en présence des autorités civiles, alors que la liberté religieuse reste très limitée dans le pays.

Le Pathet Lao (Parti communiste) dirige sans discontinuité la République démocratique populaire lao depuis la révolution de 1975. Après avoir mené une politique répressive contre l’Eglise locale (fermeture des institutions religieuses, confiscation des biens ecclésiastiques, des hôpitaux et des écoles, expulsion des prêtres et des congrégations, interdiction de la pratique religieuse, …), les autorités civiles demeurent méfiantes et exercent une étroite surveillance sur les activités de l’Eglise catholique. Le culte, les ordinations et les déplacements des membres du clergé sont soumis à autorisations gouvernementales. Avoir obtenu l’autorisation de célébrer la béatification des dix-sept martyrs à Vientiane témoigne d’une certaine volonté d’apaisement de la part des autorités. A titre de comparaison, en 1988, les autorités communistes vietnamiennes avaient refusé que l’Eglise catholique célèbre la béatification des 117 martyrs vietnamiens à Hanoi. La cérémonie avait alors dû avoir lieu à Rome.

Mgr Ling, un pasteur impliqué dans la vie de sa communauté

Ordonné prêtre quelques mois avant la prise de pouvoir par les communistes, Mgr Ling a participé à la recherche d’« harmonie » avec les autorités civiles. La présence du vice-gouverneur de la province de Champassak à la cérémonie au cours de laquelle Mgr Linh avait été consacré vicaire apostolique de Pakse, en 2000, démontrait la volonté des responsables politiques et religieux de développer des relations apaisées. A la fin de la cérémonie de béatification des dix-sept martyrs, et « au grand étonnement de l’assemblée », ainsi que le rapporte le P. Roland Jacques, Oblats de Marie Immaculée et vice-postulateur de la cause des martyrs, le directeur adjoint du Front Lao pour l’édification de la nation, organisme d’Etat placé sous la direction du Parti et du ministère de l’Intérieur qui chapeaute les religions, a longuement fait l’éloge de la doctrine et de l’action de l’Eglise catholique au Laos. Pour autant, le gouvernement prépare actuellement une nouvelle règlementation en matière religieuse, qui ne semble pas avoir vocation à faciliter la vie de l’Eglise catholique au Laos. « Le gouvernement ne veut pas remettre en cause l’existence de l’Eglise [mais] je m’attends à ce que les choses deviennent plus difficiles », expliquait récemment Mgr Ling à Eglises d’Asie.

Le 5 février 2017, Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun avait célébré en compagnie d’une vingtaine d’évêques et du cardinal André Vingt-Trois en la cathédrale Notre-Dame de Paris une messe d’action de grâce pour la béatification des dix-sept martyrs du Laos, le 11 décembre 2016 à Vientiane. Le p. Joseph Tiên et ses 16 compagnons, parmi lesquels dix prêtres français membres des Missions Étrangères de Paris (MEP) et des Oblats immaculés de Marie, ont été tués en haine de la foi entre 1954 et 1970.

Après sa visite ad limina à Rome, en janvier 2017, Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun avait rapporté les paroles du pape François qui avait « mis l’accent sur ‘les petites Églises’, en butte aux difficultés de tous ordres, qui deviennent comme autant de ‘points d’appui’ pour les grandes Églises qui vivent dans un contexte de liberté et de prospérité plus grande » : « La plus grande force de l’Église réside aujourd’hui dans les petites Églises, très petites, avec très peu de personnes, persécutées, dont les évêques sont en prison, nous a-t-il dit en substance, voyant là la gloire et la force de l’Église ».

Dans ce pays où la présence des missionnaires étrangers demeure interdite et où, en l’absence de prêtres, l’Eglise a longtemps été à la charge des laïcs, Mgr Ling se montre particulièrement attentif à la qualité de la formation des futurs prêtres. A l’issue de leurs sept années d’études au sein de l’unique grand séminaire du pays (trois années de philosophie et quatre de théologie), et une fois ordonné, les jeunes prêtres poursuivent leur formation en philosophie et en théologie aux Philippines. Au grand séminaire Saint-Jean-Marie Vianney, créé en 1998, le manque de prêtres, et donc de formateurs, se fait cruellement sentir. L’ordination de trois prêtres en la cathédrale Saint-Louis de Thakhek, le 16 septembre dernier, constituaient un motif de joie pour l’Eglise, dans un pays où les ordinations sacerdotales restent rares.

Vicaire apostolique de Pakse (depuis 2000) et administrateur apostolique de Vientiane (depuis févier dernier), Mgr Ling est responsable d’un territoire particulièrement vaste, qui correspond aux « périphéries » où l’Eglise est incitée à travailler par le pape François qui a déclaré que « la provenance [des cardinaux] de diverses parties du monde manifeste la catholicité de l’Eglise répandue sur toute la terre ».

Mgr Jean Zerbo, 73 ans, archevêque de Bamako (Mali), Mgr Anders Arborelius, 67 ans, évêque de Stockholm (Suède), Mgr Juan José Ornella, 71 ans, archevêque de Barcelone (Espagne), et Mgr José Gregorio Rosa Chavez, 74 ans, évêque auxiliaire de San Salvador (Salvador), seront eux aussi élevés à la pourpre cardinalice le 28 juin prochain. Le lendemain, jour de la fête des saints Pierre et Paul, les cinq nouveaux cardinaux concélébreront la messe avec le Saint Père.

Source : Eglises d’Asie et Agence Zenit

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Béatification des martyrs du Laos : « un acte bénéfique tant pour l’Eglise que l’Etat laotien »

Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun est de passage à Paris. Agé de 72 ans, évêque de Paksé, l’un des quatre vicariats apostoliques qui constituent l’Eglise catholique au Laos, Mgr Ling arrive de Rome où il était en visite ad limina. Dimanche 5 février, il célèbrera en compagnie d’une vingtaine d’évêques et du cardinal André Vingt-Trois une messe d’action de grâce pour la béatification des dix-sept martyrs du Laos, cérémonie qui a pris place le 11 décembre 2016 à Vientiane, capitale du Laos.

Mgr Ling répond ici aux questions d’Eglises d’Asie. L’occasion de faire le point sur la réalité de cette Eglise en pays communiste.

Eglises d’Asie : Ce dimanche 5 février, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, vous célébrez, aux côtés d’une trentaine d’évêques, une messe d’action de grâce pour la béatification des martyrs du Laos. Quelle signification revêt cette célébration ?

Mgr Louis-Marie Ling : La cause de béatification des dix-sept martyrs du Laos a été un processus long, qui a duré dix ans. La cérémonie organisée le 11 décembre dernier a pu avoir lieu à Vientiane mais le nombre d’étrangers qui y ont pris part ne devait pas être trop important. Etant le délégué des évêques laotiens pour cette cause de béatification et travaillant en lien étroit avec le P. Roland Jacques, OMI, vice-postulateur de cette cause, nous avons estimé qu’il était nécessaire, une fois les martyrs béatifiés au Laos, de rendre grâce pour cet événement à l’étranger. Sur les dix-sept martyrs, dix sont des prêtres français (cinq des Missions Etrangères de Paris et cinq Oblats de Marie Immaculée), le cardinal Vingt-Trois tenait donc à ce que cette célébration ait lieu en sa cathédrale. La communauté laotienne compte environ 45 000 personnes en France. Parmi eux se trouvent 7 000 catholiques, soit une proportion bien plus importante qu’au Laos. A n’en pas douter, ils seront très nombreux dimanche à Notre-Dame. Des neveux et des nièces des martyrs laotiens vivent dans votre pays ; ils ne pouvaient être à Vientiane le 11 décembre dernier, ils seront à la cathédrale ce 5 février.

Le 11 décembre 2016, dix-sept martyrs du Laos était béatifiés à Vientiane. Que retenez-vous de cet événement ?

C’est un événement historique que l’Eglise ait pu ainsi béatifier certains de ses martyrs dans une capitale d’un pays dirigé, aujourd’hui encore, par un régime communiste. Je suis encore surpris par le fait que les autorités ont donné leur autorisation au déroulement de cette cérémonie du 11 décembre. En 1988, l’Eglise du Vietnam a vu 117 de ses martyrs canonisés ; les évêques à l’époque avaient demandé à Hanoi que la cérémonie soit organisée au Vietnam. Cela leur avait été refusé et elle avait donc eu lieu à Rome. Près de vingt ans plus tard, assurément, nous avons bénéficié d’une attitude plus ouverte des autorités gouvernementales laotiennes. Pour notre part, nous avions aussi pris la peine de présenter ces martyrs selon une forme que le régime en place pouvait comprendre et accepter. Ainsi, nous n’avons pas dit qu’ils étaient morts en haine de la foi, mais qu’ils étaient allés jusqu’au bout du sacrifice de leur vie. Cette béatification a été positive pour les deux parties, l’Eglise et l’Etat laotien. L’Eglise car il est très important pour nous que le sacrifice de nos ancêtres dans la foi soit ainsi reconnu. L’Etat car il a amélioré son image internationale en faisant en sorte que la cérémonie du 11 décembre se déroule sans difficulté. J’ai encore en mémoire le discours qu’a tenu le représentant du gouvernement à l’issue de la messe de béatification, lorsqu’il a souligné que les religions, quelles qu’elles soient, œuvraient à l’édification de la patrie.

Vous revenez de Rome, où vous étiez en visite ad limina. Quels ont été les mots du pape François pour votre Eglise ?

Je suis frappé par le fait que le pape François a semblé véritablement ému à entendre nos expériences respectives, nous les quatre évêques du Laos ainsi que les trois évêques du Cambodge. Dans l’homélie qu’il nous a donnée le 30 janvier à Sainte-Marthe, il a mis l’accent sur « les petites Eglises », en butte aux difficultés de tous ordres, qui deviennent comme autant de « points d’appui » pour les grandes Eglises qui vivent dans un contexte de liberté et de prospérité plus grande. La plus grande force de l’Eglise réside aujourd’hui dans les petites Eglises, très petites, avec très peu de personnes, persécutées, dont les évêques sont en prison, nous a-t-il dit en substance, voyant là la gloire et la force de l’Eglise.

Vous partagez une même Conférence épiscopale avec les évêques du Cambodge. En quoi les Eglises du Cambodge et du Laos sont-elles similaires et en quoi sont-elles dissemblables ?

Les histoires de ces deux pays sont bien différentes mais, pour ce qui regarde l’Eglise, le point saillant qui apparaît de manière évidente aujourd’hui, est le fait que les évêques du Cambodge sont tous des missionnaires étrangers (Français, Espagnol, Indien), là où, au Laos, nous sommes tous quatre des Laotiens. Entre les étrangers et les autochtones, les cultures, les méthodes de travail peuvent différer mais nous nous enrichissons aussi mutuellement de nos différences. Au-delà du gouvernement de nos deux Eglises locales, les situations sont bien sûr très différentes : au Cambodge, les moyens de communications sociales, les médias, sont libres et l’Eglise est libre de s’investir dans ce domaine ; au Cambodge, l’Eglise peut monter des œuvres sociales dans les domaines de la santé, de l’éducation ou de la formation professionnelle. Autant de possibilités dont nous ne jouissons pas au Laos.

Ce 2 février, vous avez été nommé administrateur apostolique du diocèse de Vientiane. Pouvez-vous nous présenter brièvement les deux diocèses dont vous avez désormais la charge, Paksé et Vientiane ?

L’Eglise catholique au Laos compte quatre vicariats apostoliques : Luang Prabang au nord, Vientiane au centre, Savannakhet et Paksé au sud. La très grande majorité des six millions d’habitants du pays est bouddhiste et les catholiques forment une communauté d’environ 50 000 fidèles, servis par très peu de prêtres. Pour ma part, je fais un peu office de « bouche-trou » ! J’ai été nommé en 2000 à Paksé à un moment où l’évêque en poste, Mgr Thomas Khamphan, était déjà très malade ; les prêtres étaient très peu nombreux : deux seulement dont l’un avait près de 90 ans et était affaibli par l’âge et la maladie. Ce qui signifie que, pendant des années, nous n’avons été que deux, un prêtre et moi-même, pour les quatre provinces du Sud qui constituent le territoire du vicariat apostolique de Paksé. Aujourd’hui, six prêtres travaillent avec moi pour 15 000 fidèles. Dans une des provinces, on peut travailler à peu près normalement, mais dans les trois autres cela reste difficile. Près de six catholiques sur dix sont issus des minorités ethniques et nous avons aussi l’aide de quelques prêtres venus du Vietnam voisin, mais ces derniers sont juste tolérés par les autorités ; ils ne peuvent se voir confier des responsabilités trop visibles.

A Vientiane, la situation est un peu différente. Il y a à peu près le même nombre de fidèles (12 000 environ, dont un peu moins des deux tiers issus des minorités ethniques), mais le territoire est beaucoup plus vaste et le manque de prêtres encore plus criant. Avec Mgr Jean Khamsé Vithavong, OMI et désormais évêque émérite, il n’y a que deux prêtres, auquel il faut ajouter sept prêtres vietnamiens.

A l’image de ce qui est écrit dans l’Evangile de Matthieu, pour parvenir à remplir la mission qui m’a été confiée au Laos, je me dois d’être « rusé comme le serpent et doux comme la colombe » ! Le gouvernement prépare une nouvelle réglementation en matière religieuse. Nous ne savons pas encore précisément de quoi celle-ci sera faite, mais je m’attends à ce que les choses deviennent plus difficiles. Certes, le gouvernement ne veut pas remettre en cause l’existence de l’Eglise. Les dirigeants laotiens, à l’image du peuple laotien, ont la religion dans le sang. Lorsqu’un membre du Parti décède, ils font venir les bonzes. Les membres du Parti non seulement fréquentent les temples, mais ce sont eux qui inaugurent les principales fêtes du calendrier bouddhique. Ils ne cherchent donc pas à supprimer les religions mais, concernant le christianisme, ils le perçoivent toujours comme une religion étrangère ; concernant l’Eglise catholique, l’avenir dépend en grande partie de ce que les gouvernements vietnamiens et chinois décideront à propos de leurs politiques religieuses respectives.

Les catholiques forment une petite minorité d’à peine 1 % de la population. Votre Eglise connaît-elle des conversions ?

Ce sont d’abord et avant tout les pauvres qui se convertissent. Cela tombe bien car l’Eglise a une préférence pour les pauvres ! Vous savez aussi que, parmi les communautés catholiques d’origine au Laos, on trouve des communautés formées d’anciens esclaves rachetés par des missionnaires. Après les pauvres, aujourd’hui, ce sont les minorités ethniques animistes qui se convertissent, les Khmu ou bien encore les Hmongs et d’autres encore. Lorsqu’ils viennent à nous en exprimant le désir d’être baptisés, nous nous devons de répondre à leur demande. Nous formons pour cela des catéchistes parmi eux et les baptêmes interviennent deux ou trois ans plus tard.

Les vocations sacerdotales et religieuses suffisent-elles aux besoins de votre Eglise ?

Le grand séminaire est installé à Thakhek, dans le vicariat de Savannakhet. Chacun des trois autres diocèses y envoie ses séminaristes. Ils sont une bonne douzaine au total aujourd’hui. Pour une petite Eglise comme la nôtre, il est difficile de mobiliser un corps professoral suffisant, en nombre comme en qualité. Mais cette faiblesse fait aussi partie de la formation. Chaque semaine, les séminaristes partent dans les villages pour assurer le catéchisme. Une fois ordonnés, je les envoie aux Philippines, qui présente l’avantage d’être un pays anglophone. Très peu de livres en philosophie et en théologie ont été écrits ou traduits en laotien. Il est, par conséquent, indispensable d’apprendre les langues étrangères, l’anglais notamment, lingua franca des évêques des Eglises d’Asie.

Les missionnaires étrangers sont partis en 1975. Peut-on envisager qu’ils reviennent aujourd’hui dans le pays sous une forme ou une autre ?

« Sous une forme ou une autre », c’est la bonne expression. Vous avez compris qu’un certain nombre de prêtres vietnamiens, le plus souvent religieux (jésuites, dominicains, rédemptoristes, etc.), œuvrent au Laos. Leur présence est connue des autorités gouvernementales mais ils doivent rester discrets dans leur apostolat et les missions qui leur sont confiées. Quant à une présence missionnaire étrangère autre que vietnamienne, quelques portes s’entrouvrent mais il faut rester prudent. En Chine, le régime considère l’action du Saint-Siège comme « une ingérence étrangère dans ses affaires intérieures ». Au Laos, c’est un peu différent, même si le discours sous-jacent est que le christianisme est une religion « étrangère ». Pourtant, à ce compte-là, toutes les religions au Laos sont étrangères, y compris le bouddhisme, qui nous est venu du Sri Lanka.

Il existe néanmoins des ouvertures. Après avoir vu ce que des religieuses catholiques vietnamiennes faisaient au Vietnam, le gouvernement laotien leur a demandé de venir au Laos. Depuis un an, les sœurs salésiennes animent ainsi un atelier de couture à Vientiane, la capitale. Les Sœurs de Saint-Paul-de-Chartres sont aussi présentes, en provenance du Vietnam. A chaque fois, il a bien été précisé par le gouvernement qu’elles avaient interdiction formelle de se livrer à un travail d’évangélisation directe, mais elles ont demandé et obtenu d’avoir des chapelles dans les lieux qu’elles habitent – pour leurs besoins propres.

Les autorités sont-elles prêtes à établir des relations diplomatiques pleines et entières avec le Saint-Siège ?

Vous le savez, le Saint-Siège et Vientiane n’entretiennent pas de relations diplomatiques complètes. Le nonce apostolique – actuellement le Sud-Coréen Paul Tschang In-nam – réside à Bangkok et n’est accrédité à Vientiane qu’en qualité de délégué apostolique. On pourrait dire que la balle est dans le camp du gouvernement laotien. Je pense aussi qu’au jour où la question des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Chine populaire d’une part, le Saint-Siège et le Vietnam d’autre part sera résolue, le Laos suivra très rapidement.

Source : Eglises d’Asie

Asie #NLQ

Laos – Bientôt deux nouveaux prêtres ordonnés : un encouragement pour cette petite Eglise

La petite communauté catholique au Laos – qui représente moins de 1 % des sept millions d’habitants du pays – se prépare à célébrer deux nouvelles ordinations sacerdotales cette année. C’est ce que déclarent les évêques laotiens au terme de leur visite Ad Limina apostolorum. Les diacres se préparant à l’ordination sacerdotale – programmées pour l’année en cours sauf imprévus – appartiennent l’un au vicariat apostolique de Paksè et l’autre à celui de Luang Prabang. Mgr Louis-Marie Ling, vicaire apostolique de Paksè, déclare « nourrir des espérances » après la messe publique solennelle de béatification des martyrs. « Il s’est agi d’une fête à laquelle ont participé plus de 7.000 fidèles, un événement historique, un véritable miracle pour nous ».
Les activités pastorales sont menées dans la sérénité. «  Parfois, nous avons quelques petites difficultés avec des fonctionnaires provinciaux zélés mais en tant que prêtres et religieux nous visitons les familles, nous célébrons les sacrements et nous faisons le catéchisme sans problèmes ». Avec le nouveau diacre, dont l’ordination est prévue pour mars prochain, « je disposerai à Paksè de cinq prêtres actifs et deux retraités » raconte-t-il. Leur sont confiées les paroisses et les plus de 13.000 fidèles du vicariat. « Ce n’est pas mon travail ni mon mérite : tout est œuvre de Dieu. Nous suivons l’inspiration du Saint Esprit » confie l’Evêque.
Mgr Tito Banchong, administrateur apostolique de Luang Prabang, dans le nord du pays, lui fait écho. Il a en effet fêté en septembre dernier l’ordination de trois nouveaux prêtres et se prépare au don d’un autre vocation. « Dans ma zone, où pendant 12 ans, depuis l’an 2000, j’ai été seul, nous sommes bénis par la floraison de nouvelles vocations au sacerdoce, signe que le Seigneur est proche de nous. Il est Dieu-avec-nous et Il l’a été également à l’époque de la souffrance » déclare l’évêque qui, entre 1976 et 1986, a passé cinq années en prison, lorsque la pression du régime communiste sur la liberté religieuse était forte.
Au cours de son homélie à Sainte Marthe le 30 janvier dernier, donnée en présence des évêques du Laos, le pape François a rappelé que « la plus grande force de l’Eglise réside aujourd’hui dans les petites Eglises, très petites, avec peu de personnes, persécutées, dont les évêques sont en prison. Cela est notre gloire et notre force aujourd’hui ».
Au terme de la visite ad Limina, Mgr Tito Banchong remarque : « Nous sommes véritablement heureux. Cette visite nous a donné la certitude de l’unité avec le Pape. Il nous connaît, nous aime et nous a ouvert son cœur. Il est vraiment pour nous un père qui nous écoute en profondeur. Il nous a dit d’aller de l’avant dans notre mission. Cela constitue pour nous un précieux encouragement ». 

Source : Agence Fides