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 El Salvador rejette la législation pour légaliser l’avortement

 

Une victoire pro-vie s’est produite hier au Salvador, l’un des pays pro-vie les plus forts du monde, lors des votes anticipés sur deux projets de loi visant à modifier le code pénal pour permettre des exceptions à l’avortement. Un nouveau Congrès débutera le 1er mai sous le contrôle de l’Alliance républicaine nationaliste conservatrice (ARENA) qui devrait maintenir la protection de l’enfant à naître contre la violence de l’avortement.

Les défenseurs pro-vie ont fait pression contre un effort international pour ajouter des exceptions à l’interdiction de l’avortement du Salvador. Selon le New York Times, “ce qui semblait être l’élan il y a quelques semaines en faveur de l’assouplissement de la loi a été vaincu par une alliance de conservateurs sociaux et d’organisations religieuses qui ont réussi à convaincre les législateurs dans les derniers jours de ce que leur vote pourrait leur coûter.”

Le soi-disant « élan » résultait en grande partie de la sensibilisation médiatique et du battage médiatique créés par des organisations militantes pro-avortement internationales telles que le Centre pour les droits reproductifs, Human Rights Watch et Ipas qui espérait que le Congrès salvadorien suivrait les récentes recommandations du Chili : modifier sa protection constitutionnelle pour les enfants à naître afin de permettre des exceptions pour l’avortement.

Julia Regina de Cardenal, dirigeante pro-vie, présidente de la Fondation Yes to Life qui était autrefois l’une des responsables de l’effort abouti afin d’amender la constitution pour protéger les enfants dans l’utérus, s’est prononcée contre l’ingérence internationale et a appelé l’avocate pour la défense des droits de l’homme, Raquel Caballero, à enquêter sur le financement des organisations qui, au Salvador, dirigeaient les efforts pour changer la loi afin de déterminer le niveau d’influence extérieure.

Les défenseurs pro-vie ont soutenu que la grande majorité des Salvadoriens défendent la vie de la conception et que “l’affaire de la légalisation de l’avortement est un pur intérêt étranger et non un intérêt national”.

 

Le principal parrain de l’un des projets de loi visant à modifier la loi, le député Johnny Wright Sol, a réduit son projet de loi pour autoriser des exceptions en cas de menaces à la vie et à la santé de la mère. Son projet de loi n’avait toujours pas de soutien public. Wright a déclaré que le défi serait « d’essayer de mobiliser l’opinion publique » et que les législateurs « doivent ressentir la pression de la société ».

Mais les législateurs ont senti la pression pendant que la communauté d’affaires salvadorienne a rejoint des organisations et des institutions civiles et religieuses dans l’effort de lobby pro-vie. L’Association nationale des entreprises privées (ANEP) a publié une déclaration demandant aux Délégués de maintenir “le droit à la vie dans toutes ses phases”. La déclaration soulignait : “Que le droit à la vie de tout être humain, y compris celui qui n’est pas encore né, constitue la base fondamentale du respect de la primauté du droit et du système des libertés … Ce serait un précédent sérieux qui ouvrirait la porte à l’avenir faisant de même dans une autre étape de la vie humaine … Nous exigeons que les députés n’approuvent pas les réformes proposées par les groupes d’avortement. “(traduction en ligne)

Mgr José Luis Escobar Alas, archevêque de San Salvador, a appelé les législateurs à rejeter tout changement proposé en disant : « Il n’y a pas de droit de prendre la vie d’une autre personne ».

Plus tôt ce mois-ci, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, a exprimé son soutien à l’avortement dans une lettre adressée aux législateurs. Selon l’article du New York Times, il leur a demandé d’assouplir l’interdiction de l’avortement « conformément aux normes internationales » et que cela « constituerait une étape cruciale pour améliorer la protection des droits des femmes et des enfants au Salvador et éviter de futures souffrances injustes ”

Réagissant  à cet échec, la déclaration du Center for Reproductive Rights a confirmé les accusations pro-vie d’ingérence internationale ; le Centre pour les droits reproductifs travaille depuis des décennies pour exposer les conséquences de l’interdiction générale de l’avortement sur la vie des femmes salvadoriennes et continuera de travailler avec les défenseurs salvadoriens et la communauté internationale pour réformer l’avortement.

Dans sa campagne pour renverser les protections pro-vie du Salvador, le Centre a utilisé ce qu’il considère être des “grands acteurs” d’Hollywood – Alyssa Milano, Maggie Gyllenhaal et Amy Brenneman – pour tweeter le message #EyesonElSalvador du CCR et que le Congrès salvadorien doit “Mettre fin à cette loi”.

Oui, le monde regardait et les yeux du monde voyaient des gens pro-vie dans un pays pro-vie se rassembler au nom de l’enfant à naître vulnérable et rejeter encore la violence de l’avortement malgré le travail des organisations internationales pro-avortement et les Nations Unies…

 

Source Belgicatho

NLH #NLQ #Tribunes et entretiens

La marche de l’euthanasie ou le triomphe de l’hédonisme

Une tribune de Victoire, de La Marche pour la Vie.

La légalisation de l’euthanasie était, en 2012, un engagement de campagne du candidat Hollande. Son arrivée avait été préparée grâce aux portes ouvertes par le député Léonetti en 2005, avec sa première loi sur la fin de vie. Elle devait clore la boucle entamée par la loi Veil : à l’entrée de la vie, possibilité d’avorter, à la fin de la vie, possibilité d’euthanasier. C’était logique et nécessaire. On nous dit que l’euthanasie reste interdite aujourd’hui en France. Mais les étapes de sa légalisation ont été franchies et ont déjà fait leurs premières victimes.

 

La marche de l’euthanasie n’est pas nouvelle et la tentation de supprimer ses malades, ses vieux, ses « encombrants », traverse l’histoire avec plus ou moins de succès selon les heures.

Le monde gréco-romain vénérait les Anciens mais la vie des nouveau-nés handicapés ne méritait pas le respect. Les stoïciens poursuivaient un idéal d’autoconservation et de fidélité à son destin mais recommandaient le « suicide philosophique » plutôt que la chute dans une situation d’assujettissement, à autrui ou au vice, à la maladie ou à la vieillesse. Les Esquimaux de Nunage au Canada ont institutionnalisé l’euthanasie des vieillards sous la forme du suicide assisté, jusqu’en 1950, et elle l’est toujours chez les Yuits des îles Saint Laurent et les Chukchee de Sibérie, où la survie des individus dans la force de l’âge mérite le sacrifice des anciens. Le nazisme a quant à lui organisé l’euthanasie sociale dans le fantasme de purifier la race des malades et des impotents.

 

L’autorisation de l’euthanasie en France peut donc paraître un banal sursaut de l’histoire qui veut que les surhommes renversent les sous-hommes et créent l’espace de l’extension de leur volonté de puissance. Elle possède pourtant un chemin qui lui est propre, et qu’il faut comprendre pour éviter de s’y perdre.

 

Le christianisme avait tâché, pendant des siècles, d’enseigner à nos ancêtres que le pauvre, l’infirme et le vieillard sont images et visages du Christ sur la terre. Il avait inscrit dans le cœur des Français le respect de la fin de vie, temps de préparation du retour à Dieu, instant du passage à témoins où la personne âgée confie sa sagesse et sa mémoire à ceux qui demeurent, destin commun d’une nature humaine qui n’est pas toute-puissante.

Dans la mort de l’autre, chaque enfant découvre une vérité sur l’homme qu’il est : il n’est pas éternel, la vie humaine n’est pas infinie, il faut l’accomplir sans tarder.

 

Cet enseignement tragiquement nécessaire est la leçon que le monde contemporain refuse d’apprendre. L’euthanasie ne sera pas introduite en France comme une loi de progrès médico-social. Elle tente de s’imposer comme une réponse nécessaire aux « situations de détresse », comme la reconnaissance, par une loi humaniste, des souffrances vécues par la population. Le bien-fondé de l’euthanasie ne sera pas argumenté, il sera illustré.

 

En novembre 2002, Vincent Humbert, jeune homme de 21 ans, tétraplégique, aveugle et muet, lança son appel au Président Chirac : « Je vous demande le droit de mourir ». Refusée par les juges, la mort lui sera administrée par sa mère et son médecin.

Vincent Lambert, victime en 2008 d’un accident de voiture, est présenté comme un malade en fin de vie alors qu’il n’est qu’une personne handicapée, en état pauci-relationnel, qui nécessiterait son transfert dans un établissement spécialisé. Cette demande, formulée par trois fois par ses avocats, lui est à ce jour toujours refusée.

Le 6 janvier dernier, le Conseil d’Etat s’est autorisé à trancher sur la vie ou la mort d’Inès, 14 ans, contre l’avis de ses parents, en validant l’arrêt des soins demandés par l’hôpital.

 

Ces affaires utilisées comme emblèmes sont rendues possibles par la brèche euthanasique ouverte par la loi Leonetti de 2005, et développée avec la loi Claeys-Leonetti de 2016.

La loi Léonetti prônait d’éviter l’obstination déraisonnable et mettait en place le système de procédure collégiale qui, initiée par le médecin, doit désormais décider de la poursuite ou de l’arrêt des traitements si le malade est inconscient.

Cette loi néglige la distinction entre le refus d’un traitement disproportionné et l’euthanasie par omission. Elle ne donne pas non plus de définition du mot « traitement ». Ces omissions maintiennent une confusion entre ce qui relève du soin, et qui est dû à tous comme secours vital, et ce qui relève du traitement, et qui peut être arrêté si le traitement est disproportionné par rapport au résultat espéré.

Onze ans plus tard, Jean Leonetti, à droite, et Alain Claeys, à gauche, firent adopter une proposition de loi rendant contraignantes les directives anticipées  et validant le droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès, associée à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles. L’alimentation et l’hydratation artificielles sont désormais considérées comme des traitements et donc susceptibles d’être stoppées, dans le cadre du refus de l’obstination déraisonnable.

 

Présentées comme des moyens de préserver la dignité du mourant, ces lois permettent, dans les faits, aujourd’hui en France, d’euthanasier les malades, les handicapés et les vieillards, en les laissant mourir de faim et de soif. Telle est la menace qui pèse aujourd’hui sur Vincent Lambert, lequel n’est ni mourant, ni malade, ni en situation de fin de vie : il souffre d’une maladie spécifique pour laquelle le corps médical ne lui donne pas de solution adaptée, et d’une sollicitude inversée d’un monde qui pense soigner la souffrance en supprimant le patient.  

 

La marche de l’euthanasie en France ne ressemble à aucun autre des modes d’euthanasie qui ont traversé l’histoire. Elle est plus romantique et plus tragique. La France ne veut pas supprimer ses malades comme les Grecs, les Esquimaux ou les nazis. La France ne veut pas être le bourreau de ses membres souffrants. Elle leur donne la mort par compassion. Par charité.

Si l’euthanasie semble s’imposer progressivement dans notre société, c’est parce que notre peuple est infesté par l’hédonisme qui renverse la hiérarchie de la place de l’autre par rapport à soi. L’important n’est plus le don mais le plaisir. Est bon ce qui procure du bien-être. Doit être éradiqué ce qui est dur à voir et provoque du déplaisir. Je n’entre en interaction avec l’autre que si je sais que de cette liaison sortira plus de bonheur pour moi.  

Ce qui compte ce n’est donc plus de se mettre au service du malade, de recevoir la sagesse de l’Ancien, d’accompagner le mourant. Ce qui compte c’est dans un premier temps de refuser toute souffrance pour le malade. Dans un dernier temps de refuser toute souffrance pour soi-même.

 

Revendiquer le droit à mourir dans la dignité, c’est demander à l’Etat d’avoir la correction de ne pas nous laisser voir combien notre nature humaine est faible. Parce que la technique a démultiplié notre capacité à contrôler la souffrance, nous avons cru qu’il nous serait possible de ne plus jamais avoir mal. Et nous ne voulons pas que l’expérience de la vie nous prouve que nous avons tort.

 

L’euthanasie est la pire réponse qu’un peuple puisse apporter à ses membres souffrants. En leur donnant la mort il leur dit : « ta vie ne vaut pas la peine d’être vécue, et tu ne vaux pas la peine que je prenne le temps et le soin de te la rendre meilleure. » L’euthanasie est une vaste tromperie, le triomphe de l’hédonisme. Pour lui barrer la route et redonner à chaque Français le sens de l’accueil d’autrui, quel que soit son visage, quel que soit son état, la marche adverse des défenseurs de la vie s’impose.

 

Asie #NLQ

Sri Lanka – Vers une légalisation de l’avortement ?

Nous l’évoquions récemment, le Sri Lanka semble être sur le point de légaliser l’avortement, Régis Anouil, rédacteur en chef d’Eglises d’Asie, fait le point sur la situation pour RCF. Nous avons retranscrit pour vous ses propos.

RCF : Ce pays semble sur le point de légaliser l’avortement. Comment réagissent les évêques ?

Régis Anouilh : Et bien oui, c’est la nouvelle de ces dernière semaines, qui est passée un peu inaperçue en occident, mais qui montre qu’à l’occasion d’une réforme, d’une refonte du Code pénal et du Code de procédure pénal, le gouvernement actuellement au pouvoir se prépare à légaliser de facto l’avortement. L’avortement aujourd’hui n’est pas légal au Sri Lanka, et là, la réforme envisagée par le Ministère de la justice vise à légaliser l’avortement lorsque la grossesse résulte d’un viol, d’un inceste, lorsque la mère est âgée de moins de 16 ans ou bien encore en cas de malformation du foetus. Alors il faut savoir que dans ce pays les catholiques ne sont pas si nombreux, mais ils représentent tout de même une petite minorité, une forte minorité même pourrais-je dire, de 7 % des 22,3 millions d’habitant de ce pays et les évêques appellent les catholiques à s’opposer à cette réforme. Ils appellent également le personnel politique catholique à bloquer le projet de loi. Donc c’est quelque chose qui est assez fort dans l’engagement des évêques. Ils avaient eu vent d’un précédent projet en 2016, ils avaient pris leur plume pour demander au Ministère de la justice si tel était le cas et le Ministère leur avait répondu, pour les rassurer, leur disant que ce n’était pas du tout à l’ordre du jour. D’où la réaction un peu forte, un peu violente des évêques, à cette annonce qui est apparue dans la presse fin janvier, que ce projet gouvernemental était en cours. Donc là, les évêques, effectivement, appellent à s’opposer à ce projet.

RCF : Cette volonté du gouvernement sri-lankais de légaliser l’avortement est-elle nouvelle ?

R.A : Effectivement, on peut se demander pourquoi, en ce moment, le gouvernement s’attelle à une telle réforme. Il faut savoir qu’en 1980, le Sri-Lanka a signé, et le texte a été ratifié en 1981, une convention de l’ONU : une convention sur l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes. Donc un texte tout à fait positif dans sa tournure, dans son objet, dans sa volonté, dans son but. Mais la convention onusienne stipule le droit des femmes à avorter et, je cite, “en cas de viol, de relation incestueuse, ou de malformation du foetus”. On retrouve quasiment mot pour mot la législation qui est en train d’être transformée, refondue actuellement au Sri Lanka. Et les évêques s’étaient opposés à plusieurs reprises au fait que cette convention onusienne soit transplantée, transcrite dans le droit national, dans le droit sri-lankais. Cela avait le cas en 1995, en 2002 puis en 2005. On voit une certaine constance dans ces efforts du pays à transcrire cette convention onusienne. Là, encore aujourd’hui, les évêque s’y opposent. On a fêté le 4 février, l’anniversaire de l’indépendance, 69° anniversaire, et le cardinal Malcolm Ranjith, qui est l’archevêque catholique de Colombo, a publié un message. C’est un message qui est surtout centré sur la reconstruction politique que ce pays doit connaître après des décennies de guerre civile, mais il a également dit qu’il était du devoir des Sri-Lankais, de, je le cite “chercher une vraie indépendance qui protège la culture et la civilisation de ce pays de toute forme d’influence néo-coloniale ou issue de la mondialisation.” Le cardinal ne dit rien de plus mais on peut penser qu’il visait ce texte aujourd’hui à l’étude et qui est directement inspiré d’une convention onusienne.

L’entretien est à écouter ici.

NLQ #Points non négociables PNN

L’euthanasie en voie de légalisation, l’air de rien

De la sédation prolongée irréversible à la légalisation officielle de l’euthanasie, il n’y a qu’un pas… sémantique ?

La nouvelle loi Santé se préoccupe-t-elle plus de la mort que de la vie à l’image d’une société qui veut oublier l’homme, l’humain pour faire place à des robots dans la vie de tous les jours, pour vous prendre la tension, vous apporter votre repas à l’hôpital, ou jouer avec vos enfants ? Et l’utilisation médiatique de sportifs de haut niveau  pour faire passer la loi sur l’euthanasie ou d’artistes célèbres comme Angelina Jolie pour l’amputation préventive des seins, ne relève-t-il pas du sordide, le la manipulation ?

« L’athlète belge, Marieke Vervoot attire une nouvelle fois les lumières sur l’euthanasie. A son retour de Rio, elle souhaite en finir avec ses souffrances. Un tel exemple peut-il relancer le débat sur l’euthanasie en France ? »[1].   Que Marieke ait fait un choix autorisé en Belgique (depuis 2002) relève de sa liberté. Que ce choix exprimé depuis 2008 devienne un moyen de se mettre en lumière pose question. « Le sujet difficile de l’euthanasie l’a propulsée dans une lumière intense dont elle semble finalement s’amuser », écrit le journal Le Soir cité par le Monde  (réf 1)  qui ajoute : « d’autant plus que M. aborde facilement le sujet, argumente son choix avec le sourire et retourne la symbolique et le champ sémantique qui entoure habituellement ce mot, euthanasie. Elle en fait un terme associé à la vie et pas à la mort ». Et  finalement,  décide de surseoir à la sortie des Jeux.  Pourquoi tant de bruit si ce n’est une instrumentation dont elle est victime et probablement inconsciente. Porte- drapeau de la mort médicalisée ?

Cette décision personnelle relève de l’intime. Elle ne devrait jamais franchir les portes de la sphère médicale  pour se mettre sous les projecteurs des plateaux télé. Cette médiatisation est d’emblée suspecte. Elle  sème le doute sur les raisons profondes de ce désir d’ en finir avec l’aide de médecins, depuis huit ans.. Nous pouvons respecter le courage d’une grande malade qui arrive à des performances physiques de haut niveau. Comprendre aussi ses angoisses personnelles sur l’aggravation de sa maladie musculaire qui pourrait l’empêcher de se suicider à temps dans un avenir plus ou moins éloigné, bref tout ce qui probablement dans son cas l’a conduit initialement à faire ce choix potentiel de l’euthanasie. Expérience individuelle, unique de cette femme qui mérite toute notre compassion.

Mais l’utilisation de cette détresse par ceux qui ont transformé cette athlète  en chevalier servant de l’escadron d’une mort légalisée est moins respectable.  L’euthanasie légale devrait relever du secret médical dans les pays où elle est légalisée, et ne pouvoir en aucun cas devenir un marché comme un autre. Et pourtant[2] !

« L’euthanasie ne veut pas dire “meurtre” pour moi, mais signifie “repos” » dit M.

Propos largement relayé dans la presse, oubliant que le cas exceptionnel d’une patiente qui se  paralyse chaque jour un peu plus ne reflète heureusement pas le malade que certains poussent  parfois assez violemment à demander l’euthanasie pour des raisons parfois moins nobles ou à subir une mise à mort passive permise par la banalisation de cette « aide à mourir ». M.V. a –t-elle pu envisager  les conséquences de cette campagne de marketing pour un nouveau marché ? Son choix personnel  peut-il être généralisé au patient lambda et comme Angelina Jolie a accepté la responsabilité de présenter sa double mastectomie préventive au monde entier, la publicité a-t-elle sa place dans des décisions intimes  relevant de situations individuelles toujours différentes ? Les conséquences pour des patients moins entourées sont-elles évaluables et mesurées par ces égéries du meurtre légal ou de la mutilation du symbole féminin, les seins ?

Le conditionnement à l’abandon des soins même palliatifs, outil du nouveau management financier de la « médecine » selon Dieu FRIC.

Combien de patients sont-ils euthanasiés sans leur véritable consentement ?  Expérience trop fréquente à l’hôpital depuis une vingtaine d’années, survenue avec la transformation des établissements de soins en entreprise, rentabilité et efficience devenant indices de « qualité ».  Cette nuit, « on  a fait des lits  » phrase trop entendue dans un hôpital parisien déjà dans les années 90. Certes il s’agissait de malades en véritable fin de vie qui seraient morts rapidement quelques heures ou jours plus tard, mais de quel droit leur voler leur mort, consciente ou inconsciente, de quel droit  priver leurs proches de ce moment capital, de quel droit pousser la seringue de morphine et d’Hypnovel un peu plus vite ? De quel droit traumatiser à jamais des soignants poussés à obéir, qui auront cru un moment rendre service et seront hantés par leur geste fatal des années durant [3] , ainsi que des parents l’ont été après avoir demandé de raccourcir l’agonie de leur enfant, ou pire, de ne pas le réveiller après une intervention chirurgicale, car le pronostic à court terme paraissait mauvais ? Pour qui nous prenons-nous ?

Depuis l’ère de l’hôpital rentable, émissions télévisées et journaux populaires, enseignements médicaux et paramédicaux  dédiabolisent ces pratiques, sous prétexte de soulagement, de compassion. Comme les soins palliatifs  faisaient partie intégrante des bons soins curatifs, les isoler a permis d’écarter bon nombre de cancéreux des traitements éprouvés, et au total, d’écourter leur séjour terrestre. Chacun sait que le citoyen moyen  dépense en frais de santé autant dans les six derniers mois de sa vie que dans tout le reste. Ca ne pouvait pas durer, économies de sécu obligent et depuis les années 2000,  pubs sur soins palliatifs et euthanasie se multiplient et l’Etat légifère.

Alors oui, bien manipulés, vieux, mourants, grands malades, handicapés se sentent de trop. Quitter ses proches, parce qu’on coûterait cher à la Sécu, que l’on serait une charge pour sa famille et les soignants qui n’en peuvent plus, ne sont pas assez nombreux, parce qu’on ne voit plus personne, amis ou familles (qui ne veulent pas vous voir « dans cet état-là » pour peut-être garder un meilleur souvenir de vous) , parce que personne ne vous tient la main encore quelques minutes par jour en vous racontant des histoires ou en écoutant Mozart avec vous ? Alors oui, on en voit trop « céder » aux injonctions de soignants, docteurs ou infirmiers ou psy, ou animateurs télé, robots d’un totalitarisme eugénique qui n’avoue pas son nom.

Athée ne refusant pas l’euthanasie au nom d’une foi quelconque, je refuse ce qui sort de la relation personnelle médecin-patient qui a permis depuis toujours le soulagement de  malades, dans le secret du colloque singulier,  mais légiférer et finalement « normer » l’aide à mourir,  puis l’imposer m’horrifie. J’ai trop  honte de voir  sombrer dans la déliquescence notre société de moins en moins humaine, qui trouve  de surcroit le moyen de s’en flatter : « des droits nouveaux » dit la loi de M Touraine et ses décrets récents. Droit d’être abandonné, d’être exécuté au nom de la loi … sous anesthésie !  Quel progrès ! Mystification.

Qu’est-ce que l’euthanasie ?

L’euthanasie est  un meurtre, c’est  tuer quelqu’un. Meurtre qui serait autorisé par le malade lui-même ou son entourage (attention au risque de dérives en particulier successorales…) et par la législation éventuellement. Mais tuer reste un meurtre dont il faut envisager les significations  personnelles, sociales, et les conséquences  affectives, mentales tardives et souvent définitives  pour le « tueur » improvisé.  N’est pas tueur  ou pervers insensible qui veut, et les cauchemars à répétition, les remords ne s’effaceront pas chez l’individu normal, c’est-à-dire presque tout le monde.

La réflexion  éthique, sociétale devrait se garder  d’utiliser l’émotionnel  immédiat par la surexposition irrespectueuse de la  souffrance majeure d’une grande malade sportive transformée en objet de publicité, plus ou moins à son insu (Qui veut être traité comme un objet ?).

Euthanasier, « légalement » ou pas, c’est tuer, c’est transgresser le tabou de l’Humanité,  « tu ne tueras point », l’interdit de tuer, fondement d’une société civilisée.

En même temps que début aout 2016, passent discrètement  les décrets d’application de la loi Clayes Leonetti votée en début 2016  à mains levées par quelques députés présents (sous-estimant la gravité philosophique  et sociale de l’autorisation de tuer), et plus grave encore par les médecins, reniant ainsi les bases de notre engagement et du serment d’Hippocrate, la France  est soumise aux attaques terroristes. Les multiples débats sur la radicalisation des plus jeunes  mettent en cause l’attraction des jeux-vidéos disponibles sur leur smart phone par les adolescents.  Les séries télé quotidiennes banalisent la mort et l’acte de tuer. Difficile d’échapper le soir à des scènes de meurtre plus ou moins horribles. Ces spectacles permanents et ces jeux atténuent la frontière entre virtuel et réel,  banalisent le meurtre et l’assassinat dans la réalité et le cinéma qui se confondent. L’interdit de tuer n’est plus au cœur de l’éducation et de l’enseignement depuis la « tendre » enfance de nos jeunes,  et  les joutes verbales des défenseurs  bruyants de l’euthanasie rajoutent une couche dans la perte du respect intransgressible de la vie d’autrui[4]. Quelles conséquences pour l’avenir ?

La logique euthanasique :  « Sédation profonde et continue jusqu’au décès » une légalisation de l’euthanasie qui ne dit pas son nom !

Dans l’immédiat, le gouvernement n’a pu se retenir de légiférer !  Probablement pour quelques voix de lobbies aux élections qui s’annoncent, on mime le déclin de Rome. Le 5 août 2016 en toute discrétion, ont été publiés  3 textes règlementaires en application de la loi Claeys-Leonetti [5]. Ces textes précisent les conditions de ces  pseudo « nouveaux droits » adoptés le 2 février 2016. Orwell avait bien démontré comment inverser le sens des mots, rien de neuf.

Modification autoritaire et sans la profession, du code de déontologie médicale ! Une gravissime transformation régressive de la société passée inaperçue, et votée dans le silence loin des médecins eux-mêmes.

Le premier décret [6] modifie le code de déontologie médicale pour encadrer le recours à la « sédation profonde et continue jusqu’au décès ». Le second décret concerne les directives anticipées, leurs conditions de rédaction et de conservation. Ces directives « s’imposeront, sauf exception, aux médecins »Elles n’auront plus de limites dans le temps, alors qu’elles devaient jusqu’à présent être renouvelées tous les trois ans. Comment accepter cette loi, ce droit de tuer, qui devient en plus une injonction à tuer ( « s’imposeront aux médecins ! ») ?  Nous avons choisi médecine pour soigner, pas pour tuer sur ordre… Ca ne vous rappelle rien ?

Il faut entendre  et comprendre que déjà nombre de personnes âgées ne veulent plus aller à l’hôpital par peur d’être « achevées », et elles ont raison. Quel regard porter sur le médecin qui a le droit de vie ou de mort sur vous, et dont vous ne savez rien ! Pour casser définitivement le lien médecin-patient, on ne pouvait rêver mieux !  Quant aux directives anticipées, n’oubliez jamais que ce sont des paroles de « bien –portants » qui vous enchainent. Au moment crucial, des années plus tard éventuellement, votre avis aura  souvent bien changé !

D.Moyse [7] exprime clairement   cette évidence oubliée par le législateur : personne ne peut manifester par anticipation un choix qui, au moment crucial, peut se révéler totalement différent : « Il y a peut-être quelque illusion à prétendre connaître nos souhaits à venir face à ce qui, relève de l’inimaginable » et dénonce ainsi le caractère irréversible d’une réaction présumée : « Combien n’ont-ils pas juré qu’ils se suicideraient dans l’hypothèse de telle ou telle maladie grave et qui, comme la plupart en pareille conjoncture, se sont finalement battus quand l’occasion s’est présentée » et appelle à la prudence face au « piège » du « serment à soi » : selon elle, il tend à museler la personne en fin de vie, « pour affirmer le pouvoir sur sa propre vie contre tout ce qui tend à [lui] confisquer ».   Plus prosaïquement le serment de fidélité du mariage est bien souvent rompu  … N’est –ce pas comparable ?

Et dans  sa tribune[8] elle rappelle ce qu’explique  le livre des morts  tibétain de Chôgyam Trungpa,  en 1975 : combien il est important « de dire à la personne qu’elle est en train de mourir », expliquant que l’impossibilité d’accomplir un tel geste s’apparente à « un refus (…) terrible, fondamental, de l’amour ». Pour autant, précise D Moyse, « nous pressentons qu’il ne confond l’aide à mourir  ni avec le geste létal, ni avec l’endormissement des mourants ». Pour lui, « la preuve ultime d’amour serait d’aider un agonisant à apprivoiser l’approche de sa mort, c’est-à-dire de rendre possible qu’il la rencontre ».

La « mort par sédation » ou le reniement de nos « devoirs d’humanité » [9]

 

Lire la suite de l’article du docteur Nicole Délépine