Tribunes et entretiens

Le C9, le groupe de cardinaux chargé de réfléchir à la réforme de la Curie, s’effrite. Trois cardinaux quittent le groupe.

Lorsque le Pape François l’avait mis sur pied, six mois après son élection, on aurait dit le début d’une révolution : un conseil composé de huit cardinaux issus de cinq continents avec pour mission de seconder le pape pour réformer la Curie et surtout pour « gouverner l’Église universelle ».

Et pourtant, cinq années et vingt-quatre sommets autour de François plus tard, la Curie est plus mal en point qu’avant, l’Église universelle baigne dans la confusion et ce conseil de cardinaux tombe en pièces. Un instantané impitoyable du pontificat actuel, qui mérite qu’on y regarde de plus près.

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Entretemps, ils sont rapidement passés de huit à neuf, avec l’entrée du secrétaire d’État Pietro Parolin qui était au départ la victime toute désignée de la soi-disant réforme de la Curie alors qu’il pèse aujourd’hui plus lourd que tous les autres mis ensemble.

Mais le coordinateur de ce « C9 », comme l’ont baptisé les médias, c’est toujours le cardinal hondurien Andrés Rodríguez Maradiaga que François s’obstine à garder près de lui malgré que sa réputation ait volé en éclats, même auprès des cardinaux qui siègent à ses côtés.

[Mgr Maradiaga est accusé d’avoir détourné des fonds]

« L’Espresso » a été le premier à publier à plusieurs reprises les accusations qui planent sur la tête de Maradiaga et qui sont depuis un an sur le bureau du Pape, rassemblées dans un rapport sévère du visiteur apostolique, l’évêque argentin Alcides Casaretto qui avait été envoyé au Honduras pour enquêter sur le scandale.

Mais des accusations plus graves encore continuent à pleuvoir sur son ami intime et évêque auxiliaire à Tegucigalpa, José Pineda Fasquelle concernant de sombres affaires de mauvaise gouvernance financière et d’abus sexuels à répétition, entre autres dans son séminaire diocésain.

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Et puis il y a ce deuxième cardinal du « C9 » qui est dans les ennuis pour des méfaits similaires : le chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa, l’archevêque émérite de Santiago.

On le soupçonne d’avoir couvert l’un de ses confrères, l’évêque d’Osorno Juan Barros, à son tour disciple et complice d’un prêtre charismatique et autrefois très respecté, Fernando Karadima, à la fois guide spirituel et prédateur en série d’une quantité innombrable de jeunes et d’adolescents, qui a été découvert et condamné par les autorités vaticanes en 2011.

C’est le cardinal Errázuriz qui avait, en 2014, déconseillé au Pape François de nommer Juan Carlos Cruz, la principale victime et accusateur de Barros, à la Commission pontificale pour la protection des mineurs qui venait d’être mise sur pied. Et François y avait consenti de bonne grâce, puisqu’il était lui aussi plus que convaincu de l’innocence de Barros et du caractère mensonger de ce qu’il qualifiait de « calomnies ».

Au cours du récent voyage papal au Chili, tout cela lui a explosé au visage comme un bombe, à tel point qu’à son retour à Rome, François s’est vu contraint d’envoyer dans ce pays un inquisiteur expérimenté en la matière, l’évêque maltais Charles Scicluna. Le rapport que ce dernier a fourni a finalement convaincu le Pape de reconnaître qu’il s’était trompé et de mettre en cause celui qui lui avait donné des « informations non véridiques », c’est-à-dire « in primis » le cardinal Errázuriz.

Fin avril, François a reçu plusieurs victimes et à la mi-mai, il a appelé au rapport à Rome tous les évêques du Chili. Après quoi ce pourrait bien être le clap de fin non seulement pour Barros mais également pour Errázuriz.

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Et ce n’est pas tout. Le cardinal australien George Pell est également inculpé dans son pays pour des accusations similaires qui remontent à une cinquantaine d’années. Et il y a des mois qu’il ne met plus le pied à Rome et qu’il ne participe plus au « C9 ».

Mais au Vatican, son sort était déjà scellé bien avant et pour d’autres raisons, depuis qu’il a été privé, alors qu’il était préfet du tout nouveau Secrétariat pour l’économie, des pouvoirs de contrôle sur tous les services administratifs et financiers du Saint-Siège, qui depuis ont recommencé à fonctionner comme ils l’entendaient, comme avant la soi-disant réforme bergoglienne, sans compter que la Secrétairerie d’État est plus intouchable que jamais.

Le Secrétariat pour l’économie est désormais une coquille vide, sans préfet, sans secrétaire, sans réviseur général aux comptes, depuis que le premier et le dernier titulaire, Libero Milone, ait été chassé sous l’accusation d’avoir enquêté là où il ne fallait pas.

Il ne serait donc pas surprenant que le grand conseil des neufs cardinaux se délite peu à peu de la même manière.

Source : Diakonos.be

NLQ #Rome

L’homme des audits du Vatican quitte le Saint-Siège

Le Saint-Siège a annoncé mardi 20 juin 2017 la démission de Libero Milone, contrôleur général des comptes du Saint-Siège depuis deux ans. « Nous annonçons que Libero Milone a présenté hier au Saint-Père sa démission de la charge de contrôleur général. Le Saint-Père l’a acceptée. S’achève ainsi, d’un commun accord, sa collaboration avec le Saint-Siège », a indiqué la Salle de presse du Saint-Siège dans un communiqué. Ce dernier précise que le processus de nomination du nouveau responsable du bureau de contrôleur général sera rendu public « dès que possible ».

Ce laïc italien, expert-comptable et financier, avait été choisi par le Pape François en juin 2015 pour occuper ce poste qu’il venait de créer afin de mettre en œuvre un audit annuel des différents dicastères de la Curie romaine et des institutions liées au Saint-Siège, ou s’y référant.  Le cardinal australien George Pell, préfet du Secrétariat pour l’Économie, avait précisé que le contrôleur général serait totalement indépendant et autonome pour mener à bien sa mission, dépendant directement du Pape et étant libre de se déplacer partout au sein de l’État de la Cité du Vatican.

 

Source Radio Vatican