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Le « Linceul de Turin » attesté à Lirey, en Champagne

Le très célèbre Suaire aujourd’hui appelé « Linceul de Turin », est apparu en France à partir de 1357, dans la petite ville de Lirey, à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville de Troyes en Champagne, selon la première mention historique documentée non contestée à ce jour.

Comment ce tissu a-t-il pu arriver là et d’où pouvait-il venir ? Le Linceul de Turin est selon toute probabilité le « linge d’Édesse », très connu dans l’Antiquité, appelé souvent à tort Mandylion. On s’en convainc en suivant son itinéraire : Eusèbe de Césarée (écrivain de Palestine, 264 – environ 340) évoque dans son « Histoire Ecclésiastique » la légende du roi Abgar qui aurait reçu une image miraculeuse du Christ. Il est question ensuite à Édesse (aujourd’hui Urfa, dans l’extrême sud-est de la Turquie) d’une image mystérieuse, « non faite de main d’homme » (acheiropoïète selon le terme grec), qui repousse, paraît-il, les Perses en 544.

À partir de cette date, on constate un changement radical dans la représentation du Christ. Après les premières représentations symboliques (pain, ancre, poisson) le Christ avait été représenté comme un jeune pasteur grec imberbe (notamment dans les catacombes et dans toutes les églises antiques Milan, Ravenne, etc.). Puis, très curieusement, à partir du VIe siècle, toutes les représentations du Christ vont changer relativement brutalement dans le monde chrétien oriental. On va lui substituer une image de face, des cheveux longs avec une raie centrale, une barbe bifide, un visage ovale et un nez allongé, avec bien souvent une double mèche au sommet du front, à l’endroit où il y a une double tache de sang sur le Linceul. On le constate par exemple sur la monnaie de l’Empereur Justinien, frappée en 565, ainsi que sur la magnifique image du Christ du monastère Sainte Catherine en 550, sur les icônes de la Basilique Sainte Sophie à Constantinople, à Ohrid en Macédoine, à Palerme, au Mont Athos, etc. Partout la ressemblance de ce nouveau « canon » avec le visage du Christ sur le Linceul est frappante. On en est donc venu naturellement à imaginer que le « linge d’Édesse », probablement à l’origine de cette nouvelle iconographie, pouvait être le Linceul de Turin. En effet, les représentations du linge d’Édesse en notre possession, se rapprochent du visage du Linceul en imaginant le Linceul replié huit fois sur lui-même.

En 650, Édesse est conquise par le califat islamique mais le « linge d’Édesse » reste vénéré malgré la présence musulmane, ce qui lui permettra providentiellement d’échapper aux destructions liées à la crise iconoclaste entre 730 à 787. Le second concile de Nicée (787) rétablit la légitimité des images, en utilisant comme argument essentiel « l’image d’Édesse », pour légitimer l’usage des images sacrées : « En tant qu’homme parfait, le Christ non seulement peut, mais doit être représenté et vénéré en image. » Léon, lecteur de l’église de Constantinople, est cité comme témoin principal et atteste avoir vu à Édesse l’image d’un linceul.

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