Tribunes et entretiens

Lamento sur la Réforme de Luther par Charlotte Allen

Aujourd’hui on célèbre le cinq centième anniversaire du jour où Martin Luther « aurait » placardé ses quatre-vingt quinze thèses sur les portes de l’église du château de Wittenberg, donnant le coup d’envoi de la Réforme. En 1999, catholiques et luthériens ont fumé le calumet de la paix, « théologiquement » s’entend, en publiant une déclaration conjointe selon laquelle les deux branches du christianisme s’accordaient sur le point précis à l’origine de la rupture de Luther avec l’Eglise catholique : la « justification », c’est-à-dire le pardon des péchés des hommes par le pouvoir salvateur du Christ ne s’obtient qu’avec la grâce de Dieu, et pas par « le mérite », comme certains catholiques l’avaient soutenu (ou semblaient le soutenir). Ensuite, le 19 octobre de l’année en cours, l’évêque italien Nunzio Galantino, secrétaire général de la Conférence des évêques d’Italie, a fait un pas de plus et déclaré que Luther n’était même pas un hérétique et que la Réforme était « l’œuvre du Saint Esprit ». Je n’irai sûrement pas jusque-là, mais je me sens obligée, dans une perspective œcuménique, de dire un peu de bien de Martin Luther.

Mais c’est une tâche très difficile.

Pas la peine d’approuver la psychobiographie freudienne de Luther exposée dans l’ouvrage d’Erik Erikson Young Man Luther [non traduit en français] pour conclure que Luther souffrait de confusion mentale. Il était arrogant, égocentrique, théâtral et pensait que le monde entier tournait autour de lui parce qu’il était plus intelligent que tous les autres et spirituellement supérieur à eux.

Il passa le début de son âge adulte à se tâter avant de décider dans quelle voie s’engager (en gaspillant les frais de scolarité à la charge son père) à une époque (la fin du Moyen Âge) où les jeunes adultes ne pouvaient guère se payer ce luxe parce que la plupart d’entre eux ne dépassaient pas la quarantaine. Ensuite, quand il entra finalement dans un monastère des Augustins (avec l’un de ses grands gestes mélodramatiques habituels : Vous ne me reverrez « plus jamais »), il passa une dizaine d’années à s’apitoyer sur lui-même parce qu’il ne pouvait pas obtenir la garantie que son âme serait sauvée – un péché contre la vertu chrétienne d’espérance.

Lorsqu’il s’agit de « réformer » l’Eglise après 1517, ce que Luther voulait vraiment, ce n’était pas supprimer la vente des indulgences ou n’être « plus jamais » vu. Au contraire, on vit Luther partout : frayant avec de puissants princes allemands qui avaient des griefs contre le Saint Empire romain germanique, les aidant à confisquer des monastères un peu partout (Luther n’avait-il pas un seul bon souvenir des Augustins avec lesquels il avait passé de nombreuses années ?) et persécutant brutalement les ancêtres anabaptistes de ces gentilles dames amish qui vendent des tomates cultivées dans leur jardin sur mon marché local.

Luther prêchait exclusivement la lecture de la Bible (sola scriptura), mais ne se gênait pas pour trafiquer la Bible quand le texte ne correspondait pas à sa théologie. Il inséra le mot « seule » dans la phrase « C’est par la foi » [que le juste vivra] dans sa traduction en allemand de l’Epître de saint Paul aux Romains et essaya de reléguer la Lettre de saint Jacques au deuxième plan parce qu’elle affirme qu’il n’y a pas de vraie foi sans les actes. Quand il décida de se marier, il n’alla pas chercher la fille d’un bon bourgeois allemand. Mais non ! Il épousa une ex-religieuse, Katharina von Bora, qu’il avait personnellement fait sortir de son couvent.

N’avons-nous pas là l’affront suprême envers l’Eglise catholique ? Les deux comparses s’installèrent dans un monastère confisqué, ce qui revient un peu à expulser son voisin pour lui prendre sa maison. Luther fut responsable tout seul de la destruction intégrale d’œuvres d’art médiévales inestimables, de très nombreux Luthériens de fraîche date blanchissant allégrement à la chaux les fresques de leurs ex-églises catholiques et jetant les statues des saints au feu. Heureusement, Luther n’était pas italien, c’est pourquoi nous avons encore quelques Giotto.

Il avait aussi une étrange fixation scatologique, utilisant des expressions très grossières quand il insultait ses ennemis, ce qui arrivait fréquemment parce qu’il en avait beaucoup. Et pour couronner le tout, il était férocement antisémite. Certes, les catholiques du Moyen Age n’étaient pas exemplaires en ce qui concerne le traitement des Juifs, mais au moins aucun d’entre eux n’a écrit un pamphlet intitulé Les juifs et leurs mensonges qui était l’un des livres favoris de Julius Streicher.

Et Martin Luther n’est pas l’inventeur de l’arbre de Noël. Il n’est pas non plus l’auteur de l’hymne « La chanson du berceau » [« Away in a Manger » composée au XIXe siècle en Amérique], mais il a presque réussi à supprimer Halloween en renommant la fête « Jour de la Réforme ». Quel rabat-joie. Il aurait pu choisir de placarder ces quatre-vingt-quinze thèses le 30 octobre !

En toute justice, il y a quand même quelques points positifs à rappeler à propos de Luther. Je vais les énumérer :

Entre bonne bière et Bach, vous trouverez les quelques points positifs sur France Catholique,

 

NLQ #Rome

Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et de l’Eglise catholique

« Nous reconnaissons que, si le passé ne peut être changé, son influence sur nous aujourd’hui peut être transformée pour devenir l’impulsion d’une communion croissante et un signe d’espérance pour le monde qui doit surmonter la division et la fragmentation. » C’est ce qu’affirme une Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, publiée le 31 octobre 2017, pour la conclusion de l’année de commémoration conjointe de la Réforme.

Luthériens et catholiques se disent « profondément reconnaissants » du chemin œcuménique parcouru ensemble durant les cinquante dernières années. Parmi les « bénédictions » de cette année de commémoration, ils soulignent « le fait que pour la première fois luthériens et les catholiques ont considéré la Réforme dans une perspective œcuménique ». Une fois encore, affirment-ils, « il apparaît clairement que ce que nous avons en commun est bien plus grand que ce qui nous divise encore ».

La déclaration se conclut par un engagement : « Nous nous engageons à continuer à cheminer ensemble, guidés par l’Esprit de Dieu, vers la plus grande unité selon la volonté de notre Seigneur Jésus Christ. Avec l’aide de Dieu, nous désirons discerner par la prière notre compréhension de l’Église, de l’Eucharistie et du Ministère, en quête d’un consensus substantiel pour aplanir les différences subsistantes entre nous. »

 

Source et déclaration complète

Doctrine / Formation #Théologie

Oecuménisme – Comment comprendre le sola scriptura ?

Au cœur de l’année de commémoration de la publication des thèses de Luther, se pose la question du dialogue œcuménique, autour du célèbre Sola Scriptura.

Arnaud Dumouch, de l’Institut Docteur Angélique, donne quelques pistes de réflexions.

sola scriptura

 

La position protestante : tout ce qui n’est pas dans l’Ecriture est ajout et trahison de la tradition humaine. Citations de l’Ecriture : Mt 15, 3 ; Ap 22, 18.

La position orthodoxe : La Tradition apostolique est avant l’Ecriture puisqu’elle l’a produite. Citations de l’Ecriture : Jn 14, 26 ; Jn 16, 13.

La position catholique : Le charisme du successeur, promis par Jésus, de Pierre permet, indépendamment de la foi ou de la charité de Pierre et de ses successeurs, de trancher entre tradition et Tradition. Citations de l’Ecriture : Luc 22, 32.

Tribunes et entretiens

Tribune – Œcuménisme et syncrétisme

La question œcuménique est une des pierres d’achoppement entre catholiques et bien entendu entre chrétiens. Elle divise, oppose, crispe deux attitudes exacerbées depuis Vatican II. Il faut dire qu’on ne sait plus trop ce que le mot veut dire et qu’il existe un « pseudo Vatican II » qui fait dire au Concile bien des choses qui n’y sont pas, mais qui sert d’écran justificateur à un certain progressisme catholique. De même, il existe un autre « pseudo Vatican II » qui sert de repoussoir anti catholique. Bref, même si le Concile peut être critiqué dans certains documents qui n’engagent pas l’autorité de l’Église, encore faut-il le connaître pour en parler. L’œcuménisme fait partie de ces récupérations en tout genre dont le Concile pâtit encore.


Œcuménique signifie à l’origine, l’ensemble de la terre habitée. Un concile œcuménique des premiers siècles traduit la réunion de tous les évêques de la terre connue. Il ne s’agit nullement de rassembler des Églises éclatées théologiquement. Bien au contraire, ces conciles visaient à se mettre d’accord sur les propositions de foi reconnues par tous, dans la communion des évêques. C’est le sens actuel de la « Communion des Eglises orthodoxes » reconnaissant les 7 premiers conciles œcuméniques.


Aujourd’hui, œcuménisme a pris un tout autre sens. Il s’agit d’une volonté ou d’un processus de rapprochement entre Églises déchirées soit par le schisme, soit par l’Hérésie. Intention hautement louable et parfaitement conforme à la volonté du Christ « que tous soient un ». Malheureusement cette démarche, normale pour un chrétien, prend un chemin de traverse fort dommageable, puisqu’il cherche à faire l’unité en gommant les différences. Ce qui est recherché n’est pas l’unité, mais l’union, voire la fusion sur la base du plus petit dénominateur commun. Si c’est en effet un point de départ nécessaire pour avancer, c’est aussi une voie rapidement sans issue qui confine à un syncrétisme dans lequel, chacun faisant un effort, renonce à des pans de sa foi, voire prend de l’autre des éléments qui lui sont contraires. C’est ainsi que nous avons remplacé « ne nous laisse pas succomber à la tentation » par « ne nous soumets pas », bien plus protestant.


L’œcuménisme ne consiste pas à se perdre soi-même, mais à faire rentrer dans la pleine communion ecclésiale ceux qui en sont sortis. C’est le sens de la phrase de saint Cyprien de Carthage « je ne peux quitter l’Église pour aller vers vous ». Évidemment d’un point de vue extérieur et humain, nous pourrions ne voir là que deux têtes de mules refusant de céder. Mais de deux choses l’une, où nous croyons que l’Église est dans la vérité et nous n’avons aucune raison d’en sortir, ou nous pensons qu’elle se trompe et nous n’avons aucune raison d’y rester. Recomposer une Église œcuménique qui serait la somme de toutes les Églises, aplanie de leurs différences, serait ni plus ni moins qu’une nouvelle hérésie. Ce ne serait pas l’Église du Christ, mais une énième rupture. Dans la démarche œcuménique il est important de comprendre pourquoi et en quoi les autres chrétiens se sont éloignés, car en toute position il y a, comme le soulignait saint Thomas d’Aquin, des semina verbi, semences de vérité. C’est une chose de rechercher ce qui unit, c’en est une autre de repartir de ce qui nous sépare. Telle fut toute l’œuvre de saint François de Sales en Chablais.


La générosité des mouvements et initiatives paroissiales ou diocésaines qui visent à « effacer nos différences » n’est en rien de l’œcuménisme, mais un nouveau syncrétisme qui défigure un peu plus le visage du Christ. Le seul document qui fasse aujourd’hui référence en la matière est l’encyclique ut unum sint de Jean-Paul II, ainsi que la note du cardinal Ratzinger, Dominus Jesus, sur « l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus Christ et de l’Église. Une note qui fit couler beaucoup d’encre à l’époque.

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Point de vue – L’origine protestante de la politique et du droit moderne

(Cet article est une reprise estivale d’une tribune datée du 31 octobre 2016)

Alors que commence officiellement aujourd’hui, 31 octobre 2016, l’année du cinquième centenaire de la Réforme protestante, avec la participation controversée du pape François, nous vous proposons, tout au long de cette année, un ensemble de tribunes pour comprendre l’histoire et les enjeux, afin d’éviter de confondre, œcuménisme et syncrétisme et de rester dans la ligne du pape posée à Assise, ni syncrétisme, ni relativisme. Une sorte de disputatio virtuelle. 

Miguel Ayuso, président de l’Union internationale des juristes catholiques, professeur de science politique et de droit constitutionnel à l’Université pontificale de Comillas (Madrid), a consacré un très important article publié en France par la revue Catholica, au thème de son étude  « L’origine protestante de la politique et du droit moderne ».

Il répond à Philippe Maxence pour l’Homme Nouveau.

Extraits

Ce que l’on appelle la Réforme protestante a constitué la véritable Révolution religieuse, de telle sorte que furent bouleversés tant la théologie que son présupposé métaphysique et qui, à partir de là, a eu des incidences décisives en philosophie pratique. Mon travail en particulier et, de façon générale, le livre qu’il conclut traitent des conséquences des théories et des options de Luther sur le plan éthique, politique et juridique, c’est-à-dire celui de la philosophie de la praxis. Le poids qu’a représenté le luthérianisme sur celui-ci a été à ce point déterminant qu’il est possible d’affirmer qu’il a marqué une « inflexion » qui a caractérisé toute la modernité.

 

L’école du traditionalisme espagnol a toujours considéré que « l’Europe » n’était pas autre chose que la sécularisation de la chrétienté. Le protestantisme a joué un rôle décisif dans un tel changement : non seulement par la destruction pratique de la chrétienté qui – selon l’expression de saint Bernard de Clairvaux – était un regroupement hiérarchique de peuples, reliés entre eux en conformité à des principes organiques en subordination au soleil de la papauté et à la lune de l’Empire et dont la rupture de l’unité religieuse entraîna celle de la politique, mais aussi par la révolution intellectuelle qui sépara la nature de la grâce, d’où procède le processus général de sécularisation.

 

On ne peut omettre que le monde protestant a laissé sa marque, plus profonde que ce qu’il paraît, en France où la minorité calviniste a toujours été influente. Sur ce point il est possible d’effectuer une nette différenciation entre les expériences française et espagnole, celle-ci étant fondée sur l’unité catholique et mue par un esprit de croisade, jusqu’à sa récente « européisation » – c’est-à-dire sa dissolution.

 

La gnose luthérienne consiste essentiellement au refus de l’être des choses créées, qui par effet de conséquence ont à se construire. Le point central réside dans la liberté négative, celle du refus de servir et celle de se donner à soi-même la loi : en dépit de ses origines très profondes et éloignées dans le temps – lucifériennes et adamiques pour commencer – elle trouva un climat culturel particulièrement favorable pour être à nouveau proposée et se développer avec la doctrine protestante. C’est l’idée luthérienne de la « liberté du chrétien », par la suite sécularisée, qui va être à l’origine et donner naissance à l’idéologie moderne. 

 

L’esprit calviniste et l’esprit libéral se sont renforcés réciproquement. Quoique la doctrine calviniste ait pu perdre de sa vigueur en de nombreux domaines, l’éthique calviniste a conservé sa force. Le protestantisme a nié la raison humaine et, par la suite, la valeur sacramentelle de la création : l’univers s’est trouvé alors réduit – comme le disait mon ami, le philosophe américain Frederick D. Wilhelmsen – à la matière première du manchestérisme.

 

Il convient tout d’abord de signaler que la modernité doit se comprendre comme un concept axiologique et non simplement chronologique. En outre elle est une et indivisible, contrairement à ce que prétendent les « conservateurs » de toutes sortes. Et Luther est le précurseur de la modernité. Lorsque l’on se confronte à cette question en dehors des chemins battus du conformisme et du cléricalisme, il faut reconnaître que le professeur Francisco Elias de Tejada avait raison de voir dans la Réforme luthérienne la première des ruptures qui ont engendré la modernité, avec celles de Machiavel, Bodin et Hobbes.

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Martin Luther n’a aucun rapport avec l’œcuménisme, selon le card. Kasper

(republication estivale d’un article d’octobre 2016)

Alors que les protestants s’apprêtent à fêter le 500 ème anniversaire de la publication des thèses de Luther et que le pape François se rendra à cette occasion en Suède, le cardinal Kasper revient sur une des grandes questions du moment : l’oecuménisme.

Dans son livre “Martin Luther. Une perspective œcuménique”, le prélat en vient à conclure que nous pouvons romancer ou modifier l’histoire, mais Martin Luther, le vrai, le personnage historique et le réformateur religieux, n’a aucun rapport avec l’oecuménisme.

 « Luther n’était pas un personnage œcuménique. Vers la fin de sa vie, il ne pensait plus possible la réunification avec Rome »

 

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Il ajoute qu’il ne pouvait certainement pas “s’imaginer notre dialogue avec les juifs, dont il parlait avec mépris, d’une façon embarrassante pour nous.” Il n’aurait pas compris non plus “notre dialogue avec les anabaptistes,” lui qui se moquait et attaquait avec la plus grande dureté un grand nombre de mouvements protestants nés de sa propre protestation.

 

Francesco Agnoli poursuit dans la recension du livre cette analyse du cardinal.

Aux pages 32 et 33, Kasper note que “Luther était imprégné par une conscience apocalyptique et se voyait engagé dans la lutte eschatologique finale entre le Christ et l’Antéchrist.” Il commente : « C’est une position dangereuse. Elle exclut le dialogue et n’autorise aucune médiation. Avec l’Antéchrist aucun dialogue n’est possible. » Si donc, pouvons-nous ajouter, les antéchrists étaient, en plus du pape de l’époque (« excrément du diable, chef des assassins »), les papes, n’importe lesquels ( « que la papauté soit maudite, damnée, exterminée »), les catholiques, quels qu’ils soient, les Italiens toujours « méchants » ; les Juifs, invariablement “Antichrist” ; les anabaptistes et les paysans ( « têtus, opiniâtres, et aveugles… ») ; Desiré Erasme, Thomas More, Nicolas Copernic et les théologiens de Louvain (« ânes grossiers, truies maudites, sacs de malédictions… maudite engeance de l’enfer ») et ainsi de suite, on peut en arriver à se demander : avec qui le malheureux Martin aurait-il jamais pu dialoguer ?

On peut dialoguer avec chacun dans la vérité. Ici aussi, tout en adoucissant beaucoup les aspérités du caractère et de la prédication luthérienne, tout en relevant à juste titre la responsabilité de ces ecclésiastiques qui ont trahi leur mission et leur foi, Kasper rejoint dans tout cela ce que tous les historiens savent : Luther ne dialoguait qu’avec le pouvoir en vue d’en obtenir l’appui et le soutien. Il l’a utilisé pour vaincre l’Eglise, mais aussi pour faire disparaître sans pitié les anabaptistes et les paysans.

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La Communion mondiale d’Églises réformées rejoint la Déclaration commune sur la Justification

La majorité des  Églises réformées vont approuver la Déclaration commune sur la Justification : ce mercredi 5 juillet 2017, à Wittenberg en Allemagne, ville où est née la Réforme en 1517, la Communion mondiale d’Églises réformées va s’associer au consensus œcuménique déjà atteint entre catholiques, luthériens et méthodistes.

Un texte commun avait été signé entre catholiques et luthériens en 1999 à Augsbourg, également en Allemagne. Il s’étaient accordés sur cette formulation : « Nous confessons ensemble que la personne humaine est, pour son salut, entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu. » Cette phrase avait mis fin à un contentieux théologique vieux de près de cinq siècles entre luthériens et catholiques, mais le monde protestant était resté divisé quant à ce rapprochement avec l’Église catholique.

Les méthodistes s’étaient déjà associés à cette déclaration sept ans plus tard, en 2006.

L’intégration cette année de la Communion mondiale d’Églises réformées marque une nouvelle étape très importante pour l’unité des chrétiens, puisqu’elle constitue l’une des entités les plus importantes du monde protestant : cette organisation rassemble environ 80 millions de fidèles.

« La doctrine sur la justification par la grâce à travers la foi est au centre de l’Évangile », précise le Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens dans un communiqué rendu public ce lundi 3 juillet. « L’accord sur l’interprétation de la façon dont le salut apporté par le Christ opère réellement dans le pécheur est d’une extrême importance pour les progrès œcuménique. Les Églises réformées affirmeront maintenant que le consensus sur les vérités fondamentales de la doctrine de la justification est conforme à la doctrine réformée. Une des questions cruciales qui avait déclenché la division entre les réformateurs et les autorités de l’Église catholique au XVIe siècle a été désamorcée et résolue, et ceci permet de progresser vers une meilleure communion spirituelle et ecclésiale entre protestants et catholiques. »

Dans le cadre d’une liturgie œcuménique, les responsables de la Communion mondiale d’Églises réformées adhèreront officiellement à la Déclaration conjointe sur la Doctrine de la Justification, en présence de délégués des Églises luthérienne, méthodiste et catholique. Le Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens sera représenté par le Secrétaire, Mgr Brian Farrell, et par le père Avelino Gonzalez, official de la Section occidentale du dicastère.

Au sujet du consensus œcuménique sur cette doctrine fondamentale, les Églises réformées soulignent l’importance particulière du rapport entre la justification et l’engagement en faveur de la justice dans le monde. La grâce comporte et exige des « œuvres bonnes » dans la construction du Royaume de Dieu, qui est un royaume de justice, de paix et de réconciliation.

La justification conduit à la solidarité avec les victimes de la marginalisation sociale et à l’opposition aux systèmes d’injustice sociale et économique. Dans la façon de comprendre d’une façon commune cet impératif chrétien, catholiques, luthériens, méthodistes et réformés peuvent trouver des modalités plus amples et plus intenses de collaboration au service de l’humanité souffrante.

Dans ce sens, les progrès œcuméniques dans le dialogue ne sont pas seulement un effort académique d’experts dans ce domaine, mais ont un impact positif et concret sur la façon dont les chrétiens de confessions diverses vivent et travaillent ensemble d’une façon solidaire et offrent un témoignage commun de l’Évangile dans la société d’aujourd’hui.

 

Source Radio Vatican

Voir aussi l’explication de Benoît XVI sur cette justification

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Le pape en Suède : action de grâce, repentance et témoignages

Le 31 octobre, le Pape François se rendra en Suède, à Malmö et Lund, afin de participer au lancement du 500e anniversaire de la Réforme de Luther. Un événement éminemment œcuménique donc et qui s’annonce d’ores et déjà exceptionnel, puisqu’il s’agira d’une commémoration conjointe  : une première dans l’histoire complexe et souvent douloureuse des relations entre catholiques et luthériens, annonce Radio Vatican

 

Un voyage que nombres de catholiques ont du mal à comprendre. Le pape aime les symboles et surtout les symboles qui bousculent. Il n’est pas le premier pape à rencontrer des protestants. Benoit XVI, Jean-Paul II s’étaient déjà déplacés auprès de communautés protestantes, à Rome ou en Allemagne.

La difficulté ici réside dans un voyage spécialement destiné à une commémoration de rupture, car la Réforme luthérienne est une rupture, un schisme et au-delà, du point de vue catholique une hérésie, c’est à dire une non conformité à l’orthodoxie de la foi. Et ceci la pape François ne le nie pas. Il l’a rappelé aux participants au pèlerinage des luthériens partis de la région de Luther en Allemagne et parvenus à Rome. Il a résumé les sentiments ambivalents éprouvés par les deux communautés : « douleur pour la division qui existe encore » et « joie pour la fraternité déjà retrouvée ».

Il a de même été clair à Assise, refusant tout œcuménisme et tout syncrétisme.

Alors que va faire le pape en Suède ? Ne pouvait-on pas choisir événement moins violent, d’autant que Martin Luther n’était pas un adepte de l’œcuménisme et que l’Eglise nationale de Suède ne cesse de s’éloigner des fondements chrétiens de la foi.

Il ne s’agit pourtant pas de commémorer le scandale de la division, mais bel et bien d’inviter au pardon réciproque et rendre grâce pour un dialogue fécond qui dure depuis 50 ans entre luthériens et catholiques. Les trois piliers de ce voyage seront donc l’action de grâce, la repentance et le témoignage.

« Rendons grâce à Dieu parce qu’aujourd’hui, luthériens et catholiques nous marchons sur la voie qui va du conflit à la communion » disait le pape lors sa rencontre avec les pèlerins protestants. 

Pour juger de la démarche elle-même, il nous faudra attendre les discours, les témoignages qui jalonneront ce voyage alors que l’Eglise luthérienne prend ces dernières années de plus en plus de décisions qui l’éloigne encore davantage de l’Eglise catholique.

 

Evidemment, le risque est une mauvaise interprétation de ce geste symbolique par les initiatives œcuméniques locales qui faute de formation, mêlent avec la meilleur intention du monde, œcuménisme et syncrétisme.

 

Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens s’exprime sur ce voyage