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La vie menacée par les forces du mal, saint Jean-Paul II

En ces jours où la vie est menacée de toutes parts et alors que le pape François vient de lancer un appel au respect de la vie, nous vous proposons la conclusion de l’Encyclique Evangelium Vitae de saint Jean-Paul II

 

 

Au terme de cette Encyclique, le regard revient spontanément vers le Seigneur Jésus, vers « l’Enfant qui nous est né » (cf. Is 9, 5), pour contempler en lui « la Vie » qui « s’est manifestée » (1 Jn 1, 2). Dans le mystère de cette naissance, s’accomplit la rencontre de Dieu avec l’homme et commence le chemin du Fils de Dieu sur la terre, chemin qui culminera dans le don de sa vie sur la Croix : par sa mort, Il vaincra la mort et deviendra pour l’humanité entière principe de vie nouvelle.

 

Pour accueillir « la Vie » au nom de tous et pour le bien de tous, il y eut Marie, la Vierge Mère : elle a donc avec l’Evangile de la vie des liens personnels très étroits. Le consentement de Marie à l’Annonciation et sa maternité se trouvent à la source même du mystère de la vie que le Christ est venu donner aux hommes (cf. Jn 10, 10). Par son accueil, par sa sollicitude pour la vie du Verbe fait chair, la condamnation à la mort définitive et éternelle a été épargnée à la vie de l’homme.

 

C’est pourquoi Marie, « comme l’Eglise dont elle est la figure, est la mère de tous ceux qui renaissent à la vie. Elle est vraiment la mère de la Vie qui fait vivre tous les hommes ; et en l’enfantant, elle a en quelque sorte régénéré tous ceux qui allaient en vivre ».(138)

 

En contemplant la maternité de Marie, l’Eglise découvre le sens de sa propre maternité et la manière dont elle est appelée à l’exprimer. En même temps, l’expérience maternelle de l’Eglise ouvre la perspective la plus profonde pour comprendre l’expérience de Marie, comme modèle incomparable d’accueil de la vie et de sollicitude pour la vie.

 

« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme enveloppée de soleil » (Ap 12, 1) : la maternité de Marie et de l’Eglise

 

 Le rapport réciproque entre le mystère de l’Eglise et Marie apparaît clairement dans le « signe grandiose » décrit dans l’Apocalypse : « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds et douze étoiles couronnant sa tête » (12, 1). L’Eglise reconnaît dans ce signe une image de son propre mystère : immergée dans l’histoire, elle a conscience de la transcender, car elle constitue sur la terre « le germe et le commencement » du Royaume de Dieu.(139) L’Eglise voit la réalisation complète et exemplaire de ce mystère en Marie. C’est elle, la Femme glorieuse, en qui le dessein de Dieu a pu être accompli avec la plus grande perfection.

 

La « Femme enveloppée de soleil » — ainsi que le souligne le Livre de l’Apocalypse — « était enceinte » (12, 2). L’Eglise est pleinement consciente de porter en elle le Sauveur du monde, le Christ Seigneur, et d’être appelée à le donner au monde, pour régénérer les hommes à la vie même de Dieu. Elle ne peut cependant pas oublier que sa mission a été rendue possible par la maternité de Marie, qui a conçu et mis au monde celui qui est « Dieu né de Dieu », « vrai Dieu né du vrai Dieu ». Marie est véritablement Mère de Dieu, la Theotokos ; dans sa maternité est suprêmement exaltée la vocation à la maternité inscrite par Dieu en toute femme. Ainsi Marie se présente comme modèle pour l’Eglise, appelée à être la « nouvelle Eve », mère des croyants, mère des « vivants » (cf. Gn 3, 20).

 

La maternité spirituelle de l’Eglise ne se réalise toutefois — et l’Eglise en a également conscience — qu’au milieu des douleurs et du « travail de l’enfantement » (Ap 12, 2), c’est-à-dire dans la tension constante avec les forces du mal qui continuent à pénétrer le monde et à marquer le cœur des hommes, opposant leur résistance au Christ : « Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1, 45). 

Comme l’Eglise, Marie a dû vivre sa maternité sous le signe de la souffrance : « Cet enfant… doit être un signe en butte à la contradiction, — et toi-même, une épée te transpercera l’âme — afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2, 34-35). Dans les paroles que Syméon adresse à Marie dès l’aube de l’existence du Sauveur, se trouve exprimé synthétiquement le refus opposé à Jésus et à Marie avec lui, qui culminera sur le Calvaire. « Près de la Croix de Jésus » (Jn 19, 25), Marie participe au don que son Fils fait de lui-même : elle offre Jésus, le donne, l’enfante définitivement pour nous. Le « oui » du jour de l’Annonciation mûrit pleinement le jour de la Croix, quand vient pour Marie le temps d’accueillir et d’enfanter comme fils tout homme devenu disciple, reportant sur lui l’amour rédempteur du Fils : « Jésus donc, voyant sa Mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa Mère : “Femme, voici ton fils” » (Jn 19, 26).

 

« En arrêt devant la Femme …, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né » (Ap 12, 4) : la vie menacée par les forces du mal

 

Dans le Livre de l’Apocalypse, le « signe grandiose » de la « Femme » (12, 1) s’accompagne d’un « second signe apparu au ciel : un énorme Dragon rouge feu » (Ap 12, 3), qui représente Satan, puissance personnelle maléfique, et en même temps toutes les forces du mal qui sont à l’œuvre dans l’histoire et entravent la mission de l’Eglise.

 

Là encore, Marie éclaire la communauté des croyants : l’hostilité des forces du mal est en effet une sourde opposition qui, avant d’atteindre les disciples de Jésus, se retourne contre sa Mère. Pour sauver la vie de son Fils devant ceux qui le redoutent comme une dangereuse menace, Marie doit s’enfuir en Egypte avec Joseph et avec l’enfant (cf. Mt 2, 13-15).

 

Marie aide ainsi l’Eglise à prendre conscience que la vie est toujours au centre d’un grand combat entre le bien et le mal, entre la lumière et les té- nèbres. Le dragon veut dévorer « l’enfant aussitôt né » (Ap 12, 4), figure du Christ, que Marie enfante dans « la plénitude des temps » (Ga 4, 4) et que l’Eglise doit constamment donner aux hommes aux différentes époques de l’histoire. Mais cet enfant est aussi comme la figure de tout homme, de tout enfant, spécialement de toute créature faible et menacée, parce que — ainsi que nous le rappelle le Concile —, « par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni luimême à tout homme ».(140) C’est dans la « chair » de tout homme que le Christ continue à se révéler et à entrer en communion avec nous, à tel point que le rejet de la vie de l’homme, sous ses diverses formes, est réellement le rejet du Christ. Telle est la vérité saisissante et en même temps exigeante que le Christ nous dévoile et que son Eglise redit inlassablement : « Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille » (Mt 18, 5) ; « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

 

« De mort, il n’y en aura plus » (Ap 21, 4) : la splendeur de la Résurrection

 

L’annonce de l’ange à Marie tient dans ces paroles rassurantes : « Sois sans crainte, Marie » et « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 30. 37). En vérité, toute l’existence de la Vierge Mère est enveloppée par la certitude que Dieu est proche d’elle et l’accompagne de sa bienveillante providence. Il en est ainsi de l’Eglise, qui trouve « un refuge » (Ap 12, 6) dans le désert, lieu de l’épreuve mais aussi de la manifestation de l’amour de Dieu envers son peuple (cf. Os 2, 16). Marie est parole vivante de consolation pour l’Eglise dans son combat contre la mort. En nous montrant son Fils, elle nous assure qu’en lui les forces de la mort ont déjà été vaincues : « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne ».(141)

 

L’Agneau immolé vit en portant les marques de la Passion dans la splendeur de la Résurrection. Lui seul domine tous les événements de l’histoire : il en brise les « sceaux » (cf. Ap 5, 110) et, dans le temps et au-delà du temps, il proclame le pouvoir de la vie sur la mort. Dans la « nouvelle Jérusalem », c’est-à-dire dans le monde nouveau vers lequel tend l’histoire des hommes, « de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21, 4).

 

Et tandis que, peuple de Dieu en pèlerinage, peuple de la vie et pour la vie, nous marchons avec confiance vers « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1), nous tournons notre regard vers Celle qui est pour nous « un signe d’espérance assurée et de consolation ».(142)

 

O Marie,

aurore du monde nouveau,

Mère des vivants,

nous te confions la cause de la vie :

regarde, ô Mère, le nombre immense

des enfants que l’on empêche de naître,

des pauvres pour qui la vie est rendue difficile,

des hommes et des femmes

victimes d’une violence inhumaine,

des vieillards et des malades tués

par l’indifférence

ou par une pitié fallacieuse.

Fais que ceux qui croient en ton Fils

sachent annoncer aux hommes de notre temps

avec fermeté et avec amour

l’Evangile de la vie.

Obtiens-leur la grâce de l’accueillir

comme un don toujours nouveau,

la joie de le célébrer avec reconnaissance

dans toute leur existence

et le courage d’en témoigner

avec une ténacité active, afin de construire,

avec tous les hommes de bonne volonté,

la civilisation de la vérité et de l’amour,

à la louange et à la gloire de Dieu

Créateur qui aime la vie.

 

 

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mars 1995, solennité de l’Annonciation du Seigneur, en la dix-septième année de mon pontificat.

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Le massacre des Innocents, aujourd’hui comme hier, un combat spirituel

 

« Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient joués de lui, entra dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, d’après le temps qu’il connaissait exactement par les mages. » Mt 2,16.

Il est de juste habitude de lire ce passage, dit du massacre des Innocents, à la lumière de la colère d’Hérode joué par les mages. La colère est une passion qui rejette l’inéluctable ou ce qui est ressenti comme une injustice. Au fond, la colère est l’emportement qui refuse de se satisfaire d’une situation vécue, à tort ou à raison, comme injuste. Hérode semble, en effet, en colère contre les mages qui n’ont pas tenu leur parole. Ce qui de fait n’est pas juste. Mais bien plus fondamentalement, ce que le roi refuse ce n’est pas d’avoir été joué par les mages, mais ce que cette fuite signifie pour lui. La colère du roi porte, en fait, sur sa non acceptation du Messie. Il refuse cet enfant parce que celui-ci vient perturber sa vie, son plan de carrière, son propre projet. Ce qu’il rejette, au fond, c’est que sa vie ne soit pas telle qu’il l’a conduite, selon ses propres normes. Et la simple pensée d’être ainsi perturbé crée en lui une peur panique qui le domine. De cette peur, liée à ce refus, jaillit une colère incontrôlée. Hérode ne veut pas se résoudre à perdre ce qui lui semble revenir de droit, sa royauté. Par peur d’être spolié de ce qu’il considère comme son bien, en toute justice, il va poser un acte désespéré, celui que lui dicte la colère, forme d’instinct de préservation. Cet acte est aveuglé par la peur de perdre à la fois son bien et la maîtrise de sa vie. Hérode, par le massacre des Innocents, espère préserver sa tranquillité et la maîtrise de sa vie. L’affreux Hérode, qui n’en est pas à son coup d’essai en matière d’atrocités pour préserver son « bien », ne fait rien d’autre que n’importe quelle personne aveuglée par la colère et vivant une injustice à laquelle il se refuse. La particularité d’Hérode est simplement de disposer de moyens sans limites pour exprimer cette colère.

A y regarder de plus près, qu’est-ce qu’avorter sinon la colère d’Hérode, à savoir refuser de se laisser déranger par l’arrivée d’un enfant qui vient perturber nos plans, nos projets ? N’est-ce pas injuste d’être spolié de la vie que nous avons voulue, programmée et choisie ? L’avortement est l’acte du refus de ce « droit à disposer de sa vie ». Et pour rétablir cette justice qui nous est due nous posons l’acte ultime et aveugle qui consiste à spolier l’autre de son vrai droit. Hérode n’a pas particulièrement refusé le Messie en tant que tel. Il a refusé que ce Messie le dérange et change ses plans, entendons sa vie. Ultimement, l’acte d’Hérode est un péché contre Dieu, mais premièrement il est un acte de préservation pour lui. Un acte au sens strict égoïste dans le but de se préserver. En ce sens aussi, il est un manque de confiance et donc de foi, mais également d’humilité. Hérode, pour préserver son bien, ne compte que sur ses propres forces. Du reste, attend-il vraiment quelque chose de l’au-delà ? Tout son bien semble réduit à cette terre. Pour lui, le Ciel, par l’arrivée du Christ, vient perturber la terre et non pas l’embellir. L’avortement répond aux mêmes critères de discernement. La vie, don de Dieu, ne vient pas apporter joie et beauté, mais perturber l’équilibre humain de notre pré carré. Que Dieu puisse offrir avec la vie les moyens de la garantir est étranger à celui qui cherche à se débarrasser de ce cadeau importun. Car bien souvent nous ne comptons que sur nos propres forces, nous voulons maîtriser la vie, quitte, comme Hérode, à la détruire.

La question de l’avortement est certes une question de respect de la vie et de ce don de Dieu, mais c’est aussi une question de foi et d’abandon. Aujourd’hui, où l’espérance et la foi en l’au-delà ont bien pâli, nous sommes obnubilés par la survie. Dans un monde en mode défensif, nous avons tendance, tous, à nous protéger et compter sur nos propres forces. Il devient dès lors très difficile de se laisser « déranger » et donc d’accueillir l’imprévu. Un cadeau semble suspect parce qu’il n’est pas « dans nos plans ». Plans de vie, de carrière, mais aussi plans de sécurité, plans de sortie. Même croyants, nous demandons beaucoup à Dieu, mais nous ne le laissons pas faire. Même pleins de foi, il arrive bien souvent que nous ne lui faisions pas confiance sur les moyens, parce qu’au fond nous avons surtout une idée de ce que nous voulons, plus que ce qui est bon. Hérode, pour parvenir à sa fin (sa préservation), s’est toujours donné lui-même les moyens de cette fin. Jamais il n’a remis en cause sa conception de la vie. Elle était tracée, sécurisante et donc sécurisée. En allant à la racine de l’avortement, c’est bien ce travers d’Hérode que nous découvrons. Jaloux de son pouvoir ? Oui sans doute, mais cette jalousie n’est que la conséquence de ses propres peurs et de son enfermement sur lui-même et ses certitudes. Finalement, Hérode, tout roi qu’il est, se retrouve bien seul, isolé dans une tour d’ivoire, refusant, tant par orgueil que par crainte, de regarder plus loin que lui-même.

Nous savons bien que la question de l’avortement se trouve à cet endroit précis. C’est avant tout un nœud spirituel et psychologique. Certes la société a sa part, mais ultimement et premièrement, c’est un refus personnel de se laisser remettre en cause et déranger. Alors qu’on traite les « pro vie » d’obscurantistes, il faut chercher la vérité de la question abortive dans l’aveuglement et l’enfermement de ceux qui souhaitent se débarrasser d’un problème. Nuançons les cas de femmes poussées à cette extrémité par divers moyens et dont la volonté n’est pas totalement libre, car chaque cas, sous les traits génériques qui précèdent, est unique et répond à une logique particulière et incommunicable.

La cabale médiatique et lobbyiste s’évertue à brouiller les lignes, mais redisons que l’avortement n’est en aucun cas un droit. Il est, au contraire, la privation d’un droit fondamental, celui du respect de la vie. Les tenants de l’avortement se défendent d’attenter à la vie et arguent de leur liberté. Pourtant l’avortement est l’expression même du manque de liberté, puisqu’il est guidé par la peur la plus fondamentale, celle de lâcher prise et de se laisser conduire. Nous arrivons là au problème le plus profond de l’humanité et que nous retrouvons à chaque instant de notre quotidien, nous n’avons de cesse d’être les maîtres de notre monde à défaut des maîtres du monde. A sa racine, l’avortement est bien le péché d’Hérode, l’orgueil et le refus de s’abandonner à Dieu, voire de se substituer à Lui. Car Hérode en refusant le Messie, savait bien qu’il refusait ce que Dieu voulait de meilleur pour son peuple. Mais il considérait que le don de Dieu ne lui serait pas bon parce qu’il ne mettait pas son bien en Dieu. Ce faisant il ne pouvait mettre en Lui sa confiance.

Voilà pourquoi accueillir la vie est, à chaque fois, accueillir Dieu, faire sienne sa volonté, conscient que c’est ce qu’il y a de meilleur pour nous. Mais tant que nous séparerons le Ciel et la terre, le monde verra les dons de Dieu comme un virus qu’il faut expulser du corps. Nous pouvons tourner les choses dans tous les sens, l’harmonie du monde se trouve à la croisée du Ciel et de la terre. Or ce carrefour traverse le cœur de chaque homme bien davantage que les structures institutionnelles. Le combat contre l’avortement n’est pas uniquement l’arrêt du massacre. Il est aussi et autant la promotion de la beauté de la vie et son épanouissement en Dieu. Les chrétiens doivent constamment, par le témoignage de leur vie et comme canal de la grâce, faire descendre le Ciel sur la terre. Comment se fait-il qu’on ne trouve en ce jour des Saints Innocents que la conférence épiscopale du Gabon pour appeler à une prière nationale contre toutes formes de violence ? Pourquoi avoir abandonné depuis 1960 le violet liturgique pour cette fête ? Si tous les chrétiens de France priaient et jeûnaient ce jour-là, jour pour beaucoup encore de vacances et de famille, les fruits ne finiraient-ils pas par mûrir ?

« Mais cette sorte de démons ne sort que par la prière et par le jeûne » dit Jésus à ses disciples en Mt 17,21. N’avons-nous pas ici affaire à un démon particulièrement violent ? Orgueil, égoïsme, aveuglement, colère, meurtre, ne sont-ce pas les signes les plus saillants du démon ? Ici encore nous pensons trop souvent régler les drames de notre temps avec nos forces humaines. Combien le démon se joue-t-il de nous et s’amuse de notre naïveté ! Nous ne combattons pas contre des hommes. Mais le démon livre au Royaume de Dieu un combat acharné en réduisant à néant la liberté des hommes dont il fait ses instruments dociles, aveugles et dépendants. Nous ne vaincrons pas le Mal sans les armes de Dieu lui-même. Nous pourrons tenter toutes les reprises en mains politiques, institutionnelles et sociales que nous voudrons et pourrons, si nous n’utilisons pas massivement les armes de la prière, du jeûne, de la charité (la vraie, pas la commisération mysticogélatineuse), nous serons toujours les éternels vaincus. Nous serons comme le peuple hébreu exilé à Babylone parce qu’il a voulu compter sans Dieu.

 

Combien de prières avons-nous supprimé ces dernières décennies ? Exorcismes, prières à saint Michel à la fin des messes, vêpres paroissiales, processions diverses, adoration du Saint Sacrement ? Sans compter le Sacré Cœur qui supplie la France depuis des siècles de le reconnaître comme maître et Roi. Pour tant de catholiques, la simple idée de prier pour la France est une preuve de l’obscurantisme intégriste ! Alors oui, ne soyons pas surpris que le Christ semble avoir déserté notre pays, puisqu’il a d’abord été chassé de nos cœurs. Ce n’est que la conversion profonde et spirituelle des âmes fidèles au Christ qui pourra les pousser à une juste et féconde action pour la France. Il ne s’agit pas de faire l’un puis l’autre, mais bien les deux en parallèle. C’est d’une armée de saints dont la France a besoin, car seuls les saints font descendre le Ciel sur la terre et, comme dit le curé d’Ars, en montrent le chemin. Si nous voulons une France fille aînée de l’Eglise, il ne faut pas rêver une France catholique, mais une France de catholiques. L’épisode des Manif pour tous a montré qu’il existait encore en France une colonne vertébrale solide, prête à se battre pour l’essentiel. Cette colonne peut se transformer en roc et même en a le devoir pour elle, pour ses enfants, mais aussi pour tout homme. Car si nous nous sommes levés, ce n’est pas uniquement pour préserver notre pré carré, mais pour défendre et promouvoir une civilisation que nous estimons bonne pour tous. En cela l’élan des manifs est un élan responsable et charitable dont le suc doit continuer d’être l’âme de nos actions pour notre pays, car il est l’exact antidote au massacre des Innocents.

 

Notre illustration : Le Massacre des Innocents de Nicolas Poussin