Agenda / Annonce #NLQ

Paris – Conférence de Mgr Mirkis, évêque chaldéen catholique de Kirkouk

Le jeudi 16 novembre 2017, à 20 h 30, Mgr Joseph Mirkis, évêque chaldéen catholique de Kirkouk (Irak) donnera une conférence à l’église Saint-Honoré d’Eylau, dans le 16ème arrondissement de Paris. La conférence, organisée par l’association Fraternité en Irak, aura pour thème la question de la reconstruction matérielle, mais aussi spirituelle, qui se pose pour les chrétiens d’Irak. En effet, les chrétiens sont de retour dans la plaine de Ninive, libérée de l’emprise de Daech. De nouvelles difficultés apparaissent, notamment dans ce contexte de tension entre les kurdes et le gouvernement central irakien.

« Chrétiens d’Irak : comment reprendre confiance après Daech ? », témoignage de Mgr Mirkis, jeudi 16 novembre 2017, 20 h 30, entrée libre

 

Agenda / Annonce #Conférences/Formations #NLQ

Paris – Table ronde à l’occasion des 10 ans d’EEChO

Le samedi 7 octobre 2017, à 18 h, une table ronde aura lieu à l’occasion des 10 ans de l’association Enjeux de l’Étude du Christianisme des Origines, plus connue sous le sigle EECHO. Cette table ronde, animée Sobhy Gress, Président de Solidarité copte-France, aura pour thème : « L’apport, à l’Occident, des chrétiens venus du Proche-Orient ». Elle aura lieu à l’église Saint-Christophe de Javel (15ème arrondissement de Paris).

Les intervenants seront :

– le P. Elias KHOURY, de la paroisse melkite de Paris ;

– le P. Yosab DOSS, de la paroisse copte catholique de Paris ;

– M. Habib TAWA, historien et collaborateur de la Société asiatique et de son Journal ;

– M. Joseph ALICHORAN, historien, chaldéen (Sarcelles),

Voici un descriptif de la problématique du sujet qui sera débattu :

Être réfugié est toujours un drame, parfois sans espoir de retour ; mais est-ce seulement cela pour un chrétien ? Ne tient-on pas une mission de sa foi quand on vient des terres qui sont chrétiennes depuis le temps des apôtres ? Et même si l’on est d’une génération née en France ?
Adresse : 8/10 rue St Christophe – 75015 Paris (il s’agit de la salle paroissiale de l’église Saint-Christophe, située au coin de la rue de la Convention – RER : Javel)

Brèves #Dans le Monde #Orient

Irak – Élection d’un maire catholique chaldéen

La semaine dernière, Lara Yussif Zara est devenue la première chrétienne à accéder à la fonction de maire en Irak. Elle a été élue maire d’Alqosh, localité célèbre pour son ancrage chrétien. Cette démarche est un signe dans ce pays que les chrétiens ont fui, même si l’État islamique tend à perdre sérieusement du terrain. Dans cette photo, Lara Yussif Zara est en présence de représentants religieux et locaux, dont le patriarche chaldéen Louis Raphaël Sako. C’est une bonne nouvelle pour l’Irak et pour les chrétiens. InfoCatho s’associe au commentaire du blog de CNEWA qui en fait la photo du jour. (On peut également se reporter sur cet article.)

Dans le Monde #Orient #Tribunes et entretiens

Patriarche Louis Sako : “On sent combien la haine était profonde contre tout ce qui était chrétien”

Dans le cadre de la visite du cardinal Barbarin à Mossoul, le site Internet de La Vie a publié un entretien avec le patriarche de Babylone des chaldéens, Mgr Louis Sako. Pour le patriarche de l’Église catholique chaldéenne, l’occupation par l’État islamique a été révélatrice d’une haine profonde, non accidentelle, mais bien consciente, contre les chrétiens. “On ressent presque un sacrilège, on sent combien la haine était profonde contre tout ce qui est chrétien, alors que nous sommes pour la paix. Nous avons beaucoup donné aux musulmans, sur le plan culturel, interreligieux… ” Il confie ses espoirs, mais également ses craintes, notamment sur les risques démographiques causés par le non-retour des chrétiens : “dans la plaine de Ninive, près de Mossoul, si les chrétiens ne retournent pas dans leurs maisons, d’autres y aspirent. Il y a un risque de changement démographique.

Voici quelques extraits de cet entretien :

Pourquoi allez-vous à Mossoul aujourd’hui ?

Mossoul est une ville très symbolique, elle représente toute la civilisation assyrienne, chrétienne puis arabe et musulmane. Toute la mosaïque irakienne existe à Mossoul. Pour nous, chrétiens, c’était le berceau du christianisme : toute notre liturgie a été formée et organisée au couvent dit « d’en haut », comme nous l’appelions par le passé car il était sur une colline de la ville. Aujourd’hui c’est le monastère de l’Immaculée. Toute la liturgie de ce qui s’appelait l’Église d’Orient a été promulgué là-bas. C’est un lieu de mémoire.

(…)

Qu’est ce que le diocèse de Mossoul d’aujourd’hui ? C’est un lieu, mais ce sont aussi des personnes qui sont parfois bien éloignées les unes des autres…

Nous avons eu dans l’histoire beaucoup de diocèses qui ont été effacés par les guerres, puis les chrétiens ont été persécutés et maintenant, que reste-t-il à Mossoul ? Les églises ont été presque détruites : des pierres enlevées, les portes et les toits percés… Il y règne un désordre extraordinaire. On ressent presque un sacrilège, on sent combien la haine était profonde contre tout ce qui est chrétien, alors que nous sommes pour la paix. Nous avons beaucoup donné aux musulmans, sur le plan culturel, interreligieux… Les premiers médecins étaient chrétiens, les premiers avocats aussi, et c’est sans compter les hôpitaux, les instituts de formation… Aujourd’hui encore, notre solidarité est pour tous : nous venons à Mossoul avec des colis alimentaires pour 3000 familles, dans un geste envers ceux qui sont toujours à Mossoul. J’ai parfois le sentiment que les musulmans oublient vite cette longue histoire.

(…)

Mais comment la faire connaître à nouveau ?

Je crois que la seule solution pour tous est un état séculier avec, donc, une séparation de la religion et de l’État, et comme projet commun la citoyenneté. Jusqu’à présent dans mon pays, il n’y a pas eu de projet de citoyenneté qui inclurait tout le monde, quelle que soit sa religion. Or la religion s’expose mais ne s’impose pas. En tant que citoyen, j’ai le droit au respect… Et moi-même, je suis d’abord Irakien et ensuite chrétien. La terre est mon identité : même le Christ a une citoyenneté, l’Évangile dit qu’il a pleuré pour Jérusalem. Nous souffrons beaucoup de voir notre pays dans une telle situation.

Certains ont d’ailleurs quitté cette terre…

Après la guerre Irak-Iran, beaucoup de jeunes sont partis pour éviter le service militaire. Et quand le régime est tombé, d’autres ont suivi, affaiblissant encore la situation des chrétiens. Nous étions un million et demi avant la chute, aujourd’hui il n’y a pas de statistique mais on parle de 400 000 à 500 000 personnes. Mais il y a un avenir pour chacun de nous en Irak ! Sauf qu’il n’adviendra pas par magie, il ne descend pas du ciel automatiquement. L’avenir, ça se construit avec les autres. Cela passe par bâtir des liens de confiance : tous les musulmans ne sont pas mauvais, tous ne sont pas Daech. Et les chrétiens non plus ne sont pas tous bons.

Une réconciliation est-elle possible pour ceux qui sont partis ?

Moi, je garde en tête mon histoire : je suis retourné voir la maison de ma famille à Mossoul, et tous nos meubles avaient été pris par nos voisins. Ils me l’ont dit, ils ne savaient pas quand et si on reviendrait et ils se sont servis. Ce n’était pas pour faire du mal, ils en avaient besoin. Cela ne fait pas d’eux des voleurs.

Il faut soutenir les chrétiens d’Orient dans leur résistance, leur espérance et leur témoignage car, par leur spiritualité, ils sont un appui pour le christianisme occidental.

Comment faire face aux enjeux pastoraux ?

Certains prêtres sont partis rejoindre des communautés de chaldéens réfugiées à l’étranger… mais je crois que le clergé doit rester, sinon tout le monde partira. Aujourd’hui, nous avons 70 prêtres chaldéens, et des moines. Dans le pays, il y a environ un prêtre par paroisse, avec des exceptions : à Bagdad, j’ai 25 paroisses dont 8 sont presque fermées car il y a moins de chrétiens sur place. À Mossoul, il n’y a pas de paroisse car les chrétiens ne sont pas encore revenus. Quand les gens reviendront, petit à petit, je réparerai mon Église et je ferai une paroisse.

Quels sont les enjeux à Mossoul ?

Il faut d’abord reconstruire physiquement : l’Irak n’est pas un pays riche, et ce que nous avons finance l’armée, des armes… Aujourd’hui, seul le pétrole rapporte. Il n’y a pas beaucoup d’industries et l’agriculture s’est appauvrie, alors que nous avions une bonne production avant. Le tourisme était un point fort, mais c’est entièrement à l’arrêt. Il y a surtout un grand risque qui couve dans les camps de déplacés musulmans en Irak : s’ils ne peuvent pas trouver du travail, avoir une maison pour vivre avec leur famille, nous risquons un nouveau Daech.

Rebâtir aussi pour les chrétiens : dans la plaine de Ninive, près de Mossoul, si les chrétiens ne retournent pas dans leurs maisons, d’autres y aspirent. Il y a un risque de changement démographique. D’autant que, même si on ne voit pas de quoi l’avenir sera fait, je crois que petit à petit, en reprenant nos marques sur place, on pose les jalons pour que les choses changent.

Les étudiants chrétiens qui étaient en nombre à l’université de Mossoul pourront-ils revenir ?

C’est vrai qu’il y avait 10 000 étudiants chrétiens dans cette université. Aujourd’hui ils sont à Bagdad, Erbil, 800 sont à Kirkouk… Avec la situation de tension actuelle, avec des voiles partout alors qu’il n’y en avait quasiment pas à Mossoul, je ne sais pas s’ils vont revenir. En même temps, dans les écoles chrétiennes, il y a beaucoup d’enfants musulmans, c’est une manière de préparer l’avenir, préparer une génération prochaine plus sensibilisée à la convivance.

Est-ce vous vous sentez soutenu par l’Église du monde ?

Par des visites comme celles des évêques français aujourd’hui (…), nous sentons que nous ne sommes pas isolés, mais la position de l’Église paraît parfois timide. Les orientaux sont très importants pour l’Église, nous avons une grande richesse liturgique et spirituelle à offrir au christianisme occidental : nous sommes l’origine du christianisme, donc notre présence a un sens ici. Il faut soutenir les chrétiens d’Orient dans leur résistance, leur espérance et leur témoignage car, par leur spiritualité, ils sont un appui pour le christianisme occidental.

SOURCE – La Vie

Asie #NLQ

Pakistan – Un esclave chrétien tué par son maître musulman

Javed Masih avait 32 ans et vivait à Kamalpur dans le district d’Islamabad. Il s’était mis au service d’un propriétaire musulman pour rembourser une dette d’environ 2 900 € contractée par son père, aujourd’hui décédé, auprès de ce propriétaire. Javed Masih devait travailler comme un esclave à son service et gagnait, pour ce faire, 57 € par mois, qui lui était retenus pour rembourser la dette : autrement dit il aurait dû travailler gratuitement plus de quatre années pour l’apurer. Javed Masih devait entretenir la demeure de son maître, s’occuper du bétail, traire les vaches, livrer le lait… Quand son maître était mécontent de son service, il était battu comme plâtre. Une motocyclette fut, un jour, volée par des inconnus au propriétaire. Le maître imputa ce vol à Javed Mashid qu’il frappa jusqu’à ce qu’il devienne inconscient. On le transporta à l’hôpital où il décéda des mauvais traitements infligés. Tel est le sort des chrétiens pauvres en République islamique du Pakistan.

Le frère de Javed proteste : “Nous demandons justice. Nous sommes pauvres donc la police refuse d’enregistrer notre plainte. Les grands propriétaires fonciers menacent de conséquences graves car nous nous sommes opposés à tout compromis. Tout cela est parce que nous sommes chrétiens et pauvres.”

Source : Asia News et Observatoire de la christianophobie

Asie #NLH #NLQ

En Inde, des chrétiens manifestent après l’assassinat d’un pasteur

Portes Ouvertes (Fil Rouge) a mis en ligne le 19 juillet un commentaire, accompagné d’une vidéo, sur l’assassinat du pasteur Sultan Masih (voir ici). Cet assassinat a provoqué de nombreuses réactions chez les chrétiens qui ont manifesté leur colère et leur inquiétude. Des centaines de chrétiens ont en effet bloqué, trois heures durant, un important axe routier, jusqu’à ce qu’ils aient reçu de la police l’engagement que les assassins seraient traduits en justice.

On le constate dans la vidéo ci-dessous qui montre également l’assassinat du pasteur, enregistré par une caméra de vidéo surveillance.

L’Inde sort d’une période électorale pour l’élection du président. La victoire de l’hindouiste Ram Nath Kovind, membre du Bharatiya Janata Party (BJP) annonce des temps difficiles pour les chrétiens du Pendjab, État où la persécution des chrétiens était plutôt faible, car le candidat a déclaré que « le christianisme est étranger à la nation » !

Source : Porte Ouvertes, 19 juillet et Christianophobie hebdo

Asie #NLQ

Inde – Des milliers de personnes manifestent pour dénoncer la montée de l’intolérance religieuse

« Not in My Name ». C’est sous ce slogan que des milliers de personnes ont manifesté pacifiquement en différentes villes du pays le 28 juin dernier pour dénoncer la montée de l’intolérance religieuse exercée, selon eux, par les hindouistes sous les couleurs du BJP (Parti du peuple indien), la formation du Premier ministre Narendra Modi au pouvoir à New Delhi depuis mai 2014.

Ces manifestations ont rassemblé des Indiens issus de secteurs très divers de la société : des étudiants, des artistes, des responsables politiques ainsi que des responsables religieux. Président de l’United Christian Forum For Human Rights, une organisation réunissant des chrétiens issus de différentes confessions, Michael Williams a dénoncé chez les leaders de l’hindouisme extrémiste « un petit groupe qui vise à ce que tous les Indiens s’alignent sur un même style de vie et une identité culturelle unique, la leur ». Mais, a-t-il affirmé, « cela ne peut advenir : pas en mon nom et pas au nom de la Constitution du pays ».

Une « Carte des lynchages en Inde »

Les manifestations organisées le 28 juin à New Delhi, mais aussi à Mumbai (Bombay), Kolkata (Calcutta), Hyderabad, Bangalore, Thiruvananthapuram, Kochi (Cochin), Patna ou bien encore Lucknow, sont intervenues alors que l’émotion était vive dans le pays après la mort, six jours plus tôt, de Junaid Khan, un adolescent de 15 ans poignardé dans un train parce que musulman. Le 22 juin, Junaid Khan était de retour dans son village natal en compagnie d’un de ses frères et de deux amis, après avoir été à Delhi faire des achats en prévision de l’Eid, la célébration marquant la fin du ramadan. Selon le rapport de police, dans le train qui ramenait les quatre jeunes chez eux, une dispute a éclaté au sujet d’une place assise et les quatre se sont trouvés pris à partie par des voyageurs qui les ont insultés en tant que musulmans, leur reprochant d’être des « bouffeurs de bœuf » ; dans la dispute, Junaid Khan a reçu des coups de couteau, avant de mourir de ses blessures sur un quai de gare où les quatre avaient été contraints de descendre.

Selon le chanteur d’origine sikh Rabbi Shergill, un artiste qui s’est engagé dans la vie publique en soutenant Arvind Kejriwal et l’Aam Aadmi Party (Parti de l’homme du peuple), vainqueur aux législatives de Delhi en 2015, les incidents qui se multiplient ces derniers temps en Inde et qui visent les minorités religieuses « vont au-delà de l’intolérance » que connaît « habituellement » le pays. Lors de la manifestation de ce 28 juin à Delhi, une carte dressait la liste de ces accès mortels d’intolérance : « La carte des lynchages en Inde » répertoriait les victimes tombées sous les coups des extrémistes hindous. Depuis mai 2015, au moins douze personnes sont mortes du fait d’attaques d’hindous suspectant des trafics de vache ou de viande de vache, animal sacré dans l’hindouisme ; ces violences ont visé en majorité des musulmans, mais des chrétiens se trouvent aussi au nombre des victimes.

Le 29 juin, Narendra Modi est bien sorti de son silence pour qualifier d’« inacceptable » le fait que des gens soient tués au nom de la protection des vaches, mais sa prise de parole, tardive et en appelant au Mahatma Gandhi, n’a pas convaincu

Un climat « troublant »

Si des lynchages meurtriers prennent pour cible des musulmans au nom de la protection des vaches en Uttar Pradesh, au Jammu-et-Cachemire, au Rajasthan, au Jharkhand, en Haryana, au Madhya Pradesh ou bien encore en Assam, les chrétiens sont eux aussi visés par les nationalistes hindous. Selon Persecution Relief, une organisation chrétienne œcuménique qui recense ces attaques, 348 incidents ont été dénombrés en 2016, soit un chiffre presque deux fois plus élevé que celui de 2015. Fondateur de Persecution Relief, Shibu Thomas n’hésite pas à dire que la minorité chrétienne (2,3 % des 1,2 milliard d’Indiens) se sent désormais « menacée, isolée et en danger » du fait des mesures mises en œuvre par le BJP et du fait du climat entretenu par les organisations hindouistes qui irriguent la mouvance nationaliste hindoue. Il précise encore que si les musulmans (14,2 % de la population) sont visés parce que soupçonnés de faire trafic de viande bovine, les chrétiens sont attaqués parce que soupçonnés de chercher à « convertir » les hindous au christianisme.

Pour Mgr Victor Henry Thakur, archevêque catholique de Raipur, au Chhattisgarh, Etat du centre de l’Inde contrôlé par le BJP, le fait que les groupes extrémistes hindous ne sont jamais sanctionnés par les autorités crée un climat « troublant ». « La faiblesse de la gouvernance en place est ce qui permet cet état de non-droit. C’est un souci majeur pour nous : les extrémistes hindous nous dictent désormais que faire et ne pas faire, et ceux qui s’opposent à eux doivent en payer le prix », explique l’évêque. Désormais, ajoute-t-il encore, toutes les écoles de l’Etat, même les écoles privées catholiques, doivent commencer la journée par un chant à Sarawati, la déesse de la sagesse dans le panthéon hindou, et les élèves doivent s’adresser à leurs professeurs en les appelant « gurus » ; les institutions chrétiennes doivent « s’hindouiser », sauf à connaître des soucis avec l’administration.

Selon Tomson Thomas, responsable pour l’Eglise pentecôtiste de Dieu au Jharkhand, les attaques contre les minorités religieuses font « partie d’un mouvement très planifié qui ne cesse de gagner du terrain ».

Mobiliser la population hindoue

Ancien archevêque de Guwahati, en Assam, Mgr Thomas Menamparampil est une voix écoutée dans l’Eglise de l’Inde. Selon lui, Narendra Modi et le BJP savent pertinemment que la majorité hindoue de la population n’est pas unie mais qu’un moyen de l’unir est de lui présenter les minorités musulmane et chrétienne comme autant de menaces pour l’identité de l’Inde. D’où la polarisation de l’opinion publique autour de la sacralisation de la vache ou les polémiques à répétition sur les « conversions forcées » dont se rendraient coupables les chrétiens.

Les importantes réformes que Narendra Modi conduit dans le domaine de l’économie mènent à « une économie exclusive », analyse Mgr Menamparampil pour le site catholique Crux. « Les grands projets sont menés au bénéfice d’une petite élite, une élite qui marginalise un peu plus les sections faibles de la société, les castes fragiles ou bien encore les aborigènes, ceux dont les terres sont accordées aux multinationales, dont les richesses minières sont vendues pour de fortes sommes d’argent qui ne bénéficient en rien aux communautés locales », poursuit-il. Et si cette « économie de l’exclusion » s’intègre bien avec certains aspects de l’idéologie nationaliste hindoue, une idéologie fondée sur l’appartenance de caste et « des communautés qui s’excluent les unes les autres », les dirigeants politiques sont conscients qu’à terme, l’absence de solidarité entre les hindous est dommageable aux intérêts de l’élite qui est au pouvoir. Selon l’archevêque, parce que les membres les plus pauvres de la société hindoue ne seront jamais convaincus ou impressionnés par les réalisations du gouvernement en matière économique, le gouvernement les mobilise en mettant en avant la protection de la vache – animal sacré pour les hindous, source de protéine pour les musulmans et les chrétiens – ou bien encore l’interdiction de la conversion en matière religieuse. Dans ce contexte, les chrétiens doivent prendre garde à ne pas apparaître comme un groupe qui « cherche le conflit », mais au contraire comme une minorité qui veille à l’unité de la société tout entière, conclut l’archevêque.

Premier ministre Narendra Modi au pouvoir à New Delhi depuis mai 2014.  Ces manifestations ont rassemblé des Indiens issus de secteurs très divers de la société : des étudiants, des artistes, des responsables politiques ainsi que des responsables religieux. Président de l’United Christian Forum For Human Rights, une organisation réunissant des chrétiens issus de différentes confessions, Michael Williams a dénoncé chez les leaders de l’hindouisme extrémiste « un petit groupe qui vise à ce que tous les Indiens s’alignent sur un même style de vie et une identité culturelle unique, la leur ». Mais, a-t-il affirmé, « cela ne peut advenir : pas en mon nom et pas au nom de la Constitution du pays ». Une « Carte des lynchages en Inde » Les manifestations organisées le 28 juin à New Delhi, mais aussi à Mumbai (Bombay), Kolkata (Calcutta), Hyderabad, Bangalore, Thiruvananthapuram, Kochi (Cochin), Patna ou bien encore Lucknow, sont intervenues alors que l’émotion était vive dans le pays après la mort, six jours plus tôt, de Junaid Khan, un adolescent de 15 ans poignardé dans un train parce que musulman. Le 22 juin, Junaid Khan était de retour dans son village natal en compagnie d’un de ses frères et de deux amis, après avoir été à Delhi faire des achats en prévision de l’Eid, la célébration marquant la fin du ramadan. Selon le rapport de police, dans le train qui ramenait les quatre jeunes chez eux, une dispute a éclaté au sujet d’une place assise et les quatre se sont trouvés pris à partie par des voyageurs qui les ont insultés en tant que musulmans, leur reprochant d’être des « bouffeurs de bœuf » ; dans la dispute, Junaid Khan a reçu des coups de couteau, avant de mourir de ses blessures sur un quai de gare où les quatre avaient été contraints de descendre. Selon le chanteur d’origine sikh Rabbi Shergill, un artiste qui s’est engagé dans la vie publique en soutenant Arvind Kejriwal et l’Aam Aadmi Party (Parti de l’homme du peuple), vainqueur aux législatives de Delhi en 2015, les incidents qui se multiplient ces derniers temps en Inde et qui visent les minorités religieuses « vont au-delà de l’intolérance » que connaît « habituellement » le pays. Lors de la manifestation de ce 28 juin à Delhi, une carte dressait la liste de ces accès mortels d’intolérance : « La carte des lynchages en Inde » répertoriait les victimes tombées sous les coups des extrémistes hindous. Depuis mai 2015, au moins douze personnes sont mortes du fait d’attaques d’hindous suspectant des trafics de vache ou de viande de vache, animal sacré dans l’hindouisme ; ces violences ont visé en majorité des musulmans, mais des chrétiens se trouvent aussi au nombre des victimes. Le 29 juin, Narendra Modi est bien sorti de son silence pour qualifier d’« inacceptable » le fait que des gens soient tués au nom de la protection des vaches, mais sa prise de parole, tardive et en appelant au Mahatma Gandhi, n’a pas convaincu Un climat « troublant » Si des lynchages meurtriers prennent pour cible des musulmans au nom de la protection des vaches en Uttar Pradesh, au Jammu-et-Cachemire, au Rajasthan, au Jharkhand, en Haryana, au Madhya Pradesh ou bien encore en Assam, les chrétiens sont eux aussi visés par les nationalistes hindous. Selon Persecution Relief, une organisation chrétienne œcuménique qui recense ces attaques, 348 incidents ont été dénombrés en 2016, soit un chiffre presque deux fois plus élevé que celui de 2015. Fondateur de Persecution Relief, Shibu Thomas n’hésite pas à dire que la minorité chrétienne (2,3 % des 1,2 milliard d’Indiens) se sent désormais « menacée, isolée et en danger » du fait des mesures mises en œuvre par le BJP et du fait du climat entretenu par les organisations hindouistes qui irriguent la mouvance nationaliste hindoue. Il précise encore que si les musulmans (14,2 % de la population) sont visés parce que soupçonnés de faire trafic de viande bovine, les chrétiens sont attaqués parce que soupçonnés de chercher à « convertir » les hindous au christianisme. Pour Mgr Victor Henry Thakur, archevêque catholique de Raipur, au Chhattisgarh, Etat du centre de l’Inde contrôlé par le BJP, le fait que les groupes extrémistes hindous ne sont jamais sanctionnés par les autorités crée un climat « troublant ». « La faiblesse de la gouvernance en place est ce qui permet cet état de non-droit. C’est un souci majeur pour nous : les extrémistes hindous nous dictent désormais que faire et ne pas faire, et ceux qui s’opposent à eux doivent en payer le prix », explique l’évêque. Désormais, ajoute-t-il encore, toutes les écoles de l’Etat, même les écoles privées catholiques, doivent commencer la journée par un chant à Sarawati, la déesse de la sagesse dans le panthéon hindou, et les élèves doivent s’adresser à leurs professeurs en les appelant « gurus » ; les institutions chrétiennes doivent « s’hindouiser », sauf à connaître des soucis avec l’administration. Selon Tomson Thomas, responsable pour l’Eglise pentecôtiste de Dieu au Jharkhand, les attaques contre les minorités religieuses font « partie d’un mouvement très planifié qui ne cesse de gagner du terrain ». Mobiliser la population hindoue Ancien archevêque de Guwahati, en Assam, Mgr Thomas Menamparampil est une voix écoutée dans l’Eglise de l’Inde. Selon lui, Narendra Modi et le BJP savent pertinemment que la majorité hindoue de la population n’est pas unie mais qu’un moyen de l’unir est de lui présenter les minorités musulmane et chrétienne comme autant de menaces pour l’identité de l’Inde. D’où la polarisation de l’opinion publique autour de la sacralisation de la vache ou les polémiques à répétition sur les « conversions forcées » dont se rendraient coupables les chrétiens. Les importantes réformes que Narendra Modi conduit dans le domaine de l’économie mènent à « une économie exclusive », analyse Mgr Menamparampil pour le site catholique Crux. « Les grands projets sont menés au bénéfice d’une petite élite, une élite qui marginalise un peu plus les sections faibles de la société, les castes fragiles ou bien encore les aborigènes, ceux dont les terres sont accordées aux multinationales, dont les richesses minières sont vendues pour de fortes sommes d’argent qui ne bénéficient en rien aux communautés locales », poursuit-il. Et si cette « économie de l’exclusion » s’intègre bien avec certains aspects de l’idéologie nationaliste hindoue, une idéologie fondée sur l’appartenance de caste et « des communautés qui s’excluent les unes les autres », les dirigeants politiques sont conscients qu’à terme, l’absence de solidarité entre les hindous est dommageable aux intérêts de l’élite qui est au pouvoir. Selon l’archevêque, parce que les membres les plus pauvres de la société hindoue ne seront jamais convaincus ou impressionnés par les réalisations du gouvernement en matière économique, le gouvernement les mobilise en mettant en avant la protection de la vache – animal sacré pour les hindous, source de protéine pour les musulmans et les chrétiens – ou bien encore l’interdiction de la conversion en matière religieuse. Dans ce contexte, les chrétiens doivent prendre garde à ne pas apparaître comme un groupe qui « cherche le conflit », mais au contraire comme une minorité qui veille à l’unité de la société tout entière, conclut l’archevêque.

Source : Eglises d’Asie

Asie #NLQ

Népal – “Le séisme a été horrible et épouvantable mais, dans la tragédie notre foi en est sortie affermie”

Dans le cadre d’un événement tragique comme le séisme, la grâce de Dieu ne fait pas défaut. C’est ce qui ressort du contexte du Népal où, après le fort séisme de 2015, la foi au sein du Peuple de Dieu s’est renforcée. « Le séisme a été horrible et épouvantable mais, dans la tragédie, nous nous sommes sentis proches l’un de l’autre. Nous avons prié avec constance. Nous avons mis en route un effort de solidarité et reçu des aides de différentes parties du monde. De cette manière, progressivement, nous avons été aidés à reconstruire nos vies et nos moyens de subsistance. Nous avons fait l’expérience de la résilience, de la patience et de l’optimisme, de l’espérance et du courage, y compris dans une expérience aussi douloureuse. Notre foi en est sortie affermie » raconte une catholique népalaise dénommée Uttara.
«  Le séisme n’a pas affaibli l’amour et la solidarité des chrétiens et des non chrétiens. Nous avons été frappés de recevoir des aides de personnes du monde entier, sans aucune différence de foi. Nous avons été touchés de voir tant d’amour et de compassion de la part de la population envers nous. Ceci nous aide à nous rendre compte de la miséricorde de Dieu dans notre vie » ajoute une autre chrétienne, Babita.
De nombreux chrétiens népalais – dans un pays où les chrétiens représentent 1,4 % de la population totale de 30 millions de personnes dont 8.000 catholiques – expriment le même concept et déclarent que l’événement dramatique qu’a constitué le séisme a contribué à renforcer leur foi en Dieu et à leur faire expérimenter concrètement l’esprit de solidarité. A la phase de l’urgence, de l’assistance et de la reconstruction, ont coopéré les institutions civiles, le gouvernement, les ONG, les organismes internationaux et les communautés religieuses, telles que l’Eglise catholique au travers de la Caritas.
Deux années sont passées depuis le 25 avril 2015 lorsqu’un séisme de magnitude 7,8 a secoué le Népal. Plus de 8.500 personnes sont mortes dans ce cadre, plus d’un demi million de maisons ont été détruites, plus de 5 millions de personnes ont, de quelque manière été intéressés par les conséquences du séisme. Il s’est agi de la catastrophe naturelle ayant eu les effets les plus létaux de l’histoire du pays.
Parmi les organismes catholiques, la Caritas Inde, la Caritas Népal et celles de pays occidentaux ont été amplement impliquées dans l’œuvre de réhabilitation, de reconstruction des habitations selon des critères et à l’aide de matériaux antisismiques, dans le cadre de projets de soutien et de développement des populations touchées.
Deux ans après le séisme, de nombreuses familles se sont installées dans de nouvelles maisons, a indiqué la Caritas du Royaume-Uni (CAFOD), en expliquant que « la réponse humanitaire comprend le soutien à des partenaires locaux en vue d’organiser des laboratoires de formation professionnelle destinés à des personnes appartenant aux communautés touchées, de manière à ce qu’elles puissent construire des maisons plus sûres, en mesure de supporter des secousses telluriques ».
Selon la CAFOD, les femmes ont subi de manière disproportionnée l’impact du séisme. C’est pourquoi les projets de requalification éducative et professionnelle lancés représentent « une bouée de sauvetage pour elles ». Ne manquent pas non plus des programmes visant à reconstruire les écoles, les systèmes d’adduction d’eau et les exploitations agricoles. La Caritas, avec l’ensemble de ses partenaires et des agences de différents pays, est encore actuellement engagée dans le cadre de projets et d’initiatives visant à restituer leur dignité aux personnes frappées et à aider les survivants à reconstruire un avenir prospère.

Source : Agence Fides

Asie #NLQ

Au Pakistan, les chrétiens persécutés : découvrez le beau reportage de France 24 sur le sujet

Le Pakistan est l’un des plus grands pays musulmans au monde.
Dans ce vaste pays de 200 millions d’habitants, les 2 à 10 % de chrétiens selon les sources, connaissent la persécution. La République islamique du Pakistan est classée 4ème sur l’Index mondial de persécution.

Découvrez ou redécouvrez ce reportage de France 24, qui décrit le quotidien des familles et des églises pakistanaises.

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Laos – A la veille du consistoire, rencontre avec le Cardinal Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun

Aujourd’hui, mercredi 28 juin, cinq nouveaux cardinaux sont créés par le pape François. Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, 73 ans, évêque de Paksé, au Laos, est l’un d’entre eux. L’annonce de son élévation au cardinalat avait créé la surprise, le 21 mai dernier, à la fin de la prière du Regina Caeli.

Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun a accepté de répondre aux questions du National Catholic Reporter. La traduction française est de la Rédaction d’Eglises d’Asie.

 

National Catholic Reporter : Cardinal Ling, quand avez-vous appris la nouvelle de votre cardinalat ?

Cardinal Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun : La surprise a été totale. J’ai reçu un appel téléphonique d’un ancien élève. Il m’a félicité pour mon élévation au cardinalat. Je lui ai dit de ne pas taquiner son aîné. Ce n’est pas correct. Je ne l’ai pas cru à ce moment-là, dimanche [21 mai], après le dîner. J’étais alors à Paksé.

Ensuite, j’ai reçu un autre appel téléphonique, de la part d’une religieuse, qui m’a également félicité pour la même raison. Je lui ai dit : « Êtes-vous folle ? » « Non », m’a-t-elle répondu. Ensuite, je lui ai demandé qui d’autre avait été créé cardinal. Elle a m’indiqué qu’il y avait cinq personnes et que j’étais le quatrième. J’ai commencé à la croire un petit peu.

Les appels téléphoniques n’ont pas cessé pendant deux ou trois jours. Les e-mails ont commencé à se multiplier. Ensuite, je suis allé vérifier sur Internet pour voir que c’était vraiment moi et que mon nom figurait bien dans la liste. Peut-être qu’ils avaient mal interprété mon nom. Comme vous le savez, mon nom de famille, Mangkanekhoum [MANG-KHA-NE-KHUN], est difficile à prononcer.

Un jour plus tard, le nonce [Mgr Paul Tschang In-Nam, délégué apostolique au Laos] et une personne de Propaganda Fide, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, ont également appelé pour me féliciter. Avec leurs appels, j’ai commencé à penser que cette nouvelle était réelle. Plus tard, je me suis rendu à Vientiane. Mgr Banchong [Tito Banchong Thopanhong, administrateur apostolique de Luang Prabang] et moi devions demander un visa.

Mais alors, tout le monde, y compris des membres de l’Eglise de Thaïlande, des religieuses et des missionnaires italiens, voulait me voir à Vientiane. Tout le monde avait connaissance de la nouvelle à ce moment-là. Que pouvez-vous faire lorsque les nouvelles sont publiques ? Je suppose que je ne pouvais plus reculer et qu’il me fallait accepter ce cardinalat.

Quelle a été votre réaction ? Comment vous êtes-vous senti ?

Comme je l’ai dit un peu plus tôt, je pensais que ce n’était pas réel, car je ne pensais pas que c’était sérieux. Je pensais qu’ils me taquinaient, qu’ils me faisaient une farce. Je n’avais pas peur. Je n’ai rien ressenti de particulier, car je ne pensais pas que c’était vrai. Je pensais que, pour une telle décision, des officiels m’auraient d’abord contacté.

Quand je suis allé à Bangkok pour dîner avec les deux cardinaux de Bangkok [l’archevêque à la retraite, le cardinal Michai Kitbunchu, et l’actuel archevêque, le cardinal Kriengsak Kovithavanij], ils m’ont raconté une histoire similaire : quand le pape choisit quelqu’un, il le fait d’abord et prévient la personne en question par la suite. C’est la décision du pape. Après avoir entendu les « cardinaux de la classe supérieure », je me suis senti en paix.

Ce fut un moment aussi trépidant car des personnes du Canada, de France et du monde entier m’appelaient et m’envoyaient des emails, pour m’adresser leurs félicitations. Il m’a fallu des semaines pour répondre à tous. En retour, je leur ai demandé de prier pour moi.

Selon vous, pour quelles raisons le pape François vous a-t-il créé cardinal ?

Quand nous sommes allés à Rome pour une visite ad limina [le 26 janvier 2017], personne n’aurait pensé à cela. Pourtant, lors de la visite, le pape nous a dit que la force de l’Eglise réside dans l’Eglise locale, en particulier l’Eglise qui est petite, l’Eglise qui est faible, et l’Eglise qui est persécutée. C’est l’épine dorsale de l’Eglise universelle. J’étais un peu perplexe.

Le lendemain, nous avons célébré la messe avec le Saint-Père, et il a réitéré cette pensée dans son homélie. Cela m’a fait me poser des questions. J’en ai conclu que la force de l’Eglise venait de la patience, de la persévérance et de la volonté d’accepter la réalité de la foi. Cela m’a fait penser que notre pauvreté, notre souffrance et notre persécution sont les trois colonnes qui fortifient l’Eglise.

Comment le gouvernement laotien a-t-il réagi à votre élévation au cardinalat ?

A l’heure actuelle, il n’y a eu aucune réaction de la part du gouvernement. Il n’y a pas de déclaration officielle directe. Je ne sais pas si le gouvernement comprend l’importance du cardinalat, ce qu’il signifie pour eux, son devoir et sa responsabilité au sein de l’Eglise.

Cependant, il y a une demande de rendez-vous. Il y a des catholiques qui occupent des postes importants au sein du gouvernement. Ils m’ont fait parvenir une invitation. Je serais heureux d’accepter leur invitation. J’aimerais trouver des moyens de coopérer et d’entretenir de meilleures relations avec le gouvernement.

Après la prise de contrôle par les communistes en 1975, Mgr Banchong a été détenu, « rééduqué », pendant plus de neuf ans. Combien d’années avez-vous été détenu et comment avez-vous vécu ce temps ?

J’ai été détenu pendant trois ans. L’arrestation et l’éventuelle incarcération m’ont effrayé au début. Je me demandais : « Pourquoi m’arrêteraient-ils ? » Plus tard, ils m’ont fait part de la raison de mon arrestation : « Vous faites la promotion de Jésus-Christ. »

Je l’ai accepté, comme c’était vrai. Ils avaient raison, je « promouvais » Jésus. C’était une accusation exacte.

Quel est l’état de la relation entre l’Eglise catholique et le gouvernement maintenant ? Dans quelle mesure est-ce difficile de fournir des services pastoraux aux fidèles ? Quid de l’évangélisation ? Existe-t-il des restrictions concernant les activités de l’Eglise ?

Au niveau central et départemental, il n’y a pas de problème. Mais le problème se trouve au niveau des gouvernements régionaux et municipaux. C’est comme ça à travers tout le pays, car les relations de travail entre les gouvernements centraux et régionaux ne se déroulent pas d’une manière correcte.

[En ce qui concerne le travail pastoral de l’évangélisation], oui, c’était interdit d’enseigner Jésus et l’Evangile. Il existe des dispositions qui interdisent le travail de diffusion de l’enseignement de Jésus.

Mais en réalité, parfois, elles ne sont pas mises en œuvre. Cela dépend de chaque région. Dans certaines régions, il n’y a pas de problème pour évangéliser grâce aux catéchistes et aux services pastoraux. Dans d’autres, il pourrait y avoir des difficultés. Ailleurs, enfin, c’est tout à fait dangereux.

En fait, chaque région ou ville encadre différemment la liberté religieuse. Les prêtres peuvent se déplacer pour célébrer la messe. Dans n’importe quel village, il existe déjà une paroisse ou une église, il n’y a pas de problème.

Mais il y a un problème si vous construisez une nouvelle église parce que c’est quelque chose de nouveau. Mais un tel problème peut être discuté avec les autorités locales. Nous devons établir des liens avec eux et parler avec eux. C’est facile à un endroit, mais peut-être moins facile ailleurs. Plus important encore maintenant, lorsque nous voulons structurer une nouvelle communauté, nous devons connaître la langue et le système. Nous devons parler avec les autorités locales et les rendre acceptables pour les deux parties.

Vous êtes ici aux Etats-Unis pour une messe d’action de grâce à l’intention des dix-sept martyrs récemment béatifiés. Comment le gouvernement et le Pathet Lao ont-ils pu autoriser la cérémonie de béatification de martyrs morts du fait des communistes ? Le gouvernement ne se sent-il pas offensé ?

Nous ne nous concentrons pas sur le fait que nos martyrs ont péri de la main des communistes. En fait, tous n’ont pas été tués par les communistes. Il y avait d’autres raisons.

En tout cas, nous avons demandé au gouvernement d’organiser une cérémonie de béatification dans notre propre pays. Ils nous ont donné la permission d’organiser cet événement. Que signifie cette autorisation ? Cela signifie qu’au moins le gouvernement a compris qu’il fallait établir des relations entre l’Eglise et le gouvernement. Des relations a minima peut-être mais des relations tout de même.

C’est la raison pour laquelle nous n’utilisons pas le terme de « martyrs ». Nous avons utilisé un mot meilleur et juste pour décrire ces martyrs. Nous les appelons les « ancêtres de la foi ». En vérité, c’est le terme le plus approprié. Si nous n’avons pas les ancêtres de la foi, il n’y a pas de martyrs. Tout le monde peut accepter ce terme.

Je crois que non seulement le gouvernement, mais tout le monde, peut accepter cela comme normal – une célébration d’action de grâce pour nos ancêtres de la foi. C’est notre logique, et c’est ce qui est acceptable par le gouvernement. Nous ne nous opposons pas du tout au gouvernement.

Vous rejoignez le collège des cardinaux et le Laos est maintenant, en quelque sorte, sur la carte. Que souhaitez-vous voir se développer concernant les relations entre le gouvernement et l’Eglise au Laos ?

Notre pays a avancé. Il s’est largement ouvert. En vérité, parfois, le gouvernement peut proposer des lois et des règlementations restrictives. Mais néanmoins, on peut dire qu’il est flexible.

Regardez les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et les pays d’Asie du Sud-Est. La Birmanie entretient désormais des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, à la suite de la récente visite d’Aung San Suu Kyi auprès du pape François. Le Vietnam, qui a déjà établi une forme de relation avec le Saint-Siège, est en train d’avoir un nonce installé à Hanoi. La Thaïlande et le Cambodge entretiennent également des relations diplomatiques. Seul le Laos n’a pas de relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Il y a un point d’interrogation sur cette relation et je travaille sur ce sujet.

Nous pouvons changer la façon de penser du gouvernement. Nous sommes un ami. Nous avons besoin de construire une amitié. Si les deux parties travaillent ensemble, nous pouvoir prévoir une meilleure relation.

Dans un pays où l’on dénombre 45 113 catholiques, parmi 6,4 millions d’habitants, qui sont servis par 20 prêtres, 98 religieux et religieuses, dans 218 paroisses, y a-t-il un effort pour travailler sur les priorités pastorales ? Qu’en est-il du travail des catéchistes ?

La plus importante réalisation est à Thakhek, car c’est là que se trouve le grand séminaire. Nous nous aidons mutuellement à le faire grandir. Au début, il n’était pas bien développé. Le programme d’études et les cours n’étaient pas bien organisés car les professeurs de séminaire ne pouvaient se consacrer pleinement à l’enseignement. Les enseignants thaïlandais n’étaient pas suffisamment engagés. On leur a demandé d’enseigner sept jours, mais ils n’ont enseigné que trois jours. Nous avons ensuite décidé d’utiliser le personnel des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et de la Société des Missions Etrangères de Paris. Ils enseignent en lao. Nous avons environ quinze séminaristes cette année au grand séminaire.

Concernant les catéchistes, j’ai toujours été impliqué auprès d’eux. J’ai été le directeur d’une école de formation de catéchistes avant mon incarcération. Après ma libération, j’ai continué le travail à Paksan et plus tard à Paksé quand j’ai été nommé vicaire apostolique là-bas.

Même si je ne dirige pas directement le programme maintenant, je leur donne toujours des orientations. Je n’ai jamais abandonné ce ministère. Maintenant, en tant qu’administrateur de Vientiane, il y a plus de catéchistes, anciens et jeunes. Nous n’avons plus d’école car il est difficile d’avoir un programme avec un directeur qui prépare et met en œuvre une formation. Nous avons organisé un nouveau système avec une série de sessions. Nous les faisons venir à chaque session, ce qui nous est aussi plus simple financièrement.

Les catholiques représentent un petit pourcentage de la population totale. La majorité des Laotiens sont des bouddhistes. Les évêques asiatiques ont défini le dialogue interreligieux comme l’une de leurs priorités. Pourriez-vous parler de la situation interreligieuse dans votre vicariat ?

Il n’y a pas de problème concernant les relations avec nos frères et sœurs bouddhistes. Mais entre les catholiques et les autres chrétiens, il peut exister quelques problèmes. Chacun d’entre nous a une manière d’évangéliser différente. Nos frères chrétiens peuvent avoir un programme développé d’évangélisation et peuvent attirer beaucoup l’attention. Notre programme, au contraire, est simple et discret.

Le problème réside dans la compréhension de la tradition et de la culture. Par exemple, nous pensons qu’une cérémonie de baci est un événement traditionnel, un rassemblement de personnes pour prier à l’intention de certaines personnes, à certaines occasions. D’autres groupes chrétiens pourraient voir une telle cérémonie comme l’adhésion à l’animisme. Chacun a une opinion différente à ce sujet, donc un dialogue ne résout rien.

Source : Eglises d’Asie