Messes/Prières/Pèlerinages #NLQ

Célébration pour la protection, la délivrance et la guérison le 21 mai 2018 à Sainte-Adresse (76)

Cette célébration s’adresse à toute personne confrontée à la souffrance physique ou morale. Elle permet de redire sa confiance en Dieu et d’en recevoir la force

Lundi 21 mai à 10h30 à Notre-Dame de Flots
(24 rue Charles Alexandre Lesueur – Sainte Adresse)

A la une #NLH #Tribunes et entretiens

Les trois théories de morale pernicieuses mais populaires, venin de la pensée actuelle

Chaque semestre j’enseigne un cours d’éthique (philosophie morale) à mon collège communautaire. Je dis aux étudiants qu’ils n’ont pas besoin d’être d’accord avec moi ; ils ont droit à leurs propres opinions, même si leurs opinions sont profondément erronées. Mais je m’efforce de les persuader qu’il existe certaines théories de morale populaires qui sont fausses.
En particulier, je combats trois théories populaires mais (à mon avis) pernicieuses :

La théorie selon laquelle les règles du bien et du mal sont des créations purement sociales.

La théorie selon laquelle nous sommes libres de créer nos propres codes moraux individuels.

La théorie selon laquelle tout est moralement admissible pourvu que cela ne cause aucun préjudice évident et tangible à d’autres personnes non consentantes.

D’autre part, je soutiens qu’il existe une véritable théorie de la morale, à-savoir la théorie selon laquelle tous les êtres humains normaux ont une connaissance innée de certaines règles fondamentales de la moralité, par exemple, ne tue pas, ne vole pas, ne commets pas l’adultère, n’abandonne pas tes enfants, etc. On peut appeler cela une théorie de la « loi naturelle » de la morale, mais je n’insiste pas sur ce nom.

Inutile de le dire, je ne persuade pas tous mes élèves, ni même presque tous d’être d’accord avec moi. Je me console en disant que ça ne fait rien. Pourquoi ? Parce que je peux me tromper, et si c’est le cas, j’espère qu’ils ne sont pas d’accord avec moi. Ou parce que j’ai peut-être raison et ils seront d’accord avec moi dans trente ou quarante ans d’ici. Ou peut-être ai-je raison mais ils ne seront jamais d’accord avec moi – mais si Jésus lui-même n’a persuadé que onze de ses douze disciples, pourquoi devrais-je être découragé parce que je ne peux pas persuader tous mes élèves ?

L’autre jour, cependant, un jeune homme de ma classe m’a choqué (en fait il m’a amusé) en défendant clairement et franchement une théorie de la moralité que je regarde comme absolument horrible. C’est un bon étudiant, sincère et aimable ; et ce n’est pas du tout le genre d’étudiants que les professeurs rencontrent parfois, je veux dire le genre qui n’est pas d’accord avec le professeur uniquement pour être casse-pied. Pas du tout ; loin de là ; c’est un gentil garçon.

Il a soutenu (même si j’avais essayé plus tôt dans le semestre de réfuter cette théorie odieuse) que les individus créent leur propre moralité, et donc ce qui est bien ou mal pour vous ne sera pas nécessairement juste ou mauvais pour moi. Tant que vous faites ce que vous croyez personnellement juste, alors, c’est juste. De même, si je fais ce que je crois personnellement juste, alors, c’est juste.

Or, quand un étudiant exprime ce point, j’évoque Hitler : « Si Hitler pensait que l’Holocauste était la bonne chose à faire, alors vous dites qu’il était juste qu’il assassine six millions de juifs, sans parler des millions d’autres – est-ce cela que vous dites ? »

Quand j’introduis Hitler dans la discussion, l’étudiant recule généralement loin de son assertion. (Parfois je soupçonne que Dieu a peut-être permis qu’Hitler commette ses meurtres de masse pour que les professeurs puissent l’utiliser comme exemple horrible dans les discussions de classe.) Mais l’autre jour ce jeune homme n’a pas reculé. Il s’est attaché à la logique de sa position. Il a dit que ce qu’avait fait Hitler était juste parce qu’il croyait que c’était juste ; et que par conséquent lui (mon élève) ne condamnerait pas Hitler pour avoir fait le mal.

En même temps, il m’a assuré que lui-même avait une morale personnelle tout-à-fait différente. Personnellement il ne commettrait jamais un génocide ; ce serait mal parce que cela ne correspond pas à son code moral personnel. Je suis sûr que c’est vrai. Comme je l’ai dit, c’est un gentil garçon. Je ne crains pas un massacre quand j’entre dans la classe.

Mais cela me rappelle que nous pouvons changer d’avis plus facilement que nous ne pouvons changer nos cœurs ; nous pouvons changer d’opinions plus facilement que nous ne pouvons changer de sentiments. Parmi les plus profonds de tous nos sentiments il y a les attitudes morales que nous acquérons pendant notre enfance et notre adolescence.

Nos attitudes morales, cependant, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, sont différentes de nos opinions morales. C’est pourquoi il est si difficile de persuader une personne de quitter de mauvaises habitudes. Les conseils que vous donnez à cette personne sont peut-être 100 % valides, mais pourtant il est presque impossible de l’ébranler. C’est aussi vrai, mutatis mutandis, pour les gens qui grandissent avec de bonnes attitudes morales.

Cela veut-il dire que les mauvaises théories morales sont inoffensives ou que les bonnes théories sont inutiles ? Pas du tout. Si vous êtes une personne qui a de bonnes attitudes morales, vos mauvaises théories n’auront probablement que peu d’impact sur votre comportement moral actuel. Mais il se pourrait bien qu’elles aient un impact sur vos enfants.

En les élevant, vous leur donnerez un bon exemple par votre conduite (disons, des habitudes d’honnêteté) ; mais votre mauvaise théorie leur dira : « Personnellement je crois en l’honnêteté, et personnellement j’espère que vous ferez la même chose quand vous serez adultes ; mais rappelez-vous toujours ceci, que l’honnêteté n’est rien de plus que ma préférence personnelle. Rappelez-vous d’être tolérants envers les escrocs, les menteurs et les voleurs qui ne croient pas en l’honnêteté. »

Les mauvaises théories morales auront alors de mauvaises conséquences morales, et les bonnes théories morales auront de bonnes conséquences. Mais cela n’arrive pas du jour au lendemain. Cela prendra une génération ou deux, ou peut-être cent ans ou peut-être deux ou trois cents ans. Jefferson a écrit : « tous les hommes sont créés égaux » en 1776. Ceci impliquait que l’esclavage devait être aboli. Mais il a fallu 87 ans et une grande guerre civile avant que cela n’arrive.

« Les idées gouvernent le monde » a dit un philosophe français un jour. Et c’est vrai. Mais dans la plupart des cas, seulement progressivement. Nous avons beaucoup de mauvaises théories morales aux Etats-Unis aujourd’hui, et pas seulement la mauvaise théorie de mon étudiant. Si nous ne les arrêtons pas, elles nous détruiront – sinon à court terme, alors, graduellement.

 

David Carlin

Source France Catholique

NLH #Tribunes et entretiens

Bioéthique – “Le débat n’est pas entre plus ou moins de morale mais entre l’être et le néant. ” JM Le Méné

Les Etats généraux de la bioéthique sont un jeu de société. Chaque jour il faut avancer son pion d’une case, tirer une carte et répondre à une question. Si la réponse est bonne, on comprend mieux la logique de la prochaine loi, sinon on risque de sortir du jeu. Mais, attention, il y a des pièges. Cette semaine on a tiré la carte « Que veut dire Jean-François Delfraissy avouant ne pas savoir ce que sont le bien et le mal ? ».

Nombreux ont été les joueurs à répondre que le président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) souffrirait d’une sorte de relativisme affligeant de nature à affaiblir l’institution dont il a la charge. Ce n’est pas faux mais la réponse est très insuffisante. Insinuer que le président d’un comité d’éthique ignore l’éthique (on pourrait aussi reprocher au professeur de médecine d’ignorer la médecine !) est un affront, c’est lui intenter un procès d’incompétence ou l’accuser d’occuper un emploi fictif. Alors que son activité plaide en sa faveur et que les faits parlent d’eux-mêmes.

SUR LE MÊME SUJET
Chronique du transhumanisme : Duel “à morts”
Dans l’avis n° 126 du CCNE rendu le 27 juin 2017 sur les demandes sociétales de recours à la PMA, M. Delfraissy a démontré toute sa science du bien et du mal. Preuve en est que, sous sa présidence, le CCNE est devenu favorable à l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, contrairement aux avis précédents. Si le CCNE, sous l’impulsion de son président, a renoncé à une position pour en préférer une autre, c’est parce qu’il a considéré qu’une telle demande « s’inscrit dans une revendication de liberté et d’égalité dans l’accès aux techniques de PMA pour répondre à un désir d’enfant ». Le désir d’enfant, appelé à être satisfait pour toutes les femmes dans la liberté et l’égalité est un bien, jugé meilleur que celui antérieurement choisi. De même, quand le CCNE a rappelé qu’il a voulu « pallier une souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles », il a affiché la volonté de poursuivre un bien pour éviter une souffrance qui n’était pas considérée comme telle auparavant.

Depuis plus de trente ans le CCNE a ainsi validé des évolutions relatives à l’avortement, au dépistage anténatal, au génie génétique, à la procréation médicalement assistée, à la congélation de l’embryon, à la recherche sur l’embryon, etc. A travers ses avis, jamais il n’a hésité entre le bien et le mal. Jamais il n’est resté dans le flou. Toujours il a fait un choix présenté comme un bien, ce qui est la finalité de la morale. Depuis plus de trente ans, sur les ruines d’une morale déconstruite, le CCNE en a reconstruit une nouvelle. Avec un autre bien et un autre mal, car on ne peut se passer de cadre normatif, sur lesquels il n’est plus question de revenir. Ce nouvel ordre moral s’est structuré insensiblement et personne ne s’est avisé d’en contester ni les fondements, ni les méthodes, ni les acquis quand il était encore temps. On ne peut donc pas suggérer que l’actuel président du CCNE se distinguerait de ses prédécesseurs par une morale de rupture. Comme eux, et depuis longtemps, il apporte sa pierre à l’édification du « Bien », un bien qui n’a plus rien à voir avec la morale du monde d’avant. La seule chose qui a changé, c’est que le président du CCNE, non sans un certain cynisme, le dit clairement et que l’opinion en prend conscience.

Jean-Marie Le Méné

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Conférences/Formations #NLQ

La Joie de l’Amour – Théologie morale conjugale – 16 et 17 décembre au Plantay (01)

Publiée à l’issue d’un processus synodal de deux années voulu par le pape François, l’exhortation apostolique Amoris laetitia suscite une réception active dans l’Église de France et ailleurs dans le monde. Cette session aura pour but de lire le texte en profondeur, d’en saisir la cohérence interne et d’en caractériser les enjeux théologiques et pastoraux. On attachera une attention particulière aux chapitres 7 et 8 et à leur manière d’aborder la vie morale, sans les détacher toutefois de l’ensemble du document. On aidera les participants à dégager des lignes d’action pastorale.

16-17 décembre (samedi 9h30 – dimanche 17h), à  l’abbaye Notre Dame des Dombes, 01330 LE PLANTAY
itd@chemin-neuf.org

L’intervenant : Mgr Philippe Bordeyne est prêtre du diocèse de Nanterre. Professeur de théologie morale, spécialiste du Concile Vatican II, il est recteur de l’Institut Catholique de Paris depuis 2011. Il a été expert au Synode de
2015 sur la famille.

Consulter le dossier Infocatho sur Amoris Laetita.

NLH #Tribunes et entretiens

Les nouveaux casuistes, une gangrène insidieuse et dangereuse pour la foi, les moeurs et la vérité

Voici un long dossier de Mgr Schooyans, à lire… à tête reposée !

« On pourrait penser que la casuistique est morte et enterrée, que les controverses du 17ème siècle devraient être terminées une fois pour toutes.

Il est rare que l’un de nos contemporains lisent encore les Provinciales ( Lettres provinciales ) et les auteurs que Pascal attaque (1623-1662) qui y sont mentionnés. Ces auteurs sont des casuistes, c’est-à-dire des moralistes qui cherchent à résoudre des questions de conscience sans succomber au rigorisme. En relisant les fameuses Lettres provinciales, nous avons été frappés par la similitude qui émerge entre un document controversé écrit au 17ème siècle et les positions défendues aujourd’hui par les pasteurs et les théologiens qui aspirent à des changements radicaux dans l’enseignement pastoral et la Doctrine de l’Église.

Le récent Synode sur la Famille ( octobre 2014—octobre 2015 ) a révélé une pugnacité réformatrice dont les Provinciales nous donner une meilleure compréhension aujourd’hui. Par conséquent, Pascal vient à être connu dans une lumière inattendue.

Le trésor de l’Église 

Le Synode sur la Famille a révélé un malaise profond dans l’Église—une crise de croissance sans doute, mais aussi des débats récurrents sur la question des divorcés/remariés, sur les modèles pour la famille, le rôle des femmes, le contrôle des naissances, la maternité substitut, l’homosexualité et l’euthanasie. Il est futile de nous fermer les yeux : l’Église est mise au défi dans ses fondements mêmes. Ceux-ci se trouvent dans l’ensemble des Saintes Écritures, dans l’enseignement de Jésus, dans l’effusion du Saint-Esprit, dans l’annonce de l’Évangile par les Apôtres, dans une compréhension toujours plus fine de la Révélation, dans l’assentiment à la Foi par la communauté des croyants. Jésus a confié à l’Église la mission de recevoir ces vérités, en mettant en lumière leur cohérence et en les commémorant.

L’Église n’a pas reçu par le Seigneur soit une mission de modifier ces vérités ou une mission de réécrire le Credo. L’Église est la gardienne de ce trésor. L’Église devrait étudier ces vérités, les clarifier, faire approfondir leur compréhension par l’homme et inviter tous les hommes à y adhérer par la Foi. Il y a même des discussions — sur le mariage, par exemple — qui ont été conclues par le Seigneur lui-même. C’est précisément pour dissimuler ces vérités historiques que les descendants des Pharisiens ont nié l’historicité des Évangiles (Marc 10 :11). [ note : l’auteur fait ici référence à la phrase de Jésus : « Si un homme renvoie sa femme et en épouse une autre, il commet un adultère envers la première » ]

L’enseignement du Seigneur a une dimension morale exigeante. Cet enseignement nous pousse certainement à une adhésion rationnelle à la Règle d’Or, sur laquelle les grands sages de l’humanité ont médité pendant des siècles. Jésus amène cette règle à sa perfection. Mais la Tradition de l’Église a ses propres préceptes de conduite parmi lesquels l’amour de Dieu et du prochain est primordial. « Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous : c’est là ce qu’enseignent les livres de la loi de Moïse et des Prophètes » (Matthieu 7 :12). Ce double Commandement est la référence fondamentale pour les actions du Chrétien. Le Chrétien est appelé à s’ouvrir à l’inspiration de l’Esprit, qui est l’amour, et à répondre à cette inspiration par la Foi, qui agit par l’amour (Galates 5 : 6). Entre l’un, l’amour, et l’autre, la Foi, le lien est indissoluble.

Si, dans l’enseignement de l’Église, ce lien est brisé, la morale Chrétienne s’enfonce dans diverses formes de relativisme ou de scepticisme au point de se contenter d’opinions subjectives et fluctuantes. Il n’y a plus aucune référence à la vérité, ni à l’autorité qui la garantit. La transgression est finalement abolie parce que les points de référence moraux donnés par Dieu à l’homme sont rejetés. L’homme, sera-t-il même suggéré, n’a plus besoin d’aimer Dieu afin d’obtenir le salut ou de croire en son amour. La moralité est fatalement divisée et la porte s’ouvre au légalisme, à l’agnosticisme et à la sécularisation.

Dans son enseignement, saint Paul nous exhorte à éviter les pièges d’une morale dépourvue de racines dans la Révélation. C’est ainsi qu’il exhorte les Chrétiens :

« Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait » (Romains 12 : 2).

« Voici ce que je demande à Dieu dans ma prière : que votre amour grandisse de plus en plus, qu’il soit enrichi de vraie connaissance et de compréhension parfaite, pour que vous soyez capables de discerner ce qui est bien ».(Ph 1, 9 s ., 1 Thess 5 : 19-22)

Le retour de la casuistique 

On perçoit ici le retour de la casuistique, censé permettre aux moralistes d’examiner et de résoudre les questions de conscience. Certains moralistes ont l’intention d’offrir des solutions qui plaisent à ceux qui ont recours à leurs connaissances supérieures. Parmi les casuistes d’hier et d’aujourd’hui, les principes fondamentaux de la morale sont éclipsés par les opinions ( souvent divergentes ) prononcées par ces conseillers spirituels sérieux. Le désintérêt avec lequel la morale fondamentale est maintenant perçue ouvre la voie à l’introduction d’une loi positive qui élimine les normes de conduite de toute référence restante aux règles fondamentales de la moralité.

Le casuiste, ou néo-casuiste, est devenu législateur et juge. Il cultive l’art de dérouter les fidèles. Le souci de la vérité, révélée et accessible à la raison, est maintenant sans intérêt. En fin de compte, le seul intérêt sera dans les positions « probables ». Grâce au <i<probabilisme< i=””>, une proposition est ouverte à des interprétations contradictoires.

Le probabilisme permettra de souffler d’abord chaud, puis froid, pour et contre. L’enseignement de Jésus est oublié : « Si c’est oui, dites « oui », si c’est non, dites « non », tout simplement ; ce que l’on dit en plus vient du Mauvais ». (Matthieu 5 :37, Jacques 5 :12, 2 Col. 1 :20). Cependant, chaque néo-casuiste ira avec sa propre interprétation. La tendance est à la confusion des propositions, à la duplicité, à la double ou à la triple vérité, à une avalanche d’interprétations. Le casuiste a un cœur divisé mais a l’intention d’être un ami du monde (Jacques 4 : 4-8).

Progressivement, les règles de comportement issues de la Volonté du Seigneur et transmises par le Magistère de l’Église languissent en déclin. L’évaluation morale des actes peut donc être modifiée. Non contents d’atténuer cette appréciation, les casuistes souhaitent transformer la loi morale elle-même. Ce sera la tâche des casuistes-confesseurs, des conseillers spirituels et, à l’occasion, des Évêques. Tous doivent avoir un souci de plaire. Ils doivent en conséquence recourir au compromis et accommoder leurs arguments à la satisfaction des passions humaines : personne ne doit être repoussé. L’évaluation morale d’un acte ne dépend plus de sa conformité à la Volonté de Dieu, telle qu’elle nous a été révélée par la Révélation. Cela dépend de l’intention de l’agent moral, et cette intention peut être modulée et modelée par le conseiller spirituel qui « soutient » ses disciples. Pour plaire, le conseiller spirituel devra adoucir la rigueur de la Doctrine transmise par la Tradition. Le pasteur devra adapter ses paroles à la nature de l’homme dont les passions sont naturellement entraînées vers le péché. D’où la relégation progressive des références au péché et à la grâce originels.

L’influence de Pélage ( un moine d’origine britannique ) est évidente : l’homme doit se sauver lui-même et prendre sa destinée en mains. Dire la vérité ne fait pas partie du rôle du casuiste, qui doit captiver, présenter une argumentation engageante, favoriser la faveur, rendre le salut facile et ravir ceux qui aspirent à « s’entourer d’une foule de maîtres qui leur diront ce qu’ils aiment entendre » (2 Tim 4 : 3)

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Bref, l’éclipse de l’apport décisif de la Révélation à la morale ouvre la voie à l’investiture du casuiste et crée un espace favorable à la mise en place d’un gouvernement des consciences. L’espace rétrécit pour la liberté religieuse telle qu’elle est offerte dans les Écritures aux enfants de Dieu et inséparable de l’adhésion à la Foi dans le Seigneur.

Passons à l’analyse d’exemples de domaines dans lesquels les actions des néo-casuistes d’aujourd’hui émergent clairement. 

Le gouvernement des consciences

Avec l’arrivée, dans l’Église, des gouverneurs de conscience, nous percevons la proximité de la notion casuistique de gouvernement de la Cité, avec cette notion que l’on retrouve, par exemple, dans Machiavel, Boétie et Hobbes. Sans s’affirmer ni ne s’en rendre responsables, les néo-casuistes sont certainement les héritiers de ces maîtres dans l’art de gouverner des esclaves. Un Dieu mortel, le Léviathan définit ce qui est juste et ce qui est bon ; il décide ce que les hommes devraient penser et souhaiter. C’est lui, le Léviathan, qui gouverne les consciences, les pensées et les actions de tous ses sujets. Il ne rend compte à personne.

Avec les trois auteurs cités plus haut, nous pouvons voir que les néo-casuistes se sont alignés sur les théoriciens de la tyrannie et du totalitarisme. L’ABC du pouvoir totalitaire ne consiste-t-il pas tout d’abord à la subjugation, à l’aliénation de la conscience ? Par ce moyen, les casuistes offrent une garantie solide à tous ceux qui souhaitent mettre en place une seule religion civile qui est facilement contrôlable et des lois discriminatoires à l’égard des citoyens.

L’adaptation des Sacrements ? 

Pour plaire à tous, il faut « adapter » les Sacrements. Prenons le cas du Sacrement de Pénitence. Le désintérêt avec lequel ce Sacrement est aujourd’hui perçu peut être compris à travers le « rigorisme » démontré par les confesseurs à l’époque des anciens. Du moins, nous en sommes ainsi assurés par les casuistes. Aujourd’hui, le confesseur devrait apprendre à faire de ce Sacrement qu’il plaise aux pénitents. Cependant, en atténuant la sévérité attribuée à ce Sacrement, le casuiste sépare le pénitent de la grâce offerte par Dieu. Le néo-casuiste d’aujourd’hui éloigne le pécheur de la Source Divine de la Miséricorde, mais c’est à cette Source que le pécheur doit revenir.

Les conséquences de cette déviation délibérée sont paradoxales et dramatiques. La nouvelle morale conduit le Chrétien à rendre futile le Sacrement de Pénitence et, par conséquent, la Croix du Christ et Sa Résurrection (1 Col. 1 :17). Si ce Sacrement n’est plus reçu comme une des manifestations majeures de l’Amour Miséricordieux de Dieu pour nous, s’il n’est plus perçu comme nécessaire au salut, il cessera bientôt d’être nécessaire à instruire les Évêques et les prêtres d’offrir l’Absolution aux pécheurs . La rareté et, en fin de compte, la disparition de l’offre Sacramentelle du Pardon par le prêtre conduiront et, en réalité, a déjà conduit, à d’autres aliénations, y compris celle du Sacerdoce ordonné et de l’Eucharistie. Et ainsi de suite pour les Sacrements de l’initiation Chrétienne ( Baptême et Confirmation ) et le Sacrement des malades, sans parler de la liturgie en général.

En tout cas, pour les néo-casuistes, il n’y a plus de Révélation à recevoir ni de Tradition à transmettre. Comme il a déjà été remarqué : « La vérité, c’est ce qui est nouveau ! » Le nouveau est le nouveau sceau de la vérité. Cette nouvelle casuistique amène les Chrétiens à faire une rupture nette avec le passé. Enfin, l’obsession ducompromis pousse les nouveaux casuistes vers un retour à la nature, comme avant le péché originel.

La question du « re-mariage »

L’enseignement des néo-casuistes rappelle l’esprit de compromisdémontré dans une large mesure par les Évêques Anglais vis-à-vis Henri VIII. Cette question a de la pertinence aujourd’hui bien que le mode de compromis soit différent. Qui sont les clercs de tous les Ordres qui cherchent à plaire aux puissants de ce monde ? Est-ce qu’ils font serment ou refusent ? Combien grand est le nombre de pasteurs de tous les rangs qui souhaitent faire allégeance aux puissants de ce monde bien que ce soit facile et sans la nécessité de jurer publiquement fidélité aux nouvelles « valeurs » du monde aujourd’hui ? En poussant pour faciliter le « remariage », les néo-casuistes donnent leur soutien à tous les acteurs politiques qui minent le respect de la vie et de la famille. Avec leur aide, les déclarations de nullité seront faciles à obtenir de même que seront les « mariages » flexibles ou répétés.

Les néo-casuistes montrent un grand intérêt dans les cas de personnes divorcées qui sont « remariées ». Comme dans d’autres cas, les différentes étapes de leur approche fournissent une bonne illustration de la tactique du salami ( une expression inventée par Matyas Rákosi ), selon laquelle ce que l’on ne concéderait jamais dans son ensemble est concédé tranche par tranche.

Alors voyons ensemble ce processus. Première tranche : au point de départ, nous trouvons des références à l’enseignement de l’Écriture sur le Mariage et la Doctrine de l’Église sur cette question. Deuxième tranche : l’accent est mis sur les difficultés à « recevoir » cet enseignement. Troisième tranche, sous la forme d’une question : est-ce que les divorcés/remariés sont dans un état de péché grave ? La quatrième tranche se compose de l’entrée sur la scène du conseiller spirituel qui aidera les personnes divorcées/remariées à « discerner » — c’est-à-dire choisir ce qui leur convient dans leur situation. Le conseiller spirituel doit se montrer compréhensif et indulgent. Il doit faire preuve de compassion, mais quelle compassion ?

Pour le casuiste, en effet, lorsque l’on entreprend une évaluation morale d’un acte, le souci de compassion doit primer sur l’évaluation des actions objectivement mauvaises. Le conseiller doit être indulgent et s’adapter aux circonstances.

Avec la cinquième tranche de salami, chaque individu sera capable de discerner, personnellement et en toute liberté de pensée ce qui lui convient le mieux. En effet, le long du chemin, le mot discernementest devenu équivoque et ambigu. Il ne doit pas être interprété dans le sens Paulinien rappelé dans les références scripturaires citées plus haut. Il ne s’agit pas de rechercher la Volonté de Dieu, mais de discerner le bon choix, le choix qui maximisera le « ce qu’ils aiment entendre ».

Homicide 

L’homicide est une autre question qui mérite notre attention. Nous allons maintenant nous concentrer sur la question de la déviation d’intention. Selon la casuistique classique du 17ème siècle, l’homicide pouvait provenir d’un désir de vengeance, ce qui est un crime. Pour éviter cette définition criminelle, il fallait s’écarter de cette intention criminelle, l’intention de se venger, et assigner à l’homicide une intention différente, moralement permise. Plutôt que d’invoquer la vengeance comme motif, le casuiste invoquait, par exemple, le désir de défendre son honneur, considéré comme moralement admissible.

Nous verrons maintenant comment cette déviation de l’intention est applicable aux questions modernes. L’argument est le suivant : Mme X souhaite avorter le bébé qu’elle attend ; le bébé n’est pas désiré. Pourtant, l’avortement est un crime moralement inadmissible. L’intention est ensuite déviée, avec pour résultat que l’intention initiale est effacée. Pas avec l’intention de se libérer d’un bébé indésirable ! Au lieu de cette intention initiale, on fera valoir que, dans certaines circonstances, l’avortement est moralement admissible parce que, par exemple, son objectif est de sauver la vie de personnes malades, en fournissant aux médecins des parties anatomiques en bon état et à laquelle un prix est attaché. L’intention définit la qualité morale du don. Ainsi, il est possible de plaire à un large éventail de bénéficiaires dont la « générosité » et la « liberté d’esprit » des casuistes ne perdent aucune chance de flatter.

Les enseignements de l’Église sur l’avortement sont bien connus. Dès que la réalité de l’être humain est établie, l’Église enseigne que la vie et la dignité de cet être doivent être respectées. La Doctrine de l’Église sur cette question est constante et attestée dans toute la Tradition.

Cette situation trouble certains néo-casuistes. Ils ont donc inventé une nouvelle expression : l’humanisation de l’embryon. Il n’y a pas — disent-ils — d’humanisation de l’embryon à moins qu’une communauté ne souhaite accueillir cet embryon. C’est la société qui humanise l’embryon. Si la société refuse d’humaniser l’embryon, il ne peut y avoir d’homicide, étant donné que la réalité humaine de cet embryon n’est pas reconnue.

Dans les exemples que nous citons ici, la tactique du salami vient en aide aux néo-casuistes. Au départ, l’avortement est clandestin, puis présenté comme exceptionnel, puis rare, puis facilité, puis légalisé, puis habituel. Ceux qui s’opposent à l’avortement sont dénigrés, menacés, ostracisés, condamnés. C’est ainsi que les institutions politiques et la loi sont démontées.

Notons que grâce aux casuistes, l’avortement est d’abord facilitédans l’Église, et de là dans l’État. La même chose s’applique maintenant au « remariage ». La loi positive prend le relais de la nouvelle morale. Elle trouve son inspiration chez les néo-casuistes. Cela a été observable, en France, lors des débats sur la législation sur l’avortement. C’est un scénario qui pourrait se propager à travers le monde. Sous l’impulsion des néo-casuistes, l’avortement pourrait être déclaré un nouveau « droit humain » à l’échelle universelle.

L’euthanasie 

La question de l’euthanasie mérite également la discussion. Cette pratique devient de plus en plus étendue dans les pays Occidentaux traditionnellement Chrétiens. Les démographes attirent régulièrement l’attention sur le vieillissement de la population dans ces régions du monde. L’espérance de vie à la naissance augmente presque partout. En principe, le vieillissement en soi est une bonne nouvelle. Pendant des siècles, dans le monde entier, les hommes ont lutté contre la mort prématurée. Au début du XIXe siècle, l’espérance de vie à la naissance était souvent de trente ans. Aujourd’hui, l’espérance de vie est d’environ quatre-vingts ans.

Cependant, cette situation va générer des problèmes de toutes sortes. Mentionnons-en un : qui paiera les pensions ? L’euthanasie des personnes âgées pénibles et onéreuses permettrait certainement de réaliser de meilleures économies. Il sera alors dit qu’il est nécessaire d’aider les personnes âgées onéreuses à « mourir dans la dignité ». Parce qu’il est politiquement difficile de reporter l’âge de la retraite, l’espérance de vie sera réduite. Le processus a déjà commencé dans certaines régions d’Europe — d’où une réduction des soins de santé, de produits pharmaceutiques et, surtout, une réduction de la facture des pensions de retraite. Parce que les personnes à la juste pensée politiquement correcte rechignent devant un programme aussi austère, l’intention doit être modifiée pour pouvoir adopter une loi légalisant l’euthanasie.

La façon de procéder ? En développant un argument pitoyable sur lacompassion. Il est nécessaire de plaire à toutes les catégories de personnes touchées par ce programme. Ces personnes doivent être persuadées de souscrire à un plan dont l’objectif est de donner la mort « dans de bonnes conditions » et « dans la dignité ». La mort dans la dignité serait le point culminant de la qualité de vie ! Plutôt que de recommander un traitement palliatif et d’entourer la personne malade d’affection, sa fragilité sera mise à mal ; elle sera induite en erreur quant au traitement fatal à infliger.

Des néo-casuistiques vigilants seront sur place pour vérifier que l’acte homicide « autorisant » le don de la mort est conforme à la loi positive. La coopération d’aumôniers soigneusement préparés sera particulièrement appréciée pour authentifier la compassion manifestée dans la mort donnée en cadeau.

La fête des casuistes 

Les discussions au cours du Synode sur la Famille ont révélé la détermination avec laquelle un groupe de pasteurs et de théologiens n’hésitent pas à saper la cohésion Doctrinale de l’Église. Ce groupe fonctionne à la manière d’un parti puissant, international, bien nanti, organisé et discipliné. Les membres actifs de ce parti ont un accès facile aux médias ; ils apparaissent souvent sans masques. Ils fonctionnent avec le soutien de certaines des plus hautes autorités de l’Église. La cible principale de ces militants est la morale Chrétienne, critiquée pour être d’une sévérité incompatible avec les « valeurs » de notre temps. Nous devons trouver des moyens qui conduisent l’Église à plaire, en réconciliant son enseignement moral avec les passions humaines.

La solution proposée par les néo-casuistes commence par remettre en cause la morale fondamentale, puis à obscurcir la lumière naturelle de la raison. La signification originelle des références à la morale Chrétienne révélées dans l’Écriture et l’enseignement de Jésus est déformée. Les préceptes de la raison sont considérés comme indéfiniment discutables — le probabilisme prévaut. Une primauté devrait être accordée à la volonté de ceux qui sont assez puissants pour imposer leur volonté. Des partenariats disproportionnés avec les incroyants seront formés sans hésitation (voir 2 Col. 6 :14).

Cette morale volontariste aura les mains libres pour se mettre au service du pouvoir politique, de l’État, mais aussi du marché, de la haute finance, de la loi, etc. Concrètement, il faudra bien corrompre les chefs politiques, les champions de la fraude fiscale, les usuriers, les avorteurs, les fabricants de pilules, les avocats prêts à défendre les causes les moins défendables, les agronomes enrichis par des produits transgéniques, etc. La nouvelle morale pénétrera donc insidieusement dans les médias, les familles, les écoles, les universités, les hôpitaux et les tribunaux.

Cela a conduit à la formation d’un corps social qui refuse d’accorder la première place à la recherche de la vérité mais qui est très actif là où il y a des consciences à gouverner, des assassins à rassurer, des malfaiteurs pour des citoyens libres et aisés. Grâce à ce réseau, les néo-casuistes pourront exercer leur influence sur les rouages de l’Église, influencer le choix des candidats aux hautes fonctions et forger des alliances qui mettent en péril l’existence même de l’Église.

Vers une religion de compromis ?

Le texte ici produit n’a pas pour but d’exposer un essai sur le Synode consacré à la Famille. Il vise à attirer l’attention sur le clivage entre le Dogme et la Morale, sur la confusion entre la Vérité et la nouveauté, entre la Morale et le Droit positif, entre la Vérité et l’Action, et sur le discernement troublant d’énoncés équivoques.

Ce qui est le plus troublant à l’égard des casuistes, c’est leur désintérêt pour la vérité. En eux, nous trouvons un relativisme, voire un scepticisme, ce qui signifie qu’en termes de moralité, il convient d’agir selon la norme la plus probable. On devrait choisir la norme qui, dans une circonstance donnée, est considérée comme la plus agréable à une personne donnée, à un adepte spirituel donné, à un public donné. Cela s’applique à la Cité comme aux hommes. Tout le monde doit faire son choix — et non en termes de vérité, mais en termes de circonstances. Les lois de la Cité ont aussi leur origine dans les circonstances. Les meilleures lois sont celles qui plaisent le plus et qui plaisent au plus grand nombre. Nous assistons donc à l’expansion d’une religion de compromis, voire d’utilitarisme individualiste puisque le souci de plaire aux autres n’éteint pas le souci de se faire plaisir.

Pour plaire, les casuistes doivent être à jour avec les développements actuels, attentifs aux nouveautés. Les Pères de l’Église des générations précédentes et les grands théologiens du passé, même du passé récent, sont présentés comme inadaptés à la situation actuelle dans l’Église ; ils sont considérés comme démodés. Pour les casuistes, la Tradition de l’Église doit être filtrée et fondamentalement remise en question. Alors que nous en sommes sérieusement assurés par les néo-casuistes, nous savons ce que l’Église devrait faire aujourd’hui pour plaire à tous (Jean 9). Le désir de plaire s’adresse particulièrement aux gagnants. La nouvelle morale sociale et politique devrait traiter ces personnes avec soin. Ils ont un mode de vie à protéger et même à améliorer ; ils doivent maintenir leur rang. Tant pis pour les pauvres, qui n’ont pas les mêmes contraintes matérielles ! Certes, il faut aussi plaire aux pauvres, mais il faut reconnaître qu’ils sont moins « intéressants » que les personnes influentes. Tout le monde ne peut pas être un gagnant !

La moralité des casuistes ressemble finalement à une gnose distillée dans certains cercles, une connaissance que l’on pourrait appeler ésotérique, ciblée sur une minorité de personnes qui n’ont pas besoin d’être sauvées par la Croix de Jésus. Le Pélagianisme a rarement autant fleuri.

La morale traditionnelle de l’Église a toujours reconnu qu’il y a des actes qui sont objectivement mauvais. Cette même théologie morale reconnaît aussi, et l’a fait depuis longtemps, l’importance des circonstances. Cela signifie que, dans l’évaluation d’un acte, il faut tenir compte des circonstances dans lesquelles l’acte a été commis et des niveaux de responsabilité ; c’est ce que les moralistes appellent en anglais accountability [ français : rendement de compte, responsabilité pour les résultats — un peu différent de la responsabilité comme telle ]. Les casuistes d’aujourd’hui procèdent de la même manière que leurs fondateurs : ils minimisent l’importance de la morale traditionnelle et insistent trop sur le rôle des circonstances. En cours de route, la conscience est conduite à se tromper elle-même parce qu’elle se laisse déformer par le désir de plaire.

Ainsi, on perçoit dans les médias que les casuistes sont fréquemment transpercés par un monde destiné à disparaître. Trop souvent, ils oublient qu’avec Jésus, un nouveau monde a déjà commencé. Nous rappelons ce point central de l’histoire humaine : « Maintenant, Je fais toutes choses nouvelles ». (Apocalypse 21 : 5). Nous retournons à Saint Paul :

Il doit y avoir un renouvellement dans la vie intérieure de votre esprit ; vous devez être revêtus du nouveau moi, créé à l’image de Dieu, justifié et sanctifié par la Vérité. (Éphésiens 4 : 2-3 s.)

Les actions des casuistes aujourd’hui affectent non seulement l’enseignement moral de l’Église, mais aussi l’ensemble de la théologie dogmatique, en particulier la question du Magistère. Ce point est souvent insuffisamment souligné. L’unité de l’Église est en péril où il y a des suggestions biaisées, parfois démagogiques, des propositions de décentralisation, largement inspirées par la réforme Luthérienne. Mieux vaut être responsable devant les princes de ce monde que d’affirmer l’unité autour du Bon Pasteur !

Le caractère sacré de l’Église est en péril quand les casuistes exploitent les faiblesses de l’homme et prêchent une dévotion qui est facile et négligente de la Croix. La Catholicité est en péril là où l’Église s’aventure sur le chemin de Babel et sous-estime l’effusion de l’Esprit Saint, le don des langues. N’est-ce pas Lui, l’Esprit, qui rassemble la diversité de ceux qui partagent la même Foi en Jésus, le Fils de Dieu ? L’apostolicité de l’Église est en péril où, au nom de l’exemption, mal comprise, une communauté, un « parti » est exempté de la juridiction de l’Évêque et considéré comme directement responsable devant le Pape.

Beaucoup de néo-casuistes sont exemptés. Comment peut-on douter que cette exemption affaiblisse le Corps Épiscopal dans son ensemble ?

De Mgr Michel Schooyans sur le site One Peter Five via le site Dieu et moi le Nul sans Lui 

Source Belgicatho

 

Conférences/Formations #NLH #NLQ

Parcours “Responsabilité politique de la foi” à Paris du 15 novembre 2017 au 16 mai 2018

Responsabilité politique de la Foi

Découvrir et approfondir les clés du discernement et le sens de l’engagement chrétien dans la vie de la Cité
Je comprends – Je discerne – Je m’engage
animation, Philippe de Saint-Germain et coordination, Père Xavier Lefebvre

Un parcours de 8 conférences/débat une fois par mois 19h-21h (auditorium sauf en octobre)

– Comprendre : La crise de la postmodernité et les failles de la démocratie libérale
– Transmettre : Foi et politique dans l’Histoire : Dieu et l’Etat, espérance et utopie
– Témoigner : La loi morale universelle et la liberté de conscience, bases d’une société libre
-Servir : La responsabilité du chrétien et le bien commun : servir dans le monde sans être du monde
– Agir : Choisir, discerner, décider : jugement moral et jugement politique
– Inventer : Les défis de l’engagement politique chrétien aujourd’hui en France : une minorité créatrice

dates

    • 1 – Morale ou politique ? la responsabilité sociale du chrétienmardi 3 octobre (salle Péguy)
      Thibaud Collin, professeur agrégé de philosophie, auteur de “La République, les religions, l’espérance” – Cerf
      2 – Le fait idéologique, clé d’interprétation du monde modernemercredi 15 novembre
      Roland Hureaux, ancien élève de l’ENS et de l’ENA, agrégé d’histoire, magistrat honoraire à la Cour des comptes,
      auteur de “L’Antipolitique” – Privat
      3 – Politique économique et bien commun à la lumière de la doctrine sociale de l’Eglisemercredi 13 décembre
      Pierre de Lauzun, ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’ENA, délégué général de l’Association française des marchés financiers, auteur de “Guide de survie dans un monde instable, hétérogène, non régulé” – Terra Mare
      4 – Au nom de quoi faut-il s’engager ?mercredi 17 janvier
      François-Xavier Bellamy, maire-adjoint de Versailles, professeur de philosophie, auteur de “Les Déshérités” – Plon
      5 – Intervenants à confirmer – Mercredi 7 février
      6 – Doctrine et Stratégies : le choix politique chrétien, de la Révolution à nos jours mercredi 14 mars
      François Huguenin-Maillot, historien des idées, auteur de “L’Histoire intellectuelle des droites” – Perrin
      7 – La politique, un défi culturel : une minorité créatriceMercredi 11 avril
      Frère E. Perrier op, professeur à l’Institut de Théologie des arts et au Studium de la province des dominicains de Toulouse,
      auteur de “Les catholiques en politique, idéalistes minoritaires ou réalistes moraux ?
      8 – Renforcer rationnellement la politique : une mission chrétienne mercredi 16 mai
    • Père Yann Le Lay, prêtre du dioc§se de Versailles, auteur de “Renouveler les fondements théologiques et éthiques du politique,
      la théologie du politique de Joseph Ratzinge
      r”

_____________________

Infos pratiques :
une fois par de 19h à 21h
auditorium
Tarif : 150 € l’année ou 20€ par conférence
Tarif étudiant : 70 € l’année ou 10€ par conférence
Inscription préalable : secretariatbernanos@gmail.com – 01 45 26 65 22

Espace Bernanos,
4, rue du Havre – 75009 Paris
M° Havre Caumartin ou St-Lazare

Conférences/Formations #NLH #NLQ

Lancement du parcours sur la doctrine sociale de l’Eglise à Laval le 12 octobre

Jeudi 12 octobre, de 20h30 à 22h à la Maison diocésaine, M. Philippe de VAUJUAS animera la première séance du parcours de théologie morale proposé dans le cadre des formations  » Aux sources de la foi ».

Ce parcours construit en 8 séances nous aidera à mieux comprendre les enjeux évangéliques de la vie en société.
Il est encore temps de s’inscrire.

Plus d’information sur ce parcours.

 

A la une #Tribunes et entretiens

La victoire militaire peut-elle être une solution morale à un conflit ? Le cas syrien

La reprise des combats à Alep laisse entendre que le gouvernement syrien et ses alliés russes et iraniens ont fait le choix de la victoire militaire, au moins pour s’assurer le contrôle de ce qu’on appelle la Syrie utile, de Damas à Alep et jusqu’à la Méditerranée. On s’interroge naturellement sur le succès possible ou non de cette stratégie, qui peut être gagnante même si la situation est extrêmement complexe.

La question que je pose ici est différente ; elle est éthique et générale, et va bien au-delà de la Syrie : y a-t-il des cas où une situation étant ce qu’elle est, la poursuite de la victoire militaire est moralement la moins mauvaise solution ? Si oui, est-ce que cela reste vrai même en cas de guerre civile ?

Des guerres justes ?

Il ne s’agit pas ici de savoir s’il y a des cas où la guerre serait moralement meilleure que la paix : il n’y en a évidemment pas. Il est toujours moralement nécessaire de chercher les moyens de parvenir rapidement à la paix, d’atténuer les conséquences de la guerre pendant son déroulement, et de préparer la paix en réduisant les séquelles inévitables de l’affrontement. Au minimum, il faut être ouvert à des discussions.

La question est bien plutôt : y a-t-il des cas où on peut avoir moralement le droit à poursuivre résolument la guerre, en recherchant la paix par la victoire militaire ? Posée en termes aussi généraux, la réponse me paraît être positive. La seconde guerre mondiale vient immédiatement à l’esprit. Mais voyons plus en détails ce qu’il en est, notamment d’un point de vue chrétien.

Cela suppose évidement d’abord que la guerre en question soit juste. Or si, comme le pape François l’a rappelé, il n’y a pas de guerre sainte, l’Eglise catholique a toujours reconnue l’existence de ‘guerres justes’. Sa doctrine traditionnelle sur ce point est d’ailleurs un modèle de pondération. Plus précisément, dans son Catéchisme au N° 2309, après avoir rappelé qu’il faut toujours essayer d’éviter la guerre, elle reconnait un droit de légitime défense, et conséquemment la possibilité de la guerre, mais sous plusieurs conditions précises. Si le dommage infligé par l’agresseur est durable, grave et certain ; si tous les moyens pour le faire cesser autrement s’avèrent inefficaces ou impossibles ; si les conditions sont telles qu’il y a des chances sérieuses de réussir ; et si on ne crée pas un mal pire par son action, notamment par l’usage qu’on fait d’armes particulièrement destructrices. Notons que ce dernier point inclut la condamnation explicite des bombardements de villes ou de régions entières.

Appliquée à la seconde guerre mondiale (côté Allié, mais aussi russe) cette doctrine me paraît justifier leur combat dans son principe. Mais pas les bombardements indiscriminés des villes allemandes et japonaises. Cet exemple montre dès lors que même une partie qui commet des actes de barbaries, des crimes de guerre, peut rester néanmoins légitime dans le principe – outre que, en l’espèce, leurs adversaires avaient des méthodes semblables ou pires. Cette approbation de principe de la poursuite de la guerre côté alliés laisse cependant ouverte la question de la justification des buts de guerre de ces mêmes alliés, qui étaient la capitulation pure et simple de l’adversaire : par sa radicalité, cela rendait indéniablement la paix plus difficile, sauf écrasement militaire total de l’adversaire. Ce qui en un sens a conduit à Hiroshima. Encore une fois, sans remettre en cause la légitimité de la guerre comme telle.

Plus récemment la guerre du Golfe de 1990, faisant suite à l’invasion du Koweït par l’Iraq relève très probablement de la même analyse et peut être considérée justifiable : elle répondait à une agression pure, sans fondement, et on pouvait y répondre efficacement sans effet disproportionné. En sens contraire l’invasion de l’Iraq en 2003 était manifestement injustifiable selon tous les critères disponibles.

Même en cas de guerre civile ?

Peut-on appliquer les mêmes critères au cas d’une guerre civile ? La question est embrouillée par le fait qu’une telle guerre laisse rarement indifférents les voisins. Mais si on parle de guerre civile c’est que, au moins à l’origine du conflit, on trouve les membres d’une même communauté politique, supposée auparavant en paix. La difficulté principale dans une guerre civile est la définition de ce qu’on peut appeler agresseur. Certains verront comme tel un gouvernement tyrannique, et trouveront justifié de se révolter contre lui. Mais le gouvernement peut lui aussi analyser comme agression une rébellion armée. Par ailleurs se pose la question des voies alternatives à la guerre : existaient-elles ou non au départ, sont-elles crédibles ou non une fois le conflit commencé ? Cela suppose une analyse politique, par nature complexe, sur ce qui est ou aurait été possible.

La réponse communément apportée ici par le discours dominant est de s’en remettre à des élections. Cela revient à dire : si toutes les parties admettent des élections libres, le problème sera réglé. Il va de soi que si la perspective d’élections libres est crédible, capables de mettre en place un gouvernement reconnu comme légitime par la plupart des parties, cela constitue une voie permettant d’éviter ou d’arrêter la guerre. Malheureusement dans la pratique cela revient à supposer le problème résolu. S’il y a guerre civile, c’est que l’une ou l’autre des parties, sinon toutes, récusent soit la possibilité de ces élections, soit leur résultat effectif ou probable, soit même la politique menée par un gouvernement élu qui peut d’ailleurs effectivement être tyrannique même s’il a été élu légitimement. En général les élections supposent l’apaisement, la paix, et ne la précédent pas. En outre leur crédibilité est nulle tant que des forces armées sont déployées contrôlant chacune un bout du terrain.

On n’échappe donc pas à la problématique générale de la question de la guerre juste. Elle est aggravée dans le cas de la guerre civile ; en effet ces guerres sont en général plus féroces que les guerres entre pays ; et surtout elles ont un effet dévastateur puisqu’elles déchirent radicalement le tissu de la communauté en dressant les parties l’une contre l’autre. Il s’en déduit qu’il sera encore plus rare qu’une guerre civile soit justifiée, qu’une guerre entre pays. D’où une conséquence majeure, qu’on tire rarement : il est très rare qu’une insurrection soit moralement justifiée, si comme c’est le cas en général elle a des chances sérieuses de déboucher sur une guerre civile. Car même si le régime en place est très discutable, voire illégitime, presque toujours le dommage causé par lui sera inférieur à celui résultant de la guerre civile ; en outre, les chances de succès d’une telle révolte sont en général aléatoires. Conséquence encore : l’admiration béate des Occidentaux pour les révolutions en général est stupide et irresponsable. Au mieux, une révolution n’est justifiée que dans le cas d’un régime faible, qui ne résiste pas, et qui est remplacé très vite et efficacement par un régime raisonnablement légitime et stable. Mais ce cas est évidemment très rare : la Tunisie de Ben Ali en fait sans doute partie, mais aucune autre révolution arabe parmi toutes celles qui l’ont suivie.

Que dire du point de vue du gouvernement qui fait face à une telle révolte ? Est-il moralement fondé à résister par la force ? La question est un peu théorique reconnaissons-le : s’il est en place, c’est qu’il prétend être justifié à le faire. Mais elle garde quand même une certaine pertinence, notamment pour les tiers, la population ou les Etats étrangers. Mais à nouveau, l’idée occidentale implicite selon laquelle face à des manifestations de masse un gouvernement doit aussitôt céder le pouvoir ne tient pas debout : cela n’a de sens que si une voie pacifique de résolution du conflit existe vraiment, et si on est certain qu’elle ne débouchera pas sur un régime pire. Ce qui est rare. Conséquence : un gouvernement peut juger qu’il a le droit à utiliser la force pour se défendre. D’ailleurs, si en 2013 une manifestation de la taille de la Manif pour tous avait exigé en France la démission du gouvernement et marché sur l’Elysée, le régime républicain se serait défendu, y compris par la force. Naturellement pour que cette réaction soit moralement correcte il faut qu’elle emploie des moyens raisonnables et proportionnés.

Si ensuite une guerre civile a éclaté, il peut se trouver qu’une paix soit possible par la négociation. Mais c’est rare, sauf après des années et épuisement des parties dont aucune ne parviendrait à l’emporter sur le terrain. On peut aussi imaginer une intervention étrangère ; mais pour être justifiable il faut non seulement qu’elle soit rapidement victorieuse, mais qu’on puisse ensuite acheminer un pays aussi divisé vers un état de coexistence paisible, ce qui suppose que cette puissance étrangère accepte de le prendre en main le pays sur la longue durée. On mesure la rareté du cas. Reste alors comme débouché probable le déroulement de la guerre à son terme, et donc la victoire d’une des parties ou une partition de droit ou de fait. On comprend de la logique qui vient d’être déroulée que cette hypothèse puisse être acceptée, ou plus exactement qu’il est possible qu’il ne se dégage pas de meilleure solution. Ce qui à nouveau, comme dans toute guerre, ne rend pas pour autant légitime l’usage de n’importe quel moyen.

Le cas syrien

Loin de moi l’idée d’apporter une réponse nette au terrible drame syrien. Au vu cependant des faits, il me paraît qu’on peut énoncer les points suivants.

La Syrie des Assad n’était pas un régime satisfaisant, c’est le moins qu’on puisse dire ; c’était et cela reste une dictature brutale. En même temps le régime, relativement laïc, permettait la coexistence des nombreuses minorités qui composent la Syrie, de façon globalement paisible.

La probabilité qu’une révolte contre ce régime ne débouche pas sur une guerre civile était nulle. La probabilité d’élections vraiment libres sans doute de même. La probabilité que d’éventuelles élections ouvertes débouchent sur un régime islamiste, aussi brutal et autoritaire que l’existant mais beaucoup moins tolérant, était très forte. La base politique des démocrates laïcs à l’occidentale y était et reste très faible. Il résulte de cela une conséquence claire : autant une action politique pacifique (interne ou externe) était justifiée, autant tout encouragement à la rébellion était irresponsable. A fortiori l’appui massif, en finances et en armement, que celle-ci a reçu, tant des Occidentaux que des Saoudiens et de leurs amis. On peut en déduire aussi que le régime pouvait se juger fondé à résister à la révolte. Il est caractéristique que les chrétiens syriens l’aient presque tous soutenu. Sans l’intervention étrangère la guerre serait finie depuis longtemps, et au profit du régime.

On dira : les moyens de répression utilisés par ce régime étaient et sont féroces et disproportionné. C’est sans doute vrai, même si l’information que nous recevons est biaisée et unilatérale, essentiellement aux mains des ennemis de ce régime, et s’apparente plutôt à de la propagande. Mais on l’a vu avec la seconde guerre mondiale, la mise en œuvre de moyens condamnables même avérés ne suffit pas ipso facto à rendre injuste un combat. D’autant que la supériorité morale de ses adversaires reste à prouver sur ce plan également. Le débat n’est pas aussi facilement tranché qu’on le prétend ; en outre une condamnation ne donne pas en soi de solution.

Maintenant la guerre est lancée, et elle a atteint un niveau de complexité sans précédent pour un pays de cette taille, puisqu’on peut compter au minimum 4 camps, en guerre active ou potentielle chacun avec les autres (le régime, les Kurdes, Daech, et la rébellion – qui est pour l’essentiel islamiste et elle-même divisée), ce à quoi s’ajoutent de nombreuses puissances étrangères parties prenantes très actives. L’issue en est donc imprévisible, même si un certain avantage apparaît se dégager actuellement en faveur du régime.

Comment la paix peut être possible ? La paix imposée de l’étranger est au fond le but des négociations russo-américaines. Ses chances de succès ne sont pas nulles mais faibles (en supposant les parties bien intentionnées) ; et ce serait sans doute une partition. Cela supposerait en outre une présence militaire étrangère durable. La voie est donc très étroite.

Si cela ne marche pas, il ne reste que la solution militaire. A nouveau cela ne justifie pas n’importe quels moyens. Mais on comprend qu’elle se réactive dès que la voie des négociations s’enlise, ou que le terrain s’embrase pour une raison ou une autre. Actuellement c’est le régime qui est reparti à l’assaut à Alep ; et les médias occidentaux de s’indigner. Mais si c’était les rebelles qui avaient lancé l’assaut sur Alep on aurait été beaucoup moins regardant. Il est normal de s’indigner car ces populations souffrent ; et cela peut aider à limiter la casse en modérant les agressions. Mais il faut être lucide sur ce qui se passe : quand on n’arrive pas à construire une paix tolérable, la guerre poursuit sa logique.

Pierre de Lauzun

Source Blog de l’auteur

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Tribune – Le Christianisme n’est pas une morale, mais une religion de liberté

En rigueur de terme, les philosophes et les moralistes s’insurgeraient devant un tel intitulé et ils auraient en partie raison. Pourtant, le christianisme est une religion de liberté et ce que nous appelons morale chrétienne est un chemin de libération.

Hier encore, alors que je prenais un café sur les bords de mer bretons, deux mots d’un échange voisin m’ont fait réagir. « Ce qui me gêne, c’est la morale, et notamment cette morale chrétienne ». En entendant cette femme, tristement accablée par ses propres mots, je me suis demandé comment, le Christ venu libérer et non asservir, pouvait aujourd’hui apparaître à ce point étouffant dans son Eglise.

Rien de nouveau sans doute, quand Jésus, lui-même, dénonçait assez vertement les scribes et les pharisiens écrasant le peuple sous d’innombrables préceptes impraticables d’une loi, dont cependant le Fils de l’Homme disait ne pas être venu abolir un iota.

Comment concevoir donc que la foi chrétienne, fondant une religion d’amour et de liberté, inaugurée par le sacrifice d’un Sauveur venu briser les chaînes et entraves de tout un peuple ployant sous le joug de la servitude, soit aujourd’hui perçue comme la pire des entraves à la liberté, comme une oppression ? Comment une religion de libération a-t-elle pu en arriver à être perçue comme écrasante ?

Mettons de côté les dérives de l’histoire et l’hommerie qui ont bien entendu pu, par le truchement d’hommes fragiles et pêcheurs, obscurcir ce chemin, cette vérité et cette vie dont ils étaient les détenteurs. S’il reste encore des pourfendeurs rigoristes du pécheur et du péché, globalement l’Eglise aurait plutôt une tendance à un certain laxisme apparent depuis des décennies. Et du reste c’est bien « sa morale » qui gêne, qui étouffe.

De tous temps, les Hommes ont cherché à échapper à l’oppression, à l’asservissement, mus qu’ils sont par ce désir de liberté, inscrit au plus profond d’eux-mêmes. Et aujourd’hui, plus qu’avant, la morale apparaît comme une atteinte à la liberté, une entrave à son autoréalisation. Mais c’est prendre les choses à rebours de la raison. La réalisation de soi, contrairement au psychologisme freudien ambiant, n’est pas la libération de sourdes pulsions, ni la réalisation de désirs inassouvis. La réalisation de soi est l’épanouissement de son être dans ses dimensions physique, psychologique, intellectuelle, affective et spirituelle.  Cela suppose au préalable une véritable connaissance de soi. Une connaissance de soi qui distingue précisément le ressenti du réel. Ce n’est pas parce que je ressens une chose que je suis ce que je ressens. Ce n’est pas parce qu’un désir est en moi que ce désir est bon pour ma réalisation. Ainsi un diabétique peut désirer une tarte au sucre, ce n’est pas pour cela que cette tarte au sucre sera bonne pour lui.

Cette évidence n’en est pourtant plus une et de nos jours et on cherche à faire de nos désirs la réalité de notre être, au lieu de diriger nos désirs vers la réalisation de cet être. La connaissance de soi est le premier pas vers la liberté. Car la liberté n’est pas une fin en soi, ni un but à atteindre, elle est la condition de possibilité de mon épanouissement. Condition extérieure à moi, par l’absence d’entraves venant de l’extérieur, mais aussi condition intérieure par la connaissance de sa vérité propre. Or la vérité propre de chaque personne se situe à deux niveaux qui s’imbriquent indissociablement. Sur le socle commun de la nature humaine, se déploie la singularité de chacun. Pourtant, nous avons tendance à oublier que cette singularité ne peut être réelle et donc épanouissante, que si elle est tissée à partir de ces fils communs à toute l’humanité et qui est précisément la nature humaine.

La morale chrétienne n’est en rien un ensemble de permis et d’interdits, au contraire, c’est la lumière qui éclaire cette vérité humaine partagée par tous. La morale ne nous dit pas « si tu ne fais pas ceci ou cela tu seras puni ». La lumière de la révélation chrétienne nous indique ce qui est bon pour l’homme ou non et nous laisse libre de choisir ou non le chemin de vérité. La conséquence pour celui qui suit cette lumière c’est la liberté et par-delà la vie. Inversement, la conséquence du refus de la lumière est de se maintenir sous les jougs de la servitude des passions, du néant, du démon et au bout du chemin c’est la mort de l’être par le simple fait de son auto-destruction.

La morale, aujourd’hui si méprisée et redoutée, est pourtant le guide le plus précieux qui nous soit donné, pour rejoindre notre « réalisation de soi ». Du reste, saint Thomas d’Aquin, comme Aristote ne commencent pas leurs traités sur la question par la morale, mais par la béatitude. En effet, l’un comme l’autre montrent d’abord le but ultime qui épanouira l’homme, comme pour susciter en lui le désir de ce bonheur éternel. Ce n’est qu’en un second lieu que l’Aquinate comme le Philosophe, montrent le chemin pour rejoindre ce bonheur. Et ce chemin que nous appelons « morale » qualifie des actes bons et mauvais c’est vrai. Mais en ce sens qu’un acte bon est un acte qui nous permet d’avancer sur ce chemin de vérité et de liberté, tandis qu’un acte mauvais nous détourne du chemin et nous prive de la liberté.

Toutefois, il est bien fréquent que ce soit par manque de liberté que nous refusions le chemin de vie. Aussi, la religion chrétienne n’est-elle pas une religion moraliste au sens désormais négatif et commun du terme. La religion chrétienne ouvre un chemin de liberté par la vérité dont sa « morale » représente comme le balisage d’une piste d’aviation. Aussi, pour redonner le goût de cette liberté chrétienne, faut-il peut-être d’abord redonner Dieu au monde, dans sa vérité et son exigence. Car pour qui ne se sent pas concerné par Dieu, comme source de son bonheur, alors, en effet, le chemin de liberté que propose l’Eglise apparaît comme une morale étouffante.

Il y a une nécessaire connexion entre vérité anthropologique, morale et béatitude. Mais cette connexion est brisée, de sorte que l’homme est défiguré, Dieu n’est plus le bonheur de l’Homme et la morale paraît inutile et ringarde. Pourtant, c’est en partant de la vérité propre de chacun (définie dans son lien avec la nature humaine) qu’avec l’aide libératrice de la foi chrétienne (dont sa morale lumineuse), l’homme peut trouver son véritable bonheur qui est Dieu.

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Engagement et comportement des catholiques dans la vie politique – La laïcité n’est pas indépendance de la morale

 

Extraits de la note doctrinale de la congrégation de la foi du 24 novembre 2002

L’institut éthique et politique Montalembert souhaite proposer chaque mois une réflexion sur un texte de la doctrine sociale de l’Eglise. Le premier texte est extrait d’une note de la congrégation de la foi préparée par le cardinal Ratzinger en 2002. Il porte sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique.

Ce texte est proposé alors que la conférence des évêques de France publie une réflexion importante sur l’engagement chrétien en politique, mais aussi à l’occasion du 1700e anniversaire de la naissance de saint Martin de Tours. Premier patron choisi par les Francs, fêté le 11 novembre, Martin est aussi le fondateur du premier monastère occidental et l’inventeur de la paroisse rurale.

Les extraits proposés à la réflexion pour ce mois de novembre traitent plus particulièrement de la conception de la laïcité promue par l’Eglise.

Le geste célèbre de Martin consistant à donner la moitié de son manteau d’officier de l’armée impériale à un pauvre grelottant est un exemple simple mais très clair de l’articulation entre l’affirmation de la foi chrétienne et les obligations du monde correspondant à cette conception de la laïcité :

          les obligations du monde sont autonomes par rapport à l’église : Martin ne donne que la moitié de son manteau d’officier car l’autre moitié appartient à César. Martin ne prétend pas remplacer la loi de César par la loi du Christ ;

          l’action du chrétien dans le monde se doit d’aller bien au-delà de ses obligations : le geste de Martin indique que la solidarité du cœur fondée dans la foi ne se limite pas à l’observation des lois du monde mais a vocation à transformer le monde lui-même.

 

 

« Les chrétiens, affirmait un écrivain ecclésiastique des premiers siècles dans la Lettre à Diognète, « participent à la vie publique comme citoyens ».

Les sociétés démocratiques actuelles réclament des formes plus larges et nouvelles de participation à la vie publique des citoyens, qu’ils soient chrétiens ou non. Dans un système politique démocratique, la vie ne pourrait se dérouler de manière profitable sans un engagement actif, responsable et généreux de tous. Cela implique une « grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités » (Jean Paul II, exhortation Christifideles laici, 30 décembre 1988).

En accomplissant leurs devoirs civils normaux, « guidés par leur conscience chrétienne », les chrétiens réalisent la tâche qui leur est propre d’animer chrétiennement l’ordre temporel tout en respectant sa nature et sa légitime autonomie, et en coopérant avec les autres citoyens, selon leur compétence spécifique et sous leur responsabilité comme le recommande en plusieurs passages l’encyclique Gaudium et spes adoptée par le concile de Vatican II.

Ces derniers temps, souvent par suite du cours rapide des événements, sont apparues des orientations ambiguës et des positions contestables, qui rendent utile la clarification de dimensions et d’aspects importants de l’engagement politique. […]

S’il est permis d’admettre une pluralité de méthodologies qui reflètent des sensibilités et des cultures différentes, aucun fidèle chrétien ne peut cependant en appeler au principe du pluralisme et de l’autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions qui compromettent ou qui atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société.

En soi, il ne s’agit pas de « valeurs confessionnelles » car de telles exigences éthiques sont enracinées dans l’être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n’exigent pas de ceux qui les défendent la profession de la foi chrétienne même si la doctrine de l’Eglise les confirme et les protège toujours et partout comme un service désintéressé de la vérité sur l’homme et sur le bien commun de la société civile.

D’autre part, on ne peut nier que la politique doit aussi se référer à des principes qui possèdent une valeur absolue précisément parce qu’ils sont au service de la dignité de la personne et du vrai progrès humain. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n’a rien à voir avec le « confessionnalisme » ou l’intolérance religieuse.

Pour la doctrine morale catholique, la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique, mais pas par rapport à la sphère morale, est une valeur acquise et reconnue par l’Eglise, et elle appartient au patrimoine de civilisation déjà atteint. Jean Paul II a maintes fois mis en garde contre les périls qu’entraîne toute confusion entre la sphère politique et la sphère religieuse.

« On arrive à des situations très délicates lorsqu’une norme spécifiquement religieuse devient, ou tend à devenir loi de l’Etat sans que l’on tienne compte comme on le devrait de la distinction entre les compétences de la religion et celles de la société politique. Identifier loi civile et loi religieuse peut effectivement étouffer la liberté religieuse et aller jusqu’à limiter ou nier d’autres droits inaliénables de l’homme » (Message pour la célébration de la journée mondiale de la paix 1991 : « Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme », 8 décembre 1990).

Tous les fidèles sont bien conscients que les actes spécifiquement religieux (profession de la foi, accomplissement des actes de culte ou des sacrements, doctrine théologique, communication réciproque entre les autorités religieuses et les fidèles, etc.) restent hors de la compétence de l’Etat, qui ne doit pas s’en mêler, et qui ne peut en aucune manière y obliger ou les empêcher, sauf en cas de nécessité fondée sur l’ordre public.

La reconnaissance des droits civils et politiques, ainsi que la mise à disposition des services publics, ne peuvent être conditionnées par des convictions ou des prestations religieuses de la part des citoyens.

Il en va tout autrement du droit et des devoirs des citoyens catholiques, comme de tous les autres citoyens, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par des moyens licites les vérités morales concernant la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et des autres droits de la personne.

Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l’Eglise ne réduit en rien la légitimité civile ni la « laïcité » de l’engagement de ceux qui se reconnaissent en elles, indépendamment du rôle que la recherche rationnelle et la certitude provenant de la foi ont joué dans leur reconnaissance par chaque citoyen.

En effet, la « laïcité » désigne en premier lieu l’attitude de qui respecte les vérités procédant de la connaissance naturelle sur l’homme qui vit en société, même si ces vérités sont enseignées aussi par une religion particulière, car la vérité est une. Ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d’un principe qui fait fi de l’enseignement moral et social de l’Eglise.

L’enseignement social de l’Eglise n’est pas une ingérence dans le gouvernement des pays. Il établit assurément un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, intérieur à leur conscience qui est unique et une.

« Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d’un côté la vie qu’on nomme « spirituelle » avec ses valeurs et ses exigences, et de l’autre la vie dite « séculière », c’est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles. Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ donne ses fruits en tout secteur de l’activité et de l’existence. Tous les secteurs de la vie laïque, en effet, rentrent dans le dessein de Dieu, qui les veut comme le « lieu historique » de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus Christ à la gloire du Père et au service des autres. Toute activité, toute situation, tout engagement concret, comme par exemple la compétence et la solidarité dans le travail, l’amour et le dévouement dans la famille et dans l’éducation des enfants, le service social et politique, la présentation de la vérité dans le monde de la culture, tout cela est occasion providentielle pour un exercice continuel de la foi, de l’espérance et de la charité. » (Jean Paul II, exhortation Christifideles Laici, 30 décembre 1988)

Vivre et agir en politique conformément à sa conscience ne revient pas à se plier à des positions étrangères à l’engagement politique ou à une forme de confessionnalisme ; mais c’est l’expression par laquelle les chrétiens apportent une contribution cohérente pour que, à travers la politique, s’instaure un ordre social plus juste et conforme à la dignité de la personne humaine.

Dans les sociétés démocratiques, toutes les propositions sont soumises à discussion et évaluées librement. Les personnes qui, au nom du respect de la conscience individuelle, voudraient voir dans le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être en harmonie avec leur conscience un élément pour les disqualifier politiquement, leur refusant le droit d’agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun, tomberaient dans une forme de laïcisme intolérant.

Dans une telle perspective en effet, on entend refuser à la foi chrétienne non seulement toute importance politique et culturelle mais jusqu’à la possibilité même d’une éthique naturelle. S’il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée à une forme quelconque de pluralisme légitime.

 

La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d’une telle position. D’autre part, la marginalisation du christianisme l’empêcherait de servir à l’avenir de la société, et à la concorde des peuples. De plus, elle minerait les fondements culturels et spirituels de la civilisation (Jean Paul II, Discours au corps diplomatique accrédité près le Saint Siège, 10 janvier 2002). »