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Angers – L’alvarium – Catholiques et identitaires – Compatible ?

Depuis un mois, un local, lieu de rencontres de militants identitaires et de catholiques, a ouvert sur Angers. Son nom ? L’Alvarium. Il n’en fallait pas plus pour déclencher des manifestations d’extrême gauche,comme souvent main dans la main avec les autorités en vue de tenter de faire fermer un local pourtant manifestement dans la légalité la plus totale.

Ces manifestations ont été relayées par la presse subventionnée, qui est allée interviewer les militants gauchistes et faire des comptes rendus dignes du journal militant La Horde, mais qui n’a jusqu’ici pas pris le temps d’aller interroger les principaux animateurs de ce local identitaire qui défraie la chronique, ce qui constitue pourtant la base du journalisme. Nous sommes donc allés à la rencontre de ces jeunes militants identitaires afin de comprendre qui ils sont et pourquoi ce local, alors qu’ils recevaient samedi dernier Julien Langella pour une conférence sur son dernier livre, Catholique et identitaire.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que L’Alvarium ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Jean : L’Alvarium est à la fois une association et une communauté avec un local.

-Une association aux confluents des doctrines nationalistes et du catholicisme social, composée de jeunes gens désireux d’aider leurs compatriotes délaissés volontairement par les pouvoirs publics, les médias et les associations, ne s’occupant que des clandestins ou de combats idéologiques post soixante-huitards dépassés.

– Une communauté et un lieu de convivialité, de formation et de militantisme plus classique aussi. Cette notion de communauté est importante pour nous ; nous qui sommes déçus par l’Etat (surtout avec le régime actuel)et les partis politiques. Face aux maux qui menacent l’Europe et notre pays, nous ne croyons pas aux solutions « par le haut ». Même si demain une politique nationale mettait fin à l’immigration, principale menace, et restaurait notre économie, on ne pourrait pas considérer le peuple français comme sauvé ; miné par le consumérisme, le matérialisme athée, le marxisme sociétal et l’individualisme généralisé, notre peuple est en voie de disparition morale, culturelle et spirituelle. C’est pour cela que dans un monde globalisé où toutes les structures et notions qui font l’Homme ont éclatées (transcendance, Famille, Cité, Patrie), la création de communautés solides est vitale. Communauté de vie, de combats politiques, de réflexion etc. Communauté soudée et enracinée, mais pas autarcique ni passéiste. Nous sommes tournés vers l’avenir et voulons attirer à nous le plus de gens possible, réveiller à notre échelle un maximum de contemporains avant que la réalité ne les tire -trop tardivement- de leur torpeur.

C’est le sens de notre action sociale qui découle bien-sûr d’une volonté d’aider les plus démunis, mais aussi de réveiller ceux que le confort a endormi.

Breizh-info.com : Pourquoi ce nom ?

Jean : L’Alvarium signifie la ruche en latin ; nous voulons en adopter l’efficacité et la discipline dans la discrétion. Loin de chercher l’effet de communication ou d’agir par romantisme, notre action laborieuse s’inscrit dans le long terme et le service auprès des plus faibles.

Depuis l’Antiquité et la Bible en passant par les mérovingiens ou le rêve impérial, l’abeille est un symbole de noblesse, de discipline et de dépassement de soi ; nous refusons la vulgarité, l’anarchie et l’individualisme mortifère.

Breizh-info.com : Les autorités semblent s’inquiéter depuis l’ouverture de votre local, pour quelles raisons ? Avez-vous fourni les garanties nécessaires ?

Jean :  Dans un Occident où tous les pouvoirs étatiques et médiatiques œuvrent depuis des décennies à faire de la population une masse déracinée et uniformisée composée d’individus interchangeables, l’émergence de l’Alvarium est, il faut le dire, un bras d’honneur à la pensée unique.

De plus notre action sociale met les pouvoirs publics face à leurs manquements coupables et excite une gauche qui réussissait depuis la Libération à s’arroger le monopole de la charité et du social et qui n’est en réalité préoccupée que par les immigrés et la déconstruction du patriarcat (sic). Prétention basée sur un mensonge historique quand on sait en Europe le rôle précurseur des catholiques sociaux et des régimes nationalistes dans la lutte contre les méfaits du libéralisme (dont le concept de lutte des classes est l’allié indiscutable).

Nous possédons un local associatif dans la plus stricte légalité ; les tracasseries paperassières sont destinées à faire pression sur nous et servent de prétexte à agiter le chiffon rouge du danger extrémiste. Quand bien même les autorités parviendraient à faire fermer notre actuel local, nous en ouvririons un autre dans les plus brefs délais.

Cette petite persécution médiatico-politique est un traitement de faveur auquel nous seuls avons droit. La mairie, dirigée par un maire élu à droite et passé au macronisme, loue un local pour le bar d’extrême-gauche L’Étincelle. On y retrouve une dizaine d’associations libertaires, féministes, anarchistes ou zadistes… La majorité municipale draguant tant bien que mal l’électorat catholique ou droitier, nous ne manquerons pas de rappeler ses trahisons vis-à-vis de ses électeurs.

Breizh-info.com : A votre connaissance, d’autres locaux politiques ou culturels sont-ils surveillés de la sorte par les autorités ?

Jean : En France oui ; tous ceux qui combattent le système. À Angers non ; l’extrême-gauche qui soutient les migrants clandestins donc hors-la-loi jouit même des faveurs des autorités comme nous vous l’avons dit plus haut. Mais à vrai dire ces attaques combinées du système et de ses valets antifascistes nous importent peu. Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur.

Breizh-info.com : Comment vous positionnez-vous par rapport au Bastion Social ?

Jean :  C’est une question que beaucoup se posent. Nous éprouvons vis-à-vis du Bastion Social comme vis-à-vis de tous ceux qui combattent intelligemment le Système une sympathie et une amitié sincères. Nos militants se sont d’ailleurs rendus à leurs manifestations et certains ont participé à l’occupation du Bastion. Nous les soutenons donc depuis le début.

Nous partageons avec le Bastion Social un certain nombre de constats ; la Reconquête ne viendra pas par le haut, l’Etat se révèle être un allié de la décadence européenne plus qu’un rempart, le matérialisme tue notre peuple, le capitalisme vainqueur depuis la chute du Mur désagrège nos pays et asservit les peuples, et si le communisme est mort, le taux liberticide et criminogène du marxisme reste entier.

A ce titre, nos points communs sont nombreux et nous voyons d’un bon œil l’ouverture de locaux affiliés au Bastion partout en France.

Cependant nous ne nous voyons pas rejoindre un mouvement de masse d’échelle nationale pour le moment. Nous nous interrogeons encore sur cette option, héritée du jacobinisme.

Pour notre part nous voulons nous concentrer sur l’Anjou et ses campagnes. C’est dans ces campagnes abandonnées mais préservées de l’immigration que nous voulons œuvrer au maximum. C’est dans celles-ci principalement que la France existe encore.

Cette volonté d’enracinement n’est pas un repli sur notre province ; nous entretenons de bons rapports avec nos voisins, au Mans ou à Tours (Des Tours et des Lys) et avec tous les mouvements en général.

Il y a aussi une différence idéologique avec le Bastion ; le christianisme. Le suicide de Dominique Venner a redonné à son œuvre une visibilité importante, via la CasaPound notamment. Nous apprécions l’historien, nous partageons sa philosophie de l’action, nous ne pouvons que saluer sa « Critique Positive ». Pour autant, nous ne pouvons souscrire à l’une de ses idées fondamentales selon laquelle le christianisme fut le poison de l’Europe. Il y a chez Venner une haine irrationnelle qui dépasse toute logique. Refuser le catholicisme comme facteur civilisationnel et composante essentielle de notre identité, c’est occulter 1500 ans d’Histoire. Le catholicisme a non seulement embelli notre ADN gréco-romaine, mais il est l’unique vecteur qui a permis que cet héritage parvienne jusqu’à nous. Encore aujourd’hui, ce sont dans les monastères et les écoles du catholicisme traditionnel que l’on trouve encore des gens qui connaissent leurs Humanités, étudient le grec et le latin, et connaissent ce que Venner appelait nos « mythes fondateurs ». Refuser le catholicisme au nom de nos racines païennes, c’est faire disparaître le meilleur de celles-ci, d’Aristote et l’Acropole aux feux de la St Jean. Sans même parler du catholicisme comme vecteur de civilisation ; sans les Saints qui ont organisé la résistance face aux invasions mongoles puis ottomanes, il ne resterait sans doute pas une pierre de nos vestiges païens.

Certes, nous savons que l’anti-catholicisme n’est pas l’ADN du Bastion, et loin de nous l’idée de relancer la querelle déjà jouée au FN de Jean-Marie Le Pen entre croyants et non-croyants. Ceci étant dans une région comme la nôtre, marquée par la chouannerie et où le catholicisme est encore vivace, il y a cette petite différence qui contribue à notre volonté de rester autonomes et concentrés sur le local. Nous partageons 90 % du manifeste du Bastion, mais nous avons été surpris de cette absence de référence aux racines chrétiennes.

Une fois ces divergences évoquées, il est clair qu’il est le mouvement politique dont nous nous sentons le plus proches et que nos amis tourangeaux – je crois pouvoir le dire pour eux – et nous-mêmes serions prêts à soutenir en cas d’échéances électorales.

Breizh-info.com : Quelles actions entendez-vous mener auprès de la population ?

Au niveau social, nous avons commencé il y a des mois déjà par faire des maraudes. Sans communiquer au départ, puis peu-à-peu de manière visible sur les réseaux sociaux. Depuis peu, nous effectuons des livraisons de nourriture à domicile, dans les campagnes notamment, chez des gens qui quoique possédant un logement, vivent dans une misère matérielle réelle, notamment chez les retraités. Nous avons déjà distribué des centaines de repas mais souhaiterions faire plus si nous le pouvions. A long terme c’est auprès des paysans que nous aimerions parvenir à agir. Campagnards pour la plupart, profondément français, les suicides d’agriculteurs sont pour nous le pire symptôme de cette France que nous touchons du bout des doigts et qui s’en va. Tous nos maux se reflètent dans le suicide d’un paysan ; financiarisation de l’économie, prolifération de la malbouffe, asphyxie des campagnes, jacobinisme (européen ou parisien), misère spirituelle, indifférence et délaissement des français pour leurs compatriotes…

Au niveau purement politique, outre les conférences pour nous former, nous allons engager un certain nombre d’actions pour dénoncer la préférence étrangère, et les collusions des collectivités avec les associations d’aide au Grand-Remplacement.

Nous n’excluons pas de participer à des élections locales même si pour nous l’objectif premier est clair ; fonder une communauté à l’esprit sudiste et au cœur chouan, et aider les plus démunis en alertant sur leur sort.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Source Breizh-Info

Notre illustration Des militants de l’Alvarium distribuant des repas à des SDF à Angers

Asie #NLQ

Inde – Les nationalistes hindous prennent la tête de Goa, un Etat à l’importante minorité catholique

Dans l’Etat côtier de Goa, au sud-ouest de l’Inde, le parti des nationalistes hindous du Premier ministre Narendra Modi a réussi l’exploit d’arracher une victoire électorale sans avoir remporté le vote populaire. Au jeu des coalitions et des alliances, la majorité a ainsi basculé du côté du parti au pouvoir à New Delhi, le BJP (Bharatiya Janata Party – Parti du peuple indien), malgré un résultat insuffisant de 13 sièges obtenus à l’Assemblé législative locale qui en compte un total de 40. Le soutien de deux petites formations et de candidats indépendants a permis au BJP de former une coalition majoritaire.

Cette victoire vient s’ajouter aux trophées électoraux des nationalistes hindous. Le 11 mars, le BJP a fait un triomphe dans la plupart des cinq scrutins régionaux qui se sont déroulés en Inde en ce début d’année. Ce parti a remporté notamment l’Uttar Pradesh, un état de 200 millions d’habitants dont l’appartenance politique joue traditionnellement un rôle décisif à New Delhi. Cette victoire écrasante est venue renforcer la position de Narendra Modi et de son parti dans le paysage politique national. Et, désormais, Goa rejoint la liste des Etats « safran », la couleur des nationalistes hindous.

Treize sièges pour le BJP, dix-sept pour le Parti du Congrès

Cette couleur politique, basée sur l’identité d’une nation hindoue et sur un courant d’extrême-droite, contraste avec la culture de Goa, un petit Etat de 1,5 millions d’habitants où les églises blanches se dressent dans chaque village. Près de 26 % des Goanais sont chrétiens, principalement catholiques, contre 2,3 % à l’échelle de l’Inde. Colonie portugaise à partir du début du XVIe siècle et durant 451 années, ancien terrain de prédilection des activités évangéliques et missionnaires (le diocèse de Goa a été fondé en 1533), Goa affiche des liens forts avec le catholicisme et incarne le rayonnement de l’Eglise catholique en Asie du Sud. Cet Etat, qui dispose également d’un Code civil unique, abrite le diocèse catholique le plus important du pays (avec 660 .00 fidèles – dont 350 000 pour le territoire de l’Etat de Goa), même s’il est l’un des plus petits en surface (4.200 km²). Et comme dans les autres Etats du sud de l’Inde, l’influence des catholiques a développé une empreinte forte sur les institutions éducatives et de santé. A l’issue du scrutin législatif de ce mois-ci, les observateurs ont également noté un record de 43 % de catholiques parmi les députés nouvellement élus.

Ce 14 mars, Manohar Parrikar, le ministre de la Défense, a quitté le gouvernement fédéral à New Delhi pour reprendre les rênes de Goa. Il était déjà le visage du BJP à Goa, où il a exercé les fonctions de ministre-président (Chief Minister, chef de l’exécutif local) à deux reprises, de 2000 à 2005 puis de 2012 à 2014. Mais la nouvelle coalition dont il a pris la tête soulève de vives protestations, ses adversaires lui reprochant de s’être imposé en dépit de l’échec du vote populaire et de trahir la tradition électorale. C’est en effet le Parti du Congrès, dirigé par la dynastie des Nehru-Gandhi, qui, avec 17 sièges, a remporté le plus grand nombre de voix et aurait dû, à ce titre, être appelé à former le nouveau gouvernement.

« Le BJP a volé l’Etat de Goa et bafoué le souhait des électeurs, a commenté l’analyste Peter Ronald de Souza sur le site d’informations Scroll.in. Ces élections marquaient pourtant une véritable défaite pour le BJP. » Cette semaine, des protestataires, rejoints par des catholiques, ont exprimé leur colère. « Nous ne pouvons pas accepter un gouvernement dirigé par le BJP », a déclaré le P. Eremito Rebelo, selon l’agence catholique d’information Ucanews. Ce prêtre catholique, curé de Notre-Dame des neiges à Rachol, une paroisse dont l’origine remonte à 1521, jouit d’une fraiche notoriété à Goa pour avoir contenu ce mois-ci un incident délicat, après l’intervention de perturbateurs en pleine messe. « Le gouvernement du BJP a maintes fois trahi notre confiance en détruisant l’environnement par l’expansion de projets miniers et en encourageant à la prolifération des casinos, a dénoncé le P. Eremito Rebelo. Le BJP incarne le pire des gouvernements depuis plusieurs décennies. »

Les délicates relations du BJP et de l’Eglise catholique à Goa

Ces propos sans appel cachent néanmoins une relation qui fut un temps plus sereine entre le BJP, perçu comme un parti en faveur du développement, et l’Eglise catholique à Goa. Par le passé, les nationalistes hindous n’auraient pu émerger à Goa sans un soutien relatif des catholiques. Certes, lors de son premier mandat, Monahar Parrikar n’avait pas hésité à retirer le Vendredi saint du calendrier des jours fériés. Mais, plus tard, et pour apaiser les attentes des catholiques, le BJP avait accepté de conserver la langue anglaise dans les écoles tenues par les catholiques, et a multiplié d’autres mesures perçues en faveur de la communauté chrétienne. Néanmoins, depuis l’ascension de Narendra Modi à la tête de l’Inde en 2014, les relations entre les catholiques et le BJP se sont crispées, notamment face à la recrudescence en divers lieux du pays d’incidents et d’attaques visant cette minorité.

A Goa, le malaise a éclaté au cours de ces dernières élections lorsque des responsables catholiques n’ont pas hésité à encourager les électeurs à voter pour « un parti laïque », excluant de manière évidente les nationalistes hindous du BJP. L’Eglise à Goa exerce ainsi une certaine influence politique, sans jamais pour autant nommer de parti, et cela en accord avec les exigences de la Cour suprême. Francis D’Souza, l’ex-ministre président adjoint de Goa, avait même ouvertement commenté la tendance : « Les minorités vont certainement ressentir une appréhension (à l’égard de Narendra Modi). »

Le Council of Social Justice, branche sociale de l’archidiocèse de Goa, a publié peu avant les élections un communiqué teinté de critiques à l’égard du BJP : il y dénonçait « une volonté de museler les opinions diverses » et mettait en garde contre « des lois discriminatoires » ou encore contre les effets négatifs de la « nationalisation des ressources naturelles ». Pour qui sait lire entre les lignes, le message était clair : « Ne votez par pour le BJP. » Durant la messe de Noël, le curé de la paroisse de Taleigao, le P. Mariano Conceicao, avait également laissé entendre à ses fidèles qu’il serait avisé de voter pour la candidate du Congrès.

A présent, la coalition dirigée par le BJP est en place à Goa. Ce jeudi, le gouverneur, Mme Mridula Sinha, membre du BJP et en place depuis août 2014, a prononcé le traditionnel discours à l’Assemblée législative nouvellement élue. Elle a mis en lumière les projets et les priorités de son parti. Les promesses-phares concernent une volonté de donner un accès au logement à l’ensemble de la population mais aussi d’améliorer les conditions sanitaires et en particulier les latrines. Dans l’immédiat, le BJP choisit manifestement de se tenir à l’écart tout enjeu polémique.

Source : Eglises d’Asie

Asie #NLQ

Inde – La place du vote musulman dans la victoire électorale des nationalistes hindous en Uttar Pradesh

Depuis l’annonce, le 11 mars dernier, du triomphe des nationalistes hindous du BJP (Bharatiya Janata Party – Parti du peuple indien) dans l’Etat d’Uttar Pradesh, beaucoup d’encre a coulé en Inde pour tenter d’analyser l’ampleur de cette victoire électorale. Le scrutin a pris place dans un Etat pauvre et rural, dont le contexte social et religieux est traditionnellement un défi aux représentations politiques : la minorité musulmane y est très importante et l’appartenance à la caste constitue le socle social des hindous. Mais avec une stratégie visant à élargir son électorat aux plus pauvres, Narendra Modi s’est félicité d’avoir bénéficié du « soutien sans précédent de toutes les sphères de la société ». Les résultats du scrutin lui donnent raison : les nationalistes hindous du BJP l’ont emporté haut la main jusque dans les bastions musulmans.

Etat le plus peuplé de l’Inde avec 200 millions d’habitants, l’Uttar Pradesh représentait un scrutin-clé, perçu comme un référendum sur la popularité du Premier ministre Narendra Modi et de son parti du BJP. Les nationalistes hindous ont obtenu une large majorité en remportant les trois quarts des 403 sièges de l’assemblée législative, soit un record inégalé sur près de quatre dernières décennies. La presse et les analystes évoquent une « vague Modi » et l’image imposante d’un Premier ministre qui, depuis son arrivée à la tête de l’Inde en 2014, reste très populaire. Malgré un bilan mitigé et l’impact d’une démonétisation draconienne pour lutter contre l’évasion fiscale, Narendra Modi se retrouve donc en position de force.

Aucun musulman parmi les candidats présentés par le BJP

Aux yeux des analystes, le vote musulman devait être décisif pour l’issue du scrutin qui s’est joué en Uttar Pradesh. Dans cet Etat, les musulmans représentent près de 20 % des voix du scrutin. Mais l’ascension de Narendra Modi en Inde a favorisé le courant d’une extrême droite qui valorise le caractère hindou de la nation, et le BJP a misé sur sa doctrine nationaliste hindoue durant la campagne. C’est donc sans surprise que d’importants religieux musulmans ont déclaré soutenir les partis adversaires du BJP.

Talonnée par Mayawati, la défenseuse des « dalits » à la tête du Bahujan Samaj Party (BSP), une alliance entre le parti régional du Samajwadi Party (SP) et le Parti du Congrès de Rahul Gandhi a ainsi tenté de faire barrage à Narendra Modi. Pour attirer le vote musulman, le BSP de Mayawati avait choisi de présenter pas moins de 99 candidats issus de cette minorité, et le SP avait quant à lui promis des programmes sociaux en leur faveur. Et Rahul Gandhi, l’héritier du Parti du Congrès, n’avait pas hésité à rendre visite aux grandes écoles coraniques pour séduire les électeurs musulmans.

Narendra Modi, lui, n’a même pas essayé. Son parti n’avait pas présenté un seul candidat musulman. Selon le président du BJP Amit Shah, qui a orchestré la campagne électorale, les électeurs ont dépassé « la division hindous-musulmans » pour voter en faveur du développement. Il est vrai que le BJP a multiplié les promesses pour moderniser l’Uttar Pradesh, en mettant notamment en avant des mesures politiques et économiques populistes. Mais il n’en a pas pour autant délaissé la carte du nationalisme hindou. « Le temple et le développement peuvent coexister », a répété Amit Shah, reprenant ainsi un slogan phare du BJP, à savoir que le développement économique peut aller de pair avec la défense de l’identité hindoue de l’Inde.

Un vote musulman éclaté et, pour une part, favorable au BJP

En conséquence, les voix des musulmans se sont divisées entre les deux formations opposées au BJP, dans une confusion entretenue par les plus importants religieux musulmans. « Les électeurs musulmans n’ont pas été en mesure de choisir un parti, a confié au Times of India Imran Hasan Siddiqui, président de l’organisation Al Imam Welfare Association. Et malgré les menaces sécuritaires, Narendra Modi a lui-même sillonné les routes dans un véhicule ouvert, ce qui a fait passer un message fort aux électeurs. »

Dans un second temps, et dans ce qui est perçu comme un paradoxe, de nombreux musulmans ont voté en faveur du parti de Narendra Modi. Pour le grand chef religieux sunnite Khalid Rashid Firangi Mahal, « c’est davantage la division au sein du vote musulman qui a aidé le BJP ». Néanmoins, des observateurs avancent que le vote des femmes musulmanes a été sensible à certaines prises de positions de Narendra Modi, en particulier sa volonté d’abolir le « Triple Talaq », la coutume décriée de divorce instantané pour répudier son épouse. Kamal Farooqui, du All India Muslim Personal Law Board, le conseil autoproclamé de défense du droit personnel musulman, conteste cette analyse : « Je ne pense pas que les musulmans accepteront des changements dans la loi coranique. Mais il est vrai que notre communauté s’ouvre davantage au BJP. » L’un d’entre eux, Aijaz Ilmi, n’est autre que le porte-parole du BJP : « Comme moi, de nombreux musulmans tiennent compte des voix de plus en plus nombreuses qui estiment que la politique d’isolation de notre communauté distillée par notre clergé est inappropriée face à l’expansion du BJP. »

Le résultat est spectaculaire, plus encore dans un Etat où les tensions religieuses sont importantes. En Uttar Pradesh, les stratégies des radicaux hindous ont ainsi été les plus âpres, de la protection des vaches sacrées à la lutte contre le « love-jihad », théorie selon laquelle les musulmans séduiraient des jeunes femmes hindoues pour les convertir. C’est encore cet Etat, dans la région de Muzaffanagar, qui avait été témoin d’émeutes interreligieuses en 2013. Mais le BJP a triomphé dans les circonscriptions à majorité musulmane les plus sensibles, comme Muzaffarnagar, Deoband, Bareilly, Bijnor et Moradabad. Mayawati, la dirigeante du BSP, n’a pas caché sa stupéfaction face à ce succès, soulignant que «  même les votes musulmans sont allés au BJP, ce qui est inacceptable ! ». Pour le parti accusé de marginaliser les minorités religieuses, l’accomplissement est indéniable.

La victoire la plus inattendue est sans doute celle de Deoband, une ville où 71 % de la population est de confession musulmane et qui abrite l’une des plus prestigieuses écoles coraniques de l’Asie du Sud. Et le nouveau député Brijesh Singh a annoncé jeudi dernier qu’il voulait rebaptiser la ville selon la mythologie hindoue… Car le BJP ne compte pas abandonner sa doctrine nationaliste hindoue. Yogi Adityanath, un député d’Uttar Pradesh sous les couleurs du BJP, a confirmé que son parti tiendrait notamment sa promesse de construire un temple à Ayodhya, un site disputé où la destruction d’une mosquée avait donné lieu, en 1992, à de violents affrontements entre hindous et musulmans.

Après le triomphe du BJP lors des élections du 11 mars, le parti nationaliste hindou a logiquement porté à la tête de l’Uttar Pradesh l’un des siens. Ce 19 mars, c’est Yogi Adityanath, un ultranationaliste brièvement emprisonné en 2007 pour son implication dans des émeutes interreligieuses, qui a prêté serment pour devenir ministre-président de l’Etat le plus peuplé d’Inde avec près de 200 millions d’habitants. Prêtre hindou de 44 ans, au crâne rasé et toujours vêtu d’une robe couleur safran, il s’est notamment fait connaître pour ses déclarations incendiaires visant les minorités religieuses et sa défense de l’hindutva, l’idéologie de l’extrême-droite indienne qui voudrait faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue. A la tête de la milice Hindu Yuva Vahini, impliquée dans des émeutes confessionnelles, Yogi Adityanath a fait régner la terreur parmi les musulmans d’Uttar Pradesh. Il fait aussi partie de ceux qui ont accusé Mère Teresa d’être au cœur d’une conspiration visant à « christianiser » le pays.

Source : Eglises d’Asie