Articles #NLQ #Tribunes et entretiens

Deux minutes pour vous #74 – Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine – « Que faut-il penser de la richesse de l’Église ? »

Nous vous avions annoncé le lancement d’une série de vidéos régulières où le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine répond à vos questions sous un format très court :

Que faut-il penser de la richesse de l’Église ?

Version Audio seule

C’est avec beaucoup de bonheur que le Père Michel-Marie répond désormais à vos questions les plus concrètes. C’est toujours une vraie joie de l’entendre traiter, à sa façon et dans sa lumière, les sujets les plus divers. Bonne écoute ! N’oubliez pas de faire suivre à tous vos amis ces petites vidéos qui peuvent faire tant de bien… et de prier pour le Père Michel-Marie dont le ministère est très prenant.

Asie #NLQ

Philippines – Les mineurs offrent de l’or en action de grâce à la chandeleur

Le seul jour de l’année durant lequel Alberto Odi peut se reposer de la mine est le jour de la Chandeleur, chaque 2 février. Le mineur de 42 ans prépare alors une douzaine d’œufs pour représenter chaque mois de l’année, ainsi qu’une pincée de poudre d’or qu’il apporte à l’église en offrande. L’or, qu’il échange contre de l’argent à un bureau d’échange local avant de se rendre à l’église, vient de sa part de salaire acquise durant le mois précédent.

« L’église n’accepte pas d’or », plaisante Alberto après avoir reçu vingt dollars américains en échange de son or. « Il pourrait tomber dans de mauvaises mains », ajoute-t-il. Alberto travaille comme mineur à Paracale, une ville de la province de Camarines Norte, à environ 334 kilomètres au sud de la capitale, Manille. « J’ai commencé à me rendre à la mine quand j’étais garçon », explique-t-il. « C’est le seul travail que je connaisse. »

Presque toute sa vie, il a passé presque douze heures par jour dans des tunnels sombres avec peu d’air et la menace permanente des effondrements. Parfois, il se joint à des expéditions minières sous-marines, dans les régions marécageuses autour de la ville. S’aidant de bouteilles de plongée, Alberto et ses amis creusent la boue sous l’eau vaseuse. Le mineur confie que c’est un travail difficile et dangereux, mais qu’il prie toujours la Vierge Marie pour sa protection.

« Mon père disait toujours que la Vierge nous protège dans les tunnels », ajoute Alberto. Les locaux nomment la Vierge « Inay Candi » ou « Mère Chandelle », en référence à la statue conservée dans l’église de la ville, qui serait une réplique exacte de l’originale, Notre Dame de la Purification et de la Chandeleur (Nuestra Senora de la Purificacion y Candelaria), située dans un sanctuaire marial à Tenerife, en Espagne. La légende dit que la statue originale de la Vierge, portant l’enfant Jésus dans une main et une bougie dans l’autre, serait apparue sur une plage à Chimisay, en Espagne, en 1392.

La piété unique de Paracale

Contrairement à la statue espagnole, celle de Paracale porte également une épée. Les locaux disent que l’épée a sauvé la ville des pirates en 1809. Selon eux, la Vierge serait descendue de l’autel pour faire fuir les pilleurs. Parce qu’il manque un doigt, les locaux disent que la Vierge l’a perdu en se battant contre les pirates sur la plage de Paracale.

La population croit qu’en plus de les protéger contre les calamités, la Vierge leur porte chance. En 1626, des années après que les moines espagnols sont arrivés par la mer, une importante mine d’or fut découverte à Paracale, dont le nom signifie « creuseur de canal ». Aujourd’hui, la plupart des habitants dépendent de l’extraction de l’or pour vivre. Au fil des années, les gens de Paracale ont montré leur gratitude envers la Vierge en l’ornant d’une robe et d’une couronne faits d’or. Les ornements précieux, offerts par la population, apparaissent une fois par an, durant la fête de la ville. Le jour suivant les célébrations, le prêtre de la paroisse dépose les ornements dans une banque locale pour les garder en sureté, tandis que la statue est exposdans une salle voûtée de l’église paroissiale.
Le père Rodello Rempillo décrit la piété des habitants de Paracale comme « vraiment unique », ajoutant qu’elle n’est pas « avide, ou égoïste, ou avare ». « Ils donnent ce dont l’image a besoin, jusqu’au point d’être extravagants et excessifs. Nous l’avons vu quand les gens ont créé une robe et une couronne en or pur », explique le prêtre. « Ils lui attribuent toutes les prières entendues, la chance, les bonnes récoltes et la protection. » L’église de la ville, par ailleurs, vieille de 407 ans, est en cours de rénovation. Le prêtre confie avoir besoin d’au moins 200 000 dollors américains pour venir à bout de la première phase du projet.

Le père Rempillo est confiant en la capacité des habitants à récolter l’argent nécessaire. En seulement un an, les dons ont déjà atteint la moitié de la somme dont la paroisse avait besoin. « La générosité est profondément enracinée, dans la culture de la ville », se réjouit le prêtre. « Sur les sites miniers, les mineurs offrent aux visiteurs des extraits de minerais d’or. Vous ne repartirez pas chez vous les mains vides. »

Source EDA

Culture #Doctrine / Formation

De l’or, de l’encens, de la myrrhe ? Mais pour quoi ?

Les mages offrent trois choses bien curieuses pour un nourrisson. De l’or, de l’encens et de la myrrhe.  Mais pourquoi ou plus exactement pour quoi, pour qui ?

Si vous n’avez pas eu la réponse dans l’homélie d’hier voici la clef du mystère.

 

De l’or au Roi, de l’encens au vrai Dieu et de la myrrhe pour sa sépulture. 

1. La prière des Heures. — L’Office nous offre au cours de la semaine une grande abondance de considérations sur le mystère de la fête. Au second Nocturne nous lisons un passage d’un sermon d’Épiphanie de saint Augustin. Il est très instructif de voir comment ce Père de l’Église conçoit la fête. Il ne connaît comme mystère de la fête que l’adoration des Mages : “ Pour les Mages ce jour se leva une fois avec sa lumière, pour nous la commémoration annuelle de ce jour est venue. Les Mages étaient les prémices des Gentils, nous sommes le peuple des Gentils. Pour nous c’est la langue des Apôtres qui nous a instruits, quant à eux, ils ont été instruits par l’étoile qui était comme la langue du ciel. A nous, les Apôtres, comme d’autres cieux, ont raconté la gloire de Dieu (nous voyons ici que dès le temps de saint Augustin le ps. 18 était déjà chanté en l’honneur des Apôtres) Grand mystère ! Le Sauveur était couché dans sa Crèche et cependant il amenait les Sages de l’Orient. Il était caché dans l’étable et il fut reconnu dans le ciel, afin que Celui qui était reconnu dans le ciel fût manifesté dans l’étable. Ainsi l’Épiphanie, c’est-à-dire la manifestation du Seigneur, établit sa gloire et son abaissement. Celui qui, dans les profondeurs du ciel, était signalé comme le Très-Haut par le signe des étoiles est trouvé dans l’étroite demeure comme un faible enfant né avec des membres enfantins, enveloppé de langes enfantins, afin que les Sages l’adorent et que les méchants le craignent. ”

Au troisième Nocturne nous lisons un passage d’un sermon d’Épiphanie du pape saint Grégoire le Grand (ce sermon fut fait dans l’église liturgique par excellence, à Saint-Pierre). Ce sermon, divisé en quatre parties, est, à part quelques légères omissions, lu tout entier au bréviaire.

Considérons encore que, dans l’esprit de la liturgie, — nous participons pendant toute la journée au mystère des Mages. C’est ce que nous indiquent les antiennes des Heures, particulièrement celles de Laudes et de Vêpres. A Prime : la grande manifestation de Celui qui a été engendré avant l’étoile du matin ; à Tierce : la marche des Mages sous la conduite de l’étoile ; à Sexte : la marche d’offrande des Mages ; à None : la visite des Mages à l’Enfant-Dieu. Les antiennes de Benedictus et de Magnificat sont tous les jours différentes. Au lever du soleil, l’Église chante : “ De l’Orient, les Mages sont venus vers Bethléem pour adorer le Seigneur et ils ouvrirent leurs trésors et offrirent de grands présents : de l’or au Roi, de l’encens au vrai Dieu et de la myrrhe pour sa sépulture. Alleluia ” (Ant. Ben.). Elle chante au coucher du soleil : “ Quand les Mages virent l’étoile, ils eurent une grande joie ; et ils entrèrent dans la maison et ils offrirent au Seigneur de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Alleluia ”. (Ant. Magn.).

2. La Messe. — Il est conforme à l’esprit d’une Octave de méditer chaque jour avec soin quelques parties de la messe de la fête. C’est ce que nous ferons. Considérons aujourd’hui l’Introït. Pour bien comprendre un Introït, il faut l’examiner dans toute son étendue, avec le psaume entier et y voir l’accompagnement de l’entrée du prêtre. Le psaume 71 est celui qui convient spécialement à la messe de l’Épiphanie, il domine toute la messe. Le chrétien devrait l’étudier et le préparer avant la fête. Dans ce psaume on chante le royaume du Roi céleste. Ce royaume possède deux caractéristiques : c’est un royaume de paix et de justice. Ce royaume est illimité dans le temps et dans l’espace. Il est facile de voir que ces pensées conviennent parfaitement à notre fête où nous célébrons la fondation du royaume du Christ. On insiste particulièrement sur ces versets : “ Les rois de Tharsis et des îles lointaines apporteront des présents, les rois d’Arabie et de Saba se hâteront avec leurs dons, tous les rois de la terre l’adoreront, toutes les nations le serviront. ” Ce sont précisément ces versets qui ont fait des Mages, des rois (ils forment aussi la seconde antienne, on les appelle versus ad repetendum). L’antienne de l’Introït commence par ecce : — voici. L’Église indique du doigt l’Évêque qui fait son entrée. Sous la figure du célébrant, apparaît le Roi pacifique qui fait son entrée dans sa ville dont la maison de Dieu est le symbole. La liturgie prévoit donc le dramatique déploiement de la procession à travers l’église. Remarquons quelle réalisation présente il y a dans cet Ecce (de même que dans la répétition de Hodie : — aujourd’hui), Ecce advenit — ces mots nous les connaissons depuis l’Avent. Nous avons attendu avec un désir ardent, pendant quatre semaines, le “ Roi qui doit venir ”. Aujourd’hui notre attente est comblée : le voici. Il est là .. Et avec quelle beauté est exprimée cette pensée de la royauté et avec quelles fières paroles ! Dominator, Dominus, le Souverain, le Seigneur (KurioV). “ Il porte dans sa main (comme un globe impérial) la royauté et la puissance et l’empire du monde (dont l’empire romain n’était qu’une faible image). Nous sommes ainsi, dès cette ouverture, au cœur du drame : le Roi se tient au milieu de nous.

Mais l’entrée du prêtre présente encore un autre symbole. Avec le célébrant, ce n’est pas seulement le Roi qui fait son entrée ce sont aussi les trois Rois qui s’approchent de Bethléem “ la maison du pain ”, l’autel qui signifie le Christ. Nous tirons ce second symbolisme du versus ad repetendum. Nous ne devons pas être surpris de voir le prêtre réunir ces deux symboles ; à la messe il est souvent tour à tour représentant de l’Église et du Christ, il est le médiateur qui réunit en lui-même les -deux acteurs du drame : Dieu et les hommes. Voilà les considérations profondes que nous offre l’Introït.

3. Symbolisme des présents des Mages. — A ce sujet, la liturgie entre, au cours de la semaine, dans de longs développements :

“ Trois présents précieux ont été apportés aujourd’hui par les Mages au Seigneur,
Et ils sont remplis d’une signification mystérieuse :

Dans l’or se manifeste la puissance du Roi, Que l’encens te fasse penser au grand-prêtre, Et la myrrhe à la sépulture du Seigneur ” (Rép.).

“ Les Mages apportèrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or convient au Roi, l’encens est offert au Dieu, avec la myrrhe on embaume les cadavres. Les Mages déclarent donc Celui qu’ils adorent, avec leurs présents mystérieux : avec l’or comme leur Roi, avec l’encens comme leur Dieu, avec la myrrhe comme un Homme destiné à la mort… Offrons, au Seigneur qui vient de naître, de l’or et ainsi nous confesserons que nous croyons en lui comme au Roi qui est au-dessus de tout, offrons-lui de l’encens pour reconnaître que Celui qui est apparu dans le temps est Dieu de toute éternité, offrons-lui de la myrrhe pour confesser notre foi qui enseigne que, selon sa divinité, il est impassible, mais que, selon notre nature qu’il a prise, il a été mortel. — Ces présents des Mages, l’or, l’encens et la myrrhe, nous pouvons encore les interpréter autrement : Par l’or on peut entendre la sagesse, selon le témoignage de Salomon qui dit : un trésor désirable est placé dans la bouche du sage. Par l’encens qui est brûlé en l’honneur de Dieu, peut être exprimée la vertu de piété, car ainsi parle le Prophète : “ comme la fumée d’encens, ma prière monte vers toi. ” Par la myrrhe on peut entendre la mortification de notre chair. C’est pourquoi l’Église dit de ses travailleurs qui jusqu’à la fin ont combattu courageusement pour le Seigneur : “la myrrhe découle de mes mains ” (Grégoire I, au bréviaire).

Cette signification mystérieuse des présents des Mages a été résumée par le prêtre Juventus (vers 330) dans le vers suivant : Thus, aurum, myrrham, Regique, Hominique, Deoque dona fuerunt (L’encens, l’or, la myrrhe, au Roi, à l’Homme, au Dieu, ils offrent ces présents (Saint Jérôme, au bréviaire).

4. Lecture d’Écriture (Rom. Chap. IX-XI) [1] — Le royaume de Dieu que, pendant l’Avent, le Prophète Isaïe nous a montré dans une vision prophétique, nous pouvons, sous la conduite de saint Paul, le contempler dans toute sa beauté. Au chap. VIII, saint Paul a dit l’essentiel. Aux chap. IX-XI, il se débat avec le fait du rejet d’Israël, qu’il essaie de comprendre à la lumière du plan rédempteur de Dieu. Paul n’est pas un renégat, mais un ardent amour le rattache à son peuple. Comme Moïse, il serait prêt à sacrifier son propre salut pour sauver son peuple. “ Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas ; ma conscience me rend témoignage dans le Saint-Esprit que je porte un grand deuil et un chagrin incessant dans mon cœur. Oui, je souhaiterais même d’être séparé du Christ pour l’amour de mes frères qui me sont apparentés par la chair. Ils sont Israélites, à eux appartiennent… les promesses, à eux appartiennent les pères dont le Christ est descendu selon la chair, lui qui est Dieu au-dessus de tout. hautement loué dans l’éternité. Amen. ”

Saint Paul montre alors que ce n’est pas la descendance charnelle qui décide de la justification, mais la vocation conditionnée par la grâce de Dieu. L’histoire de l’Ancien Testament lui en fournit des exemples. Ce n’est pas le premier-né Ésaü, mais le puîné Jacob qui reçut la bénédiction messianique. Avant qu’ils fussent nés et, par conséquent, avant qu’ils aient pu faire le bien et le mal, il fut dit à la mère : l’aîné servira le plus jeune, afin que demeure la prédestination de Dieu d’après son libre choix qui se fait non d’après les œuvres mais par vocation. Aussi est-il écrit : “ J’ai aimé Jacob, mais j’ai haï Ésaü. ” Saint Paul songeant à la prédestination divine écrit : “ O homme, qui es-tu donc pour demander des comptes à Dieu ? Est-ce que la statue dit au sculpteur : pourquoi m’as-tu faite ainsi ? Est-ce que le potier n’est pas maître de son argile pour faire de la même masse un vase honorable et un vase d’abjection ? ” Paul voit dans l’avenir une lueur d’espoir. Israël n’est pas entièrement rejeté. Dès que les païens, dans leur ensemble, seront venus à la foi, alors, le jour de grâce se lèvera pour Israël lui-même. “ L’endurcissement d’une partie est venu sur Israël jusqu’à ce que la plénitude des païens soit rentrée. Alors Israël tout entier sera sauvé. ” Cette merveilleuse issue de l’histoire du monde arrache à l’Apôtre un chant de louanges sur les desseins de Dieu : “ O profondeur de la richesse de sagesse et de science de Dieu ! Combien impénétrables sont ses jugements, combien indiscernables sont ses chemins ! ”

—–

[1] La lecture d’Écriture, ce jour et les jours suivants est tirée de l’Epître aux Romains quand ces jours tombent avant le dimanche dans l’Octave : autrement elle est tirée de l’Epître aux. Corinthiens.

Source

 

A la une #NLH #NLQ #Rome

Catéchèse du pape – De la pensée positive aux fausses espérances

Le pape poursuit sa catéchèse du mercredi sur l’espérance chrétienne. Pour sa sixième méditation sur le thème, le Saint-Père s’est appuyé sur le psaume 115, ouvrant sa réflexion par une considération anthropologique : espérer est un besoin primaire de l’Homme.

A cette occasion il a repris une expression surprenante utilisée lors de sa lettre remise aux maires des grandes villes d’Europe : la fameuse “pensée positive”. Cependant, l’usage qu’il en fait n’est pas le même ici qu’à cette occasion. Dans la lettre il voyait dans l’onde positive une manière de prière envoyée par les maires non croyants à son intention, tandis qu’il s’agit dans cette perspective de la dynamique qui pousse l’homme à avancer.

Sans reprendre la polémique suscité par l’emploi de ce terme comme substitut de la prière, il trouve ici une réalité anthropologique qui sans être l’espérance en est l’élan inscrit dans l’être même de tout homme. En effet, l’espérance agit comme une cause finale, celle qui aspire l’homme vers la jouissance du bonheur qu’il espère. La pensée positive, en revanche viendrait plutôt du dedans de l’homme et le pousserait à agir en vue de ce qu’il espère. L’un et l’autre se confondant dans une même dynamique de mouvement qui pousse l’homme à agir. Et ce mouvement est constitutif de tout être humain. L’un éprouve un manque en lui qui le pousse à chercher hors de lui son bien, tandis que l’autre attire de l’extérieur l’homme. L’espérance réside dans le fait de trouver dans ce qu’on espère ce qui nous manque. Mais à la différence d’une simple dynamique impulsée par le manque qui va tenter de capter l’autre pour combler le vide, se laisser rejoindre par un autre c’est accueillir l’autre pour lui même et il se trouve qu’il me comble ainsi.

C’est bien l’adéquation entre ce qu’est l’autre et ce qui me manque que porte l’espérance. Car l’espérance cherche non pas à combler des vides, comme une pièce de puzzle, mais à s’accomplir et se réjouir dans ce qu’on espère. L’espérance est une tension vers la réalisation de soi, là où la pensée positive est une émanation dynamique de soi.

Quand nous mettons  notre espérance en Dieu, nous percevons bien la différence entre être appelé à se réaliser en Dieu et capter Dieu à son profit. Mettre son espérance en Dieu c’est orienter cette pensée positive pour nous rendre adéquats au bien qu’est Dieu.

C’est ce que le Saint-Père rappelle en mettant en garde contre les fausses espérances du monde. La pensée positive ne suffit pas. Il faut l’éduquer.

Mais il est important que cette espérance trouve une réponse dans ce qui peut vraiment aider à vivre et à donner sens à notre existence. C’est pour cela que la Sainte Écriture nous met en garde contre les fausses espérances que le monde nous présente, démasquant leur inutilité et montrant leur absurdité. Et elle le fait de différentes manières, mais surtout en dénonçant la fausseté des idoles en qui l’homme est continuellement tenté de mettre sa confiance, faisant d’elles l’objet de son espérance.

Le pape constate cependant que, face aux épreuves de la vie, la confiance en Dieu, et finalement notre espérance, sont fragiles au point que nous ressentons le besoin d’autres certitudes, plus humaines : les fausses espérances.

Parce que la foi consiste à avoir confiance en Dieu – qui a la foi, a confiance en Dieu – mais vient le moment où, en se confrontant aux difficultés de la vie, l’homme expérimente la fragilité de cette confiance et sent le besoin de certitudes différentes, de sécurités tangibles, concrètes. Je m’en remets à Dieu, mais la situation est un peu difficile et j’ai besoin d’une certitude un peu plus concrète. Et là est le danger ! Et alors, nous sommes tentés de chercher des consolations même éphémères, qui semblent remplir le vide de la solitude et adoucir la difficulté à croire. Et nous pensons pouvoir les trouver dans la sécurité que peut donner l’argent, dans les alliances avec les puissants, dans la mondanité, dans les fausses idéologies. Parfois, nous les cherchons dans un dieu qui puisse se plier à nos demandes et intervenir de façon magique pour changer la réalité et la rendre telle que nous la voulons ; une idole, justement, qui en tant que telle ne peut rien faire, impuissante et mensongère. Mais nous aimons les idoles, nous les aimons beaucoup !

Vient alors le commentaire du psaume 115 par le pape.

« Leurs idoles : or et argent, ouvrages de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas. Leurs mains ne peuvent toucher, leurs pieds ne peuvent marcher, pas un son ne sort de leur gosier ! Qu’ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur foi en elles. » (vv. 4-8).

Le psalmiste nous présente, d’une manière un peu ironique aussi, la réalité absolument éphémère de ces idoles. Et nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de représentations faites de métal ou d’autre matériel, mais aussi de celles construites avec notre esprit quand nous faisons confiance à des réalités limitées que nous transformons en absolu, ou quand nous réduisons Dieu à nos schémas et à nos idées de divinité ; un dieu qui nous ressemble, compréhensible, prévisible, exactement comme les idoles dont parle le psaume. L’homme, image de Dieu, se fabrique un dieu à son image, et c’est aussi une image mal réussie : il ne voit pas, il n’agit pas et surtout il ne peut pas parler. Mais nous sommes plus contents d’aller vers les idoles que d’aller au Seigneur. Bien souvent nous sommes plus contents de l’espérance éphémère que te donne cette fausse idole que de la grande et sûre espérance que nous donne le Seigneur.

À l’espérance dans un Seigneur de la vie qui, par sa Parole, a créé le monde et conduit nos existences, s’oppose la confiance dans des simulacres muets. Les idéologies avec leur prétention à l’absolu, les richesses – et elles sont une grande idole – le pouvoir et le succès, la vanité, avec leur illusion d’éternité et de toute-puissance, des valeurs comme la beauté physique et la santé, quand elles deviennent des idoles à qui tout sacrifier, sont toutes des réalités qui embrouillent l’esprit et le cœur et qui, au lieu de favoriser la vie, mènent à la mort. C’est triste d’entendre et cela fait souffrir l’âme, ce que j’ai entendu une fois, il y a des années, dans le diocèse de Buenos Aires : une brave femme, très belle, se vantait de sa beauté, commentait, comme si c’était naturel : « Et oui, j’ai dû avorter parce que ma silhouette est très importante ». Ce sont des idoles et elles te poussent sur la mauvaise voie et ne te donnent pas le bonheur.

Le message du psaume est très clair : si l’on met son espérance dans les idoles, on devient comme elles : des images vides avec des mains qui ne touchent pas, des pieds qui ne marchent pas, des bouches qui ne peuvent pas parler. On n’a plus rien à dire, on devient incapable d’aider, de changer les choses, incapable de sourire, de se donner, incapable d’aimer. Et nous aussi, hommes d’Église, nous courons ce risque quand nous nous « mondanisons ». Il faut rester dans le monde mais se défendre des illusions du monde que sont ces idoles que j’ai mentionnées.

Il faut, comme poursuit le psaume, mettre sa confiance et espérer en Dieu et Dieu nous donnera sa bénédiction. Le psaume dit ceci :

« Israël mets ta foi dans le Seigneur […]

Maison d’Aaron, mets ta foi dans le Seigneur […]

Vous qui craignez le Seigneur, ayez foi dans le Seigneur […]

Le Seigneur se souvient de nous : il bénira ! » (vv. 9.10.11.12).

Le Seigneur se souvient toujours. Même dans les moments difficiles, il se souvient de nous. Et c’est là notre espérance. Et l’espérance ne déçoit pas. Jamais. Jamais. Les idoles déçoivent toujours : elles sont imaginaires, elles ne sont pas la réalité.

Voilà l’étonnante réalité de l’espérance : en mettant sa foi dans le Seigneur, on devient comme lui, sa bénédiction fait de nous ses enfants, qui partagent sa vie. L’espérance en Dieu nous fait entrer, pour ainsi dire, dans le rayon d’action de son souvenir, de sa mémoire qui nous bénit et nous sauve. Alors peut jaillir l’Alleluia, la louange au Dieu vivant et vrai qui pour nous est né de Marie, est mort sur la croix et est ressuscité dans la gloire. Et nous, nous avons notre espérance en ce Dieu et ce Dieu – qui n’est pas une idole – ne déçoit jamais.

© Traduction de Zenit, Constance Roques