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OSCE : “un nouvel élan est nécessaire” affirme Mgr Urbanczyk

« Un nouvel élan est nécessaire » pour le travail fructueux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), affirme Mgr Janusz Urbanczyk, représentant permanent du Saint-Siège. Cet élan, explique-t-il, devrait être « fondé sur le fait que nous, États de notre Organisation, formons une communauté non seulement de valeurs, mais aussi de responsabilités ». « L’absence d’une telle compréhension commune – reflétant une vision ou une approche commune – a des conséquences sur la sécurité et la coopération entre les États. »

C’est ce qu’il a déclaré en anglais à l’ouverture de la réunion de Mise en œuvre de la dimension humaine 2018 (2018 Human dimension implementation meeting) le 10 septembre 2018.

« La solution est évidente, a dit Mgr Urbanczyk : les 57 États membres de l’OSCE doivent s’unir autour d’une compréhension commune des engagements de l’OSCE pour la « troisième corbeille », ainsi que des principes universels des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui sous-tendent la dimension humaine. »

En parlant de la « troisième corbeille », le représentant permanent du Saint-Siège a fait allusion au troisième point des accords d’Helsinki, signés en 1975, consacré aux « Respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Mgr Urbanczyk a noté « avec regret qu’après trois réunions du Conseil ministériel – à Belgrade (2015), à Hambourg (2016) et à Vienne (2017) – les États participants n’ont pu parvenir à un consensus sur l’ordre du jour de cette réunion ».

Si « toutes les délégations et les organisations de la société civile, a-t-il expliqué, expriment le désir de renforcer la protection et la promotion des droits humains et des libertés fondamentales », elles « aboutissent souvent à des accusations mutuelles inutiles fondées sur des approches très sélectives des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

« Les droits de l’homme sont universels, inaliénables et inviolables, a réaffirmé Mgr Urbanczyk. Ces trois caractéristiques proviennent de la « pierre angulaire » la plus profonde, à savoir de la nature divinement donnée de la dignité humaine. Les droits de l’homme sont universels puisqu’ils s’appliquent à tous les êtres humains sans exception de temps, de lieu ou de sujet. »

« Si les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas universels, inaliénables et inviolables, a-t-il poursuivi, mais dépendent de l’origine nationale, de la religion ou de l’opinion politique de l’individu – comme cela semble souvent être le cas – il faut alors réfléchir sérieusement à l’avenir de la « troisième corbeille » de l’OSCE. »

Mgr Urbanczyk a rappelé les paroles du pape François qui avait dit dans son discours devant le corps diplomatique, le 8 janvier 2018, que « les traditions des peuples individuels ne peuvent être invoquées comme prétexte pour ne pas tenir compte du respect des droits fondamentaux proclamés par la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Source : Zenit.org

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OSCE : le Saint-Siège promeut le “développement du capital humain”

Le Saint-Siège invite les États participants à l’OSCE à « soutenir des actes concrets » qui favorisent le « développement du capital humain ». Il s’agit entre autres de « placer le bien de la personne au centre » de l’activité économique, de permettre aux jeunes d’entrer sur le marché du travail, d’offrir à tous, hommes et femmes, « un salaire juste et stable », de construire « sur les dons et les ressources des travailleurs » et de leur permettre de « combiner travail et obligations familiales ».

Monseigneur Fredrik Hansen a représenté le Saint-Siège à la réunion de clôture du 26ème Forum économique et environnemental de l’OSCE, à Prague, les 5-7 septembre 2018. Il a invité à « promouvoir le progrès économique et la sécurité dans l’espace de l’OSCE par l’innovation, le développement du capital humain et une bonne gouvernance publique et des entreprises ».

Le représentant du Saint-Siège a aussi fait valoir que la lutte contre la corruption « ne concerne pas uniquement les dispositions et mécanismes juridiques ». Il s’agit, a-t-il dit, de « faire progresser une “culture de l’intégrité” plus large ». Concrètement, il faut que les États participants soient « proactifs » pour « promouvoir une bonne gestion des finances publiques, impliquer le secteur privé dans la promotion de la bonne gouvernance et en construisant sur les meilleures pratiques de la responsabilité sociale publique et de l’entreprise »

Déclaration de Mgr Fredrik Hansen

Monsieur le Modérateur,

Le Saint-Siège se réjouit de cette occasion de prendre la parole lors du 26ème Forum économique et environnemental de l’OSCE et souhaite féliciter la Présidence italienne de l’OSCE, le Bureau du Coordonnateur des activités économiques et environnementales de l’OSCE et le Ministère des Affaires étrangères pour la préparation et l’organisation de cette réunion de clôture.

Chaque année, le Forum économique et environnemental de l’OSCE permet aux États participants de réaffirmer le principe établi dans l’Acte final d’Helsinki, à savoir que les efforts des États pour « développer la coopération dans les domaines du commerce, de l’industrie, de la science et de la technologie, de l’environnement et d’autres domaines d’activité économique contribuent au renforcement de la paix et de la sécurité en Europe et dans le monde entier ». Dans cet esprit, notre délégation souhaiterait présenter les considérations suivantes comme contribution à nos discussions sur le thème du 26ème FEE : Promouvoir le progrès économique et la sécurité dans l’espace de l’OSCE par l’innovation, le développement du capital humain et une bonne gouvernance publique et des entreprises.

Innovation et développement du capital humain.

Le Saint-Siège affirme invariablement que « le sujet et le but de toutes les institutions sociales – et donc aussi de l’économie – sont et doivent être la personne humaine ». (1) Une approche de la vie économique, de la production et du travail qui ne recherche que la richesse et qui réduit les hommes et les femmes à des parties instrumentalisées est non seulement préjudiciable à la société elle-même, mais surtout contredit la dignité humaine inhérente à chaque personne. Il est donc nécessaire que les efforts d’aujourd’hui cherchent à « développer de nouvelles formes d’économie et de financement, avec des règles et des règlements orientés vers l’élargissement du bien commun et le respect de la dignité humaine ». (2)

L’innovation économique et la promotion du concept de développement du capital humain doivent être comprises dans ce sens : l’avancée de la croissance économique et de l’intégration par une approche des hommes et des femmes sur leur lieu de travail qui reconnaisse, d’une part, leur dignité inhérente et leur importante contribution à la vie économique et, d’autre part, le potentiel de réussite économique qui réside dans l’utilisation et le développement réfléchis, honnêtes et justes des capacités des hommes et des femmes qui constituent le secteur économique. (3)

Le développement du capital humain signifie également soutenir des actes concrets qui placent le bien de la personne au centre de nos efforts économiques, en augmentant les possibilités pour les jeunes d’entrer sur le marché du travail, en offrant à tous les travailleurs un salaire juste et stable, en assurant un salaire égal à travail égal – notamment pour les femmes -, en tirant parti des dons et des ressources de tous les travailleurs et en construisant sur ceux-ci, et en permettant aux hommes et aux femmes de combiner travail et obligations familiales. Dans le contexte d’une économie de plus en plus numérisée, avec ses modèles commerciaux novateurs et son utilisation plus avancée des technologies numériques, il importe que tous les efforts favorisent un système économique sain, protégeant la dignité humaine et favorisant le bien commun. (4)

Le Saint-Siège saisit cette occasion pour exprimer son soutien aux initiatives prises par la Présidence italienne de l’OSCE pour faire avancer la réflexion sur les multiples aspects de la transformation numérique en cours, en particulier ses effets sur la main-d’œuvre.

Bonne gouvernance publique et d’entreprise

Un développement véritablement humain de l’activité économique est difficile sans une bonne gouvernance publique et d’entreprise, la transparence et la responsabilité. En effet, une croissance économique solide et durable exige des responsabilités et, sans une bonne gouvernance publique et des entreprises, l’activité économique peut être mal orientée. En fait, les États participants reconnaissent que « la bonne gouvernance, la transparence et la responsabilité sont des conditions essentielles pour la croissance économique, le commerce, l’investissement et le développement durable ». (5)

Le Saint-Siège saisit cette occasion pour remercier le Professeur Paola Severino, Représentante spéciale du Président en exercice de l’OSCE pour la lutte contre la corruption, pour son travail, en particulier son discours liminaire à la deuxième réunion préparatoire à Venise en mai dernier.

Ces notions importantes attirent notre attention sur les rôles des chefs d’entreprise et de la direction, qui ont « une importance centrale du point de vue de la société, car ils sont au cœur de ce réseau de liens techniques, commerciaux, financiers et culturels qui caractérisent la réalité de l’entreprise moderne. En raison de la complexité croissante des activités commerciales, les décisions prises par les entreprises produisent un certain nombre d’effets interdépendants très importants, dans les domaines tant économique que social. Pour cette raison, l’exercice de la responsabilité par les chefs d’entreprise et par la direction exige (…) une réflexion constante sur les motivations morales qui doivent guider les choix personnels de ceux à qui ces tâches incombent ». (6)

Les États participants devraient rappeler que l’approche large et multipartite des efforts de lutte contre la corruption, que l’OSCE a adoptée, ne concerne pas uniquement les dispositions et mécanismes juridiques ; il s’agit de faire progresser une « culture de l’intégrité » plus large. Plutôt que de se contenter de remédier à la corruption qui s’est déjà produite, nos efforts conjoints doivent être proactifs pour promouvoir une bonne gestion des finances publiques, impliquer le secteur privé dans la promotion de la bonne gouvernance et en construisant sur les meilleures pratiques de la responsabilité sociale publique et de l’entreprise. Alors que la bonne gouvernance économique et sociale est entravée par l’absence de bonne gouvernance publique et des entreprises, la corruption nuit activement à ce potentiel de croissance.

Le pape François reste très clair dans sa condamnation de ce phénomène en apparence impossible à éradiquer, le qualifiant de « malédiction sur la société, privant les pauvres et fournissant un terrain fertile au crime organisé ». Il représente « l’exploitation de l’homme et de l’environnement » et « encourage la croissance des intérêts particuliers en nuisant au bien commun ». (7)

En conclusion, la délégation du Saint-Siège renouvelle sa gratitude envers les organisateurs de cette réunion de clôture et assure tous les participants des engagements du Saint-Siège en faveur de la deuxième dimension de la sécurité globale et de son intérêt pour les discussions qui auront lieu dans les trois prochains jours.

Merci, Monsieur le Modérateur !

  1. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde moderne, Gaudium et spes, 7 décembre 1965, 25.
  2. Congrégation pour la Doctrine de la foi – Dicastère pour la Promotion du développement humain intégral, Oeconomicae et pecuniariae quaestiones. Considérations relatives à un discernement éthique concernant certains aspects du système économique et financier actuel, 6 janvier 2018, n. 6.
  3. Cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 301-303.
  4. Cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi – Dicastère pour la Promotion du développement humain intégral, Oeconomicae et pecuniariae quaestiones, n. 19.
  5. 23ème Conseil ministériel de l’OSCE, Déc. N ° 4/16 : Renforcer la bonne gouvernance et promouvoir le lien.
  6. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 344.
  7. Pape François, préface du livre « Corrosione » (Corrosion) de Peter Cardinal Turkson / Vittorio Alberti (Rizzoli, 2017).

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source : Zenit.org

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OSCE – Le Saint-Siège prône la promotion de la non-discrimination envers les chrétiens

Mgr Janusz Urbanczyk, représentant permanent du Saint-Siège à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), est intervenu à la conférence sur la lutte contre l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens, le 14 décembre 2016.

Voici le texte de son intervention traduit par Zénith

Monsieur le Modérateur,

La délégation du Saint-Siège tient tout d’abord à remercier les intervenants pour leurs présentations intéressantes et perspicaces.

Dans nos sociétés pluralistes, nous reconnaissons la contribution des religions à la formation de la culture, à l’encouragement au dialogue et à la compréhension mutuelle. Pourtant, nous sommes parfois témoins de la marginalisation et de l’hostilité envers les religions et les croyants qui peuvent constituer de l’intolérance et de la discrimination et peuvent mener à la haine et à des actes de violence.

Un principe fondamental de la vision chrétienne des choses est de rechercher le bien commun plutôt que le simple caractère personnel. Pour les chrétiens, comme l’a écrit le pape François dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, « le tout est plus grand que la partie, mais il est aussi plus grand que la somme de ses parties… [Les chrétiens] doivent constamment élargir leurs horizons et voir le plus grand bien qui nous sera bénéfique à tous ». Cette approche, par exemple, a permis à l’Europe, basée sur ses racines religieuses, de concilier diverses traditions culturelles et cette approche permet encore aujourd’hui aux chrétiens de rechercher une compréhension mutuelle, ouverte à un partage accru des valeurs de chacun.

Je voudrais souligner en particulier deux aspects du sujet proposé à la discussion au cours de cette session.

Le premier est le rôle clé de l’éducation dans la promotion de la tolérance et de la non-discrimination puisqu’il aborde les causes profondes du phénomène. À cet égard, il faut espérer que les gouvernements et les dirigeants s’engagent à faire en sorte que tous puissent avoir les moyens matériels et spirituels nécessaires pour vivre dans la dignité, y compris le droit à l’éducation et à la liberté religieuse. Pour que l’éducation soit en mesure d’assurer le développement humain intégral, elle doit être utilisée comme un moyen de construire des ponts. En fait, l’une des plus grandes tentations de nos jours est de construire des murs plutôt que des ponts, et cela est même parfois réalisé par l’éducation. Comme l’a dit le Pape François, « le plus grand échec […] est d’éduquer« à l’intérieur de murs ». Éduquer à l’intérieur des murs : les murs d’une culture sélective, les murs d’une culture de la sécurité, les murs d’un secteur social qui est riche et ne va pas plus loin.

Tenant compte du fait que cette « tentation » est souvent répandue, les États participants ont reconnu dans la Décision 13/06 du Conseil ministériel de Bruxelles la valeur de la diversité culturelle et religieuse comme source d’enrichissement mutuel des sociétés et l’importance de l’intégration comme élément clé pour promouvoir le respect et la compréhension mutuels. En effet, les valeurs religieuses doivent être considérées comme une composante intégrale enrichissante d’une société plutôt que comme l’expression d’une sous-culture qui n’est pas liée à la vie publique.

En outre, dans la décision 10/05 du Conseil ministériel de Ljubljana, les États participants ont encouragé les programmes publics et privés qui promeuvent la tolérance et la non-discrimination et sensibilisent le public à l’existence et au caractère inacceptable de l’intolérance et de la discrimination, en luttant contre les préjugés, l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens ainsi que les musulmans et les autres religions. Le Saint-Siège croit fermement que l’éducation est un outil à notre disposition pour construire des ponts pour la paix et la stabilité et pour élever nos jeunes en tant que pacificateurs et promoteurs de la véritable tolérance et de la non-discrimination.

Le deuxième aspect est le rôle crucial du dialogue constructif dans le débat public pour promouvoir la tolérance et la non-discrimination envers les chrétiens. L’utilisation abusive du dialogue peut créer et renforcer des modèles d’intolérance et de discrimination. Au contraire, son utilisation judicieuse peut contribuer à humaniser les relations entre les peuples, mais aussi entre les gouvernements, et peut favoriser et développer une opinion publique correcte, mûre et respectueuse. Comme l’a écrit le Pape François dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le dialogue social est une contribution à la paix. À cet égard, le dialogue interreligieux pourrait aussi être un outil qui renforce la compréhension mutuelle et construit la confiance afin de réduire l’intolérance et la discrimination.

Enfin, pour citer de nouveau le Pape François, « dans son dialogue avec l’État et avec la société, l’Église n’a pas de solution pour chaque question particulière. Avec les divers secteurs de la société, elle soutient les programmes qui répondent le mieux à la dignité de chaque personne et au bien commun. Ce faisant, elle propose de manière claire les valeurs fondamentales de la vie humaine et des convictions qui peuvent alors s’exprimer dans l’activité politique ».

Merci, Monsieur le Modérateur.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

 

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OSCE, le Saint-Siège passe en revue les “atrocités” que subissent les chrétiens d’Orient

Lors de la conférence organisée par l’OSCE sur la lutte contre l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens, qui s’est tenue le 14 décembre 2016 à Vienne, le Saint-Siège est intervenu sur les nombreuses intolérances dont sont victimes les chrétiens en Syrie et en Irak. Son représentant n’hésitant pas à parler d’atrocités.

Discours traduit par Zénith

 

 Monsieur le Président, Excellences, Mesdames, Messieurs,

Le Saint-Siège considère comme un devoir d’insister sur l’importance continuelle – et, en effet, tenace – de la liberté de religion ou de conviction. Depuis le premier engagement du Saint-Siège avec les négociations d’Helsinki, à travers les décennies des conférences et des réunions de la CSCE, jusqu’au vaste travail de l’OSCE aujourd’hui, défendre et promouvoir la liberté de religion ou de conviction a été, et demeure, une priorité clé et essentielle des efforts inlassables du Saint-Siège pour sauvegarder la dignité inhérente de tous les hommes et toutes les femmes. Le Saint-Siège agit ainsi, non pas parce qu’il poursuit ses propres intérêts en tant qu’autorité dirigeante suprême de l’Eglise catholique ou parce qu’il est indifférent à d’autres droits et libertés, mais parce que la liberté de religion ou de conviction est le test décisif pour le respect de tous les autres droits de l’homme et des libertés fondamentales, puisqu’elle est leur synthèse et clef de voûte.

En effet, le pape saint Jean-Paul II a déclaré que la liberté religieuse constitue le « cœur même des droits de l’homme ». La liberté religieuse, ainsi, est essentielle à la défense des droits humains de tous, qu’ils soient croyants ou non-croyants, puisque dans le domaine de la conscience qui constitue la dignité de la personne humaine, il y a des droits humains interdépendants et indivisibles, tels que la liberté de religion ou de conviction, la liberté de conscience et la liberté d’expression. En fait, la lutte contre l’intolérance et la discrimination contre les chrétiens peut être un outil efficace dans la défense des droits humains des autres croyants, et, bien sûr, des droits humains de ceux qui ne professent aucune religion.

Par conséquent, le Saint-Siège considère comme un grand honneur d’être invité à prononcer le discours d’ouverture à la Conférence sur la lutte contre l’intolérance et les discriminations des chrétiens. Avant de le faire, je voudrais tout d’abord remercier Monsieur l’Ambassadeur Eberhard Pohl, président du Conseil permanent, et le Dr Michael Link, directeur du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme, pour la profondeur de leurs mots d’ouverture. Je tiens également à exprimer la reconnaissance du Saint-Siège à l’égard du personnel du BIDDH pour avoir organisé cet événement.

En ce qui concerne le thème de notre Conférence, je voudrais insister – quoique brièvement – sur trois questions : 1) l’intolérance religieuse et la liberté de religion ou de conviction ; 2) diverses formes, y compris des formes plus récentes, d’intolérance et de discrimination contre les chrétiens ; et 3) le potentiel de bien qui réside lorsqu’on collabore avec une religion ou une conviction.

Liberté de religion ou de conviction et intolérance / discrimination

La discrimination et l’intolérance envers les chrétiens, ciblant les hommes et les femmes, non pas en raison de leur race, de leur sexe ou de leur langue, mais en raison de leur foi, constituent une violation et une atteinte directe à la liberté de religion ou de conviction, un des droits humains explicitement mentionné dans l’Acte final d’Helsinki et sauvegardé dans les engagements ultérieurs de l’OSCE, en tant que priorité de cette Organisation et de ses 57 États participants.

Bien que, à première vue, il puisse paraître surprenant que la CSCE et l’OSCE – en tant qu’organisation de sécurité régionale – soient concernées par les questions de liberté de religion ou de conviction et par les efforts de lutte contre la discrimination et l’intolérance envers les chrétiens, une réflexion plus profonde sur les questions impliquées explique très clairement les raisons de cette attention. L’intolérance et la discrimination à l’égard des chrétiens, tout comme l’intolérance et la discrimination pour des raisons religieuses, sont non seulement un indicateur des violations des droits de l’homme, mais elles ont également prouvé qu’elles constituaient un terrain fertile pour de nouvelles violations des droits de l’homme qui détériorent et menacent la cohésion sociale, qui peuvent mener à la violence et aux conflits, même entre les États. Si l’OSCE s’efforce réellement de promouvoir la sécurité et la coopération de Vladivostok à Vancouver, elle doit rester vigilante en ce qui concerne l’intolérance et la discrimination ciblant les hommes et les femmes simplement en raison de leur foi en Jésus-Christ.

Intolérance et discrimination envers les chrétiens – nombreuses formes

Bien que cette Conférence se concentre essentiellement sur la région de l’OSCE, et il y a sans doute de nombreux exemples et préoccupations dans notre région, je serais négligent si je ne rappelais pas au moins la persécution barbare des chrétiens qui a lieu dans d’autres parties du monde, malheureusement aussi au seuil de l’OSCE. Les atrocités commises contre les chrétiens en Syrie et en Irak sont si horribles que les mots ne peuvent pas répondre adéquatement, et leur situation ne doit pas être oubliée. En effet, ces derniers jours, l’ombre mortelle de l’extrémisme violent et du terrorisme est de nouveau tombée sur la communauté copte en Egypte.

Compte tenu de la réalité de l’espace de l’OSCE, nous devons reconnaître que la discrimination et l’intolérance, y compris les crimes motivés par la haine, ont un impact sur beaucoup de chrétiens et de communautés chrétiennes, en dépit de la notion fréquemment répandue selon laquelle une telle discrimination ou intolérance n’existe pas dans cette partie du monde. Apparemment, l’appartenance à la religion majoritaire empêche que les chrétiens ne soient considérés comme des victimes de l’intolérance. Un tel point de vue, cependant, n’est pas fondé sur la réalité.

Les attaques continuelles contre les églises chrétiennes et les édifices religieux, maintes et maintes fois confirmées par les données du BIDDH, réfutent facilement la notion selon laquelle les chrétiens ne souffrent pas d’intolérance. La destruction préméditée des églises, des chapelles et des salles, le vandalisme délibéré des espaces religieux et des symboles, y compris les croix, les statues et autres objets chrétiens, ainsi que le vol et l’abus sacrilège de ce que les chrétiens considèrent comme sacré sont autant d’exemples non seulement irrespectueux, mais intolérants, et dans la plupart des cas des actes criminels commis avec un motif partial.

Nouvelles formes d’intolérance et de discrimination envers les chrétiens

Le Saint-Siège a noté à maintes reprises que l’intolérance et la discrimination des chrétiens ne se résumait pas simplement à des attaques violentes ou à la destruction sans motif d’objets religieux et se présente sous de nombreuses formes nouvelles. Ces nouvelles formes d’intolérance et de discrimination doivent être reconnues. Dans une de ses grandes allocutions sur le christianisme dans la société, le pape Benoît XVI a identifié plusieurs tendances profondément inquiétantes :

« La religion … n’est pas un problème pour les législateurs à résoudre, mais une contribution essentiele à la conversation nationale. Dans cette optique, je ne puis m’empêcher d’exprimer mon inquiétude face à la marginalisation croissante de la religion, en particulier du christianisme, qui se produit dans certains milieux, même dans les pays qui accordent une grande importance à la tolérance. Il y a ceux qui préconisent que la voix de la religion soit réduite au silence, ou du moins reléguée à la sphère purement privée. Il y a ceux qui soutiennent que la célébration publique de fêtes comme Noël devrait être découragée, dans la croyance douteuse qu’elle pourrait en quelque sorte offenser ceux des autres religions ou ceux qui n’en ont pas.

Et il y a ceux qui soutiennent – paradoxalement avec l’intention d’éliminer la discrimination – que les chrétiens dans les rôles publics devraient être parfois obligés d’agir contre leur conscience. Ce sont des signes inquiétants d’un échec à apprécier non seulement les droits des croyants à la liberté de conscience et à la liberté de religion, mais aussi le rôle légitime de la religion sur la place publique. Je vous invite donc, dans vos sphères d’influence respectives, à chercher des moyens de promouvoir et d’encourager le dialogue entre la foi et la raison à tous les niveaux de la vie nationale ».

Ces exemples de ce qu’on peut appeler à juste titre « sentiment antichrétien » représentent une nouvelle forme d’intolérance et de discrimination envers les chrétiens. Comme l’a souligné Benoît XVI, il est fondé sur une opposition entre la liberté de religion ou de conviction et une notion générale de tolérance et de non-discrimination.

Toutefois, la tolérance et la non-discrimination ne devraient pas être utilisées ou interprétées de manière à restreindre la liberté de religion ou de conviction ou d’autres libertés fondamentales. La législation anti-discrimination qui nie la liberté de religion ou de conviction – et ignore souvent le droit des chrétiens à agir conformément à leurs convictions et à leurs intérêts – contraste avec les engagements bien établis de l’OSCE. Permettez-moi de faire ici une distinction importante : le Saint-Siège adhère fermement au principe selon lequel tout droit comporte des obligations et des devoirs.

Par conséquent, un chrétien autoproclamé ne peut pas prétendre que la liberté de religion ou de croyance lui donne le droit d’appeler à la violence contre les non-croyants. Cependant, de la même manière, un prédicateur chrétien qui enseigne respectueusement et fidèlement les principes religieux ou moraux de son Église est protégé par la liberté de religion même si l’opinion de la majorité n’est pas à l’aise avec sa proclamation.

Nous devons sensibiliser à la discrimination contre les chrétiens, même dans les régions où l’opinion publique internationale ne s’attendrait normalement pas à ce que cela existe. Agir et s’exprimer publiquement en tant que chrétien engagé dans sa vie professionnelle n’a jamais été plus menacé. Les chrétiens, ainsi que d’autres, devraient donc être autorisés à exprimer publiquement leur identité religieuse, sans aucune pression pour la cacher ou la déguiser.

Un tel inconfort, voire une opposition à tout rôle public de la religion, se trouve derrière ce que le pape François a qualifié de « persécution polie des chrétiens » dans de nombreux pays. Sous le couvert du « politiquement correct », la foi et la morale chrétiennes sont considérées comme hostiles et offensantes et donc comme quelque chose à supprimer du discours public. Mais pourquoi ? Pourquoi la religion, et le christianisme en particulier, est-elle crainte quand elle cherche à faire entendre sa voix sur des questions qui concernent non seulement les croyants, mais le bien commun de la société ?

Cette crainte que le christianisme ne joue son rôle légitime sur la place publique trahit une vision ou une approche « réductionniste » de la liberté de religion ou de croyance, la limitant simplement à la liberté de culte. Contre une telle tendance, le Saint-Père a affirmé que :

« La liberté religieuse signifie certainement le droit d’adorer Dieu, individuellement et en communauté, comme le dictent nos consciences. Mais la liberté religieuse, par sa nature, transcende les lieux de culte et la sphère privée des individus et des familles. Parce que la religion elle-même, la dimension religieuse, n’est pas une sous-culture ; Elle fait partie de la culture de chaque peuple et de chaque nation ».

Les restrictions à la liberté religieuse doivent être remises en question, car les crimes haineux se développent invariablement dans un environnement où la liberté religieuse n’est pas pleinement respectée et où la religion est discriminée.

La religion ou la croyance comme facteur positif

Malgré les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés dans la lutte contre l’intolérance contre les chrétiens, il ne faut pas oublier que la religion ou la croyance – et donc le christianisme – a une capacité illimitée de bien, non seulement pour les individus ou les communautés (on ne peut considérer que les œuvres caritatives herculéennes portées par les Chrétiens), mais aussi pour la société dans son ensemble.

Tout en reconnaissant le rôle positif que la religion peut jouer dans la sphère publique et dans la société, le Pape François, dans sa Lettre Encyclique Laudato Si ‘, a réaffirmé que « l’Église ne prétend pas … se substituer à la politique ».

L’Église ne prétend pas non plus offrir des solutions techniques aux problèmes du monde puisque la responsabilité de faire cela appartient ailleurs. Cependant, la religion a pour tâche spéciale d’offrir ses principes directeurs à la communauté des croyants et à la société en général. De par sa nature, elle est ouverte à une réalité plus large et elle peut ainsi conduire les personnes et les institutions vers une vision plus universelle, vers un horizon de fraternité universelle qui ennoblit et enrichit le caractère de l’aide humanitaire. Une personne vraiment formée par une vision religieuse ne peut être indifférente aux souffrances des hommes et des femmes.

L’OSCE a clairement reconnu cette dimension publique vitale et essentielle des communautés religieuses. À cet égard, j’attire votre attention sur le principe 16 du document de clôture de Vienne de 1989 et la décision n ° 3/13 du Conseil ministériel. Ces engagements demandent aux États participants d’inclure les communautés religieuses dans le dialogue public, y compris à travers les médias. En conséquence, les États devraient se féliciter des interventions des représentants des communautés religieuses qui donnent leur point de vue – basé sur les convictions morales issues de la foi – sur la vie quotidienne et en particulier sur les dispositions législatives et administratives de leurs pays.

Le Saint-Siège est convaincu que, pour les individus et les communautés, la dimension de la croyance peut favoriser le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme, soutenir la démocratie et l’état de droit et contribuer à la recherche de la vérité et de la justice. En outre, le dialogue et les partenariats entre les religions et avec les religions sont un moyen important de promouvoir la confiance, la réconciliation, le respect mutuel et la compréhension, ainsi que de favoriser la paix.

Nos efforts communs pour combattre l’intolérance ou la discrimination envers les chrétiens partent de notre reconnaissance commune de la liberté de religion ou de conviction et, comme l’a souligné le Pape François :

« Cela inclut « la liberté de choisir la religion que l’on juge être vraie et de manifester sa croyance en public ». Un pluralisme sain, qui respecte véritablement les différences et les valorise en tant que tel, n’implique pas la privatisation des religions dans une tentative de réduire à la tranquille obscurité de la conscience de l’individu ou de les reléguer dans les enceintes closes des églises, des synagogues ou des mosquées. Cela représenterait en effet une nouvelle forme de discrimination et d’autoritarisme ».

Merci à tous pour votre aimable attention.

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Ceux qui exploitent les travailleurs sont des sangsues

Reprenant le pape François, Mgr Urbanczyk, a qualifié ceux qui exploitent les travailleurs de “véritables sangsues qui vivent sur l’effusion de sang des autres …”

Il s’adressait comme représentant permanent du Saint-Siège à la conférence de l’OSCE intitulée « La traite des êtres humains et ses victimes, les faits nouveaux », le 21 octobre 2016.

La traite des êtres humains et leur exploitation pendant ou après avoir été victimes de la traite sont des crimes condamnés par tous les systèmes juridiques. Les victimes sont des personnes qui, avant ou pendant qu’elles fuyaient les guerres et les conflits, l’injustice et l’oppression, ou en chemin vers un nouveau départ pour échapper à la pauvreté, aux inégalités économiques ou aux catastrophes naturelles, ont été confiées ou se sont confiées elles-mêmes à des « fixeurs » peu fiables qui les ont réduit, en utilisant souvent la violence, à des produits d’exploitation. Ceux qui commettent ces crimes, comme l’a dit le pape François de manière éloquente, « sont de véritables sangsues et vivent sur l’effusion de sang des autres … »

Les victimes de la traite des êtres humains et de l’exploitation par le travail sont des réfugiés, des demandeurs d’asile, des migrants, des mineurs non accompagnés. Ce sont des hommes, des femmes et des enfants. Leur travail est exploité dans des secteurs divers, tels que l’agriculture, la construction, les restaurants et l’emploi domestique. Cependant, l’exploitation par le travail a aussi un côté plus sombre, quand elle a lieu dans un cadre pénal : la prostitution, la pédophilie, la mendicité organisée, la vente de médicaments et de biens volés. Beaucoup de ces personnes, précisément à cause de leur situation d’illégalité ou parce qu’elles ne disposent pas encore d’un « statut », sont encore plus vulnérables au chantage.

Quelle que soit la forme spécifique de l’exploitation par le travail, elle implique toujours la soumission du travailleur à l’employeur. C’est une situation de para-esclavage, et, dans de nombreux cas, de véritable esclavage, comme lorsque l’exploitation par le travail fait suite à la traite ou au trafic d’êtres humains. Trop souvent, pour les milliers de personnes qui cherchent un refuge, l’assujettissement à l’exploitation de la main-d’œuvre est la seule façon de trouver du travail.

À cet égard, une question qui exige une attention est l’impact des structures économiques injustes ou iniques sur l’exploitation par le travail. Un marché mondial, régional ou national qui permet aux entreprises de prospérer tout en travaillant en dehors de la loi et en ignorant les exigences de la justice envers les travailleurs et les clients, n’est pas sain et doit être combattu. Dans une telle situation, ceux qui souffrent sont les travailleurs, qui font face à la réduction des salaires, au manque de garanties contractuelles et à toute autre forme d’exploitation.

En conclusion, le Saint-Siège souhaite réitérer son engagement à faire progresser la justice pour les travailleurs, un engagement très profondément nécessaire lorsque les victimes de l’injustice ne sont pas seulement des travailleurs, mais des victimes de la traite, exploitées au profit criminel des autres.