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Prédication du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine du 13 février 2019 : “Gare à la diffamation et à l’orgueil, qui troublent les relations humaines !”

Suite à l’interview du père Michel-Marie sur la chaîne québécoise TVA dans l’émission La Victoire de l’Amour, le célèbre prédicateur, écrivain, auteur-compositeur et chanteur revient régulièrement pour commenter l’évangile du jour.

Ici Mc VII, 14-23

Version audio seule.

NLQ #Théologie

Saint François de Sales – La perfection est possible pour tous les états de vie – Gaudete et exsultate avant gaudete et exsultate

L’exhortation apostolique Gaudete et exsultate invite à la sainteté du quotidien. une doctrine chère à saint François de sales qui fit de vrais miracles avec les conseils du docteur de l’amour.

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Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Je vous prie, Philothée, serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux ? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle pas ridicule, déréglée et insupportable ? Cette faute néanmoins arrive bien souvent.

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Non, Philothée, la dévotion ne gâte rien quand elle est vraie, ainsi elle perfectionne tout, et lorsqu’elle se rend contraire à la légitime vocation de quelqu’un, elle est sans doute fausse. « L’abeille, dit Aristote, tire son miel des fleurs sans les intéresser », les laissant entières et fraîches comme elle les a trouvées ; mais la vraie dévotion fait encore mieux, car non seulement elle ne gâte nulle sorte de vocation ni d’affaires, mais au contraire elle les orne et embellit. Toutes sortes de pierreries jetées dedans le miel en deviennent plus éclatantes, chacune selon sa couleur et chacun devient plus agréable en sa vocation la conjoignant à la dévotion : le soin de la famille en est rendu paisible, l’amour du mari et de la femme plus sincère, le service du prince plus fidèle, et toutes sortes d’occupations plus suaves et amiables.

 

C’est une erreur mais une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai, Philothée, que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent ès états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite.

Extrait de l’introduction à la vie dévote

Tribunes et entretiens

Des limites de la perfection à la perfection des limites, ou comment être parfait comme le Père céleste est parfait !

Nous confondons souvent limites, faiblesses et imperfections, comme si le contraire de la perfection était d’être limité, comme si les limites entravaient la perfection que nous voyons comme un absolu indéterminé et illimité. Et ce faisant, nous glissons de illimité vers sans faille. C’est donner aux mots des sens qui ne sont pas les leurs.

Nous considérons souvent rapidement que limite signifie restriction et nous attribuons au mot limite le sens de rogner, diminuer, lui donnant une connotation négative qu’il n’a pas. Nous partons d’un tout aux dimensions absolues que nous réduisons à « que ça », à savoir cette réalité comprise dans ces limites qui seraient plus des cordes retenant l’immensité infinie que les contours d’une réalité objective. En d’autres termes, les limites brideraient la perfection.

Ainsi nous faisons de la perfection un absolu sans tâche, sans faille sans limite. Est parfait ce qui est irréprochable, qui correspond parfaitement à ce qu’on attend. D’un regard rapide, nous avons tendance à penser que ces deux phrases sont identiques et nous enfilons comme un collier de perles, absolu, sans tâche, sans faille, sans limite, irréprochable, qui correspond parfaitement à ce qu’on attend, comme si cela n’était que les éclats d’un même diamant. Pourtant il n’en est rien. Et correspondre parfaitement à ce qu’on attend ne signifie pas nécessairement sans faille. Des amoureux ne sont-ils pas attendris devant les fragilités de l’autre, qui pourtant est bien leur parfaite moitié ?

C’est que précisément, la définition de perfection n’est pas sans taches, sans failles ni limites. Etymologiquement, parfait signifie accomplir ce pour quoi on est fait. Telle est la perfection : accomplir ce pour quoi une chose, un être est fait. Ce qui veut dire que dans la perfection deux choses sont à prendre en compte, l’accomplissement et la finalité (ce pour quoi). Ce qui fait qu’une chose, ou une personne sera parfaite se trouve dans l’adéquation entre ces deux pôles : la finalité de son être et l’accomplissement de son être. C’est-à-dire qu’une chose est parfaite quand elle est accomplie dans sa finalité. Un vase sera parfait quand il recevra des fleurs sans perdre l’eau qui leur est nécessaire. Un vase percé, si beau soit-il, ne sera pas un vase parfait.

Il en va de même de l’être humain. Un homme sera parfait lorsqu’il accomplira ce pour quoi il est fait et non en tant qu’il repoussera sans cesse les limites de sa nature et de son caractère. Car les limites font précisément partie de cette perfection. Ce sont même les conditions de son accomplissement. Un soliflore qui voudrait élargir son col et sa capacité ne pourrait accomplir ce pour quoi il a été fabriqué et en déplaçant ses limites perdrait toute possibilité de perfection.

Les limites ne sont pas des entraves à un absolu, mais sont les contours du réel, les données constitutives d’une chose ou d’un être vivant. Modifier les limites revient à changer les ingrédients de la recette. Inévitablement le plat sera différent et la finalité changera.

Attention cependant à ne pas réduire limite à immobilisme. Il s’agit bien de s’accomplir à partir de ses limites. Il y a donc un mouvement de déploiement, de développement qui ouvre, précisément, à l’épanouissement. Car ce que nous appelons limites (l’homme ne vole pas, n’a pas la science infuse…) sont en fait les conditions de possibilité de notre épanouissement. L’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin, mais au final c’est celle de notre champ qui est la meilleure. Ces conditions naturelles sont au contraire extensibles, à défaut d’être modifiables. C’est-à-dire que nous avons en nous une capacité relativement importante de déploiement. Ce que nous appelons improprement « repousser nos limites » est en fait déployer notre potentiel. Celui-ci est vaste, en grande partie ignoré et sous exploité. Nos déséquilibres viennent du reste souvent d’un inégal épanouissement de nos capacités. Certaines ont pu être surexploitées au détriment d’autres. Mais cela ne fait pas de nous des surhommes. Surexploiter des qualités au risque du déséquilibre n’est pas ajouter plus d’homme à l’homme, c’est déployer à l’extrême des qualités humaines. Le dopage (qui n’est autre que l’ancêtre du transhumanisme) c’est vouloir être plus que ce que l’on est. C’est, non pas repousser ses limites, mais les refuser. Or nier ses limites c’est se fermer les portes de la perfection, puisque c’est vouloir accomplir non pas ce pour quoi nous sommes faits, mais ce pour quoi un autre être que moi est fait. C’est une autre façon de « vivre à côté de ses pompes ».

C’est pourquoi, imaginer la perfection comme absence de limites, c’est de facto réduire la perfection à l’infini indéterminé, ce qui est impossible par nature à l’homme, être déterminé dès sa conception à être homme avec les limites propres à sa perfection d’homme, c’est-à-dire les conditions de son accomplissement et qui fondent la dignité humaine. Lorsque le Christ dit « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », il ne dit pas soyez des êtres sans limites et absolus. Le Christ nous dit devenez pleinement homme, comme Dieu est pleinement Dieu. En d’autres termes soyez des hommes accomplis dans votre perfection d’homme et vous serez heureux. Notre accomplissement n’est pas ailleurs que dans la réalisation de notre perfection. Or notre perfection, ce pour quoi nous sommes faits est simple : aimer Dieu et être aimé de Dieu. Nous sommes « parfaits » lorsque nous accomplissons cette vocation unique… et tout ce que cela signifie…

Or, quand les limites de l’homme lui font peur, quand l’au-delà lui fait peur, quand Dieu ne lui dit rien qui vaille, l’homme tente de repousser ses limites naturelles pour éviter ce moment inéluctable où il devra voir Dieu face à face. Si les chrétiens montraient à l’homme que ses limites sont le chemin par lequel il lui faut passer pour rejoindre la lumière, si les chrétiens ne cessaient de montrer que cette lumière est le bonheur de l’homme, alors peut-être le désir de Dieu serait-il plus fort que le désir de cette fuite en avant éperdue du surhomme qui cherche à surajouter de la technologie à son humanité, croyant trouver dans ce plus d’avoir et de puissance le bonheur qu’il ne trouvera jamais qu’au fond de lui, dans l’amour donné et reçu, seul absolu pouvant le combler. Le transhumanisme n’est finalement que la réponse déshumanisante à la phobie, qui sommeille en tout homme, du vide existentiel qui n’est autre que la non réponse à sa vocation propre. L’homme créé pour aimer infiniment, ne trouvant plus le chemin divin de l’amour infini est aujourd’hui pétrifié par cette béance d’amour qu’il ne peut plus combler et compense dans un surcroît d’avoir artificiel.

 

La réponse au transhumanisme n’est pas dans la négation de la quête existentielle du bonheur qu’il porte, mais dans la mise en lumière de la réponse à cette quête. Plus que jamais, il appartient aux chrétiens de donner Dieu au monde, sans quoi le monde se perdra en croyant se trouver au-delà de lui-même dans cet homme augmenté, illusion et ersatz d’humanité au contraire diminuée et piétinée.

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Soyez parfaits ! Ne nous trompons pas de perfection

A quelques jours d’intervalles, le pape François utilise un même mot de façon apparemment contradictoire. D’un côté, prenant la défense des handicapés, il affirme « Le monde ne devient pas meilleur uniquement avec des personnes “parfaites” » et de l’autre, commentant le célèbre Évangile selon saint Matthieu, 5.48, « soyez parfaits comme le père céleste est parfait », il invite à prendre ce chemin de guérison pour ressembler au Père qui est parfait. En fait, c’est une seule et même dynamique, pour peu que nous donnions aux mots leur véritable sens.

La question de la perfection n’est pas sans poser de nombreux problèmes de vocabulaire, surtout si nous la mettons en perspective, comme le fait le Christ, avec la perfection divine. Notons cependant d’emblée que si Jésus nous invite à être parfait comme l’est son Père céleste, c’est que cela nous est accessible. Le Christ ne nous demanderait pas l’impossible. Notons également qu’il ne dit pas que nous serons parfait par la vision béatifique lorsque nous serons ad Patrem. C’est une injonction pour maintenant. Nous avons l’ordre d’être parfaits. Ce qui semble en soit inaccessible, même au juste dont la Bible nous apprend qu’il pêche sept fois par jour. Mais cette perfection est d’emblée qualifiée. La perfection qui nous est demandée n’est pas une perfection humaine, non, ce n’est rien moins que la perfection divine. Toutefois, rappelons-nous que ce « comme » votre Père est parfait, nous renvoie à l’image divine. Nous sommes image de Dieu et non Dieu. C’est bien comme image que nous devons être parfaits et non comme un dieu, ce qui est un miroir déformant de la tentation originelle.

Sur quoi porte donc cette injonction ? Si nous lisons cette phrase célèbre avec attention, l’appel à la perfection est compris entre la ressemblance divine (comme) et la suite d’exemples qui précède (vous donc). Cette invitation appuyée à la perfection vient en effet conclure un appel à aller plus loin dans l’amour, à un dépassement qui conduit à la miséricorde débordante. La perfection de l’homme, image et ressemblance de Dieu, se trouve dans cette vocation à l’amour.

Nous avons en général tendance à comprendre « parfait » comme immaculé, sans tâche. Le parfait serait une sorte de surhomme, doté de toutes les qualités, qu’elles soient morales, intellectuelles, spirituelles ou physiques. Et c’est ce sens, du reste que reprend le pape François lorsqu’il dit que « le monde ne devient pas meilleur uniquement avec des personnes “parfaites” ». Nous pourrions dire ni uniquement, ni même tout simplement. Cette vision de la perfection, partagée par l’inconscient collectif, est erronée. Le pape emploie ici un vocabulaire entendu avec son substrat inexact pour être compris, et selon son style, pour « choquer » et provoquer les réactions des consciences. Il n’en demeure pas moins qu’une personne handicapée ou moins ceci ou cela qu’une autre n’en est pas plus ou moins imparfaite.

La perfection ne signifie en aucun cas demi-dieu. Perfection tire son étymologie de perfectum qui caractérise, en latin, les temps qui désignent une action accomplie. Est parfait ce qui est accompli. La perfection n’est rien d’autre qu’accomplir ce pour quoi nous sommes faits, nous personnellement et non notre voisin. Nous bien entendu avec ce que nous avons en commun avec toute l’humanité, mais spécifiquement avec ce que nous sommes, nos dons, nos talents, mais aussi nos limites. Une personne handicapée sera parfaite en accomplissant ce qu’elle est, y compris dans son handicap. Une personne bien portante pourra manquer tout à fait son accomplissement.

Aussi, le monde sera meilleur à mesure que chacun accomplira sa propre perfection, celle qui fait que nous apportons au monde notre propre part. Cette part qui précisément fait défaut à l’harmonie du monde si nous ne la lui donnons pas.

C’est ainsi que nous comprenons cette injonction du Christ, cet appel à la perfection. Nous devons accomplir ce que nous sommes, comme le Père accomplit ce qu’il est. Or, en la matière, qu’est le Père sinon l’amour accompli et surabondant ? Quelle est la vocation de l’Homme sinon de tendre toujours plus vers cet amour, d’en vivre et de le donner au monde ?

 

Alors la perfection n’est pas de ce monde ? Bien sûr que si ! Elle l’est à chaque fois que nous nous accomplissons dans l’amour surabondant et miséricordieux. Parler de perfection ne signifie pas un regard nombriliste ou misérabiliste sur soi. Au contraire, la perfection est l’appel au dépassement dans le don et l’amour, pour un accomplissement de soi et, comme tout est bien pensé par Dieu, des autres qui trouvent dans la perfection que j’apporte (progressivement certes) au monde ce qui leur manque pour avancer eux-mêmes sur ce chemin, et réciproquement.

Voir aussi des limites de la perfection aux perfections des limites