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Pie XII, un pape pour la France

En 1939, Pie XII est élu grâce aux cardinaux français. La presse de l’Hexagone exulte. La France a son pape, un antinazi qui la soutiendra dans la lutte contre l’hydre brune. Depuis, la réputation du souverain pontife de la Seconde Guerre mondiale a été remise en cause et on a oublié qu’il était alors considéré comme le plus humaniste des prélats.

Fondé sur des archives inédites et exhumées en France, en Italie, en Belgique et au Vatican, ce livre démontre que, du rétablissement des relations diplomatiques entre Paris et le Saint-Siège en 1920 à l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, l’Église et sa fille aînée ont fait front commun contre les totalitarismes. L’homme à la manoeuvre de cette alliance n’était autre que le jeune secrétaire d’État et futur pape Pacelli.Cet ouvrage détonant éclaire d’un nouveau jour le rôle fondamental de Pie XII, militant acharné de l’humanisme chrétien.

Une contribution majeure à l’histoire du xxe siècle.Docteur en histoire, Frédéric Le Moal est professeur au lycée militaire de Saint-Cyr et à l’Institut Albert-le-Grand. Son dernier livre, Histoire du fascisme, a reçu en 2018 le prix Ernest Lemonon par l’Académie des sciences morales et politiques.

En vente aux éditions du Cerf

Annonces #NLQ #Sorties/Animations

Projection du film “Pie XII – Sous le ciel de Rome” le 17 novembre 2018 à Pau (64)

Dans le cadre du Festival du film chrétien de Pau et du “ciné-apéritif familial” organisé au sein de l’ensemble scolaire de l’Immaculée Conception (7 Bd Edouard Herriot), le film “Pie XII – Sous le ciel de Rome” réalisé par Christian Duguay, avec James Cromwell, sera projeté samedi 17 novembre, à 16h.

Le film sera suivi d’un débat en présence de Mgr Marc Aillet.

Dans le même temps, les plus jeunes auront la possibilité de visionner un dessin animé “Superbook” ou de participer à un atelier cuisine pour enfants.

Inscription (6€ par personne) à effectuer par SMS
au 06 11 35 12 41

A noter que dimanche 18 novembre, le Festival du film chrétien s’achèvera avec la projection, au CGR Saint Louis, du film “Forgiven”, suivie d’un débat en présence du Pasteur de l’Eglise Libre Protestante de Pau (tarif : 6€).


Culture #Doctrine / Formation

“Pie XII sous le ciel de Rome” : le DVD en français enfin disponible

Pie XII Sous le Ciel de Rome (DVD)

A partir de 13 ans   Biopic, Pape, Histoire (19,50€)

Le film évènement sur Pie XII, enfin disponible en DVD, par le réalisateur d’Un sac de Billes

Le doublage du téléfilm sur PIE XII (2 épisodes de 100’) est enfin terminé. Le DVD est disponible à la vente dans toutes les bonnes librairies ainsi que sur la boutique en ligne de SAJE.

Voilà la bande-annonce, en Français cette fois :

Description

Par le réalisateur de Jappeloup et Un sac de billes

Rome, 1943. La ville est occupée par les nazis. La vie de milliers de Juifs est en danger. Au Vatican, état neutre à l’intérieur des frontières de Rome, le pape Pie XII lutte pour sauver la ville de la faim et de la destruction. De son côté, la belle Miriam vit avec sa famille dans le ghetto juif de la ville. Elle est courtisée par deux jeunes hommes très différents : l’étudiant idéaliste et aisé Marco, qui rêve de gloire dans le combat, et le fringant Davide, qui aide ses compagnons juifs. Quand les nazis descendent sur le ghetto et arrêtent des milliers de juifs, Pie XII forge une alliance avec le général Stahel, un catholique convaincu, en désaccord avec la politique des généraux SS…

Source : Belgicatho

Doctrine / Formation #Morale

Le texte de la proclamation du dogme de l’Assomption par Pie XII en 1950 : Munificentissimus Deus

Il s’agit du seul dogme proclamé ex cathedra par le pape depuis le concile Vatican I et la définition du dogme de l’infaillibilité pontificale.

 

Le dogme consiste dans le paragraphe 45 “par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

 

Constitution apostolique Munificentissimus Deus du 1er novembre 1950
Sur la définition du dogme de l’Assomption – Pie XII

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l’année du très saint Jubilé mil neuf cent cinquante,
le premier novembre, en la fête de tous les Saints

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, evêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique, ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,

Salut et Bénédiction apostolique !

1. Dans sa munificence, Dieu, qui peut tout, et dont le plan providentiel est fait de sagesse et d’amour, adoucit par un mystérieux dessein de sa pensée, les souffrances des peuples et des individus en y entremêlant des joies, afin que par des procédés divers et de diverses façons, toutes choses concourent au bien de ceux qui l’aiment [1]

2. Notre pontificat, tout comme l’époque actuelle, est accablé de multiples soucis, préoccupations et angoisses causés par les très graves calamités et les déviations de beaucoup d’hommes qui s’écartent de la vérité et de la vertu. Cependant, c’est pour Nous une grande consolation de voir des manifestations publiques et vivantes de la foi catholique, de voir la piété envers la Vierge Marie, Mère de Dieu, en plein essor, et croître chaque jour davantage, et offrir presque partout des présages d’une vie meilleure et plus sainte. Il arrive de la sorte que tandis que la Très Sainte Vierge remplit amoureusement ses fonctions de mère en faveur des âmes rachetées par le sang du Christ, les esprits et les coeurs des fils sont incités à contempler avec plus de soin ses privilèges.

3. Dieu, en effet, qui, de toute éternité, regarde la Vierge Marie avec une toute particulière complaisance « dès que vint la plénitude des temps [2] », réalisa le dessein de sa Providence de façon que les privilèges et les prérogatives dont il l’avait comblée avec une suprême libéralité, resplendissent dans une parfaite harmonie. Que si l’Eglise a toujours reconnu cette très grande libéralité et cette parfaite harmonie des grâces, et si, au cours des siècles, elle les a chaque jour explorées plus intimement, il était cependant réservé à notre temps de mettre en plus grande lumière le privilège de l’Assomption corporelle au ciel de la Vierge Marie, Mère de Dieu.

4. Ce privilège resplendit jadis d’un nouvel éclat lorsque Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Pie IX, définit solennellement le Dogme de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. Ces deux privilèges sont en effet très étroitement liés. Par sa propre mort, le Christ a vaincu le péché et la mort, et celui qui est surnaturellement régénéré par le baptême triomphe par le même Christ du péché et de la mort. Toutefois, en vertu d’une loi générale, Dieu ne veut pas accorder aux justes le plein effet de la victoire sur la mort, sinon quand viendra la fin des temps. C’est pourquoi, les corps même des justes sont dissous après la mort, et ne seront réunis, chacun à sa propre âme glorieuse qu’à la fin des temps.

5. Cependant, Dieu a voulu exempter de cette loi universelle la Bienheureuse Vierge Marie. Grâce à un privilège spécial, la Vierge Marie a vaincu le péché par son Immaculée Conception, et de ce fait, elle n’a pas été sujette à la loi de demeurer dans la corruption du tombeau, et elle ne dut pas non plus attendre jusqu’à la fin du monde la rédemption de son corps.

6. C’est pourquoi, lorsqu’il fut solennellement défini que la Vierge Marie, Mère de Dieu, a été préservée dès sa conception de la tache originelle, les fidèles furent remplis d’un plus grand espoir de voir définir le plus tôt possible, par le suprême magistère de l’Eglise, le Dogme de l’Assomption corporelle au ciel de la Vierge Marie.

7. En fait, on vit alors, non seulement les simples fidèles, mais encore les représentants des nations et des provinces ecclésiastiques, ainsi que de nombreux Pères du Concile du Vatican, postuler instamment cette définition auprès du Siège apostolique.

8. Au cours des siècles, ces pétitions et ces voeux, loin de diminuer, ne firent que croître en nombre et en instance. En effet, de pieuses croisades de prières furent organisées à cette fin ; de nombreux et éminents théologiens en firent l’objet de leurs études empressées et attentives, soit en particulier, soit dans des Athénées ou Facultés ecclésiastiques, soit d’autres Instituts destinés à l’enseignement des sciences sacrées ; des Congrès mariaux nationaux ou internationaux eurent lieu, en de nombreuses parties du monde. Ces études et ces recherches mirent en meilleure lumière le fait que, dans le dépôt de la foi chrétienne confié à l’Eglise, était également contenu le Dogme de l’Assomption au ciel de la Vierge Marie ; et généralement, il en résulta des pétitions dans lesquelles on priait instamment le Saint-Siège de définir solennellement cette vérité.9. Dans cette pieuse campagne, les fidèles se montrèrent admirablement unis à leurs évêques, lesquels adressèrent en nombre vraiment imposant des pétitions de ce genre à cette Chaire de Saint-Pierre. Aussi, au moment de Notre élévation au trône du Souverain Pontife, plusieurs milliers de ces suppliques avaient été présentées au Siège apostolique de toutes les régions de la terre et par des personnes de toutes les classes sociales : par Nos chers Fils les cardinaux du Sacré-Collège, par Nos vénérables Frères les archevêques et évêques, par les diocèses et les paroisses.

10. En conséquence, tandis que Nous adressions à Dieu de ferventes prières afin d’obtenir pour Notre âme la lumière du Saint-Esprit en vue de la décision à prendre en une si grave affaire, Nous édictâmes des règles spéciales, pour que fussent entreprises dans un effort commun, des études plus rigoureuses sur cette question et pour que, pendant ce temps, fussent rassemblées et examinées avec soin toutes les pétitions concernant l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie [3].

11. Mais comme il s’agissait d’une chose particulièrement grave et importante, Nous jugeâmes opportun de demander directement et officiellement à tous les vénérables Frères dans l’épiscopat de bien vouloir Nous exprimer ouvertement chacun son sentiment à ce sujet. C’est pourquoi, le 1er mai de l’année 1946, Nous leur adressâmes la lettre Deiparae Virginis Mariae, dans laquelle se trouvait ce qui suit : « Est-ce que vous, vénérable Frère, dans votre grande sagesse et prudence, vous pensez que l’Assomption corporelle de la Bienheureuse Vierge puisse être proposée et définie comme Dogme de foi et est-ce que vous, votre clergé et vos fidèles, vous désirez cela ? »

12. Et ceux que « l’Esprit-Saint a établis évêques pour gouverner l’Eglise de Dieu [4] » donnèrent à l’une et à l’autre question une réponse presque unanimement affirmative. Ce « singulier accord des évêques et des fidèles catholiques [5] », qui estiment que l’Assomption corporelle au ciel de la Mère de Dieu peut être définie comme un Dogme de foi, comme il nous offre l’accord de l’enseignement du magistère ordinaire de l’Eglise et de la foi concordante du peuple chrétien — que le même magistère soutient et dirige — manifeste donc par lui-même et d’une façon tout à fait certaine, et exempte de toute erreur, que ce privilège est une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin, confié par le Christ à son Epouse, pour qu’elle le garde fidèlement et le fasse connaître d’une façon infaillible [6], le magistère de l’Eglise, non point certes par des moyens purement humains, mais avec l’assistance de l’Esprit de vérité [7] et à cause de cela sans commettre absolument aucune erreur, remplit la mission qui lui a été confiée de conserver à travers tous les siècles, dans leur pureté et leur intégrité, les vérités révélées ; c’est pourquoi il les transmet, sans altération, sans y rien ajouter, sans y rien supprimer. « En effet, comme l’enseigne le Concile du Vatican, le Saint-Esprit ne fut pas promis aux successeurs de Saint-Pierre pour que, Lui révélant, ils enseignent une doctrine nouvelle, mais pour que, avec son assistance, ils gardent religieusement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi » [8]. C’est pourquoi, de l’accord universel, du magistère ordinaire de l’Eglise, on tire un argument certain et solide servant à établir que l’Assomption corporelle au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie — laquelle, en ce qui concerne la « glorification » céleste elle-même du corps virginal de la Mère de Dieu, ne pouvait être connue par les forces naturelles d’aucune faculté de l’âme humaine — est une vérité révélée par Dieu, et par conséquent elle doit être crue fermement et fidèlement par tous les enfants de l’Eglise. Car, ainsi que l’affirme le même Concile du Vatican, « on doit croire de foi divine et catholique toutes les choses contenues dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l’Eglise propose à notre foi par son magistère ordinaire ou universel, comme des vérités révélées par Dieu [9] . »13. Des témoignages, des indices, des traces multiples de cette foi commune de l’Eglise ont apparu au cours des siècles, depuis l’antiquité, et cette même foi s’est manifestée dans une lumière plus vive de jour en jour.

14. En effet, sous la direction et la conduite de leurs pasteurs, les fidèles ont appris par la Sainte Ecriture que la Vierge Marie a mené au cours de son pèlerinage ici-bas, une vie de soucis, d’angoisses et de souffrances ; ils ont su, de plus, que s’est réalisée la prédiction du saint vieillard : qu’un glaive acéré lui transperça le coeur au pied de la croix de son divin Fils, notre Rédempteur. Les fidèles ont également admis sans peine que l’admirable Mère de Dieu, à l’imitation de son Fils unique, quitta cette vie. Mais cela ne les a aucunement empêchés de croire et de professer ouvertement que son corps si saint ne fut jamais soumis à la corruption du tombeau et que cet auguste tabernacle du Verbe divin ne fût pas réduit en pourriture et en poussière. Bien plus, éclairés par la grâce divine, et poussés par leur piété envers Celle qui est la Mère de Dieu et aussi notre très douce Mère, ils ont contemplé dans une lumière chaque jour plus vive l’admirable harmonie et concordance des privilèges que Dieu, dans son infinie Providence, a accordés à cette sainte associée de notre Rédempteur, privilèges si élevés que nulle autre créature, en dehors de Marie, sauf la nature humaine de Jésus-Christ, n’atteignit jamais pareil sommet.

15. Cette même croyance est clairement attestée par d’innombrables églises consacrées à Dieu en l’honneur de la Vierge Marie dans son Assomption ; elle l’est aussi par les images sacrées exposées dans les églises à la vénération des fidèles et représentant aux yeux de tous ce singulier triomphe de la Bienheureuse Vierge. En outre, des villes, des diocèses, des régions furent placés sous la protection et le patronage spéciaux de la Vierge, Mère de Dieu, élevée au ciel. Pareillement, des Instituts religieux approuvés par l’Eglise furent créés, qui portent le nom de ce privilège de Marie. On ne doit pas non plus passer sous silence que dans le rosaire mariai, dont le Siège apostolique recommande tant la récitation, est proposé à la méditation un mystère ayant trait, comme chacun sait, à l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge.

16. Mais cette foi des pasteurs de l’Eglise et des fidèles s’est manifestée d’une façon universelle et plus éclatante lorsque, depuis les temps anciens, en Orient, comme en Occident, furent célébrées des solennités liturgiques en l’honneur de l’Assomption. Les Pères et Docteurs de l’Eglise, en effet, n’ont jamais manqué de puiser là un lumineux argument, attendu que la liturgie sacrée, ainsi que tous le savent, « étant aussi une profession des vérités célestes, soumises au magistère suprême de l’Eglise, elle peut fournir des preuves et des témoignages de grande valeur pour décider de quelque point particulier de la doctrine chrétienne [10] ».

17. Dans les livres liturgiques où l’on trouve la fête, soit de la Dormition, soit de l’Assomption de Sainte Marie, il y a des expressions en quelque sorte concordantes pour attester que lorsque la Sainte Vierge, Mère de Dieu, quitta cet exil pour les demeures éternelles, il arriva pour son corps sacré, par une disposition de la divine Providence, ce qui était en harmonie avec sa dignité de Mère du Verbe incarné, et avec les autres privilèges qui lui avaient été accordés. Ces expressions, pour en donner un remarquable exemple, se lisent dans le Sacramentaire, que Notre prédécesseur d’immortelle mémoire, Adrien I, envoya à l’empereur Charlemagne. Il y est dit, en effet : « Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête de ce jour, en lequel la Sainte Mère de Dieu subit la mort temporelle, mais cependant ne put être humiliée par les liens de la mort, elle qui engendra de sa chair, ton Fils, Notre-Seigneur [11]. »18. Ce qu’indique dans sa sobriété verbale habituelle la liturgie romaine, est exprimé avec plus de détails et de clarté dans les autres livres de l’ancienne liturgie, tant orientale qu’occidentale. Le Sacramentaire Gallican, pour apporter un seul exemple, qualifie ce privilège de Marie d’« inexplicable mystère, d’autant plus admirable qu’il est exceptionnel parmi les hommes, par l’Assomption de la Vierge ». Et, dans la liturgie byzantine, l’Assomption corporelle de la Vierge Marie est reliée plus d’une fois, non seulement à la dignité de Mère de Dieu, mais encore à ses autres privilèges, à un titre particulier à sa maternité virginale, faveur qu’elle doit à un singulier dessein de la divine Providence : « Dieu, le Roi de l’univers, t’a accordé des choses qui dépassent la nature, car, de même qu’il te garda vierge lorsque tu enfantas, de même il préserva ton corps de la corruption du tombeau et le glorifia par une divine translation » [12]

19. Cependant, le fait que le Siège apostolique, héritier de la mission confiée au Prince des apôtres de confirmer les frères dans la foi rendit, en vertu de son autorité, de plus en plus solennelle cette fête, a porté l’esprit des fidèles à considérer chaque jour davantage la grandeur du mystère qui était commémoré. C’est pourquoi la fête de l’Assomption, du rang honorable qu’elle obtint dès le commencement parmi les autres fêtes mariales, fut élevée au rang des fêtes les plus solennelles de tout le cycle liturgique. Et Notre prédécesseur, saint Serge I, prescrivant la litanie ou procession stationale pour les quatre fêtes mariales, énumère ensemble les fêtes de la Nativité, de l’Annonciation, de la Purification et de la Dormition de la Vierge Marie [13]. Plus tard, saint Léon IV eut à coeur de faire célébrer encore avec plus de solennité la fête déjà établie sous le titre d’Assomption de la Bienheureuse Mère de Dieu ; à cet effet, il en institua la vigile, puis il prescrivit des prières pour son octave ; et lui-même, heureux de profiter de cette occasion, entouré d’une immense foule, tint à participer à la célébration des solennités [14]. Enfin, on déduit très clairement l’obligation, remontant à une date ancienne, de jeûner la veille de cette solennité, des déclarations de Notre prédécesseur saint Nicolas Ier, au sujet des principaux jeûnes « que la Sainte Eglise romaine reçut en tradition et qu’elle observe encore [15] ».

20. Vu que la liturgie catholique n’engendre pas la foi catholique, mais plutôt en est la conséquence, et que, comme les fruits d’un arbre, en proviennent les rites du culte sacré, les Saints Pères et les grands Docteurs, à cause de cela même, n’y puisèrent pas cette doctrine comme d’une source première dans les homélies et discours qu’ils adressaient au peuple ; mais ils en parlaient plutôt comme d’une chose déjà connue des fidèles et par eux acceptée. Ils l’ont mise en plus grande lumière. Ils en ont exposé le fait et le sens par des raisons plus profondes, mettant surtout en un jour plus lumineux ce que les livres liturgiques très souvent touchaient brièvement et succinctement : à savoir que cette fête rappelait non seulement qu’il n’y eut aucune corruption du corps inanimé de la Bienheureuse Vierge Marie, mais encore son triomphe remporté sur la mort et sa « glorification » céleste, à l’exemple de son Fils unique Jésus-Christ.

21. C’est pourquoi saint Jean Damascène, qui demeure parmi tant d’autres, le héraut par excellence de cette vérité dans la tradition, lorsqu’il compare l’Assomption corporelle de l’auguste Mère de Dieu avec tous les autres dons et privilèges, proclame avec une puissante éloquence : « Il fallait que Celle qui avait conservé sans tache sa virginité dans l’enfantement, conservât son corps sans corruption même après la mort. Il fallait que Celle qui avait porté le Créateur comme enfant dans son sein, demeurât dans les divins tabernacles. Il fallait que l’Epouse que le Père s’était unie habitât le séjour du ciel. Il fallait que Celle qui avait vu son Fils sur la croix et avait échappé au glaive de douleur en le mettant au monde, l’avait reçu en son sein, le contemplât encore siégeant avec son Père. Il fallait que la Mère de Dieu possédât tout ce qui appartient à son Fils et qu’elle fût honorée par toute créature comme la Mère de Dieu et sa servante [16] ».

22. Cette voix de saint Jean Damascène répond fidèlement à celle des autres qui soutiennent la même doctrine. Car on trouve des déclarations non moins claires et exactes dans tous ces discours que les Pères de la même époque ou de la précédente ont tenus généralement à l’occasion de cette fête. C’est pourquoi, pour en venir à d’autres exemples, saint Germain de Constantinople estimait que l’incorruption du corps de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et son élévation au ciel, non seulement convenaient à sa maternité divine, mais encore à la sainteté particulière de son corps virginal : « Tu apparais, comme il est écrit, en splendeur ; et ton corps virginal est entièrement saint, entièrement chaste, entièrement la demeure de Dieu ; de sorte que, de ce fait, il est ensuite exempt de tomber en poussière ; transformé dans son humanité en une sublime vie d’incorruptibilité, vivant lui-même et très glorieux, intact, et participant de la vie parfaite [17] ». Un autre écrivain des plus anciens déclare : « A titre donc de très glorieuse Mère du Christ, le Sauveur notre Dieu, Auteur de la vie et de l’immortalité, elle est vivifiée, dans une incorruptibilité éternelle de son corps, par Celui-là même qui l’a ressuscitée du tombeau et l’a élevée jusqu’à lui, comme lui seul la connaît  [18] ».

23. Comme cette fête liturgique se célébrait chaque jour en plus de lieux et avec une piété plus considérable, les pasteurs de l’Eglise et les orateurs sacrés, d’un nombre toujours croissant, estimèrent qu’il était de leur devoir d’exposer clairement et ouvertement le mystère que rappelle cette fête et de déclarer qu’il est très lié avec les autres vérités révélées.24. Parmi les théologiens scolastiques, il n’en manqua pas qui, voulant approfondir les vérités divinement révélées et désirant offrir cet accord parfait qui se trouve entre la raison théologique et la foi catholique, pensèrent qu’il fallait reconnaître que ce privilège de l’Assomption de la Vierge Marie s’accorde d’une façon admirable avec les vérités divines que nous livrent les Saintes Lettres.

25. En partant de là par voie de raisonnement, ils ont présenté des arguments variés qui éclairent ce privilège marial, et le premier, pour ainsi dire, de ces arguments, déclaraient-ils, est le fait que Jésus-Christ, à cause de sa piété à l’égard de sa Mère, a voulu l’élever au ciel. Et la force de ces arguments s’appuyait sur l’incomparable dignité de sa maternité divine et de toutes les grâces qui en découlent, à savoir : sa sainteté insigne qui surpasse la sainteté de tous les hommes et des anges : l’intime union de la Mère avec son Fils, et ce sentiment d’amour privilégié dont le Fils honorait sa très digne Mère.

26. Souvent ainsi, des théologiens et des orateurs sacrés se présentent qui, suivant les traces des Saints Pères [19], pour illustrer leur foi en l’Assomption, usant d’une certaine liberté, rapportent des événements et des paroles qu’ils empruntent aux Saintes Lettres. Pour Nous en tenir à quelques citations qui sont sur ce sujet le plus souvent employées, il y a des orateurs qui citent la parole du psalmiste : « Lève-toi, Seigneur, au lieu de ton repos, toi et l’arche de ta majesté [20] ; et ils envisagent l’« Arche d’alliance » faite de bois incorruptible et placée dans le temple de Dieu, comme une image du corps très pur de la Vierge Marie, gardé exempt de toute corruption du sépulcre et élevé à une telle gloire dans le ciel. De la même façon, en traitant de cette question, ils décrivent la Reine entrant triomphalement dans la cour des cieux et siégeant à la droite du divin Rédempteur [21] ; ainsi ils présentent l’Epouse du Cantique « qui monte du désert comme une colonne de fumée exhalant la myrrhe et l’encens » pour ceindre la couronne [22]. Ils proposent ce qui précède comme des images de cette Reine du ciel, cette Epouse céleste qui, en union avec son Epoux divin, est élevée à la cour des cieux.

27. Et de plus, les Docteurs scolastiques, non seulement dans les diverses figures de l’Ancien Testament, mais aussi dans cette Femme revêtue de soleil que contempla l’Apôtre Jean dans l’île de Patmos [23], ont vu l’indication de l’Assomption de la Vierge Mère de Dieu. De même, des passages du Nouveau Testament, ils ont proposé avec un soin particulier à leur considération ces mots : « Salut pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes [24], alors qu’ils voyaient dans le mystère de l’Assomption le complément de cette surabondante grâce accordée à la Bienheureuse Vierge, et cette bénédiction unique en opposition avec la malédiction d’Eve.

28. C’est pourquoi, au début de la théologie scolastique, cet homme très pieux, Amédée, évêque de Lausanne, affirme que la chair de la Vierge Marie est restée sans corruption — car on ne peut croire que son corps ait vu la corruption — puisqu’il a, en effet, été uni de nouveau à son âme et conjointement avec elle, dans la cour céleste, couronné de la gloire d’En-Haut. « Elle était, en effet, pleine de grâce et bénie entre les femmes [25]. » Seule, elle a mérité de concevoir le vrai Dieu de vrai Dieu, que vierge elle a mis au monde, que vierge, elle a allaité, le pressant sur son sein, et qu’elle a servi en toute chose d’une sainte obéissance [26].

29. Parmi les saints écrivains qui, à cette époque, se sont servis des textes et de diverses similitudes ou analogies des Saintes Ecritures pour illustrer ou confirmer la doctrine de l’Assomption, objet d’une pieuse croyance, le Docteur évangélique saint Antoine de Padoue occupe une place à part. C’est lui, en effet, qui, le jour de l’Assomption, expliquait ces paroles du Prophète Isaïe : « Je glorifierai le lieu où reposent mes pieds [27] », affirma d’une façon certaine que le divin Rédempteur a orné de la plus haute gloire sa Mère très chère, dont il avait pris sa chair d’homme. « Par là, vous savez clairement, dit-il, que la Bienheureuse Vierge dans son corps, où fut le lieu où reposèrent les pieds du Seigneur, a été élevée (au ciel). » C’est pourquoi le Psalmiste sacré écrit : « Lève-toi, Seigneur, au lieu de ton repos, toi, et l’arche de ta majesté. » De la même façon, comme il l’affirme lui-même, que Jésus-Christ est ressuscité en triomphant de la mort, et monté à la droite de son Père, ainsi pareillement « est ressuscitée aussi l’Arche de sa sanctification lorsqu’en ce jour, la Vierge Mère a été élevée dans la demeure céleste [28] ».

30. Au moyen âge, alors que la théologie scolastique était dans tout son éclat, saint Albert le Grand, après avoir réuni, pour en établir la preuve, divers arguments fondés sur les Saintes Lettres, les textes de la tradition ancienne et enfin la liturgie et le raisonnement théologique, comme on dit, conclut ainsi : « Pour toutes ces raisons, et ces témoignages qui font autorité, il est clair que la Bienheureuse Mère de Dieu a été élevée en âme et en corps au-dessus des choeurs des anges. Et nous croyons que cela est vrai de toutes façons [29] ». Dans le sermon qu’il prononça le saint jour de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, en expliquant ces paroles de l’Ange la saluant : « Ave, gratia plena »…, le Docteur universel, comparant à Eve la Très Sainte Vierge, soutient clairement et expressément qu’elle fut exempte de la quadruple malédiction qui frappa Eve [30].

31. Le Docteur angélique, à la suite de son remarquable Maître, bien qu’il n’ait jamais traité expressément la question, chaque fois cependant qu’incidemment il y touche, maintient constamment en union avec l’Eglise catholique que le corps de Marie a été élevé au ciel avec son âme [31].

32. Le Docteur séraphique, entre beaucoup d’autres, se déclare dans le même sens. Pour lui, il est tout à fait certain que Dieu, de la même façon qu’il a gardé Marie, la Très Sainte, exempte de la violation de son intégrité virginale et de sa pureté virginale, soit quand elle a conçu, soit quand elle enfanta, ainsi Dieu n’a pas permis en aucune façon que son corps fût réduit à la corruption ou réduit en cendres [32]. En interprétant ces paroles de la Sainte Ecriture et les appliquant en un certain sens accomodatice à la Bienheureuse Vierge : Quae est ista, quae ascendit de deserto, deliciis affluens, innixa super dilectum suum. « Quelle est celle-ci qui monte du désert, pleine de délices, appuyée sur son bien-aimé [33] ? », il raisonne ainsi : « De là encore, il résulte qu’elle s’y trouve en corps… Car, en effet, sa béatitude ne serait pas consommée si elle ne s’y trouvait pas en personne, mais c’est l’union (du corps et de l’âme) qui la constitue ; il est évident qu’en tant que suivant cette union, c’est-à-dire en son corps et en son âme, elle s’y trouve : sans quoi, elle n’aurait pas la jouissance béatifique achevée [34]. »

33. A une époque plus tardive de la théologie scolastique, soit au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, reprenant d’une manière générale, et étudiant de nouveau avec soin tout ce que les théologiens du Moyen Age avaient déclaré et discuté sur cette question, ne se contenta pas de rapporter les principales considérations que les docteurs du temps passé avaient proposées, mais il en ajouta de nouvelles. A savoir la ressemblance de la divine Mère et de son divin Fils pour ce qui touche à la noblesse et à la dignité de l’âme et du corps — à cause de cette ressemblance, nous ne pouvons pas même penser que la Reine du Ciel soit séparée du Roi du Ciel — demande que Marie « ne puisse se trouver que là où est le Christ [35] », et, d’autre part, il est conforme à la raison et convenable que de même que pour l’homme, ainsi le corps et l’âme de la femme arrivent à la gloire éternelle dans le ciel ; et, enfin, puisque l’Eglise n’a jamais recherché les restes de la Bienheureuse Vierge et ne les a jamais proposés au culte du peuple. Il y a là un argument qu’on peut offrir, « comme une preuve sensible [36] ».

34. En des temps plus récents, ces déclarations des Saints Pères et Docteurs que nous avons rapportées furent d’un usage commun. Embrassant cette unanimité des chrétiens dans la tradition des siècles antérieurs, saint Robert Bellarmin s’écrie : « Et qui pourrait croire, je vous prie, que l’arche de la sainteté, la demeure du Verbe, le temple de l’Esprit-Saint se soit écroulé ? Mon âme répugne franchement même à penser que cette chair virginale qui a engendré Dieu, lui a donné le jour, l’a allaité, l’a porté, ou soit tombée en cendres ou ait été livrée à la pâture des vers [37]. »

35. De la même façon, saint François de Sales, après avoir soutenu qu’on ne peut mettre en doute que Jésus-Christ a accompli à la perfection le commandement divin qui prescrit aux fils d’honorer leurs parents, se pose cette question : « Qui est l’enfant qui ne ressuscitast sa bonne mère s’il pouvoit et ne la mist en paradis après qu’elle seroit décédée [38] ? » Et saint Alphonse écrit : « Jésus n’a pas voulu que le corps de Marie se corrompît après sa mort, car c’eût été un objet de honte pour lui si sa chair virginale était tombée en pourriture, cette chair dont lui-même avait pris la sienne [39]. »

36. Mais comme ce mystère, objet de la célébration de cette fête, se trouvait déjà mis en lumière, il ne manqua pas de Docteurs qui, plutôt que de se servir des arguments théologiques qui démontrent qu’il convient absolument et qu’il est logique de croire à l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie en son corps, tournaient leur esprit et leur coeur à la foi de l’Eglise, Epouse mystique du Christ qui n’a ni tache ni ride [40], et que l’Apôtre appelle « la colonne et la base de la vérité [41] » ; appuyés sur cette foi commune, ils pensaient que l’opinion contraire était téméraire pour ne pas dire hérétique. Du moins, saint Pierre Canisius, comme tant d’autres, après avoir déclaré que le mot même d’Assomption signifie « glorification » non seulement de l’âme, mais encore du corps, et que l’Eglise, déjà au cours de nombreux siècles, vénère et célèbre avec solennité ce mystère mariai de l’Assomption, remarque ce qui suit : « Ce sentiment prévaut déjà depuis des siècles ; il est ancré au coeur des pieux fidèles et confié ainsi à toute l’Eglise. Par conséquent, on ne doit pas supporter d’entendre ceux qui nient que le corps de Marie a été élevé dans le ciel, mais on doit les siffler, à l’occasion, comme des gens trop entêtés, et par ailleurs téméraires, et comme des gens imbus d’un esprit plus hérétique que catholique [42] ».

37. A la même époque, le Docteur excellent qui professait cette règle en marialogie que « les mystères de grâce opérés par Dieu dans la Vierge ne doivent pas se mesurer aux règles ordinaires, mais à la toute-puissance divine, étant supposée la convenance de ce dont il s’agit et que cela ne soit pas en contradiction avec les Saintes Ecritures ou inconciliable avec le texte sacré [43] », en ce qui concerne le mystère de l’Assomption, fort de la foi commune de l’Eglise tout entière, il pouvait conclure que ce mystère doit être cru avec la même fermeté d’âme que l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, et déjà il affirmait que ces vérités pouvaient être définies.

38. Tous ces arguments et considérations des Saints Pères et des théologiens s’appuient sur les Saintes Lettres comme sur leur premier fondement. Celles-ci nous proposent, comme sous nos yeux, l’auguste Mère de Dieu dans l’union la plus étroite avec son divin Fils et partageant toujours son sort. C’est pourquoi il est impossible de considérer Celle qui a conçu le Christ, l’a mis au monde, nourri de son lait, porté dans ses bras et serré sur son sein, séparée de lui, après cette vie terrestre, sinon dans son âme, du moins dans son corps. Puisque notre Rédempteur est le Fils de Marie, il ne pouvait certainement pas, lui qui fut l’observateur de la loi divine le plus parfait, ne pas honorer, avec son Père éternel, sa Mère très aimée. Or, il pouvait la parer d’un si grand honneur qu’il la garderait exempte de la corruption du tombeau. Il faut donc croire que c’est ce qu’il a fait en réalité.

39. Il faut surtout se souvenir que, depuis le IIe siècle, les Saints Pères proposent la Vierge Marie comme une Eve nouvelle en face du nouvel Adam et, si elle lui est soumise, elle lui est étroitement unie dans cette lutte contre l’ennemi infernal, lutte qui devait, ainsi que l’annonçait le protévangile [44], aboutir à une complète victoire sur le péché et la mort, qui sont toujours liés l’un à l’autre dans les écrits de l’Apôtre des Nations [45]. C’est pourquoi, de même que la glorieuse Résurrection du Christ fut la partie essentielle de cette victoire et comme son suprême trophée, ainsi le combat commun de la Bienheureuse Vierge et de son Fils devait se terminer par la « glorification » de son corps virginal ; car, comme le dit ce même Apôtre, « lorsque ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : la mort a été engloutie dans sa victoire [46] ».

40. C’est pourquoi l’auguste Mère de Dieu, unie de toute éternité à Jésus-Christ, d’une manière mystérieuse, par « un même et unique décret [47] » de prédestination, immaculée dans sa conception, Vierge très pure dans sa divine Maternité, généreuse associée du Divin Rédempteur qui remporta un complet triomphe du péché et de ses suites, a enfin obtenu comme suprême couronnement de ses privilèges d’être gardée intacte de la corruption du sépulcre, en sorte que, comme son Fils, déjà auparavant, après sa victoire sur la mort, elle fut élevée dans son corps et dans son âme, à la gloire suprême du ciel où Reine, elle resplendirait à la droite de son fils, Roi immortel des siècles. [48] ».

41. Alors, puisque l’Eglise universelle, en laquelle vit l’Esprit de vérité, cet Esprit qui la dirige infailliblement pour parfaire la connaissance des vérités révélées, a manifesté de multiples façons sa foi au cours des siècles, et puisque les évêques du monde entier, d’un sentiment presque unanime, demandent que soit définie, comme dogme de foi divine et catholique, la vérité de l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie — vérité qui s’appuie sur les Saintes Lettres et ancrée profondément dans l’âme des fidèles, approuvée depuis la plus haute antiquité par le culte de l’Eglise, en parfait accord avec les autres vérités révélées, démontrée et expliquée par l’étude, la science et la sagesse des théologiens, — nous pensons que le moment, fixé par le dessein de Dieu dans sa Providence, est maintenant arrivé où nous devons déclarer solennellement cet insigne privilège de la Vierge Marie.

42. Nous, qui avons confié Notre pontificat au patronage particulier de la Très Sainte Vierge, vers qui Nous Nous réfugions en tant de vicissitudes des plus tristes réalités, Nous qui avons consacré à son Coeur Immaculé le genre humain tout entier en une cérémonie publique, et qui avons éprouvé souvent sa très puissante assistance, Nous avons une entière confiance que cette proclamation et définition solennelle de son Assomption apportera un profit non négligeable à la société humaine, car elle tournera à la gloire de la Très Sainte Trinité à laquelle la Vierge Mère de Dieu est unie par des liens tout particuliers. Il faut, en effet, espérer que tous les fidèles seront portés à une piété plus grande envers leur céleste Mère ; que les âmes de tous ceux qui se glorifient du nom de chrétiens, seront poussées au désir de participer à l’unité du Corps mystique de Jésus-Christ et d’augmenter leur amour envers Celle qui, à l’égard de tous les membres de cet auguste corps, garde un coeur maternel. Et il faut également espérer que ceux qui méditent les glorieux exemples de Marie se persuaderont de plus en plus de quelle grande valeur est la vie humaine si elle est entièrement vouée à l’accomplissement de la volonté du Père céleste et au bien à procurer au prochain ; que, alors que les inventions du « matérialisme » et la corruption des moeurs qui en découle menacent de submerger l’existence de la vertu et, en excitant les guerres, de perdre les vies humaines, sera manifesté le plus clairement possible, en pleine lumière, aux yeux de tous, à quel but sublime sont destinés notre âme et notre, corps ; et enfin que la foi de l’Assomption céleste de Marie dans son corps rendra plus ferme notre foi en notre propre résurrection, et la rendra plus active.

43. Ce Nous est une très grande joie que cet événement solennel arrive, par un dessein de la Providence de Dieu, alors que l’Année Sainte suit son cours, car ainsi nous pouvons, pendant la célébration du très grand Jubilé, orner le front de la Vierge Mère de Dieu de ce brillant joyau et laisser un souvenir plus durable que l’airain de Notre piété très ardente envers la Mère de Dieu.

44. C’est pourquoi, après avoir adressé à Dieu d’incessantes et suppliantes prières, et invoqué les lumières de l’Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant, qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie, pour l’honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur de la mort et du péché, pour accroître la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’exultation de l’Eglise tout entière, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

45. C’est pourquoi, si quelqu’un — ce qu’à Dieu ne plaise — osait volontairement nier ou mettre en doute ce que Nous avons défini, qu’il sache qu’il a fait complètement défection dans la foi divine et catholique.

46. Et pour que Notre définition de l’Assomption au ciel de la Vierge Marie dans son corps parvienne à la connaissance de l’Eglise universelle, Nous voulons que Nos lettres apostoliques présentes demeurent pour en perpétuer la mémoire, ordonnant que les copies qui en seront faites, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés de la main d’un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, obtiennent foi absolument auprès de tous, comme le feraient les présentes Lettres elles-mêmes si elles étaient exhibées ou montrées.

47. Qu’il ne soit permis à qui que ce soit de détruire ou d’attaquer ou contredire, par une audacieuse témérité, cet écrit de Notre déclaration, décision et définition. Si quelqu’un avait la présomption d’y attenter, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

48. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l’année du très saint Jubilé mil neuf cent cinquante, le premier novembre, en la fete de tous les Saints, de Notre pontificat la douzième année.

Pie XII, Pape.

 

Notes

[1]Rom 8, 28.
[2] Gal 4, 4.
[3]Cf. Hentrich-Von Moos, Petitiones de Assumptione corporea B. Virginis Mariae in Caelum definienda ad S. Sedem delatae, 2 volumes, Typis Polyglottis Vaticanis, 1942.
[4] Act 20, 28.
[5]Bulle Ineffabilis Deus, Acta Pii IX, pars 1 , Vol. 1, p. 615.
[6]Concile du Vatican, Constitution Dei Filius, c. 4.
[7]Jean 14, 26.
[8]Concile du Vatican, Constitution Pastor Aeternus, c. 4.
[9]Ibid., Dei Filius, c. III.
[10]Encyclique Mediator Dei, Acta Apostolicae Sedis, XXXIX, 541.
[11]Sacramentorum Gregorianum.
[12]Menaei Totius Anni.
[13]Liber Pontificalis.
[14]Ibid.
[15]Responsa Nicolai Papae I ad Consulta Bulgarorum.
[16]S. Jean Damascène, Encomium in Dormitionem Dei Genitricis Semperque Virginis Mariae, hom. II, n. 14 ; cf. également ibid., n. 3.
[17]S. Germain de Constantinople, In sanctae Dei Genitricis Dormitionem, sermon I.
[18]Encomium in Dormitionem Sanctissimae Dominae Nostrate Deiparae Semperque Virginis Mariae, attribué à S. Modeste de Jérusalem, n. 14.
[19]Cf. S. Jean Damascène, op. cit., Hom. II, n. 11 ; et aussi l’Encomium attribué à saint Modeste.
[20]Ps. 131, 8.
[21]Ps. 44, 10 -14ff.
[22]Cant 3, 6 ; cf. 4, 8 ; 6, 9.
[23]Ap 12, 1 et seq., IV.
[24]Luc 1, 23.
[25]Luc 1, 28.
[26]Amédée de Lausanne, De Beatae Virginis Obitu, Assumptione in Caelum Exaltatione ad Filii Dexteram.
[27]Is 61,13.
[28]S. Antoine de Padoue, Sermones dominicales et in solemnitatibus, In Assumptione S. Mariae Virginis sermo.
[29]S. Albert le Grand, Mariale, q. 132.
[30]S. Albert le Grand, Sermones de Sanctis, sermon XV in Annuntiatione B. Mariae ; cf- également Mariale, q. 132.
[31]St. Thomas d’Aquin, Summa Theol., I, lla ; q. 27, a. 1 ; q. 83, a. 5, ad 8 ; Expositio Salutationis Angelicae ; In Symb. Apostolorum Expositio, a. S ; In IV Sent., d. 12, q. 1, a. 3, sol. 3 ; d. 43, q. 1, a. 3, sol. 1, 2.
[32]S. Bonaventure, De Nativitate B. Mariae Virginis, Sermon V.
[33]Cant 8, 5.
[34]S. Bonaventure, De Assumptione B. Mariae Virginis, sermon 1.
[35]S. Bernardin de Sienne, in Assumptione Beatae Mariae Virginis, sermon 11.
[36]Ibid.
[37]S. Robert Bellarmin, Contiones habitae Lovanii, n. 40, De Assumptione B. Mariae Virginis.
[38]Œuvres de S. François de Sales, sermon pour la fête de l’Assomption.
[39]S. Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, Part. 2, d. 1.
[40]Eph 5, 27.
[41]I Tim 3, 15.
[42]S. Pierre Canisius, De Maria Virgine.
[43]Suarez, In Tertiam Partem D. Thomae, q.27, a. 2, disp. 3, seq. 5, n. 31.
[44]Gen 3, 15.
[45]Rom 5-6 ; I Cor. 15, 21-26, 54-57.
[46]I Cor 15, 54.
[47]Bulle Ineffabilis Deus, doc. cit., p. 599.
[48]I Tim 1, 17.

NLQ #Rome

Vidéo de la proclamation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie par Pie XII le 1er novembre 1950

 

Source : Banque numérique du Québec

Tribunes et entretiens

L’antipathie de Vénérable Pie XII à l’égard du régime nazi

Source : Belgicatho

A la une #NLH #NLQ #Rome

Aidez à financer un film qui fait la lumière sur le rôle de Pie XII dans la seconde guerre mondiale

SAJE Distribution, société de distribution cinématographique française, spécialisée dans la diffusion (au cinéma, en dvd, vod et Télévision) de films d’inspiration chrétienne, prépare la traduction en français d’un film sur Pie XII.

Synopsis :

Rome, 1943. La ville est occupée par les nazis. La vie de milliers de Juifs est en danger. Au Vatican, état neutre à l’intérieur des frontières de Rome, le pape Pie XII lutte pour sauver la ville de la faim et de la destruction. De son côté, la belle Miriam vit avec sa famille dans le ghetto juif de la ville. Elle est courtisée par deux jeunes hommes très différents : l’étudiant idéaliste et aisé Marco, qui rêve de gloire dans le combat, et le fringant Davide, qui aide ses compagnons juifs. Quand les nazis descendent sur le ghetto et arrêtent des milliers de juifs, Pie XII forge une alliance avec le général Stahel, un catholique convaincu, en désaccord avec la politique des généraux SS. Stahel ordonne la fin des raids, mais ne peut empêcher la déportation de plus de mille Juifs, y compris le père de Miriam. Celui-ci finit par être envoyé sur le front de l’Est.

Miriam s’échappe et est sauvée par Marco et Davide dans une mission risquée. Ils trouvent refuge dans les églises et les monastères de Rome, que Pie XII parvient à avoir déclaré propriété du Vatican, et donc extraterritorial. Mais que valent les ordres et les décrets en temps de guerre ? Les troupes alliées avancent, les Allemands tentent désespérément de les arrêter. Mais les raids contre les Juifs s’intensifient, conduisant à des affrontements tendus et à des confrontations dramatiques. Au Vatican, on reproche à Pie XII de ne pas assez condamner les nazis ; mais il sait que s’il s’exprime trop par la force, Hitler prendra plus de vies innocentes. Va-t-il risquer encore plus de représailles dans les nations occupées par les nazis ?

En voici la bande annonce :

Aidez à financer le doublage et le sous-titrage du film “Pie XII : sous le ciel de Rome” réalisé par Christian Duguay (Un sac de Billes, Belle et Sébastien 2). Réalisé en Italie pour la Rai, le film n’est jamais sorti en France. SAJE n’a pas pu passer à côté de ce petit bijou : un film de 3h en 2 parties.

Source :  lesalonbeige

Dans le Monde #NLQ #USA

Réflexions sur la législation américaine en matière d’immigration

Alors que le procureur général, Jeff Sessions a rendu deux décisions controversées, le site internet  Catholic World Report propose en anglais un éclairage intéressant sur la politique d’immigration américaine.

Extraits choisis et traduits :

“Pour juger les actes du procureur général au regard des enseignements de l’Eglise, il est nécessaire de regarder les déclarations du magistère en matière d’immigration. Le Pape Pie XII a affirmé avec insistance le droit pour tout être humain obligé de quitter son pays en raison des persécutions, de la violence ou de la pauvreté d’émigrer et, chaque nation a le devoir d’accueillir et d’intégrer ces personnes dans une mesure compatible avec le bien commun. (…)

Le Pape Pie XII dans sa constitution apostolique “Exsul Familia Nazarethana” en 1952 affirmait “la loi naturelle elle-même, non moins que la dévotion à l’humanité [no less than devotion to humanity], demande que des voies de migration soient ouvertes à ces personnes. Car le Créateur de l’univers a fait toutes les bonnes choses principalement pour le bien de tous. Puisque la terre offre partout la possibilité de soutenir un grand nombre de personnes, la souveraineté de l’Etat, bien qu’elle doive être respectée, ne peut être exagérée au point que l’accès à cette terre est refusé, pour des raisons inadéquates ou injustifiées, à des nécessiteux et décents, à condition, bien entendu, que la richesse publique, considérée avec soin, le permette.”

Le Saint-Père a ainsi affirmé, d’une manière ferme, le droit des réfugiés à rechercher une nouvelle patrie. Deuxièmement, il a défini le devoir correspondant du nouveau pays, dans l’exercice d’une souveraineté qui « doit être respectée », pour permettre l’immigration par « des gens nécessiteux et décents » où la « richesse publique, considérée très soigneusement, n’interdit pas cette En outre, le Saint-Père a fait référence à une loi américaine particulière et l’a présentée comme une loi bienvenue, mais imparfaite, à compléter par d’autres lois plus réceptives à un éventail plus large de réfugiés

il faut chercher à garantir [aux réfugiés] la même assistance pastorale que celle dont bénéficiaient les chrétiens natifs du pays (…)”

Doctrine / Formation #NLH

Mgr Georges Colomb – Comment définir la doctrine sociale de l’Eglise

La doctrine sociale de l’Eglise

Introduction

Religion de l’Incarnation, le christianisme a toujours refusé la séparation des réalités temporelles et spirituelles. Le message du Christ presse les croyants à relire leurs engagements humains à la lumière des valeurs de l’Evangile. C’est ainsi que le pape Pie XII pouvait affirmer : “Vouloir tirer une ligne de séparation entre la religion et la vie, entre le surnaturel et le naturel, entre l’Église et le monde comme si l’un n’avait rien à faire avec l’autre, comme si les droits de Dieu ne s’appliquaient pas à toute la réalité multiforme de la vie quotidienne, humaine et sociale, est parfaitement contraire à la pensée chrétienne…” (Pie XII : Allocution du 22 janvier 1947)
L’Eglise catholique est la seule institution à avoir opéré une réflexion systématique, à partir de la révolution industrielle du XIXème siècle, sur les conditions de vie des hommes et des femmes de son temps. Cette réflexion, amorcée par le pape Léon XIII et son Encyclique Rerum novarum (1891) a été reprise, actualisée et amplifiée jusqu’au pape François qui invite aujourd’hui à s’interroger sur la place de l’homme face aux défis contemporains que sont les nouvelles pauvretés, la crise climatique et les flux migratoires.

Comment définir la doctrine sociale de l’Eglise ?

Le pape Jean-Paul II a donné une définition de la DSE et en a redéfini les buts : ” La doctrine sociale de l’Eglise n’est pas une « troisième voie » entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité parmi les solutions moins radicalement marquées : elle constitue une catégorie en soi. Elle n’est pas non plus une idéologie, mais la formulation précise des résultats d’une réflexion attentive sur les réalités complexes de l’existence de l’homme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale. Son but principal est d’interpréter ces réalités, en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l’enseignement de l’Evangile sur l’homme et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante ; elle a donc pour but d’orienter le comportement chrétien. C’est pourquoi elle n’entre pas dans le domaine de l’idéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale.” (Encyclique Sollicitudo rei socialis 1987).

I. Histoire de la DSE

I. : La première phase : 1891 à 1944

La Doctrine sociale va d’abord se développer autour d’une réflexion critique sur les institutions économiques, politiques et sociales. Cette réflexion se fait naturellement en référence à l’Evangile et a pour but de conduire à un ordre social équitable, garant de la paix et du développement de la société comme de l’individu.
La DSE n’apparaît pas brusquement avec l’encyclique Rerum novarum. Publiée le 15 mai 1891, cette encyclique est précédée et préparée par le mouvement social catholique né en Allemagne autour des années 1880 et portée par Mgr Ketteler. La France est aussi touchée par ce mouvement au travers de la pensée de Charles-René de La Tour du Pin, Albert de Mun, Maurice Maignen ou Léon Harmel, tous engagés en faveur d’une rénovation de l’ordre social conforme au christianisme.
Le catholicisme social naît avec l’industrialisation de l’Europe alors que se développe la pensée socialiste. Le pontificat du pape Léon XIII élu en 1878, marque un tournant dans l’histoire de l’Église catholique, particulièrement dans son rapport aux aspirations culturelles, sociales et politiques du temps.
L’autorité morale du Saint Siège va s’affirmer en même temps que, par la perte des Etats pontificaux, son pouvoir temporel s’efface.

1.1. Rerum novarum 1891

Avec la révolution industrielle une nouvelle classe sociale est apparue : la classe ouvrière. Cette classe est profondément marquée par la misère matérielle et morale. Elle est aussi de plus en plus attirée par les idées socialistes. Ainsi se formule petit à petit une véritable “question ouvrière” qui va justifier l’intervention de l’Eglise et la parution de l’Encyclique Rerum novarum en 1891. “Les travailleurs isolés et sans défense se sont vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée”.
L’Encyclique réaffirmera la légitimité de la propriété privée mise à mal par le socialisme, mais affirmera dans le même temps, la primauté du “bien commun” auquel l’usage de cette propriété doit être ordonné. Le pape dénoncera les excès du libéralisme et justifiera une régulation imposée par l’Etat en matière économique.
Parmi les grandes idées défendues par l’Encyclique on trouve la notion de “juste salaire” permettant une vie digne ; le droit à constituer des associations professionnelles ; la nécessité de protéger les femmes et les enfants d’un travail trop pénible ; la réaffirmation de l’exigence du repos dominical.
L’écho de l’Encyclique Rerum novarum sera profond et durable : développement d’un syndicalisme chrétien, création des Semaines sociales, en France (1904), Espagne (1906), Italie (1907), Canada (1920), fondation de l’Action Populaire (ancêtre du CERAS) par le père Henri-Joseph Leroy (1903)
Rerum novarum est un texte fondateur. Les papes qui succéderont à Léon XIII poursuivront en l’actualisant la réflexion sur les questions éthiques posées par le développement économique des sociétés contemporaines.

1.2. Quadragesimo anno (1931)

Les années 30 sont marquées par la profonde crise économique qui ébranle le monde occidental. Pour le quarantième anniversaire de Rerum novarum, le pape Pie XI publie l’Encyclique Quadragesimo anno en 1931.
Inspiré par la pensée du jésuite allemand Oswald Nell-Breuning (1890-1991), économiste et sociologue reconnu, le pape Pie XI condamne à la fois le socialisme réformateur et le communisme mais opère aussi une critique sévère des excès d’un libéralisme générateur d’une “si criante inégalité…” qu’il ne saurait répondre ” aux vues infiniment sages du Créateur” (n° 5). Le pape dénonce également avec vigueur les excès de la libre concurrence et de la spéculation. Il parle de “dictature économique” (n°117) et en appel à l’intervention régulatrice de l’Etat.
L’Encyclique Quadragesimo anno met à l’honneur ce qui deviendra un des piliers de la DSE, le principe de subsidiarité. “Que l’autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l’excès son effort” (n° 88).
Le pontificat de Pie XI se situe à un tournant de l’histoire européenne. Dans les années 30 le communisme et le nazisme menacent également la paix du monde.
Deux Encycliques suivront Quadragesimo anno, moins connues mais non moins essentielles pour la pensée sociale de l’Eglise : Divini redemptoris, à propos du communisme et de ses conséquences et Mit brennender Sorge sur la situation de l’Eglise catholique dans le Reich allemand, publiées toutes deux en mars 1937.
La notion de “droit naturel” est longuement évoquée dans Mit brennender Sorge : “Nous pensons ici en particulier à ce qu’on appelle le droit naturel, inscrit de la main même du Créateur sur les tables du cœur humain (Rm 2,14 ss) et que la saine raison peut y lire quand elle n’est pas aveuglée par le péché et la passion. C’est d’après les commandements de ce droit de nature que tout droit positif, de quelque législateur qu’il vienne, peut être apprécié dans son contenu moral, et, par là même, dans l’autorité qu’il a d’obliger en conscience. Des lois humaines qui sont en contradiction insoluble avec le droit naturel sont marquées d’un vice originel qu’aucune contrainte, aucun déploiement extérieur de puissance ne peut guérir.” (n°36)

1.3. Les Radio messages de Pie XII

Entre 1941 et 1944, en pleine tourmente de la guerre, le pape Pie XII utilisera le moyen le plus moderne à sa disposition pour faire connaître la position de l’Eglise sur les droits de l’homme : la radio. Depuis la Révolution française de 1789 l’Eglise a affirmé que la proclamation de droits individuels déconnectée de toute référence à la transcendance était mortifère pour l’homme comme pour la société. Mais la personne humaine, créée par Dieu, aimée de lui et sauvée par le Christ, possède une dignité et des droits irréductibles. Face aux horreurs nées du nazisme et du communisme, Pie XII affirme que l’État n’a pas la charge d’assurer le bien des personnes, mais seulement le ” bien commun “c’est-à-dire de réunir les conditions “extérieures nécessaires à l’ensemble des citoyens pour le développement de leurs qualités, de leurs fonctions, de leur vie matérielle, intellectuelle et religieuse” (Message de Noël 1942). Il fait ainsi échapper toute la vie privée, la liberté de conscience, à la sphère d’action du politique.
Pie XII affirme ainsi ce qui demeurera un des fondements de la DSE : la primauté de la personne. Sont affirmées l’indépendance vis-à-vis du politique et le possible perfectionnement de chacun en lien avec la liberté individuelle.
A la même époque de grandes voix se feront aussi entendre dans l’Eglise de France pour la défense de la dignité humaine.
Rappelons ici la figure de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui le 23 août 1942 envoya une lettre pastorale aux curés de son diocèse pour qu’elle soit lue le dimanche suivant dans toutes les églises. Dans cette lettre Mgr Saliège s’insurgeait contre le traitement infligé aux juifs : “Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer. Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ? Pourquoi sommes-nous des vaincus ? Seigneur ayez pitié de nous. Notre-Dame, priez pour la France.
Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. France, patrie bien aimée, France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.” (Lettre pastorale du 23 août 1942).
Dans cette lettre, l’archevêque de Toulouse réaffirmait le “droit d’asile dans nos églises”, tradition multiséculaire, théorisée par Saint Augustin au Vème siècle. Il réaffirmait aussi ce grand principe de la DSE, la dignité de la personne humaine.
Autre grande figure française, celle de Mgr Gabriel Piguet, évêque de Clermont-Ferrand de 1933 à 1952. Dès 1940, il demande officieusement à toutes les supérieures de congrégations à la tête d’établissements d’enseignement que l’on y cache des enfants juifs. C’est un véritable réseau de protection qui se mettra en place sur la région du Puy de Dôme, de l’Allier et du Cantal, jusqu’au Limousin.
Le 24 mai 1943, franchissant un pas supplémentaire, Mgr Gabriel Piguet, dénonce officiellement cette fois, le national-socialisme et exige le respect des droits de la personne humaine. Convoqué par la Gestapo le 28 mai, il sera arrêté puis déporté à Dachau. Il a été déclaré “juste parmi les nations”.
En un peu plus de 50 ans, l’Eglise catholique aura posé les bases de la DES : notion de “bien commun” ; principe de subsidiarité ; destination universelle des biens ; dignité de la personne humaine.
A partir du pontificat de Jean XXIII (1958-1963) et, de façon plus nette encore à partir du Concile Vatican II, la Doctrine sociale s’inscrit dans le champ de la théologie. Dominique Greiner, Assomptionniste et économiste, définira le champ d’action de la DSE en précisant ses limites : “La morale sociale a progressivement intégré l’insertion historique et concrète de l’homme en lutte contre les situations d’injustices. Mais comment penser cette insertion dans l’histoire du Salut ? La question demeure ouverte. Comment éviter les écueils de l’utopie ou de l’idéalisme qui menacent tout discours sur le social, et refuser une dissolution de l’identité chrétienne dans les luttes nécessaires pour la justice et la dignité de l’homme ?” (“La morale sociale au XXe siècle : une entrée tardive en théologie”, dans Les grandes révolutions de la théologie moderne, Bayard 2003).

II : De Vatican II au pape François

2.1. De Jean XXIII à Vatican II

Elu en 1958, Jean XXIII est le premier pape à s’engager sur la voie d’une anthropologie personnaliste et théologique qui trouvera sa pleine expression avec la “Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps” (Gaudium et Spes) publiée par son successeur Paul VI le 7 décembre 1965.
Le nom de Jean XXIII est attaché à deux grands textes du magistère : “Mater et magistra” en 1961 pour l’anniversaire de “Rerum novarum”, et “Pacem in terris” en 1963.
Pour la première fois, on verra évoquée la notion moderne de “développement intégral de la personne”. La dimension spirituelle de l’homme ne peut être niée dans la perspective du développement de sociétés justes et équilibrées. (Mater et magistra n °217)
La finalité de l’entreprise est de devenir “une communauté de personnes” et la société est vue comme “réalité spirituelle” qui trouve son “fondement objectif dans le vrai Dieu transcendant et personnel” (Pacem in terris n°38). Vérité, justice et amour sont donnés comme les piliers de la société, et les chrétiens sont invités à s’engager pour la défense du “bien commun” devenu, du fait de la multiplication des échanges internationaux “bien commun universel” (Pacem in Terris n°7).
Jean XXIII ne verra pas la fin du Concile inauguré le 11 octobre 1962. Il s’éteindra en juin 1963. C’est à son successeur, Paul VI que reviendra la tâche de mener à bien l’œuvre monumentale du Concile œcuménique Vatican II.

2.2 Vatican II : Constitution Gaudium et spes (sur l’Eglise dans le monde de ce temps) et déclaration Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse) 1965.

Au fondement de toute la pensée des Pères conciliaires, on trouve cet appel à travailler à l’unification des dimensions temporelles et spirituelles de la vie humaine. Eclairés par la Révélation et par les valeurs de l’Evangile, les hommes sont invités à découvrir les enjeux spirituels qui se cachent au cœur de la vie ordinaire. Ainsi voit-on affirmée dans l’Avant-Propos de Gaudium et Spes l’ “Étroite solidarité de l’Église avec l’ensemble de la famille humaine”. On peut y lire aussi : “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.”
L’approche est donc à la fois personnaliste puisqu’elle souligne le caractère essentiel des relations interhumaines dans la construction de chaque individu, tout en étant théologique par la réaffirmation du caractère constitutif de la dimension spirituelle de l’homme, éclairé par la Révélation. L’unité des dimensions temporelle et spirituelle est exprimée par l’emploi du terme “intégral” utilisé dans les expressions “vocation intégrale de l’homme” ; “développement intégral” (GS n°59), ou encore “culture intégrale”. Le Concile invite les chrétiens à mettre fin à la distorsion entre pratique religieuse et vie profane, la première restant trop souvent sans influence réelle sur la seconde. (GS n° 43).
Dieu a confié au genre humain la mission de construire un monde juste et fraternel, préfiguration du Royaume à venir. Cette mission oblige à un travail de discernement car tout progrès, particulièrement dans le domaine des sciences et de l’industrie, peut conduire soit à une amélioration de la qualité de vie sur terre, soit au contraire, à un asservissement plus grand. Inutile de donner ici des exemples de cette ambivalence du progrès. Pensons simplement à l’énergie nucléaire ou aux questions de bioéthique.
La déclaration Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse) de 1965 affirme que la liberté de conscience s’impose à tous, aux hommes, aux Etats, aux Eglises. Elle est une des expressions de la dignité de l’homme.

2.3. Populorum progressio (1967)

Le pape Benoit XVI a pu qualifier l’encyclique du pape Paul VI Populorum progressio (1967) de “Rerum novarum de l’époque contemporaine” (Caritas in veritate n°8). Désormais la réflexion de l’Eglise dépasse les étroites frontières de l’Europe pour englober les pays lointains, particulièrement ceux récemment décolonisés ainsi que les pays en voie de développement. Pour Paul VI : “La situation présente du monde exige une action d’ensemble à partir d’une claire vision de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Experte en humanité, l’Eglise, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des Etats, “ne vise qu’un seul but : continuer, sons l’impulsion de l’Esprit consolateur l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi” (Gaudium et Spes, n. 3, § 2) (Populorum progressio n°13).
Pauvretés et sous-développement deviennent, en cette seconde moitié du XXème siècle, des questions internationales qui ne trouveront de solutions que grâce à la solidarité humaine et à la “fraternité humaine et surnaturelle… sous un triple aspect : devoir de solidarité, l’aide que les nations riches doivent apporter aux pays en voie de développement ; devoir de justice sociale, le redressement des relations commerciales défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; devoir de charité universelle, la promotion d’un monde plus humain pour tous, où tous auront à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns soit un obstacle au développement des autres. La question est grave, car l’avenir de la civilisation mondiale en dépend.” (Populorum progressio n°44).
Le service de l’homme est premier pour “combattre les discriminations, libérer l’homme de ses servitudes, le rendre capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral et de son épanouissement spirituel.” (Populorum progressio n°34).
Populorum progressio fut largement relayée en Amérique Latine et servit de base à la “théologie de la libération”. Pour lever toute ambiguïté sur le rôle qu’entendait jouer l’Eglise en matière sociale, le pape Paul VI fut conduit à préciser sa pensée dans une autre encyclique, publiée pour le 80ème anniversaire de Rerum novarum : “Octogesima adveniens” (1971) (voir 2ème partie)

2.4. Jean-Paul II – Laborem exercens (1981), Sollicitudo rei (1987) et Centesimus annus (1991)

Dans les années 80 la menace communiste s’éloigne et le libéralisme triomphe. Les inégalités s’accroissent, à l’intérieur des pays développés et au cœur des relations internationales. On commence à parler de “mondialisation” de l’économie et de la finance avec son cortège d’injustices. Jean-Paul II consacrera trois encycliques aux questions sociales : Laborem exercens (1981), Sollicitudo rei (1987) et Centesimus annus pour le centenaire de Rerum novarum en 1991.
L’homme dans sa liberté et sa dignité est au centre de la pensée du pape Jean-Paul II. Mais il s’agit d’une ” juste conception de la personne humaine, de sa valeur unique, dans la mesure où ” l’homme est sur la terre la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même”. L’homme a été voulu par Dieu qui lui a donné “une dignité incomparable…En effet, au-delà des droits que l’homme acquiert par son travail, il existe des droits qui ne sont corrélatifs à aucune de ses activités mais dérivent de sa dignité essentielle de personne” (Centesimus annus n°11).
La liberté est soumise à un “exercice juste”, l’homme s’inscrivant à la fois dans une histoire et au cœur d’une communauté.
Plusieurs écueils sont évoqués par Jean-Paul II, le matérialisme, l’athéisme, l’individualisme, le collectivisme.

2.5. Benoit XVI – Caritas in veritate (2009)

En 2009 mondialisation et globalisation sont devenues des réalités incontournables. Les crises économiques et financières se succèdent. C’est pourtant une vision de l’avenir résolument tournée vers l’Espérance chrétienne que propose le pape Benoit XVI. Les problèmes de l’humanité ne se résoudront que par un sursaut de fraternité, de solidarité, de charité. “La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Église. Toute responsabilité et tout engagement définis par cette doctrine sont imprégnés de l’amour qui, selon l’enseignement du Christ, est la synthèse de toute la Loi (cf. Mt 22, 36-40). L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations… mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques. Pour l’Église – instruite par l’Évangile –, l’amour est tout parce que, comme l’enseigne saint Jean et comme je l’ai rappelé dans ma première Lettre encyclique, « Dieu est amour » (Deus caritas est) : tout provient de l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui. L’amour est le don le plus grand que Dieu ait fait aux hommes, il est sa promesse et notre espérance” (Caritas in veritate n°2)
Tout homme de bonne volonté, libre et responsable, est capable d’entrer sur ce chemin de la charité. C’est la charité qui va guider la liberté pour lui fixer les objectifs, c’est la liberté qui va permettre l’exercice de la charité. La charité se concrétise dans le don et concerne aussi bien le politique que l’économique. On voit apparaître pour la première fois, clairement explicité, le souci de l’environnement “Le thème du développement est aussi aujourd’hui fortement lié aux devoirs qu’engendre le rapport de l’homme avec l’environnement naturel. Celui-ci a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière.” (Caritas in veritate n° 48)

2.6. Le pape François

Pour pénétrer la pensée sociale du pape François telle qu’elle semble se dessiner depuis 2013, date de son élection, il faut garder présent à l’esprit l’histoire de l’homme.
Fils de migrants italiens installés dans un quartier populaire de Buenos Aires, il sera confronté très tôt à la réalité des “périphéries” géographiques, sociales, culturelles, économiques. Son père l’initia au Mouvement coopératif dans les années 50. Ce mouvement est fondé sur la notion chrétienne de coopérative et de travail solidaire.
Provincial des Jésuites d’Argentine dans les années 70, Il devra affirmer l’option préférentielle pour les pauvres tout en prenant ses distances vis-à-vis des excès politiques de la “théologie de la libération”.
Au centre de sa pensée sociale on trouve la réaffirmation du respect inconditionnel de la vie et de la dignité humaine. Ce respect s’adresse à tous les hommes et à tout l’homme, confronté, dans le cadre d’une économie mondialisée à des pressions de plus en plus fortes, inséré dans un monde au matérialisme dominant et vivant sur une planète menacée. Cet homme, très concret, c’est l’ouvrier privé d’emploi donc de dignité, c’est le SDF, c’est le pauvre aux visages multiples, celui des mégalopoles comme le migrant jeté sur les routes par les crises politiques, économiques, climatiques.
Son premier grand texte “La joie de l’Evangile” (2013), consacré à “l’annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui” et paru quelques mois seulement après son élection, n’est pas à proprement parler un document à caractère social. Pourtant, à plusieurs reprises, le texte affirme avec force les convictions du pape en la matière. Le chapitre 4 s’intitule “La dimension sociale de l’évangélisation”. Le titre II de ce chapitre rappelle “La place privilégiée des pauvres dans le peuple de Dieu”.
Quatre “non” sont scandés : Non à une économie de l’exclusion, Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent, Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir, Non à la disparité sociale qui engendre la violence.
Le pape dénonce “une économie de l’exclusion et de la disparité sociale” (n°53). “Une telle économie tue”, martèle le pape François, s’étonnant que la mort d’un SDF fasse moins de bruit dans les médias que les nouvelles de la bourse. Il récuse “une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant” (n°54). Il dénonce aussi “la nouvelle idolâtrie de l’argent” pour affirmer “La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation.” (idem)
Autre grand texte du pape François, l’encyclique “Laudato Si” sur la sauvegarde de la maison commune de 2015. Le texte tire son titre du poème de saint François d’Assise, ” Loué sois-tu, Seigneur” qui, dans le Cantique des Créatures, rappelle que la terre a été confiée aux hommes pour qu’ils la traitent comme une mère et non pour qu’ils l’épuisent par une exploitation immodérée.
“J’espère que cette lettre encyclique, qui s’ajoute au Magistère social de l’Église, nous aidera à reconnaître la grandeur, l’urgence et la beauté du défi qui se présente à nous” déclare le pape François, intégrant ainsi ce texte majeur dans la DSE. L’encyclique marque incontestablement une nouvelle étape pour la pensée sociale de l’Eglise. Elle porte un regard sans concessions sur l’évolution inquiétante de nos sociétés.
Laudato si est un appel à une révolution écologique, à “un changement de paradigme” (le mot revient 18 fois dans l’Encyclique), c’est-à-dire de nos manières de penser notre rapport au monde.
Ce nouveau paradigme porte un nom : c’est l’écologie intégrale, une écologie ” qui incorpore la place spécifique de l’être humain dans ce monde et ses relations avec la réalité qui l’entoure” (n° 15). En effet, nous ne pouvons ” concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie” (n° 139).
Le pape ne cherche pas à s’opposer aux avancées scientifiques ou aux réalités politiques car “l’Eglise n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique” (n° 188). Ce qui intéresse le pape c’est “le bien commun”, pilier de la DSE et l’urgence de bâtir de nouveaux modèles de développement et de progrès (n°194) c’est-à-dire la primauté de la qualité de la vie face à la recherche du profit et à l’accumulation des richesses.
Le pape se fondant sur l’enseignement de ses prédécesseurs n’entend pourtant pas se limiter aux apports internes à l’Eglise catholique pour nourrir sa réflexion. Il en appelle aussi à “la réflexion d’innombrables scientifiques, philosophes, théologiens et organisations sociales qui ont enrichi la pensée de l’Église sur ces questions… [aux] autres Églises et Communautés chrétiennes – comme aussi d’autres religions ” qui “ont nourri une grande préoccupation et une précieuse réflexion sur ces thèmes qui nous préoccupent tous. Pour prendre un seul exemple remarquable, je voudrais recueillir brièvement en partie l’apport du cher Patriarche Œcuménique Bartholomée, avec qui nous partageons l’espérance de la pleine communion ecclésiale.” (n°7)
Sur le fond, l’Encyclique presse tous les hommes de bonne volonté d’entrer en dialogue pour trouver des solutions innovantes. Cette réflexion commune inclut les personnes directement concernées, car nul n’est trop pauvre, démuni, affecté par la crise climatique ou migratoire pour être condamné au silence.
Pour le pape, crise écologique et crise sociale sont intimement liées “n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale… [il faut] une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » (n° 139).
Soucieux de ne pas en rester à de grands principes abstraits, le pape propose (chapitre V) des orientations et actions pour une prise de conscience internationale et un renouvellement politique local, national, international. Le principe de subsidiarité trouve ici sa pleine application. Le chapitre VI propose des pistes pour un renouveau de l’éducation et de la vie spirituelle qui tiennent compte de l’écologie intégrale. Le pape invite à la sobriété “consentie”, signe de liberté (n°223). “Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme” (n° 203).
Enfin, il me faut évoquer brièvement la toute récente exhortation apostolique du pape François publiée le 9 avril dernier “Gaudete et Exsultate”, (Soyez dans la joie et l’allégresse) sur l’appel à la sainteté aujourd’hui. L’appel à la sainteté concerne tous les baptisés et tous les chemins y mènent. Notre mission “est inséparable de la construction [du Royaume de Dieu]” (n°25). Or le pape François l’affirme : “nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement” (Gaudete et Exsultate n° 101).
Concrètement, il évoque à nouveau la situation des migrants : “On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique… Pouvons-nous reconnaître là précisément ce que Jésus-Christ nous demande quand il nous dit que nous l’accueillons lui-même dans chaque étranger (cf. Mt 25, 35) ? Saint Benoît l’avait accepté sans réserve et, bien que cela puisse “compliquer” la vie des moines, il a disposé que tous les hôtes qui se présenteraient au monastère, on les accueille « comme le Christ » en l’exprimant même par des gestes d’adoration et que les pauvres et les pèlerins soient traités « avec le plus grand soin et sollicitude »” (Gaudete et Exsultate n° 102).

II. Une Eglise impliquée mais indépendante

On aura perçu, au travers de ce tour d’horizon historique, que la doctrine sociale de l’Eglise est avant tout un référentiel de valeurs. Au centre de ces valeurs, la personne humaine inscrite dans le temps et l’espace. Comment lui permettre de s’accomplir en se monde en référence aux valeurs évangéliques ? Comment la préserver du risque, toujours actualisé sous des formes multiples, de la déshumanisation ?
Partout et en tout temps, l’Eglise rappelle que la vie et la dignité de l’homme sont des valeurs non négociables.
Nous venons de voir comment tout au long de son histoire, mais particulièrement à partir de la fin du XIXème siècle, l’Eglise a accepté de se confronter aux grandes questions de son temps touchant à l’économique, au social, et plus récemment, à l’écologie, toujours dans cette perspective de défendre la dignité humaine.
Elle a dégagé au fil du temps les principes au fondement de sa doctrine sociale : dignité de la personne humaine, option préférentielle pour les pauvres, solidarité, subsidiarité, bien commun, charité, destination universelle des biens.
Si l’Eglise n’hésite pas à interpeller, questionner, voire condamner certains aspects de la pensée économique, sociale, politique, elle s’est toujours située comme autonome vis-à-vis des idéologies, cherchant une voie originale et salvifique.
Le magistère n’oublie pas que la mission première de l’Eglise est et restera jusqu’à l’avènement du Royaume et le retour du Christ, l’annonce de l’Evangile.
A l’image de son Seigneur, et fidèle à la mission reçue de lui, elle fonde sa réflexion et son action sur l’amour du prochain, la charité, la préférence pour le pauvre, l’exclu, le migrant, le réfugié…
Il n’est jamais question pour elle de jeter les bases d’un programme politique ou de soutenir un quelconque parti.
Dès 1891 avec Rerum Novarum l’Eglise se positionne sur cette voie propre.
En 1931 le pape Pie XI condamne à la fois le socialisme réformateur et le communisme. Dans Divini redemptoris, à propos du communisme et de ses conséquences et Mit brennender Sorge sur la situation de l’Eglise catholique dans le Reich allemand, encycliques publiées toutes deux en mars 1937, il les déclare “intrinsèquement pervers”.
La “théologie de la libération” formalisée en Amérique Latine à la fin des années 70 a voulu trouver dans Populorum progressio les justifications de son engagement de type marxiste. Cet égarement a conduit le pape Paul VI à préciser immédiatement sa pensée dans “Octogesima adveniens” (1971). Réfutant une libération de l’homme de nature marxiste, ou libérale, le pape déclare : “Aussi le chrétien qui veut vivre sa foi dans une action politique conçue comme un service, ne peut-il, sans se contredire, adhérer à des systèmes idéologiques qui s’opposent radicalement, ou sur des points substantiels, à sa foi et à sa conception de l’homme : ni à l’idéologie marxiste, à son matérialisme athée, à sa dialectique de violence et à la manière dont elle résorbe la liberté individuelle dans la collectivité, en niant en même temps toute transcendance à l’homme et à son histoire, personnelle et collective ; ni à l’idéologie libérale, qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l’intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l’organisation sociale.” (Octogesima adveniens n°26).
“Experte en humanité”, l’Eglise, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des Etats, “ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi” (Populorum progressio n°13).
Cette pensée s’affirmera encore dans Evangelii nuntiandi en 1975. Ce n’est à “un salut immanent, à la mesure des besoins matériels ou même spirituels s’épuisant dans le cadre de l’existence temporelle et s’identifiant totalement avec les désirs, les espoirs, les affaires et les combats temporels, mais un salut qui déborde toutes ces limites pour s’accomplir dans une communion avec le seul Absolu, celui de Dieu : salut transcendant, eschatologique, qui a certes son commencement en cette vie, mais qui s’accomplit dans l’éternité” que se réfère le croyant (n°27).
Pour Jean-Paul II l’économie libérale n’est pas un mal en soi puisqu’elle permet la réalisation de l’homme, l’expression de sa liberté et de son inventivité. Ainsi c’est par le travail que l’homme “se réalise lui-même comme homme et même, en un certain sens, “il devient plus homme” » (Laborem exercens n° 9).
Le profit est légitime mais : ” …le but de l’entreprise n’est pas uniquement la production du profit, mais l’existence même de l’entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société tout entière » (Centesimus annus n° 35).
Le but demeure le développement intégral de l’homme tel que défini par le Concile Vatican II.
Dès lors le sous-développement ne peut se réduire à sa dimension économique. ” il est également culturel, politique, et tout simplement humain” (Sollicitudo rei socialis, n°15) et dès lors susceptible de toucher une fraction de la population des pays développés.
Le pape François, premier pape originaire d’Amérique Latine, citant Paul VI dans ‘La joie de l’Evangile’ déclare :” Ni le Pape, ni l’Église ne possèdent le monopole de l’interprétation de la réalité sociale ou de la proposition de solutions aux problèmes contemporains. Je peux répéter ici ce que Paul VI indiquait avec lucidité : « Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait une valeur universelle. Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission.”
Dans Laudato Si il affirme clairement : “l’Eglise n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique” (n° 188).
S’appliquant à lui-même les principes fondateurs de la DSE, le pape François prône l’application généralisée du principe de subsidiarité : C’est aux conférences épiscopales et aux communautés chrétiennes qu’il revient ” d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays”.
Le pape François a créé un Dicastère du développement intégral de l’homme en 2016. Pour lui le développement intégral de l’homme “se réalise à travers le soin que l’on porte aux biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création” (Motu proprio 17 août 2016). Ce nouveau dicastère “sera particulièrement compétent pour les questions qui concernent les migrations, les personnes dans le besoin, les malades et les exclus, les personnes marginalisées et les victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles, les détenus, les chômeurs et les victimes de toute forme d’esclavage et de torture” (idem).

En guise de conclusion

L’enseignement social de l’Eglise a souvent fait l’objet de critiques contradictoires : on a pu lui reprocher tout à la fois son caractère abstrait, se réfugiant dans des principes généraux difficiles pour ne pas dire impossible à concrétiser sur le terrain de l’action économique ou politique. On lui aussi reproché de sortir de son domaine de compétence quand elle s’inquiète de situation très concrète comme celle des migrants aujourd’hui ou des risques de dérives en matière de procréation ou de fin de vie.
Tout au long de son histoire, pourtant, l’Eglise aura su veiller à la mise en pratique de ses principes. Rappelons-nous ici de l’action de Mgr Salièges ou de de celle Mgr Piguet que nous évoquions tout à l’heure, rappelons-nous aussi de ces milliers de chrétiens anonymes, laïcs, prêtres, religieux et religieuses, qui ont œuvré et œuvrent partout dans le monde, parfois au prix de leur vie, pour la défense des principes de justice, d’égalité, de liberté.
Il ne faut donc pas s’étonner que, de manière très volontariste le pape François souhaite entrer dans le concret des choses : “Nous ne pouvons éviter d’être concrets – sans prétendre entrer dans les détails – pour que les grands principes sociaux ne restent pas de simples indications générales qui n’interpellent personne” (La joie de l’Evangile n°182).
Vis-à-vis des pauvres, des migrants, de la crise écologique, le pape François appelle à des solidarités actives, à des engagements sur le terrain.
Ainsi le 6 septembre 2015, le pape appelait-il toutes les paroisses d’Europe à accueillir une famille de migrants. La quasi-totalité des diocèses de France a répondu à cet appel, selon des modalités diverses. Plus de 2000 migrants ont été et sont encore hébergés et accompagnés.
En ce qui concerne l’écologie, l’appel à l’engagement a aussi été entendu. Un label “église verte” a été créé. Il engage de manière large le Conseil des Eglises chrétiennes de France, la Conférence des évêques de France, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et la Fédération protestante de France.
C’est à ces chrétiens engagés qu’a voulu rendre hommage le président Macron lors dans son discours au Collège des Bernardins, à l’invitation de la Conférence des évêques de France, le 9 avril dernier : “La France a été fortifiée par l’engagement des catholiques… Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s’ils ont accepté de mourir…. ce n’est pas seulement au nom d’idéaux humanistes, ce n’est pas seulement au nom d’une morale judéo-chrétienne sécularisée, c’est aussi parce qu’ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse”.
Allant plus loin dans son souci de “réparer le lien” entre l’Eglise et l’Etat, le président de la République a redonné le contenu du principe de laïcité qui “n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens”, a-t-il affirmé. “Je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain”.
Et de poursuivre, reconnaissant la constance de l’Eglise et des croyants dans leurs engagements : “Dans ce moment de grande fragilité sociale, dans ce moment où l’étoffe même de la nation menace de se déchirer, je considère de ma responsabilité, de ne pas laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique et des politiques. Je ne puis me résoudre à cette déprise et je ne saurai laisser s’aggraver cette déception. C’est d’autant plus vrai que la situation actuelle est moins le fait d’une décision de l’Eglise que le résultat de plusieurs années pendant lesquelles les politiques ont profondément méconnu les catholiques de France”.
Le président Macron a pressé les catholiques à ne pas “rester au seuil” de l’engagement politique.
C’est peut-être oublier un peu rapidement que cela n’a jamais été le cas – et vous êtes là pour en rendre témoignage.
Dans notre société multiculturelle, multiconfessionnelle, matérialiste et souvent athée, il est bon que les élus chrétiens fassent entendre leur voix dans le débat public. Mais “réparer le lien entre l’Eglise et l’Etat, c’est accepter, selon le mot même du Président que l’Eglise soit “intempestive”.
Une Eglise intempestive ne se privera pas de rappeler ce que le Pape François évoque dans son exhortation apostolique “Gaudate et exsultate” parue, hasard du calendrier ou clin d’œil de la Providence, le jour même où le Président s’exprimait aux Bernardins, que le chemin de vie proposé par les Béatitudes “va à contrecourant, au point de nous transformer en sujets qui interpellent la société par leur vie, en personnes qui dérangent” (n°90).
La vie du chrétien engagé n’est pas une vie confortable, nous rappelle le Pape “combien de personnes sont persécutées et ont été persécutées simplement pour avoir lutté pour la justice, pour avoir vécu leurs engagements envers Dieu et envers les autres ?” (idem).
Pour réparer les liens entre l’Eglise et l’Etat, il faudra que la société soit prête à entendre ce qu’il y a d’inacceptable pour le croyant dans la remise en question de la dignité humaine, fondement de la DSE, par l’ouverture généralisée de la PMA et de la GPA ou dans la présentation de l’euthanasie ou de l’avortement comme des solutions “acceptables”, par exemple.
Les catholiques de France, tout au long de leur histoire, ont souhaité faire et font quotidiennement à la collectivité les trois dons que le président appelle de ses vœux : le don de leur sagesse, de leur engagement et de leur liberté.
Mgr. Pontier rappelait la volonté, jamais démentie, des associations et services d’Eglise de contribuer au bien commun et d’aider à tisser du lien social (discours aux Bernardins du 9 avril).
Ce qui est attendu du croyant engagé en politique, ce que seul il peut offrir à ce monde contemporain déboussolé, c’est un cap et une espérance. Mais donner un cap et cette espérance, ne signifie pas renoncer à “l’effectivité” évoquée par le Président Macron. Les “réalités contradictoires et complexes qui traversent les catholiques eux-mêmes” ne doivent pas nous faire renoncer à voir un jour reconnues, plus que des questionnements, les principes mêmes qui fondent la DSE – respect inconditionnel de la vie et de la dignité humaine, justice, solidarité, bien commun. L’Eglise ne se veut pas “injonctive” mais elle ne peut pas se contenter de n’être que “questionnante”. C’est le rôle des élus chrétiens, avec humilité mais constance, de porter l’espérance d’une incarnation toujours plus efficiente des valeurs de l’Evangile dans nos sociétés.
Je vous remercie pour votre attention.

Prononcé par Mgr Georges Colomb, le 14 avril 2018.

Source : Mgr Georges Colomb

Photo : Asian News

NLH #NLQ #Points non négociables PNN

Le médecin méprisera toute suggestion qui lui sera faite de détruire la vie – Pie XII

« C’est pourquoi le médecin méprisera toute suggestion qui lui sera faite de détruire la vie, si frêle et si humainement inutile que cette vie puisse paraître. »

Pie XII aux médecins chirurgiens, le 13 février 1945.