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L’édito – La nature a-t-elle un ordre bon pour l’homme ?

PMA, GPA, adoption et autres questions éthiques sont, c’en est désormais banal, à l’ordre du jour de la rentrée. La bioéthique, caution morale en perpétuel mouvement de l’évolution du biopossible, se trouve à nouveau confrontée aux grandes questions de la science possible et du progrès souhaitable. Questions devenues conflictuelles en soi depuis que l’humanité a changé son regard sur la nature et plus encore sur la relation de l’homme au cosmos dont il s’est émancipé, devenant peu à peu « hors nature », ce qu’il s’est mis à comprendre comme sur-nature, ouvrant ainsi à la post- modernité.

D’un sentiment d’infini dépendance, tant existentielle qu’ontologique, l’homme s’est progressivement senti contraint par et dans le monde réel. D’un univers fait pour lui, avec lequel il était profondément lié et solidaire, dans le positif comme dans le négatif, il a voulu se libérer. Au lieu de composer avec le cosmos, pensé comme ordonné en soi et dont l’homme était un élément parmi d’autres, l’être humain a voulu dompter puis plier la nature à son idée du bien, perçu comme une libération des contraintes que mère nature faisait peser sur l’espèce humaine désormais plus disposée à se laisser faire. Et d’un être membre à part entière de l’équilibre du monde, il a peu à peu compris ce monde comme un matériau à améliorer au service de sa liberté, c’est à dire d’une élimination des contraintes naturelles vécues comme déshumanisantes.

La modernité traduit cette émancipation vis-à-vis de la nature ressentie comme liberticide. Emancipation qui renverse totalement le rapport de l’homme au monde et leur place respective. La science et la technique ne visent plus à aider l’homme à trouver et vivre sa place à l’intérieur des réalités naturelles, mais à le rendre de plus en plus inatteignable par elles.

Dès lors, tout débat bioéthique, pour être constructif et honnête, doit se poser la question de ce rapport de l’homme et de la nature. En d’autres termes, l’ordre des choses de la nature est-il bon pour l’homme ? Sans réponse positive à cette question, la philosophie moderniste sera l’unique clef de discernement bioéthique, entrainant science et humanité vers une rupture toujours plus grande.

 

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Le progrès vu de gauche… hypothèque sur notre bonheur

Jamais notre bonheur n’a été autant menacé que depuis ces deux derniers siècles. La quête existentielle par excellence de l’Homme n’est autre, nous le savons bien, que le bonheur. Il y a en l’Homme un vide existentiel qui est constitutif de lui. C’est ce vide profond, cette béance native de son être qui le fait sortir de lui-même pour aller chercher ailleurs ce qui lui manque pour être heureux, pour vivre en paix avec lui-même et avec les autres. Si nous avions en nous-mêmes de quoi combler ce vide, ce dernier n’existerait pas ou la quête de notre vie serait une introspection visant à recomposer un puzzle dont nous posséderions toutes les pièces. Cette autosuffisance ferait de l’homme un être tourné vers lui-même, n’ayant ni besoin ni désir des autres.

 

Il est étrange que des partis politiques ne voient pas comment et combien leur idéologie, sous couvert de progrès et de libération de l’Homme, hypothèque son bonheur. Car défigurer le visage de l’Homme, c’est le condamner à ne plus se reconnaître lui-même et donc à ne plus se connaître. Or Socrate ne pose-t-il pas comme préalable à toute quête humaine, le “Connais-toi toi-même” ?

Ce vide existentiel est constitutif de l’être humain. C’est même une composante essentielle qui fait de lui une personne (c’est-à-dire un être de relation) et non un individu (un être isolé, entité détachable des autres). Cette béance native de l’Homme est le fondement même de toute relation sociale. Cependant, l’Homme n’a pas toujours conscience que ce manque intime est naturel. Ce n’est pas une maladie psychologique, c’est au contraire, une incroyable force. Ne pas prendre ce vide pour ce qu’il est, c’est-à-dire, une force, c’est courir le risque d’en avoir peur, de le cacher comme une plaie honteuse.

Mais cacher cette béance n’est pas lui rendre service, ce n’est pas la nourrir de ce dont elle a besoin. C’est au contraire, l’enfouir (pour la protéger parfois) ou tenter de s’auto satisfaire, de trouver à l’intérieur de soi de quoi combler ce vide. A ce moment-là, ce vide peut devenir maladif et destructeur, parce qu’il cherche en lui ce qui ne s’y trouve pas. C’est alors que la souffrance d’un tel manque devient insupportable et exige mille compensations qui ne seront pourtant jamais que des pansements sur une jambe de bois.

Besoins compensatoires

Pour être heureux, l’Homme a besoin de reconnaître qu’il doit recevoir des autres ce qui lui manque. Cette étape dans la construction de soi et dans la quête du bonheur est un prérequis incontournable. Sans lui la quête est impossible à mener, elle devient errance et faux-fuyants. Mais, à celui qui reconnait le bien fondé de cette béance, à celui qui comprend que là est le dynamisme qui met sa vie en mouvement, il faut encore identifier l’objet de sa quête. Qu’est-ce qui fera effectivement son bonheur ? Se tromper sur la quête, sur l’objet de sa quête, c’est courir le risque de passer à côté du bonheur et donc de devoir, à terme, chercher des compensations.

Le désarroi de notre société actuelle, la perte d’identification de ce qui fait le bonheur de l’Homme, démultiplient les besoins compensatoires et l’on cherche toujours plus à combler un vide existentiel, par une accumulation d’avoir. Cette destructuration intérieure de l’Homme est un formidable dopant pour la croissance de la consommation. C’est même le moteur de notre société de consommation.

Il est étrange que des partis ou mouvements politiques qui cherchent à défendre les plus faibles ne voient pas comment et combien leur idéologie, sous couvert de progrès et de libération de l’Homme, hypothèque gravement son bonheur. Car défigurer le visage de l’Homme, c’est le condamner à ne plus se reconnaître lui-même et donc à ne plus se connaître. Or Socrate ne pose-t-il pas comme préalable à toute quête humaine, le “Connais-toi toi-même” ? Comment l’Homme d’aujourd’hui peut-il se reconnaître dans l’être lacéré de toutes parts qu’on lui présente comme étant lui.

Dénaturer l’Homme dans sa sexualité, dans sa filiation, dans sa paternité, dans son altérité, dans son origine, c’est le condamner à l’exil. L’Homme d’aujourd’hui est un exilé dans son propre être, un étranger dans sa propre chair. Toutes les mesures que souhaite prendre le gouvernement hypothèquent gravement ce bonheur. De la conception à la mort, en passant par l’intimité de la vie quotidienne ou la construction de son identité, il n’est pas un moment de la vie, pas un instant du développement de l’être humain qui ne soit compromis sérieusement.

Relativisme de confort

Concrètement, la loi sur l’embryon et le projet de loi sur l’euthanasie compromettent la dignité la plus fondamentale de l’Homme, car l’être humain court le risque de ne plus être ce sanctuaire inviolable. Or cette inviolabilité est un gage de stabilité et de paix. Combien sont désormais affolés par leur fin de vie, ont peur d’aller à l’hôpital car ils sentent désormais une angoissante épée de Damoclès sur leur propre survie ?

Quant au mariage, à l’identité sexuelle ou à l’éducation des enfants, ce sont autant de “réformes” qui destructurent l’équilibre et donc la construction même de la personne. C’est là plus que nulle-part ailleurs, dans ce sillon que se creuse la quête existentielle du bonheur. Tromper l’Homme sur la réalité profonde de son être, par un relativisme de confort, c’est lui interdire toute possibilité d’entreprendre, en vérité et en liberté, cette quête du bonheur. C’est l’orienter vers la recherche vaine d’un faux-semblant qui ne débouchera que sur cette course effrénée aux plaisirs compensatoires.

Les différents projets de lois sont donc une véritable menace, une hypothèque lourde, véritable épée de Damoclès dont l’un des effets, non négligeable, sera de plonger notre pays dans une véritable dépression morale et au-delà économique, l’un n’allant pas sans l’autre.

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Marcel Gauchet : “le progressisme est une notion incapable de définir une identité solide”

Populisme, clivage droite-gauche, exercice du pouvoir… Le philosophe et historien incontournable livre ses réflexions. «  Macron a incarné le volontarisme. Mais cela ne fait pas une doctrine, et cela ne dissout pas les clivages fondamentaux qui demeurent  », dit-il.

Marcel Gauchet est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et rédacteur en chef de la revue Le Débat. Il est notamment l’auteur de L’Avènement de la démocratie, tome IV. Le nouveau monde (Gallimard, 2017).

Emmanuel Macron se définit comme progressiste. Pourquoi ?

Il faut d’abord resituer l’enjeu politique de la démarche. Il s’agit de pourvoir le Président et le mouvement qui l’appuie d’une doctrine. Emmanuel Macron est à un moment un peu particulier de son quinquennat : la première année, lui seul a existé. A ses côtés, La République en marche a été un mouvement d’appui parlementaire, sans aucune consistance intellectuelle ou doctrinale. A l’approche d’une échéance électorale, c’est un peu court de tout jouer sur la personnalisation du pouvoir. Il y a besoin d’une ligne politique compréhensible par les électeurs, en dehors de la simple adhésion au personnage Macron lui-même, qui, du reste, est un peu une énigme pour le pays. Tant que l’on se souvient de ce qu’étaient la droite et la gauche d’avant, on comprend le projet de les dépasser.

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Le progressisme n’est qu’une adaptation aux désirs individuels qu’il faudrait servir – Mgr Aupetit

 

Ce qui appuie notre édito, le progressisme, hypothèque sur notre bonheur

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L’édito – Le progrès des modernes…. Hypothèque sur notre bonheur

Le désarroi de notre société actuelle, la perte d’identification de ce qui fait le bonheur de l’Homme, démultiplient les besoins compensatoires et l’on cherche toujours plus à combler un vide existentiel, par une accumulation d’avoir. Cette destructuration intérieure de l’Homme est un formidable dopant pour la croissance de la consommation. C’est même le moteur de notre société de consommation.

Il est étrange que des partis ou mouvements politiques qui cherchent à défendre les plus faibles ne voient pas comment et combien leur idéologie, sous couvert de progrès et de libération de l’Homme, hypothèque gravement son bonheur. Car défigurer le visage de l’Homme, c’est le condamner à ne plus se reconnaître lui-même et donc à ne plus se connaître. Or Socrate ne pose-t-il pas comme préalable à toute quête humaine, le « Connais-toi toi-même » ? Comment l’Homme d’aujourd’hui peut-il se reconnaître dans l’être lacéré de toutes parts qu’on lui présente  comme étant lui ?

Dénaturer l’Homme dans sa sexualité, dans sa filiation, dans sa paternité, dans son altérité, dans son origine, c’est le condamner à l’exil. L’Homme d’aujourd’hui est un exilé dans son propre être, un étranger dans sa propre chair. Toutes les mesures que souhaite prendre le gouvernement hypothèquent gravement ce bonheur. De la conception à la mort, en passant par l’intimité de la vie quotidienne ou la construction de son identité, il n’est pas un moment de la vie, pas un instant du développement de l’être humain qui ne soit compromis sérieusement.

Concrètement, les lois sur l’embryon et les projets de loi sur l’euthanasie, la GPA et autres innovations, compromettent la dignité la plus fondamentale de l’Homme, car l’être humain court le risque de ne plus être ce sanctuaire inviolable. Or cette inviolabilité est un gage de stabilité et de paix. Combien sont désormais affolés par leur fin de vie, ont peur d’aller à l’hôpital car ils sentent désormais une angoissante épée de Damoclès sur leur propre survie ?

Quant au mariage, à l’identité sexuelle ou à l’éducation des enfants, ce sont autant de « réformes » qui destructurent l’équilibre et donc la construction même de la personne. C’est là plus que nulle-part ailleurs, dans ce sillon que se creuse la quête existentielle du bonheur. Tromper l’Homme sur la réalité profonde de son être, par un relativisme de confort, c’est lui interdire toute possibilité d’entreprendre, en vérité et en liberté, cette quête du bonheur. C’est l’orienter vers la recherche vaine d’un faux-semblant qui ne débouchera que sur cette course effrénée aux plaisirs compensatoires.

Les différents projets de lois sont donc une véritable menace, une hypothèque lourde, véritable épée de Damoclès dont l’un des effets, non négligeable sera de plonger notre pays dans une véritable dépression morale et au-delà économique, l’un n’allant pas sans l’autre.

 

Cyril Brun, rédacteur en chef