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Retraite discernement 25-35 ans : des bonnes bases pour les choix de 2019 – Ourscamp (60) du 27 décembre 2018 au 1er janvier 2019

Pour les 25-35 ans, la fin d’année est un temps propice pour faire une pause et relire les choix passés. C’est aussi le moment de discerner les orientations à prendre pour 2019

Un changement dans ma vie professionnelle  ?
Poursuivre ou non une relation amicale ou amoureuse  ?
Quels talents mettre au service de Dieu et de mes frères  ?
Comment sortir d’une relation conflictuelle  ?Le discernement se fait dans les grands choix de vie comme dans les plus petites choses. Vous aimeriez avoir les clés pour prendre les bonnes décisions…

Le discernement n’est pas seulement l’affaire des grands choix de vie, il est une attitude de l’esprit et du cœur pour le disciple de Jésus qui veut découvrir dans le quotidien la Volonté du Père. C’est un don de l’Esprit.

Programme complet et informations pratiques

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Migrants : le pape rappelle la prudence comme vertu du gouvernement

Certes il faut « accueillir, protéger, promouvoir, intégrer » les réfugiés, mais compte tenu de la « vertu » de l’art de gouverner qui est la « prudence », rappelle le pape François. Il distingue entre la gestion habituelle des migrations et les interventions urgentes. Et il apporte son soutien aux évêques américains.

Le pape François a résumé ainsi ses messages sur la dignité des réfugiés, le 21 juin 2018, en réponse à une question, en italien, de la journaliste espagnole Eva Fernández. Au lendemain de la Journée mondiale des réfugiés.

Dans l’avion, le pape a aussi parlé de ses « rencontres » à Genève, de l’inter-communion en Allemagne, et il a affirmé l’urgence de l’union des chrétiens pour la paix dans le monde et le refus du prosélytisme.

Voici la traduction de Zenit de la réponse faite par le pape François en italien :

« J’ai beaucoup parlé des réfugiés et les critères sont dans ce que j’ai dit : « accueillir, protéger, promouvoir, intégrer ». Ce sont des critères pour tous les réfugiés. Puis j’ai dit que chaque pays doit faire cela avec la vertu du gouvernement qui est la prudence, car un pays doit accueillir autant de réfugiés que possible et autant qu’il peut les intégrer : intégrer, c’est-à-dire éduquer, donner du travail … Voilà, disons, le plan tranquille, serein, des réfugiés.

Ici, nous vivons une vague de réfugiés fuyant les guerres et la faim. Guerre et faim dans de nombreux pays d’Afrique, guerres et persécutions au Moyen-Orient. L’Italie et la Grèce ont été très généreuses dans l’accueil. Pour le Moyen-Orient – en ce qui concerne la Syrie – la Turquie en a reçu tant ; Liban, tant : le Liban a autant de Syriens que de Libanais ; puis la Jordanie et d’autres pays. Même l’Espagne en avait accueillis.

Il y a le problème du trafic des migrants. Et il y a aussi le problème des cas où ils repartent, parce qu’ils doivent repartir : il y a ce cas … Je ne connais pas bien les termes de l’accord, mais si ils sont dans les eaux libyennes, il doivent repartir … Et j’ai vu les photos des prisons de trafiquants. Les trafiquants séparent immédiatement les femmes des hommes : les femmes et les enfants vont Dieu sait où … C’est ce que font les trafiquants. Il y a aussi un cas, je le sais, où les trafiquants se sont approchés d’un navire qui avait recueilli des réfugiés des bateaux et ils ont dit : « Donnez-nous les femmes et les enfants et emmenez les hommes ». Voilà ce que font les trafiquants.

Et les prisons des trafiquants, pour ceux qui sont retournés, sont terribles, elles sont terribles. Dans les camps de la Seconde Guerre mondiale on voyait cela. Même des mutilations, des tortures … Et puis ils les jettent dans les fosses communes, les hommes.

Voilà pourquoi les gouvernements se préoccupent de ne pas les faire repartir, pour qu’ils ne tombent pas entre les mains de ces gens-là. La préoccupation est mondiale. Je sais que les gouvernements en parlent et qu’ils veulent trouver un accord, même pour amender l’Accord de Dublin.

En Espagne, vous avez eu le cas de ce navire qui est arrivé à Valence. Mais tout ce phénomène est un désordre. Le problème des guerres est difficile à résoudre ; le problème de la persécution des chrétiens aussi, au Moyen-Orient et aussi au Nigeria.

Mais le problème de la faim peut être résolu. Et beaucoup de gouvernements européens pensent à un plan d’urgence pour investir dans ces pays, investir intelligemment, donner du travail et une éducation, ces deux choses. Dans les pays d’où viennent ces personnes. Parce que – sans offenser, mais c’est la vérité – dans l’inconscient collectif, il y a une horrible devise : « L’Afrique doit être exploitée » – Africa es para ser explotada. C’est dans l’inconscient : « Eh, ce sont des Africains ! … ». Terre d’esclaves. Et cela doit changer avec ce plan d’investissements, d’éducation, de développement, parce que le peuple africain a tant de richesses culturelles, tant ! Et ils ont une grande intelligence : les enfants sont très intelligents et ils peuvent, avec une bonne éducation, aller plus loin. Ce sera la route à moyen terme.

Mais sur le moment, les gouvernements doivent se mettre d’accord pour avancer avec cette urgence. Ceci, ici, en Europe.

Allons en Amérique. En Amérique, il y a un gros problème migratoire en Amérique latine, et il y a aussi le problème de la migration interne. Dans ma patrie, il y a un problème de migration du nord au sud ; les gens quittent la campagne parce qu’il n’y a pas de travail et ils vont dans les grandes villes, et il y a ces mégapoles, ces bidonvilles, et toutes ces choses … Mais il y a aussi une migration externe vers d’autres pays qui donnent du travail. Pour parler concrètement, vers les États-Unis. Je suis d’accord avec ce que disent les évêques de ce pays. Je les soutiens. Merci. »

Source : Zenit.org – Anita Bourdin

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Carêméditation #7 : Point trop de prudence, mais de l’élan !

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine. Aujourd’hui, c’est une citation du récit Cette nuit l’éternité, ouvrage racontant l’histoire tragique et émouvante d’un jeune père franciscain roumain de 26 ans, Valentin-Marie, qui trouve la mort le jour de sa première messe…

“c’est de l’élan qu’il faut à l’Eglise. A force de prudence où meurent audace et démesure, le Ciel risque d’interrompre l’avenir qui, comme on le sait, croît sur les terres rougies par le sang du moi mis à mort”

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Cette nuit, l’éternité (p.83)

 

Soyons donc audacieux en amour et en charité, en remettant tout au Christ et à sa Sainte Mère !

 

Doctrine / Formation #Morale #Philosophie

François-Xavier Bellamy explique la vertu de prudence

 

Nous parlons souvent de la prudence comme vertu que nous opposons parfois à enthousiasme, impuétuosité, témérité voire à la magnanimité dont nous donnons un aperçu par saint Thomas d’Aquin, ici.

François-Xavier Bellamy dans un entretien avec Jean Sévilla, revient avec la clarté qu’on lui connait sur cette vertu.

Comment définissez-vous la vertu de prudence ?

La prudence n’apparaît pas tout de suite comme une vertu. Dans la philosophie de Platon, elle n’existe pour ainsi dire pas du tout : seule compte la connaissance, et celui qui contemple la vérité agit toujours de façon droite. C’est pour cela qu’il faut que le plus savant, le philosophe, soit le chef de la cité : l’action politique sera ainsi bien inspirée, et donc bien conduite. Mais Aristote, disciple de Platon, contredit justement cela : car la réalité de l’expérience concrète est bien éloignée de la transparence des idées et des théories. Le monde dans lequel nous vivons est fait d’imperfection, d’aléas, d’incertitudes. Il ne correspond jamais totalement à nos belles déductions abstraites. Dès lors qu’il s’agit d’agir dans cet environnement chaotique, être savant ne garantit rien ; il faut encore être prudent. Cela peut paraître étonnant, mais nous en faisons tous l’expérience : il ne suffit pas de savoir ce qu’est le bien pour savoir comment le trouver. La prudence, appelée phronesis dans la langue d’Aristote, c’est la qualité de celui qui n’a pas seulement en tête l’idée du bien et du juste, mais qui sait aussi les discerner dans le clair-obscur du réel au milieu duquel il lui faut se frayer un chemin vers eux

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Mais la prudence suppose-t-elle toujours de chercher le bien ?

Il est vrai que la modernité a profondément transformé le sens du concept de prudence. Dès le XVIe siècle, sous l’effet de la révolution scientifique notamment, elle apporte une grande rupture : pour les modernes, il n’y a pas de bien en soi qu’il faudrait rechercher dans la nature. Par conséquent, l’action humaine doit trouver en elle-même sa propre fin : selon Machiavel, la prudence du Prince ne consiste pas à agir pour faire le bien, mais à agir pour garder et étendre par tous les moyens son propre pouvoir, son propre agir. La prudence n’est plus liée alors à la dimension du bien moral, qui semble ne plus habiter dans un monde désenchanté ; aujourd’hui, il nous arrive de parler de prudence à propos de toute action avisée, même la plus coupable. Mais, si la prudence est au service du mal, peut-on alors encore l’appeler vertu ? Peut-on dire d’un meurtrier qui a planifié méticuleusement son crime qu’il est un homme vertueux ? Pour Aristote, un tel criminel est peut-être habile, mais il ne possède en aucune manière la prudence, puisqu’il ne cherche pas le bien. Tout le monde peut être rusé ; il est bien plus exigeant de s’obliger à une éthique de la prudence.

Le concept de prudence tel que le voyait l’Antiquité a-t-il été infléchi par le christianisme ?

Le christianisme, en reprenant à l’Antiquité la liste des vertus cardinales, s’est longuement interrogé sur la place qu’il fallait donner à la prudence. Le mot latin prudens vient, selon Cicéron, de pro-videns : l’homme prudent, c’est l’homme « pré-voyant », celui qui se projette vers un avenir toujours incertain, qui se préoccupe des conséquences. La prudence aurait pu apparaître comme inutile, et même comme étrangère au vrai chrétien, s’il lui suffit de s’abandonner à la toute-puissance de Dieu sur le monde… Est-il encore besoin de prudence quand on croit à la Providence ? Comme l’écrivait Bernanos, « la suprême des imprudences est la prudence, quand elle nous prépare tout doucement à nous passer de Dieu. » Pourtant, la théologie chrétienne a fini par trancher en donnant une place insigne à la prudence, à l’exacte mesure de l’importance qu’elle a toujours donnée à la liberté humaine. Pour les chrétiens, la foi la plus assurée en la rédemption ne dispense pas d’agir pour permettre qu’elle s’accomplisse, en soi-même et dans le monde ; et cette action nécessaire doit se laisser façonner par la prudence, à laquelle le christianisme finira même par consacrer la première place parmi les vertus cardinales. Saint Thomas d’Aquin, qui lui consacre de longs développements dans la Somme théologique, indique que la prudence est « l’organisatrice de toutes les autres vertus », parce que c’est celle qui, en dirigeant notre action vers le bien, nous permet de devenir nous-mêmes meilleurs.

S’il fallait retenir un héros symbolisant la prudence, lequel choisiriez-vous ?

Le grand héros de l’Antiquité qui incarne la prudence, c’est sans doute Ulysse : Homère nous le décrit tout au long de l’Odyssée comme un être rusé, « homme aux mille tours », toujours habile pour se sortir du danger. Mais s’il est prudent, c’est parce qu’il est plus que tout cela : il sait mesurer ses forces, et se défier de sa faiblesse. La vertu de prudence est liée à l’avertissement delphique : « Connais-toi toi-même ! » Parce qu’il est lucide sur les limites qui marquent tout homme, Ulysse est du coup capable d’écouter, d’observer, d’apprendre, de recevoir des conseils. Tous ceux qui voudraient le perdre le flattent : c’est pour lui faire perdre sa vraie force, qui n’est pas tant dans sa vaillance que dans cette humilité qui fonde sa prudence. Nous connaissons tous cette scène magnifique de l’Odyssée : averti par Circé, Ulysse connaît le danger des Sirènes, ces êtres qui attirent en mer les navigateurs par la beauté de leurs chants jusqu’à ce que, incapables de s’en arracher, ils finissent par se laisser mourir plutôt que de repartir. Lorsque son navire s’approche du danger, il se sait vulnérable : il ordonne à ses compagnons de se boucher les oreilles avec de la cire, et il se fait solidement attacher par eux au mât de son propre bateau. Quand, séduit fatalement par le chant surnaturel, il criera à ses amis de le délivrer, ceux-ci ne pourront même pas l’entendre… Toute la prudence d’Ulysse est là, dans cette prévoyance qui s’interdit la démesure orgueilleuse qui nous piège si souvent. Il est si facile de penser qu’on sera plus fort que les autres, plus intelligent, ou plus courageux… C’est ainsi qu’une personne, ou une société tout entière, peuvent devenir imprudents et tomber dans les pires pièges. La prudence est une belle vertu en ce sens qu’elle n’est pas réservée aux héros – ou plutôt, elle nous aide à reconnaître que le véritable héroïsme est au cœur de nos limites, lorsque nous savons nous réconcilier avec elles pour agir sans nous détruire. Si Ulysse est le plus fort, c’est simplement parce qu’il se sait fragile.

Et un personnage historique symbolisant la prudence ?

Winston Churchill. Même si cela ne saute pas aux yeux, l’immense qualité politique de Churchill est incontestablement la prudence : au moment où le nazisme prend le pouvoir en Allemagne, toute l’Angleterre, et la France avec elle, sont trop sûres de leur force et plongées dans l’ivresse d’un pacifisme étourdi. Pendant six ans, Hitler multiplie les transgressions et devient de plus en plus menaçant ; mais, à mesure qu’il augmente sa puissance, les politiques presque unanimes, à Paris et à Londres, multiplient les tentatives d’accommodement, jusqu’au désastre des accords de Munich. Avec le recul, naturellement, cette envie de tranquillité paraît d’une imprudence folle. Ces renoncements n’étaient pourtant pas une fatalité : presque seul, Churchill avait su voir dès avant 1933 la nécessité d’agir vite pour empêcher Hitler de nuire. Une politique vraiment prudente aurait reconnu le danger, et obéi à cette nécessité. De cette lucidité hélas bien rare, Churchill donnera un autre exemple juste après la guerre : dès 1946, alors que l’ivresse de la victoire endort de nouveau les consciences, plutôt que de goûter lui aussi un triomphe qu’il avait tant espéré, il lance à la surprise générale un cri d’alerte sur les dangers du communisme et dénonce le « rideau de fer ». Quelle constance dans cette vigilance prudente… Le grand mérite de ce caractère magnifique est de montrer que, pour être une exigence de la mesure et donc de la modestie, la prudence n’est pas pour autant une vertu molle, tiède, incolore, silencieuse. La prudence ne consiste pas seulement à retenir ses mots ou ses choix : parfois elle nous impose d’avancer, de décider, et d’agir avec force si les circonstances l’exigent.
Entre Homère et Churchill, on retrouve encore l’intuition d’Aristote : la prudence est par excellence une vertu du juste milieu, qui consiste à allier le courage à l’humilité, pour ne tomber ni dans l’activisme téméraire et présomptueux ni dans l’inaction déprimée ou paresseuse.

La prudence est-elle une vertu politique ?

C’est même la vertu politique par excellence : le citoyen, le gouvernant, doivent assumer l’irréductible contingence, qui rend nécessaire nos choix. C’est aussi le cas d’ailleurs en matière de droit : le juge porte à sa manière la charge de la décision, dans l’incertitude essentielle du monde des hommes. Cette adaptation progressive à la contingence, qu’on appelle précisément la jurisprudence, participe de ce type de raisonnement qui tente de discerner au milieu de la complexité. La prudence n’est pas nécessaire dans une déduction de mathématiques, puisque tout s’y enchaîne de façon purement logique et nécessaire. A l’inverse, la réflexion politique doit mettre en balance des réalités contingentes, et d’ailleurs fragiles. Cette contingence impose de faire des choix, et du même coup cette fragilité impose d’être prudents. La plus petite vérité mathématique est intouchable, mais la plus grande nation est mortelle, et la plus terrible injustice est toujours possible – même en partant des meilleures intentions… Seul l’idéologue pense pouvoir réduire l’essentielle complexité du monde à la simplicité d’une théorie. Pierre Aubenque écrivait que la prudence est nécessaire parce que le monde est définitivement tragique, puisqu’il est traversé par une histoire ouverte à la promesse et au danger que constitue toujours la liberté des hommes.

Dans quels domaines estimez-vous que notre société manque à la prudence ?

La prudence concerne d’abord l’action, et cependant il me semble que nous devrions aujourd’hui apprendre à en faire usage aussi dans notre rapport au savoir. La révolution scientifique a libéré la connaissance, et à sa suite la philosophie des Lumières s’est enthousiasmée pour le progrès des savoirs. Kant donnait pour devise aux Lumières cette maxime empruntée à Horace : « Sapere aude », « Ose savoir ! » Mais, dans le feu de cette audace, nous avons sans aucun doute manqué de prudence car notre savoir produit aussi un immense pouvoir – et, comme nous l’avons vu, il faut apprendre à nous défier de notre propre pouvoir. Avec l’apparition de la technologie, savoir et action technique sont immédiatement liés, et nous sommes arrivés à un tel niveau de savoir que notre action a changé de nature. Le philosophe Hans Jonas a écrit un appel inédit à la prudence, avec un livre décisif intitulé Le Principe responsabilité (1979), qui a largement inspiré la formulation du « principe de précaution » : il met en garde contre le danger que représente une trop grande confiance dans le savoir. Bien sûr, il est bon de poursuivre les progrès de la science pour permettre une vie moins souffrante, plus heureuse ; mais cela ne doit s’accomplir ni au détriment de l’humanité future, des générations qui viennent, ni surtout en menaçant l’humanité en nous-mêmes. Les manipulations génétiques déjà possibles, comme les promesses plus lointaines du transhumanisme, devraient susciter une prudence infiniment plus grande ! A cela, un principe de précaution formaliste et tatillon ne peut suffire : il faut répondre à l’augmentation des technologies par un accroissement moral, par un appel à plus de prudence, au sens le plus fort de la vertu qu’elle représente, comme une exigence renouvelée pour chacune de nos consciences.

La prudence est-elle innée ou s’acquiert-elle ? Quelle voie conseillez-vous pour apprendre la prudence ?

Comme toute vertu, la prudence s’acquiert, ou plutôt, elle se conquiert, par un long effort sur soi-même. On l’aura compris, cela suppose d’apprendre le sens de la lucidité pour ne pas se laisser endormir par la facilité ni séduire par la démesure. Au Sapere aude de Kant, la prudence répond en ajoutant cette mystérieuse devise de Spinoza : « Caute », « Méfie-toi ! » Non pas d’abord des autres, du monde, de l’avenir – non, défie-toi de toi-même, de ton orgueil, de ta paresse. Cet effort pour acquérir la prudence, aucune philosophie ne l’aura pratiquée avec autant de rigueur que le stoïcisme, qui voulait précisément nous apprendre à discerner toujours le bon et le juste. Si nous peinons à agir de façon juste, et à trouver dans ce monde notre bien et celui des autres, il ne faut pas en faire le reproche aux autres, ni au monde : à la fin, c’est toujours notre propre aveuglement, et lui seul, qui peut nous perdre. Celui qui veut être heureux, écrit Epictète dans le Manuel, il lui faut être prudent, c’est-à-dire apprendre à rester « en garde contre lui-même comme contre son plus dangereux ennemi. » Alors le monde devient le lieu pour faire le bien, et le goûter, en étant fort de toutes les faiblesses que l’on aura su se connaître.

Le Figaro Magazine, 8 juillet 2016

Source ICHTUS

NLQ #Rome

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – Les 4 solutions du pape contre la crise migratoire

Sans surprise, le pape poursuit sa campagne en faveur des migrants qu’il invite à regarder comme des personnes humaines et non comme des dangers potentiels.

Nouveau thème dans ses discours depuis quelque temps, la peur du populisme qu’il dénonce de plus en plus. Un mot à la mode aux contours pourtant mal définis mais qui sert de repoussoir médiatique. Le Saint-Père en donne sa définition en en faisant un synonyme de peur et d’enfermement.

D’où pour lui la solution en 4 mots : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer.

Des solutions qu’il faut entendre à la lumière de la prudence à laquelle il appelait lui-même dans un accueil qui demande responsabilité et discernement de la part des autorités.

Vous pouvez trouver ici le discours du pape devant les participants à la 6e édition du Forum international « Migrations et paix », qu’il a reçus le 21 février 2017 au Vatican

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Le pape invite à la prudence dans l’accueil des réfugiés

Pour la première fois depuis qu’il s’est lui-même engagé dans la question des réfugiés, le Saint-Père se penche sur l’autre aspect de la question : la capacité d’accueil des pays.

On sait l’engagement du pape François, engagement personnel, pour l’accueil des réfugiés. Il n’a cessé de répéter qu’on ne pouvait fermer la porte à une personne humaine dans la détresse. Et il l’a redit dans l’avion qui le ramenait à Rome après son séjour suédois.

Mais tout en maintenant cet aspect essentiel de la foi et de la charité, il vient d’y ajouter un autre élément de vérité, la capacité d’accueil des pays.

Il faut « la prudence des gouvernants » : « ils doivent être très ouverts pour recevoir [les réfugiés] mais aussi réfléchir à la façon de les installer, car le réfugié ne doit pas être seulement accueilli, mais aussi intégré. Si un pays a une capacité (…) d’intégration, qu’il fasse ce qu’il peut. Si un autre en a plus, qu’il fasse plus ».

 

Un rééquilibrage du discours pontifical qui devrait apaiser les crispations nombreuses de chrétiens sur cette sensible question qui, si elle concernent des êtres humains en détresse, engage également une civilisation elle-même malmenée.

Pour aller plus loin, c’était la conclusion du Pr Bichot à l’occasion de la journée d’étude de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Toulon : en accueillir moins, pour les accueillir mieux.