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Chine : les autorités ordonnent le recensement des catholiques du Henan

Les autorités chinoises resserrent toujours plus leur emprise sur les religions dans la province centrale du Henan, avec cinq nouvelles règles, imposant notamment aux religions de la province de tenir des statistiques sur les fidèles. C’est ce qu’affirme un prêtre du diocèse de Zhengzhou, au Henan, qui a reçu l’ordre d’enregistrer et déclarer le nombre et la situation des fidèles. Un ordre qu’il dénonce comme une manœuvre destinée à priver les familles catholiques démunies de l’accès aux subventions publiques. Près de 10 % des catholiques chinois sont concentrés dans la seule province du Henan.
Un prêtre de la province chinoise du Henan affirme avoir reçu un ordre des autorités municipales demandant aux églises de la province de collecter des statistiques sur la composition de leurs communautés, en particulier concernant les familles pauvres. Mais il refuse de coopérer, de peur que des personnes mentionnées dans le registre ne soient empêchées de recevoir les aides publiques en guise de « correction » à cause de la pratique de leur foi. « C’est totalement irresponsable. Par cette manœuvre, je suspecte un objectif inavoué d’interdire l’accès des subventions publiques aux personnes aux bas revenus », dénonce le prêtre, qui souhaite rester anonyme de peur de représailles des autorités. Ces dernières années, bien que le pays communiste soit officiellement athée, une trêve fragile s’est installée entre la Chine et le Vatican. Les chiffres du Pew Institute indiquent qu’aujourd’hui, la Chine compte dix millions de catholiques, dont 10 % sont concentrés dans la seule province du Henan, considérée comme le berceau de la civilisation chinoise.
« Maintenant, nous n’avons plus qu’à attendre l’équipe d’inspection. Nous verrons ce qu’ils diront avant de décider de la suite », ajoute ce prêtre du diocèse de Luoyang, qui officie à Sanmenxia. Ce dernier s’inquiète de ce que le gouvernement prévoit de faire avec les données récoltées, qui font partie d’un nouveau « projet spécial » tout juste lancé. Alors que le gouvernement affirme que l’ordre est destiné à améliorer la façon dont les églises et autres sites sont gérés, le prêtre estime qu’il s’agit plutôt d’un prétexte pour limiter et réprimer l’activité religieuse dans la province. Il confie que des autorités ont visité son église le 1er juillet et lui ont donné une circulaire intitulée « Special office emergency notice » (« Avis spécial d’urgence »), donnant l’ordre au prêtre de suivre les consignes indiquées. L’avis contenait cinq points, demandant notamment d’enregistrer et de déclarer, pour le 4 juillet à 18 heures, le nombre et la situation des fidèles de toutes les religions. Les responsables religieux se sont également vus demander de signaler aux autorités locales tout mineur entrant dans les édifices religieux, ainsi que toute installation de néons ou d’enceintes dans des lieux de culte.
Le deuxième point précise que la liste des membres du clergé doit également être affichée dans les paroisses pour que les autorités puissent confirmer qu’ils ont les permis nécessaires pour prêcher. Un troisième point ajoute que le drapeau chinois doit être affiché en permanence dans tous les lieux de culte, et que l’hymne national doit être chanté lors de chaque célébration, affirme le prêtre. Les deux derniers points concernent de nouvelles révisions des règles relatives aux affaires religieuses, ainsi que des statistiques destinées à améliorer les archives municipales, selon le prêtre. Les membres du bureau du « projet spécial » doivent faire des visites à l’improviste aux églises de la province, quand et comme elles l’estiment nécessaires, afin de s’assurer du respect des nouvelles règles, avertit l’avis d’urgence, qui indique également que des enquêtes seront menées afin de vérifier que tous les districts coopèrent.

Les religions sous étroite surveillance

Le prêtre explique que les sites religieux sont étroitement surveillés, et que ceux qui n’ont pas de permis sont fermés. Même les lieux de cultes déclarés ont reçu des avertissements à propos de l’admission de mineurs ou de membres du Parti communiste. Un autre prêtre du diocèse de Anyang, au Henan, confie avoir reçu le même ordre. Cette année, les efforts pour réprimer la religion dans la province se sont intensifiés. Dès le nouvel an chinois, à la mi-février, des informations ont ainsi signalé l’interdiction pour les catholiques d’afficher des distiques à leurs portes (ces couplets, formés de caractères noirs et or sur papier rouge, affichés verticalement aux portes des maisons lors du nouvel an), ainsi que la fermeture d’églises et d’écoles maternelles catholiques. Le 24 avril, les autorités de la ville de Diandian, dans le comté de Shangcai, ont envoyé deux agents afin de sceller l’entrée de l’église catholique de Gadazhang, dans le diocèse de Zhumadian. Une source avait alors indiqué qu’un des agents avait déclaré que la fermeture faisait partie d’une nouvelle mesure du Parti communiste. Le prêtre en charge de la paroisse était enregistré, mais pas l’église.
La source avait assuré que le gouvernement ne permettrait pas à l’église de s’enregistrer ou de rouvrir, et que les autorités ne saisiraient probablement pas l’église, mais que le clergé ne pourrait pas y retourner avant longtemps. La source avait également condamné une telle brutalité, et déclaré que les autorités locales avaient ouvertement piétiné la politique religieuse de l’État. Après le vote de la nouvelle réglementation sur les affaires religieuses, le 1er février, les mineurs se sont vus interdire l’accès aux lieux de culte. Depuis, chaque dimanche, des voitures de police ont été placées devant les églises. Dans le diocèse de Anyang, des avis ont été affichés et des agents postés à l’extérieur des églises afin d’empêcher les mineurs d’accéder aux églises le dimanche.
Le 8 avril, l’Association patriotique des catholiques chinois du Henan et la Commission administrative catholique du Henan ont publié un communiqué interdisant l’organisation de sessions de formation et indiquant que les enfants ne doivent pas être amenés à l’église par leurs parents. « Avant, il ne s’agissait que de propagande, mais maintenant, il y a une limite à ne pas dépasser, prenez-le au sérieux », ajoutait le communiqué. Les autorités du Henan ont également chassé des prêtres de leurs diocèses et détruit la pierre tombale de Mgr Li Hongye, qui avait été nommé par le Vatican mais n’avait pas été reconnu le gouvernement.

Source : Eglises d’Asie

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De l’importance du recensement dans le récit de la nativité

De l’importance du recensement

 

« En ces jours-là parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de toute la terre. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser chacun dans sa ville » (Lc 2, 1-3).  Chromace, évêque d’Aquilée depuis 388, commence par cette citation son sermon Sur la naissance du Seigneur (Sermon 32). Se fondant sur les évangiles (Matthieu et Luc), les historiens s’accordent pour dater la naissance de Jésus sous le règne d’Hérode le Grand vers 6 avant notre ère. Qu’en est-il de ce recensement sous le règne d’Auguste ?

« Si nous considérons tout cela au sens spirituel, nous y découvrons d’importants mystères » énonce Chromace. Déjà Origène, dans une homélie prononcée à Césarée de Palestine en 233-234 (connue par la seule traduction latine de Jérôme), à la question : « On dira peut-être à l’évangéliste : mais à quoi sert ce récit ? » répond : « Pour qui y regarde de plus près, ces événements sont le signe d’un mystère » (Hom. XI, 6). Quel est leur sens ?

La naissance de Jésus au temps d’Auguste

Chromace explique : « Il ne convenait pas qu’il (le recensement)) eût lieu sous un autre empereur que celui qui prit le premier le nom d’Auguste parce que le véritable et éternel Auguste était celui qui naquit d’une vierge ». Le nom d’Auguste (dérivé d’augus : le plein de force sacrée) était devenu le titre impérial doté d’une dimension d’universalité. Mais Chromace poursuit : « Ce César Auguste n’était qu’un homme, alors que l’autre est Dieu : l’un était l’empereur de la terre, l’autre l’empereur du ciel : l’un le roi des hommes, l’autre le roi des anges ». Ce parallélisme se trouve déjà dans le commentaire d’Ambroise sur l’évangile de Luc (In Luc. II, 37).

L’un et l’autre parlent vers la fin du IVe siècle ; or depuis la conversion de Constantin (313), la réflexion sur la place de l’Empire romain dans l’économie du salut fondait une véritable théologie de l’histoire. Eusèbe de Césarée expliquait que l’unité de l’Empire et la paix établies par Auguste étaient providentielles : « Lorsque la connaissance d’un seul Dieu fut transmise à tous les peuples par l’enseignement de notre Rédempteur, il exista également un seul roi sur toute l’étendue de l’Empire des Romains. Une paix profonde embrassa la monarchie. Dès lors l’Empire romain et l’Église furent deux fleurs du bien, écloses comme sur un signe de Dieu » (Théophanie III, 1). L’Empire est considéré comme la terre entière à évangéliser, la population de l’Empire comme la totalité du genre humain. Aussi Chromace explique-t-il que le recensement devait se faire « à la naissance de Celui par lequel devait être recensé le genre humain en vue du salut ».

Ambroise montre que cela il était nécessaire. Vu le double sens du verbe profiteri  : se déclarer au recensement (census) et professer sa foi, et, y voyant « un mystère divin », il explique : « Sous cette déclaration temporelle, c’est une spirituelle qui s’accomplit et qui se doit faire au roi non de la terre, mais du ciel : c’est la profession de la foi (professio), le cens (census) des âmes » (In Luc.II, 36). La déclaration à l’empereur vaut déclaration à Dieu : « Par une figure spirituelle le peuple s’enrôlait déjà pour le Christ ».

Et Jean Chrysostome, dans l’Homélie sur la fête de la Nativité, à Antioche le 25 décembre 386, déclare : « Auguste a publié son édit parce que Dieu lui en a inspiré le projet […] car Dieu se sert également des fidèles et des infidèles pour l’exécution de ses desseins ». Le recensement était inscrit dans le plan divin.

 

Inscription du Christ dans le recensement : garantie de son humanité et économie du salut

Déjà Origène avait expliqué : « Il a fallu que le Christ aussi fut recensé dans le dénombrement de l’univers, parce qu’il voulait être inscrit avec tous pour sanctifier tous les hommes […] Il voulait … recenser tous les hommes avec lui sur le “livre des vivants” (Apoc.20, 15) et tous ceux qui auront cru en lui les “inscrire dans les cieux” (Lc 10, 20) ». Que Jésus ait été recensé avec tous les hommes manifeste son humanité ; en lui, s’opère l’unité du genre humain par ce recensement universel dont il est partie prenante. Son sens allégorique relève de la théologie de l’Incarnation en vue de la Rédemption universelle.

A Marcion qui contestait l’humanité du Christ, doutant qu’il fut réellement né, Tertullien (vers 200) opposait « le recensement d’Auguste, ce témoin le plus authentique de la naissance du Seigneur, conservé dans les archives romaines […] C’est un fait établi qu’alors en Judée, sous Auguste, un recensement a été conduit par Sentius Saturninus » (Contre Marcion, IV, 7,7). Tertullien est le seul à mentionner ce personnage qui après a été consul, puis proconsul en Afrique, et légat en Syrie de 9 à 6 avant notre ère, alors que Luc (Lc 2, 1), suivi par tous les commentateurs, fait état d’un recensement sous Quirinius, gouverneur de Syrie bien plus tard ; il procéda à un recensement local, mais en 6 de notre ère.

Or le nom du gouverneur constitue un repère car : « Il est bien qu’on ait ajouté le nom du gouverneur pour marquer la suite des temps » dit Ambroise ; de fait ce nom permet d’inscrire la naissance du Christ dans le temps de l’histoire des hommes. 

Mais saint Léon (pape de 440 à 445) l’inscrit aussi dans le temps de Dieu avec son peuple, dans le temps du salut : « La naissance inouïe du Fils de Dieu selon la chair a eu lieu lorsque fut accomplie la plénitude des temps fixés par les décrets impénétrables de la Sagesse divine » (Sermon 1). « Au temps prévu pour la rédemption des hommes, Jésus-Christ Fils de Dieu prend contact avec la bassesse de ce monde ; il descend du ciel sans quitter la gloire de son Père […] par une naissance inouïe » (Sermon 2). Le Verbe coéternel à son Père « a daigné […], Dieu né de Dieu, se faire aussi homme né d’un être humain […], égal en tout à son Père, coéternel avec lui et par lui dans une seule essence, il s’est uni à une nature humaine […] il a daigné être l’un des mortels » (Sermon 4). L’Incarnation, source de la Rédemption, a eu lieu en un jour du temps « jour choisi entre tous les jours qui s’écoulèrent à jamais » (ibid.).

Théophanie, Nativité, Incarnation en vue de la Rédemption : « En peu de mots saint Luc a exposé comment et en quel temps et en quel lieu le Christ est né selon la chair. Mais si vous vous enquérez de sa génération céleste, lisez l’Évangile de saint Jean » conseille Ambroise (In Luc.II, 40). Ce que la liturgie de Noël permet de faire de la messe de la Nuit à la messe du Jour.

Françoise Thelamon, professeur d’histoire de l’antiquité, spécialiste du christianisme antique

 

 

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Recensement au Pakistan : “vital pour faire valoir nos droits dans notre pays”

Mercredi 15 mars, les opérations de recensement de la population pakistanaise ont débuté. Elles devraient durer un peu plus de deux mois et permettre de mieux connaître les habitants de ce pays dont le nombre est estimé à près de 200 millions. Pour les minorités religieuses, l’enjeu est important : de leur correcte énumération dépend leur juste représentation dans les instances politiques et administratives du Pakistan.

Les Eglises chrétiennes sont mobilisées depuis de nombreux mois afin de sensibiliser leurs membres à l’importance de ce recensement. Le 13 février dernier, Mgr Joseph Coutts, archevêque catholique de Karachi, et Mgr Sadiq Daniel, évêque de l’Eglise (anglicane) du Pakistan, étaient côte à côte à Karachi pour une conférence de presse commune. « Franchissons un pas en avant pour unir la totalité de la communauté chrétienne pakistanaise, sans distinction de confessions ! Faisons en sorte que chaque agent pastoral, y compris les évêques, les prêtres, les pasteurs, les catéchistes et les laïcs, s’implique afin que les chiffres réels soient connus », a déclaré Mgr Coutts. Pour Mgr Daniel, le recensement et le dénombrement le plus précis possible de la communauté chrétienne « ne sont pas seulement vitaux pour notre développement mais aussi pour faire prévaloir nos droits dans notre pays ».

« Une importance capitale pour l’avancement des non-musulmans »

Cecil Shane Chaudhry est directeur de la Commission ‘Justice et Paix’ de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. Il explique que « des chiffres crédibles et une véritable classification des religions sont d’une importance capitale pour l’avancement des Pakistanais non musulmans ». La législation prévoit en effet que 5 % des emplois dans les administrations fédérales, les institutions éducatives et les programmes gouvernementaux soient réservés aux minorités non musulmanes. De plus, l’Assemblée nationale et les assemblées législatives des différentes provinces du pays comptent un certain nombre de députés qui sont élus selon un système d’« électorats séparés », chacune des trois communautés chrétienne, hindoue et sikhe désignant ainsi ses représentants. A l’Assemblée nationale, le nombre de ces députés est de dix et les responsables des religions minoritaires dénoncent le fait que ce nombre n’a pas changé lorsqu’en 2008, le nombre des députés est passé de 210 à 342.

Le dénombrement des minorités religieuses permettra également de voir si la tendance, visible au fil de ces dernières décennies, à l’érosion de la part non musulmane de la population pakistanaise se poursuit. Avant l’indépendance du Pakistan oriental (le Bangladesh) en 1971, le Pakistan comptait 77 % de musulmans et 23 % de minorités religieuses. Selon le dernier recensement en date, celui de 1998, le Pakistan comptait 97 % de musulmans (dont 11 à 12 % de chiites). Les chiffres de ce recensement 2017 diront quelle est la part exacte des minorités chiite, chrétienne (aujourd’hui estimée à 2,1 %), hindoue (1,3 %) et autres (0,3 %). Ils diront aussi le poids des différentes provinces, avec un Pendjab qui réunit une grosse moitié de la population et le Sind qui en rassemble le quart.

180, 190 ou 200 millions d’habitants ?

Le défi logistique et sécuritaire est considérable. Selon les préconisations de l’ONU et les dispositions inscrites dans la Constitution, le Pakistan a recensé sa population tous les dix ans. Cela a été le cas en 1951, quatre après l’indépendance, en 1961, en 1972 et en 1981. Ensuite, il a fallu attendre 1998 et près de vingt ans encore avant le présent recensement. Ces recensements de plus en plus éloignés dans le temps s’expliquent par l’instabilité politique et sécuritaire que connaît le pays. Cette fois-ci, pour accompagner les 113 000 agents recenseurs qui vont parcourir les rues et les routes du pays, les forces de sécurité (police et armée) déploient 200 000 de leurs hommes. Des questions se posent néanmoins sur l’accessibilité de certaines régions et zones : comment pourront travailler les agents recenseurs dans les zones tribales, à la frontière de l’Afghanistan, rétives à toute intrusion de l’Etat dans leurs affaires et où l’armée mène des opérations contre les talibans ? Les agents recenseurs pourront-ils pénétrer dans les « No-Go Areas » de Karachi, ces zones parfaitement connues et délimitées où l’administration et les forces de l’ordre ne pénètrent pas (au point que les démographes ne savent pas si cette grande métropole portuaire compte 20 ou 30 millions d’habitants) ? Comment les réfugiés afghans qui ont fui la guerre chez eux et qui se compteraient par millions au Pakistan seront-ils pris en compte ? Comment seront prises en compte les minorités issues de l’islam mais non reconnues comme musulmanes par l’islam en place (c’est le cas des Ahmadis) ?

Couvrant un territoire de 770 000 km² (une fois et demie la France), le Pakistan comptait en 1998 134,7 millions d’habitants. Le recensement 2017 donnera un nouveau chiffre, qui placera le pays au cinquième ou au sixième rang des nations les plus peuplées de la planète. En 1998, les chrétiens avaient été comptés comme étant 2,6 millions. A l’époque, les responsables de leur communauté avaient estimé que ce chiffre était sous-estimé : beaucoup de chrétiens portent des noms à consonance étrangère, difficiles à comprendre pour les équipes du recensement, et celles-ci les islamisaient en les transcrivant ; leurs noms se retrouvaient alors classés avec ceux des musulmans.

Source : Eglises d’Asie

Brèves

Les religions bientôt recensées en Egypte

Pour la première fois en trente ans, le prochain recensement de la population égyptienne, qui sera conduit par l’Agence centrale de la statistique et de la mobilité sociale, comprendra dans ses formulaires de collecte des données un espace où pourra être signalée la confession religieuse. Abu Bakr Gendy, responsable de l’Agence précitée, a indiqué que l’indication de la foi religieuse sur les formulaires utilisés pour le recensement sera facultative, conformément aux standards internationaux en vigueur pour ce type de collecte de données. Le recensement offrira dans tous les cas des éléments utiles pour vérifier l’importance numérique réelle des différentes communautés religieuses. Dans certaines zones d’Egypte, l’augmentation numérique importante des communautés chrétiennes n’a été enregistrée en aucune manière par les autorités locales. Depuis les années 1990. les bureaux chargés du recensement et des statistiques démographiques ne mettent pas à jour les données sur l’importance des communautés chrétiennes égyptienne, sauf en ce qui concerne la communauté copte qui, selon certains analystes, aurait, au cours des dernières décennies, amplement dépassé le seuil des dix millions de personnes.

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Asie

Pakistan – Recensement en 2017, une opportunité importante pour les chrétiens

Les fidèles chrétiens au Pakistan ont accueilli favorablement la décision prise par le Conseil d’intérêt commun (ICC) de fixer le nouveau recensement de la population, offrant leur collaboration pleine et entière. L’organisme gouvernemental a en effet décidé officiellement que le recensement se tiendra au Pakistan le 15 mars 2017, après qu’une ordonnance de la Cour Suprême ait intimé au gouvernement d’y procéder. L’ensemble des quatre provinces du pays collaboreront à la réalisation du recensement et une commission ad hoc sera formée pour en contrôler le déroulement.
Le dernier recensement en date au Pakistan remonte à 1998, lorsque le pays comptait 132 millions d’habitants, sachant que l’opération devrait se tenir tous les dix ans. On estime actuellement que la population pourrait avoir dépassé le seuil des 200 millions de personnes, ce qui ferait du Pakistan le 6ème pays le plus peuplé du monde.
Nasir Saeed, chrétien et Directeur de l’ONG Centre for Legal Aid, Assistance and Settlement (CLAAS), remarque que « le recensement constitue une opportunité importante pour les minorités religieuses, en particulier pour les chrétiens, qui souhaitaient depuis longtemps un nouveau dénombrement officiel de la population. Maintenant, les chrétiens devront s’assurer que leurs données, en particulier celles relatives à la religion professée, soient correctes ».
Les évêques catholiques, lors de leur récente Assemblée, avaient évoqué le thème du recensement, demandant au gouvernement qu’il soit organisé au plus tôt pour mettre également à jour les données relatives aux minorités religieuses. « Le recensement est important en vue d’une bonne administration de l’Etat et pour une meilleure gestion des services sociaux ainsi que pour une distribution équitable des ressources » ont écrit les évêques. Les communautés religieuses désirent connaître avec davantage de précision l’importance de la population et le nombre de leurs fidèles afin de pouvoir fournir un service adéquat au niveau du culte mais aussi des œuvres caritatives.

Source : Agence Fides

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Syrie, recensement manipulé, plainte des chrétiens

Les organes et les permanents du Parti kurde de l’Union démocratique (PYD) ainsi que son aile militaire, l’YPG (Unité de protection populaire), enracinés dans le nord-est de la Syrie, à majorité kurde, réalisent actuellement un recensement de la population de la zone de la province syrienne d’Hassaké, dans le but d’utiliser cette collecte de données dans leur stratégie visant à modifier à leur profit les équilibres démographiques entre les différentes composantes ethniques et religieuses de la région.

 


La plainte arrive d’organisations de défense des droits des minorités locales, à commencer par le Assyrian Monitor for Human Rights. Les comptes-rendus font état du fait que le recensement, qui a débuté la semaine dernière, a provoqué des réactions de protestation de la part de la population locale et que, dans certains cas, comme à Qamishli, l’administration locale, conduite par des kurdes, a même imposé un couvre-feu de quelques heures pendant la journée afin de procéder à la collecte des données démographiques porte à porte.


Les préoccupations concernant le choix de réaliser un recensement, qui parait privé de toute légitimité et réalisé en dehors des standards internationaux relatifs à ce type de pratique administrative, sont exprimées surtout par des représentants des communautés chrétiennes – en particulier syriaque, assyrienne et chaldéenne – et musulmanes, qui soulignent entre autre combien les équilibres démographiques de la région ont déjà été radicalement altérés par les évacuations massives et les déplacements des évacués provoqués par cinq années de conflit.

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Birmanie – Une minorité chrétienne de plus en plus nombreuse

En juillet dernier, le gouvernement a publié les résultats du recensement effectué en 2014, avec l’appui technique et financier des Nations-Unies, révélant plusieurs surprises. Les minorités catholique et protestantes forment 6,2 % de la population de Birmanie. Auparavant, en l’absence de statistiques récentes, les extrémistes bouddhistes divulguaient des rumeurs sur un prétendu boom démographique musulman. Les chiffres officiels ne corroborent pas cette hypothèse.

Les chrétiens forment le seul groupe religieux dont la population a nettement augmenté en Birmanie ces dernières décennies. Tel est le principal enseignement des résultats du recensement de 2014. Les catholiques et les protestants forment 6,2 % de la population birmane quand ils n’en représentaient que 4,9 % en 1983 et 4,6 % en 1973. L’Etat chin, situé à l’ouest du pays, le long de la frontière indienne, est le plus chrétien de tous (85,4 %). À l’échelle nationale, la proportion des autres groupes religieux (bouddhiste, musulman, hindou) est demeurée à peu près stable. Sans surprise, la Birmanie est bouddhiste à 87,9 %.

« L’augmentation de la population catholique concerne surtout les régions ethniques comme les Etats chin et kachin, explique le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoon. En Birmanie, les bouddhistes se tournent rarement vers une autre religion. Il y a quelques exceptions, notamment lorsqu’il y a des mariages. Cette hausse s’explique surtout par les populations animistes qui ont rejoint la religion chrétienne. » De fait, les animistes représentaient 2,2 % de la population birmane il y a quarante ans, contre 0,8 % seulement aujourd’hui. D’après le cardinal Charles Bo, la Birmanie compte environ 800 000 catholiques répartis en seize diocèses, ainsi que 800 prêtres, et environ 2 000 frères et sœurs.

La surprise vient surtout de l’Etat kachin. Cette région la plus septentrionale de Birmanie est souvent présentée comme majoritairement chrétienne. Mais d’après le recensement de 2014, les chrétiens représentent 33,8 % de la population de l’Etat. Les bouddhistes les devancent largement puisqu’ils sont presque deux fois plus nombreux (64 %).

« Je pense que le nombre de bouddhistes [dénombrés par le recensement] est trop important [pour être vrai]  », réagit Mgr Francis Daw Tang, l’évêque de Myitkyina, le chef-lieu de l’Etat kachin. « La proportion de bouddhistes dans l’Etat kachin, c’est zéro virgule quelque chose, corrige Dr Tu Ja, le dirigeant du Parti pour la démocratie dans l’Etat kachin (KSDP). Les autorités annoncent leur chiffre car elles veulent nous dominer sur les plans religieux et ethnique. » Également interrogé par Eglises d’Asie, le Rév Hkalam Samson, secrétaire général de l’Eglise baptiste kachin, estime, quant à lui, que les migrations internes pourraient expliquer pourquoi les chrétiens sont moins nombreux qu’attendu. « Les autorités ont fait venir de nombreuses personnes qui ne sont pas kachins dans l’Etat kachin et elles leur ont donné des cartes d’identité. Ces gens viennent de la Basse-Birmanie, ils sont Bamars, Chinois, Shans… etc. C’est une stratégie pour occuper notre Etat ethnique », regrette-t-il. De fait, les résultats du recensement indiquent que plus de 200 000 personnes qui ne sont pas originaires de l’Etat kachin y vivent, soit 17 % de la population de l’Etat. La plupart de ces migrants viennent des régions de Sagaing et de Mandalay, majoritairement bouddhistes.

Sous le précédent gouvernement, les extrémistes bouddhistes invoquaient régulièrement un prétendu boom démographique musulman qui risquait de diluer la culture et les traditions bouddhistes. Ils estimaient que la porosité de la frontière avec le Bangladesh permettait à de nombreux immigrés musulmans de s’infiltrer. Ils expliquaient que la polygamie pratiquée par certains hommes, faisait galoper la natalité dans les régions proches du Bangladesh. Ces présomptions avaient servi de prétexte à la rédaction de quatre lois sur la « protection de la race [birmane] et de la religion [bouddhiste]  » qui ont, par exemple, restreint les conversions religieuses.

Le recensement est venu contredire la rhétorique des extrémistes bouddhistes. « Il est temps de remplacer les spéculations par des faits », s’était d’ailleurs écriée en juillet dernier Janet Jackson, la représentante du fonds des Nations-Unies pour la population en Birmanie. Les musulmans représentent 4,3 % des 51 millions de Birmans. Leur proportion a à peine augmenté ces dernières décennies puisqu’ils formaient 3,9 % de la population en 1973 et 1983. L’Etat le plus musulman est l’Arakan. Dans cette région de l’ouest du pays, les représentants de l’ethnie rohingya n’ont pas été autorisés à se déclarer en tant que tels lors des opérations de recensement, l’ethnie n’étant pas reconnue par le gouvernement. La population des Rohingyas a donc été estimée. Au total, les musulmans forment 35 % des habitants de l’Arakan.

Malgré le recensement et la publication des résultats, le groupe de moines bouddhistes extrémistes Ma Ba Tha continue de brandir le spectre de l’invasion musulmane. « Dans l’Arakan, la majorité de la population est musulmane », assène Ashin Sopaka, un bonze qui dirige le mouvement radical. Il n’apporte comme preuves que des souvenirs de voyage dans l’Arakan selon lesquels certaines maisons sont peuplées de plus de cinquante musulmans. Il affirme que les énumérateurs du recensement n’ont pas osé pénétrer dans des villages musulmans « dangereux », semblant ignorer que les populations non dénombrées ont bien été estimées. Ashin Sopaka réfute la proportion de 4,3 % de musulmans au niveau national, l’estimant, de son côté, à « 22 %, conformément à des informations d’autres personnes qui ont étudié la situation ». Pressé de révéler ses sources, le bonze s’est contenté d’évoquer « des spécialistes qui calculent et diffusent leurs estimations en ligne ». Il a finalement reconnu ne pas avoir de noms à citer. Ma Ba Tha a souvent été accusé de divulguer des rumeurs.

Aujourd’hui, trois mois après la publication des résultats du dénombrement par groupe religieux, le discours du groupe extrémiste sonne creux. « Les résultats du recensement ont montré à quel point la diffusion de la propagande haineuse de Ma Ba Tha était ridicule », résume Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie pour l’association Human Rights Watch. En juillet, le clergé bouddhiste a désavoué Ma Ba Tha, un groupe « qui n’a pas été formé en accord avec les règles de base du clergé ». Depuis, le groupuscule radical semble moins puissant. « On entend moins de discours de haine contre les musulmans, confirme Mgr Charles Bo. La liberté de religion a progressé en Birmanie. Le gouvernement essaie de se débarrasser des extrémistes. Quand cela sera fait, l’évangélisation et la proclamation de la Bonne Nouvelle seront alors possibles. »

Source : Eglises d’Asie