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Benoit XVI : la vie de saint Augustin

Audience générale du 9 janvier 2008. Texte original italien dans l’Osservatore Romano du 10 janvier. Paru dans La Documentation Catholique n° 2397 du 02/03/2008, p. 210. (traduit par Fr. Michel Taillé)

Chers Frères et Sœurs,

Après les grandes solennités de Noël, je voudrais en revenir à la méditation sur les Pères de l’Église, et aujourd’hui parler de celui qui est le plus grand de tous les Pères de l’Église latine, saint Augustin : homme de passion et de foi, de profonde intelligence et d’un zèle pastoral infatigable, ce grand saint et docteur de l’Église est largement connu, au moins de renom, même de quiconque est ignorant du christianisme ou n’en est pas un familier, parce qu’il a laissé une empreinte profonde sur la vie culturelle de l’Occident et du monde entier. Saint Augustin, en raison de sa singulière importance, eut un impact considérable, et l’on pourrait dire, d’une part, que toutes les voies de la littérature chrétienne mènent à Hippone (aujourd’hui Annaba, sur la côte d’Algérie), le lieu où il fut évêque, et, d’autre part, que de cette cité de l’Afrique romaine dont Augustin était l’évêque, de 395 à 430 date de sa mort, rayonnent de nombreuses autres routes du christianisme ultérieur, comme de la culture occidentale elle-même.

Une civilisation a rarement rencontré un aussi grand esprit, un esprit qui sache en accueillir les valeurs et en exhausser la richesse intrinsèque, inventer des idées et des formes dont se nourrirait la postérité, comme le soulignait Paul VI : «  On peut dire que toute la pensée de l’Antiquité irrigue son œuvre et que celle-ci donne naissance à des courants de pensée qui imprègnent toute la tradition doctrinale des siècles suivants.  » [1]

Augustin est en outre le Père de l’Église qui nous a laissé le plus grand nombre d’œuvres. Son biographe Possidius dit qu’il semblerait impossible qu’un homme puisse écrire tant de choses pendant sa vie.

Nous parlerons de ces diverses œuvres dans une prochaine rencontre. Aujourd’hui, notre attention sera limitée à sa vie, que l’on retrace aisément à partir des Confessiones, cette extraordinaire autobiographie spirituelle écrite à la louange de Dieu, qui est son œuvre la plus célèbre. C’est d’ailleurs avec raison, parce que les Confessions augustiniennes, avec leur attention à l’intériorité et à la psychologie, sont d’un type unique dans la littérature occidentale, et pas seulement occidentale, mais même non religieuse, jusqu’aux temps modernes. Cette attention à la vie spirituelle, au mystère du moi, au mystère de Dieu qui se cache dans le moi, est une chose extraordinaire, sans précédent, et qui reste à jamais, pour ainsi dire, une «  apogée  » spirituelle.

L’influence maternelle

Pour en venir à sa vie, Augustin naquit à Thagaste (Souk-Ahras), en Numidie, province de l’Afrique romaine, le 13 novembre 354, fils de Patrice, un païen qui ensuite allait devenir catéchumène, et de Monique, une chrétienne fervente. Cette femme passionnée, vénérée comme sainte, exerça la plus grande influence sur son fils et l’éduqua dans la foi chrétienne. Augustin avait aussi reçu le sel, en signe d’accueil au catéchuménat. Et il allait toujours rester fasciné par la personne de Jésus-Christ  ; il dit avoir toujours aimé Jésus-Christ, même en s’éloignant toujours plus de la foi ecclésiale, de la pratique ecclésiale, comme il arrive souvent de le faire à nombre de jeunes d’aujourd’hui.

Augustin avait aussi un frère, Navigius, et une sœur dont nous ignorons le nom, et qui, restée veuve, fut par la suite à la tête d’un monastère féminin. Le jeune homme à l’intelligence vive reçut une bonne éducation, même s’il ne fut pas toujours un étudiant exemplaire. Il étudia bien la grammaire, d’abord dans sa ville natale, puis à Madaura (Mdaourouche), et, à partir de 370, la rhétorique à Carthage, capitale de l’Afrique romaine : il parvint à posséder parfaitement la langue latine, sans arriver pourtant à posséder aussi parfaitement le grec, et il n’apprit pas le punique parlé par ses compatriotes.

C’est justement à Carthage qu’Augustin lut pour la première fois l’Hortensius, un écrit de Cicéron maintenant perdu, qui se situe au départ de son cheminement vers la conversion. En effet, le texte cicéronien éveilla en lui l’amour de la sagesse, comme, devenu évêque, il l’écrira dans ses Confessions : «  Ce livre changea véritablement mes sentiments  », au point que «  soudainement je ne vis que bassesse dans l’espérance du siècle, et que je convoitai l’immortelle sagesse avec un incroyable élan du cœur.  » [2]

Mais, puisqu’il était convaincu que sans Jésus il n’est pas possible de dire que l’on a affectivement trouvé la vérité, et parce que ce nom était absent de ce livre passionnant, tout de suite près l’avoir lu il commença à lire l’Écriture, la Bible. Mais il en resta déçu. Non seulement parce que le style latin de la traduction de la Sainte Écriture était de qualité insuffisante, mais aussi parce que le contenu lui-même ne lui en apparaissait pas satisfaisant.

Déçu par la lecture de la Bible

Dans les récits scripturaires de guerres et autres événements humains, il ne trouvait pas la profondeur de la philosophie, la splendeur d’une recherche de la vérité qui lui est propre. Il ne voulait pourtant pas vivre sans Dieu et par conséquent se mit en quête d’une religion répondant à son désir de vérité comme à son désir de s’approcher de Jésus.

Il tomba ainsi dans les filets des manichéens, qui se disaient chrétiens et promettaient une religion totalement rationnelle. Ils affirmaient que le monde est partagé entre deux principes : le bien et le mal. Ainsi s’expliquerait toute la complexité de l’histoire humaine. La morale dualiste plaisait également à Augustin, parce qu’elle comportait une très haute morale destinée aux élus : et pour qui, comme lui, y adhérait, devenait possible une vie plus adéquate à la situation du temps, spécialement pour un jeune homme. Il se fit donc manichéen, convaincu qu’il était alors d’avoir trouvé la synthèse entre rationalité, recherche de la vérité, et amour de Jésus-Christ. Cela comportait un avantage concret pour sa vie : en effet, l’adhésion au manichéisme lui ouvrait de faciles perspectives de carrière. Adhérer à cette religion qui comptait tant de personnalités influentes lui permettait de continuer la relation nouée avec une femme, et d’avancer dans sa carrière. De cette femme, il eut un fils, Adéodat, qui lui était très cher, de grande intelligence, et qui sera par la suite présent à sa préparation au baptême près du lac de Côme, et participa à ces Dialogues que saint Augustin nous a transmis. Malheureusement, le jeune homme mourut prématurément. Professeur de grammaire à quelque vingt ans dans sa ville natale, Augustin retourna rapidement à Carthage, où il devint un brillant et célèbre professeur de rhétorique. Pourtant, avec le temps, Augustin commença à s’éloigner de la foi manichéenne, qui le décevait précisément sur le plan intellectuel, incapable qu’elle était de résoudre ses doutes, et il s’en alla à Rome puis à Milan, où résidait alors la cour impériale et où il avait obtenu un poste prestigieux grâce à l’intervention et aux recommandations de Symmaque, préfet de Rome, un païen hostile à l’évêque de Milan saint Ambroise.

À Milan, Augustin prit l’habitude d’écouter, d’abord dans un but d’enrichissement de son bagage rhétorique, les magnifiques prédications de l’évêque Ambroise qui avait été le représentant de l’empereur pour l’Italie septentrionale, et le rhéteur africain fut fasciné par la parole du grand prélat milanais  ; et pas seulement par sa rhétorique, mais surtout par son contenu qui lui touchait le cœur toujours davantage. Le grand problème de l’Ancien Testament, du manque d’une belle rhétorique ou d’une haute philosophie, fut résolu dans les prédications de saint Ambroise, grâce à son interprétation typologique de l’Ancien Testament : Augustin comprit ainsi que tout l’Ancien Testament est un chemin vers Jésus-Christ. Il y trouva la clé pour comprendre la beauté, la profondeur, même philosophique, de l’Ancien Testament, et il comprit toute l’unité du mystère du Christ dans l’histoire, comme aussi la synthèse entre philosophie, rationalité et foi dans le Logos, dans le Christ Verbe éternel qui s’est fait chair.

Vers la conversion

Rapidement Augustin se rendit compte que la lecture allégorique de l’Écriture et la philosophie néo-platonicienne professées par l’évêque de Milan lui permettaient de résoudre les difficultés intellectuelles qui lui étaient apparues insurmontables lors de sa première approche des textes bibliques, quand il était plus jeune,

Augustin fit suivre sa lecture des écrits des philosophes d’une lecture renouvelée de l’Écriture, et surtout des épîtres de saint Paul. Sa conversion au christianisme, le 15 août 386, se situa donc au sommet d’un long et pénible itinéraire intérieur, dont nous parlerons encore dans une autre catéchèse, et l’Africain se rendit à la campagne, au nord de Milan, près du lac de Côme, avec sa mère Monique, son fils Adéodat, et un petit groupe d’amis : il s’agissait de se préparer au baptême.

Ainsi, à 32 ans, Augustin fut baptisé par Ambroise, le 24 avril 387, pendant la vigile pascale, dans la cathédrale de Milan.

Après le baptême, Augustin décida de retourner en Afrique avec ses amis, dans l’idée de pratiquer une vie commune de type monastique, au service de Dieu. Mais à Ostie, en attendant le départ, sa mère tomba subitement malade et mourut en peu de temps. Son fils en eut le cœur déchiré.

Rentré dans sa patrie, le nouveau converti s’établit à Hippone dans le but d’y fonder un monastère. Dans cette ville de la côte africaine, il fut, malgré ses réticences, ordonné prêtre en 391, et il commença, avec quelques compagnons, à vivre la vie monastique à laquelle il pensait depuis un certain temps, partageant son temps entre la prière, l’étude et la prédication.

Il désirait être seul et au service de la vérité, ne se sentant pas appelé à la vie pastorale, mais il comprit peu à peu que l’appel de Dieu était qu’il soit pasteur de son prochain, et donc qu’il offre aux autres le don de la vérité.

Évêque d’Hippone pendant 35 ans

C’est à Hippone que, quatre ans plus tard, il fut ordonné évêque. Continuant à approfondir sa connaissance des Écritures et des textes de la tradition chrétienne, Augustin fut un évêque exemplaire dans son infatigable engagement pastoral : il prêchait à ses fidèles plusieurs fois par semaine, aidait les pauvres et les orphelins, prenait soin de la formation du clergé et de l’organisation de monastères féminins et masculins. En résumé, l’ancien rhéteur s’affirma comme l’un des personnages les plus importants du christianisme de ce temps-là  ; extrêmement actif dans le gouvernement de son diocèse – avec de notables résultats, y compris dans le domaine civil -, lors des trente-cinq ans et plus de son épiscopat, l’évêque d’Hippone exerça en effet une grande influence sur la vie de l’Église catholique en Afrique romaine et, plus généralement, sur le christianisme de son temps, affrontant des courants religieux et des hérésies tenaces sources de division, comme le manichéisme, le donatisme et le pélagianisme, qui mettaient en danger la foi chrétienne en un Dieu unique riche en miséricorde.

Et Augustin s’en remettait à Dieu chaque jour, jusqu’à l’extrême de sa vie : atteint par les fièvres, alors que son Hippone était depuis trois mois assiégée par les envahisseurs Vandales, son ami Possidius dans sa Vita Augustini raconte qu’il demanda que les psaumes de la pénitence soient transcrits en grand caractères, et «  il fit afficher ces feuilles contre le mur, de façon à ce que, alité par la maladie, il pût les voir et les lire, pleurant continûment à chaudes larmes.  » [3] C’est ainsi que s’écoulèrent les derniers jours de la vie d’Augustin, qui mourut le 28 août 430, alors qu’il n’avait pas 76 ans accomplis. À son œuvre, à son message et à son parcours intérieur nous consacrerons nos prochaines rencontres.

[1DC 1970, n. 1566, p. 608-609

[2III, 4, 7.

[331, 2.

Source : patristique.org 

Doctrine / Formation #Théologie

Saint Augustin – Sermon de Pâques sur les sacrements

Je n’ai pas oublié ma promesse. J’ai promis à ceux d’entre vous qui venaient d’être baptisés un sermon pour leur expliquer le sacrement de la table du Seigneur, que vous pouvez voir maintenant, et auquel vous avez participé la nuit dernière. Vous devez savoir ce que vous avez reçu, ce que vous êtes sur le point de recevoir, ce que vous devriez recevoir chaque jour.

Ce pain que vous pouvez voir sur l’autel, sanctifié par la parole de Dieu, est le Corps du Christ. Cette coupe, ou plutôt ce que la coupe contient, sanctifié par la parole de Dieu, est le Sang du Christ. C’est au moyen de ces choses que le Christ Seigneur souhaitait nous remettre son Corps et son Sang, qu’Il a perdus pour notre salut et le pardon de nos péchés.

Si vous les recevez convenablement, vous êtes vous-mêmes ce que vous recevez. Voyez, l’Apôtre dit : « nous qui sommes plusieurs, formons un seul pain, un seul corps. »(1 Corinthiens 10:17) C’est ainsi qu’il explique le sacrement de la table du Seigneur ; un pain, un corps, c’est ce que nous sommes ensemble, quoique nombreux.

Dans cette miche de pain, il vous est donné clairement à comprendre combien vous devriez aimer l’unité. Je veux dire, ce pain est-il formé d’un seul grain ? Est-ce qu’il n’y a pas de nombreux grains de froment ? Mais avant qu’ils ne forment le pain, ils étaient tous séparés ; ils ont été réunis au moyen de l’eau, après avoir été moulus. Tant que le blé n’a pas été moulu et humecté d’eau, il ne peut absolument pas prendre cette forme qu’on appelle pain.

De même, vous aussi vous avez été moulus par l’humiliation du jeune et le sacrement de l’exorcisme. Alors est venu le baptême, et vous avez été, si l’on peut parler ainsi, humectés d’eau en vue d’être façonnés en pain. Mais ce n’est pas encore du pain sans un feu pour le cuire. Alors que représente le feu ? C’est le saint chrême, l’onction. L’huile, qui nourrit le feu, est le sacrement de l’Esprit-Saint.

Remarquez donc quand on lit les Actes des Apôtres : la lecture de ce livre commence maintenant. Aujourd’hui commence le livre intitulé Actes des Apôtres. Quiconque souhaite progresser a les moyens de le faire.

Quand vous vous assemblez à l’église, laissez de côté les histoires idiotes et concentrez-vous sur les Ecritures. Nous sommes vos livres, alors soyez attentifs et voyez comment l’Esprit-Saint va venir à la Pentecôte. Et voici comment il viendra : il se montrera sous forme de langues de feu.

Vous voyez, il insuffle en nous la charité, qui devrait nous enflammer pour Dieu, faire que nous pensions peu au monde, brûler notre paille et purger et raffiner nos cœurs comme de l’or. Donc l’Esprit-Saint vient, le feu après l’eau, et vous êtes cuits en un pain qui est le Corps du Christ, et c’est ainsi que l’unité est signifiée.

Maintenant vous avez les sacrements dans l’ordre où ils arrivent. D’abord, après la prière, vous êtes incités à élever vos cœurs ; ce n’est que juste pour les membres du Christ. Après tout, si vous êtes devenus les membres du Christ, où est votre tête ? Les membres ont une tête. Si la tête ne se met pas en chemin, les membres ne vont pas suivre.

Où est allée notre tête ? Qu’avez-vous restitué dans le Credo ? « Le troisième jour il est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite du Père. » Donc notre tête est dans les cieux. C’est pourquoi, après les mots « élevez votre cœur » vous répondez « nous le tournons vers le Seigneur ».

Et vous ne devriez pas l’attribuer à vos propres capacités, à vos propres mérites, à vos propres efforts, cette élévation de votre cœur vers le Seigneur, parce que c’est un don de Dieu si vous êtes en mesure de le faire.

C’est pourquoi l’évêque ou le prêtre qui célèbre, continue de parler ainsi, quand l’assemblée a répondu « nous le tournons vers le Seigneur ». Il dit « rendons grâce au Seigneur notre Dieu » parce que nous avons élevé nos cœurs. Rendons-Lui grâce, parce que tant qu’Il ne nous a pas rendu capables d’élever nos cœurs, nous garderions nos cœurs en bas, vers les choses de la terre. Et vous signifiez votre accord en répondant « cela est juste et bon » de rendre grâce à Celui qui nous fait lever notre cœur vers notre tête.

Puis, après la consécration du sacrifice de Dieu, parce qu’Il nous veut devenir nous-mêmes Son sacrifice, ce qui est indiqué par l’endroit où ce sacrifice a pris place la première fois, il y a le signe de ce que nous sommes, c’est pourquoi, après la consécration, nous disons la prière du Seigneur, que nous avons reçue et que nous perpétuons.

Après cela vient le vœu [de paix], « la Paix soit avec vous », et les chrétiens échangent un saint baiser. C’est un signe de paix ; ce qui est exprimé par les lèvres devrait atteindre notre conscience ; c’est-à-dire que quand nos lèvres approchent nos frères et nos sœurs, notre cœur ne devrait pas être séparé du leur.

Ce sont de grands sacrements et signes, vraiment de sérieux et importants sacrements. Voulez-vous savoir comment leur sérieux est imprimé en nous ? L’apôtre dit « quiconque mange le Corps du Christ ou boit le Sang du Christ indignement est coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur. » 1 Corinthiens 11:27)

Qu’est-ce que recevoir indignement ? Recevoir avec mépris, recevoir avec dérision. Ne vous laissez pas aller à penser que ce que vous voyez n’est d’aucune valeur. Ce que vous pouvez voir passera, mais la réalité invisible signifiée par là ne passera pas, mais elle demeurera pour toujours.

Regardez, cela est reçu, mangé, consumé. Le Corps du Christ est-il consumé ? L’Eglise du Christ est-elle consumée ? Les membres du Christ sont-ils consumés ? Que périsse cette pensée ! Ici ils sont purifiés, ils seront couronnés des lauriers de la victoire.

Ainsi ce qui est signifié demeurera éternellement, tandis que la chose qui signifie semble passer.

Donc, recevez les sacrement de telle sorte que vous pensiez à vous-mêmes, que vous gardiez l’unité dans vos cœurs, que vous éleviez vos cœurs. Ne placez pas votre espérance sur la terre mais dans le ciel. Gardez en Dieu une foi ferme, qu’elle soit agréable à Ses yeux.

Parce que ce que vous ne voyez pas maintenant, mais que vous croyez, vous le verrez, là où vous vous réjouirez sans fin.

Saint Augustin (354-430) est né à Thagaste (dans l’Algérie actuelle). Après avoir mené une jeunesse désordonnée, il est devenu un fervent chrétien, sous l’influence de sa mère, Sainte Monique, et de son professeur, Saint Ambroise de Milan. Deux de ses lives, « Confessions » et « La cité de Dieu » sont considérés comme faisant partie des plus grands travaux d’apologétique.

 

Source France catholique

En France #NLQ

Carême : “Avec S. Augustin, cherchons Dieu, présent en nous” avec les frères de Mondaye – Hozana.org

L’ordre de Prémontré suit la Règle de S. Augustin et est attaché à la tradition augustinienne. Pour fêter Pâques, l’abbaye de Mondaye propose une retraite de Carême sur la présence de Dieu. Du 14 février au 31 mars 2018.

Où et comment pouvons-nous connaître Dieu aujourd’hui ?

L’enjeu est de taille, car nombre de nos contemporains estiment que Dieu est lointain, voire inaccessible. Or S. Augustin propose une autre réponse, qu’il s’agira de détailler au long de ce Carême : Dieu est présent en nous, si bien qu’on peut dire de lui qu’il est « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes » (Confessions V, 2).

L’abbaye de Mondaye vous propose pour cela une retraite de Carême à l’école de saint Augustin, dont les prémontrés suivent la Règle. Célèbre converti, évêque infatigable, auteur indémodable, Augustin d’Hippone (354-430) nous guidera durant ces cinq semaines pour découvrir comment Dieu habite en nous.

Quel est le programme de la retraite ?

Recevez chaque jour :

  • Une courte méditation écrite par un frère de l’abbaye, à partir des écrits de saint Augustin
  • Un extrait d’un psaume pour nourrir votre prière quotidienne et attiser votre désir de Dieu
  • Une petite clé pour mieux désirer la venue du Seigneur : une piste simple et concrète proposée par un frère pour vous aider à vivre un saint Carême
  • Une image inédite de S. Augustin

Chaque semaine, vous recevrez une méditation :

  • Mercredi des Cendres :

    Avec S. Augustin, cherchons Dieu, présent en nous.

  • 1er dimanche de Carême :

    Le point de départ d’Augustin : une réflexion sur l’âme humaine, ou la place de la mémoire.

  • 2è dimanche de Carême :

    L’application à Dieu de la mémoire (1). La mémoire se souvient de ses propres oublis.

  • 3è dimanche de Carême :

    L’application à Dieu de la mémoire (2). Le désir du Bien et de la Vérité, ou Dieu dans la mémoire.

  • 4è dimanche de Carême :

    Quelle « image de Dieu » l’homme porte-t-il ? (1). Les triades identifiées par S. Augustin.

  • 5è dimanche de Carême :

    Quelle « image de Dieu » l’homme porte-t-il ? (2). La quête spirituelle est dynamique.

  • Dimanche des Rameaux :

    Entrons dans la Semaine sainte, pour mieux découvrir que Dieu est présent en nous. “Dieu plus intérieur à moi que moi-même” (Confessions V, 2)…mais Dieu est toujours au-dessus de moi-même.

Qui sont les frères de Mondaye ?

L’abbaye Saint-Martin de Mondaye, près de Bayeux, en Normandie, a été fondée au début du XIIIè siècle. Elle est aujourd’hui habitée par 29 frères prémontrés, qui s’investissent dans la pastorale paroissiale, et dans la mission d’accueil, à l’hôtellerie.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre site internet : www.mondaye.com

En France #NLQ

Pour l’Avent : “Avec saint Augustin, désirer la venue du Seigneur”

L’ordre de Prémontré suit la règle de saint Augustin et il est attaché à la tradition augustinienne. Pour fêter Noël, l’abbaye de Mondaye propose une retraite d’Avent sur le thème du désir.

Le Seigneur vient

…mais l’attendons-nous vraiment, le désirons-nous sincèrement ? Le temps de l’Avent qui débute bientôt est certes une préparation à la Nativité du Seigneur, venue de Dieu dans l’humanité, mais aussi une préparation à la venue du Seigneur en chacun de nous : en effet, « le Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s’il n’est pas né en toi, cela ne sert à rien » (Angelus Silésius).

 

L’abbaye de Mondaye vous propose pour cela une retraite d’Avent à l’école de saint Augustin, dont les prémontrés suivent la Règle. Célèbre converti, évêque infatigable, auteur indémodable, Augustin d’Hippone (354-430) nous guidera durant ces quatre semaines pour toujours mieux désirer la venue du Seigneur.

 

Quel est le programme de la retraite ?

En vous inscrivant sur Hozana, vous recevrez chaque jour :

  • Une courte méditation écrite par un frère de l’abbaye, à partir des écrits de saint Augustin
  • Un extrait d’un psaume pour nourrir votre prière quotidienne et attiser votre désir de Dieu
  • Une petite clé pour mieux désirer la venue du Seigneur : une piste simple et concrète proposée par un frère pour vous aider à vivre un saint Avent

 

Première semaine : le désir de Dieu au cœur de l’homme

« Notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi. » 

 

Deuxième semaine : la conversion de nos désirs déréglés

« Rien ne suffit à l’âme, une fois qu’elle est éloignée de Celui qui seul suffit. »

 

Troisième semaine : la prière comme exercice de notre désir de Dieu

« Ton désir, c’est ta prière.  »

 

Quatrième semaine : la venue d’un Dieu qui nous désire

« Tu nous as cherchés pour que nous Te cherchions.  »

 

Rejoignez la communauté de prière en vous inscrivant sur Hozana

 

Qui sont les frères de Mondaye ? 

L’abbaye Saint-Martin de Mondaye, près de Bayeux, en Normandie, a été fondée au début du XIIIè siècle. Elle est aujourd’hui habitée par 29 frères prémontrés, qui s’investissent dans la pastorale paroissiale, et dans la mission d’accueil, à l’hôtellerie.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter leur site internet : www.mondaye.com

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Augustin passe aux aveux les 21 et 22 octobre à la Trinité – Paris

Augustin, éligible aux Molières 2017, revient à Paris pour un triplet à la Trinité !

La compagnie du Wakan Théâtre, théâtre “populaire donc exigeant”, érudit mais aussi généreux, nous propose trois séances du spectacle Augustin passe aux aveux dans la crypte de l’église de la Trinité :

  • Samedi 21 octobre à 18h et à 20h30
  • Dimanche 22 octobre à 18h

 

 

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Saint Augustin aux pasteurs qui ne fortifient pas les faibles

« Vous n’avez pas fortifié la brebis chétive ».

Vous avez entendu ce que les mauvais pasteurs aiment. Voyez ce qu’ils négligent : Vous n’avez pas fortifié la brebis chétive, guéri celle qui était faible, soigné celle qui était blessée, c’est-à-dire qui souffrait de fractures. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue, celle qui était forte, vous l’avez accablée, tuée, assassinée. La brebis est chétive, c’est-à-dire qu’elle a un cœur faible, capable de céder aux tentations, si elle rencontre celles-ci sans méfiance et sans préparation.

Le pasteur négligent, quand il croit avoir affaire à celle-ci, ne lui dit pas : Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, demeure dans la justice et la crainte, et prépare ton âme à la tentation. Celui qui parle ainsi fortifie celui qui est faible et l’affermit pour que, lorsqu’il croira, il n’espère pas la réussite de ce monde. Car, si on lui apprend à espérer la réussite du monde, il sera corrompu par cette réussite même ; lorsque surviendront les contradictions, il en sera blessé et peut-être qu’il en mourra.

Celui qui bâtit ainsi ne bâtit pas sur la pierre, il pose son édifice sur le sable. Or, la pierre, c’était le Christ. Les chrétiens doivent imiter les souffrances du Christ et non pas rechercher les plaisirs. Le faible est fortifié lorsqu’on lui dit : « Attends-toi aux tentations de ce monde, mais le Seigneur te délivrera de toutes, si ton cœur ne s’éloigne pas de lui. Car c’est pour fortifier ton cœur qu’il est venu souffrir, qu’il est venu mourir, qu’il est venu se faire cracher au visage, qu’il est venu se faire couronner d’épines, qu’il est venu entendre des insultes, qu’il est venu enfin se faire crucifier. Il a fait tout cela pour toi ; et toi, rien. Il ne l’a pas fait pour lui, mais pour toi. »

Lorsque les pasteurs craignent de blesser ceux à qui ils parlent, non seulement ils ne les préparent pas aux tentations qui les menacent, mais encore ils leur promettent le bonheur de ce monde, que le Seigneur n’a pas promis au monde. Le Seigneur a promis au monde que peines sur peines lui adviendraient, et tu veux être un chrétien épargné par ces peines ? Parce que lu es chrétien, tu souffriras davantage en ce monde.

En effet, l’Apôtre nous dit : Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus seront persécutés. Maintenant, si tu préfères le pasteur qui cherche tes intérêts et non ceux de Jésus Christ, (alors qu’il dira : Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus seront persécutés), toi, tu dis : « Si tu vis avec piété dans le Christ Jésus, tu seras comblé de tous les biens. Et si tu n’as pas d’enfants, tu adopteras et tu élèveras tous ceux que tu voudras, et personne ne mourra chez toi ». C’est comme cela que tu construis ? Regarde ce que tu fais, où tu places ta maison. Ce que lu bâtis est posé sur le sable. Les pluies vont venir, le fleuve va déborder, le vent va souffler, ils vont battre cette maison, elle tombera et son écroulement sera complet.

Abandonne le sable, construis sur la pierre, sur le Christ, puisque tu veux être chrétien. Considère les souffrances imméritées du Christ, considère-le, lui qui, sans aucun péché, restitue ce qu’il n’a pas volé ; considère l’Écriture qui dit de lui : Il châtie tout homme qu’il reçoit pour son fils. Il faut se préparer à être châtié, ou bien ne pas chercher à être reçu.

 

 Saint Augustin, Sermon sur les pasteurs (office des lectures du vendredi 22 septembre 2017)

En France #NLQ

Du 20 au 28 août, cheminer avec saint Augustin

Du 20 au 28 août, découvrez l’itinéraire tumultueux de saint Augustin qui, après une jeunesse débridée, a su se laisser rejoindre par le Christ et se mettre au service de l’Eglise.

Qui est saint Augustin ? 

Saint Augustin (353-430) est un des saints les plus connus, notamment grâce à sa jeunesse bien agitée ! Après avoir reçu une éducation chrétienne, il s’est éloigné de la foi et est allé se perdre dans des multiples séductions. Chercheur infatigable de la Vérité, il a fini par découvrir que l’amour du Christ l’avait précédé et ne demandait qu’une chose : qu’il se convertisse à Lui, tout entier. Après sa conversion, Augustin a cédé à l’appel du peuple chrétien et, devenu évêque d’Hippone (dans l’actuelle Algérie), il n’a eu de cesse de proclamer la Parole de Dieu, de creuser l’intelligence de la foi et de lutter pour l’unité de l’Eglise. 

A l’occasion de la saint Augustin, fêtée le 28 août, nous vous proposons de découvrir son parcours.

En pratique

En vous inscrivant sur Hozana, vous recevrez chaque jour dans votre messagerie le résumé d’un épisode de la vie de saint Augustin, suivi d’une intention de prière qui vous accompagnera pour la journée. Vous découvrirez ainsi :

1. Une jeunesse tumultueuse
2. Une recherche spirituelle longtemps infructueuse
3. Une conversion radicale
4. En route vers le baptême
5. La recherche d’un « sain loisir »
6. Une action pastorale résolue
7. L’intériorité, chemin de vie spirituelle
8. « Un seul cœur, une seule âme, tournés vers Dieu »
9. « Evêque pour vous, chrétien avec vous »

Inscrivez-vous sur Hozana !

Communauté de prière animée par les Augustins de l’Assomption, en lien avec la revue Itinéraires Augustiniens.
www.suivre-le-christ.com

A la une #Tribunes et entretiens

Entretien – Isabelle Prêtre – Saint Augustin, une lumière pour comprendre aujourd’hui

Dans un monde de plus en plus relativiste, la quête de vérité d’un intellectuel passionné comme saint Augustin s’interrogeant face à la désagrégation de l’Empire romain, peut aider à appréhender une société en perte de repère. Isabelle Prêtre propose dans une œuvre intitulée Les lumières de Saint-Augustin ou quand Augustin vient au secours de notre siècle d’aborder de nombreuses problématiques encore très actuelles mêlant des questions philosophiques, théologiques, psychologiques et spirituelles. Elle répond à L’Homme Nouveau

Pourquoi pensez-vous que l’humanité ne cherche plus la vérité comme saint Augustin le faisait ?

Isabelle Prêtre : L’humanité n’a jamais cherché la vérité comme saint Augustin le faisait. Seuls quelques hommes, lui ressemblant, l’ont cherchée et le font sans doute encore. Pour la chercher ainsi, avec cette passion, cette obsession, il faut ne pas la séparer de la vie. Autrement dit, loin d’être une quête abstraite, intellectuelle, elle doit devenir le besoin éperdu d’un cœur.

Mêler foi et raison n’atteint-il pas une limite ?

Augustin ne mêle pas foi et raison en refusant de renoncer à Dieu comme à l’intelligence. Il en fait deux moyens pour lui nécessaires. À la manière plus tard de Bergson, mais alors que Bergson en fait deux instruments différents pour atteindre Dieu : l’intuition, fruit de l’esprit, et l’intelligence, fruit du cerveau, Augustin, lui se place sur un autre terrain. Il montre le pouvoir bénéfique de la foi sur la raison, celui de la complémentarité existant entre elles. Quand il écrit « crois pour comprendre » et « comprends pour croire », il met en lumière le lien qui les unit. Je crois qu’avec ces deux phrases il a donné la clef, la clef principale. Quand la foi précède la raison, bien des choses s’éclairent ici-bas, car la raison par la foi est illuminée. Je crois vraiment que la raison, autrement dit une intelligence, qui n’est pas illuminée par la foi, n’ira jamais bien loin, car elle tourne en rond, dans un cercle clos. Nous le constatons actuellement avec nos philosophes médiatisés (les seuls à l’être) prêcheurs de néant.

Pour répondre à votre question d’une manière cette fois personnelle, je rejoins Pascal qui proclamait qu’il y a logiquement autant de raisons de croire (la création, œuvre superbe d’un architecte scientifique et artiste, l’amour, la beauté où qu’elle se trouve, la bonté, et tous les dons artistiques ou autres offerts aux hommes) que de ne pas croire (le mal, la souffrance, la mort…). Il nous faut donc un jour cesser de penser, et s’agenouiller devant le mystère. La limite, c’est l’agenouillement, car nous sommes des humains limités, aussi brillants que nous croyons l’être. La foi n’est pas pour moi une foi sans raison. Elle est une certitude, basée sur la Révélation. Et si je n’aime pas le mot, c’est parce qu’il est mal compris, perçu comme un simple sentiment. « J’ai la foi », « je n’ai plus la foi », « j’ai perdu la foi »…  Voilà ce que l’on entend. On en parle comme d’un gant. Je préfère parler de « confiance absolue ». Confiance absolue en Dieu, en Jésus-Christ.

Comment expliquer le rôle de la Providence à des personnes qui souffrent terriblement ?

Je n’explique pas. Par respect et tendresse. Je leur présente le Christ Consolateur. Et leur montre l’avenir merveilleux et céleste qui les attend. Je leur montre aussi le tableau de Reynald, celui qui figure sur la couverture de mon livre La Croix Glorieuse. Les pas de l’homme souffrant et montant le long de la Croix, mais des pas soutenus par la Main de Dieu. Le Christ en Croix qui nous précède et nous regarde, mais tout là-haut dans le soleil le Christ victorieux qui nous attend en nous tendant les bras. Et je vous le dis sans prétention aucune, je leur conseille de lire mes livres, la Croix Glorieuse, certes, mais aussi Un aussi grand chagrin écrit quand mon adoré frère a été soudain appelé par Dieu en 2012, et Les mystères de ta vie, où je dévoile que nous vivons ici-bas tous les mystères, et enfin Jésus, premier de cordée. Je veux qu’ils traversent les pires épreuves en se sachant soutenus par Lui, aimés de Lui, et qu’ils sachent que l’histoire de leur vie se terminera bien !

Voyez-vous le déclin du monde actuel comme le signe de la Providence ?

Là encore ma confiance en Dieu reste suprême. Je n’ai pas la réponse, car je ne suis pas dans les secrets de Dieu, mais il se peut que ce déclin ait été nécessaire pour donner le jour à un monde meilleur. Comme dirait saint Augustin, ici-bas, tout vieillit et tout meurt. Puis il y a une autre naissance. On peut aussi penser que nous avons touché le fond. Or il faut toucher le fond pour toucher le sol et s’élancer vers la surface. Toutes les grandes valeurs divines se sont peu à peu effacées, remplacées par des valeurs matérielles ou de pacotilles. Le monde, quelque part, s’est mutilé tout seul. Je n’y vois pas l’œuvre de la Providence, mais des hommes ! Néanmoins, la Providence, qui tire le bien même du mal, est toujours là. Voilà pourquoi la confiance absolue doit rester, et toute peur être vaincue.

Comment rendre aux hommes la valeur de l’éternité ?

En les tournant vers le Ciel ! En leur rendant, le sens de la vie. En les sortant des griffes de tous ces penseurs actuels prêcheurs de néant, qui loin de les sortir du désespoir, les y enfoncent ! Il nous faut des êtres de passion, saints, philosophes, prophètes ou autres, capables de propager la vérité. Et il faut que ces êtres-là soient placés dans la lumière, gagnant le combat contre les forces de l’ineptie qui se croit souveraine et intelligente, car préférant la raison rétrécie à tout, elle refuse l’au-delà des choses et le saut de la foi. Le « pourquoi » me semble encore plus important que le « comment ». Pourquoi rendre aux hommes la valeur de l’éternité ? Parce qu’il y va de leur vie ! Oui, il s’agit d’une nécessité vitale. Sur tous les plans. Spirituel, corporel, psychologique. Quoi qu’il en dise, aucun homme ne peut vivre en se sachant condamné aux vers et à la cendre. Aucun homme.

Vous parlez du risque du déplacement des tendances. Pensez-vous que les hommes doivent éviter les conseils à leurs alter égo ?

Le déplacement des tendances est un fait reconnu, non seulement par saint Augustin, mais par la psychanalyse. Saint Augustin a écrit : « nous avons observé souvent que chez certains, quand on parvient à réprimer la sensualité, l’avarice se développe à sa place ». Et la psychanalyse vous parlera aussi de la métamorphose, de la plasticité, des tendances. C’est le cas, par exemple, d’une personne ayant cessé de boire, mais s’adonnant depuis au jeu. J’ai mentionné, en effet, le danger des conseils, même médicaux, quand on ne connaît pas bien la personne à laquelle on les adresse, tel « arrêtez de fumer ». Car celui qui ignore la profondeur de l’angoisse pouvant habiter le fumeur est très imprudent de prononcer ces mots. Car si fumer est nocif, comme chacun le sait, c’est aussi un calmant, et cesser de fumer conduit hélas certains vers la dépression ou la névrose. Le fumeur peut se détruire autrement, par l’alcool, ou les médicaments antidépresseurs à outrance. Les tendances à l’excès ne disparaissent jamais, mais il y a des déplacements heureux. Car l’excès est excès en tout, même en bien ou en création. Un boulimique, par exemple encore, ruinant sa santé peut sauver celle-ci en devenant boulimique d’études, de lectures, de voyages, ou d’autres belles choses. C’est ainsi que sur des négativités premières, on peut parfois fabriquer de l’or !

Pour répondre à votre question, je ne pense pas malgré tout, que les hommes doivent éviter les conseils, mais ils doivent être prudents à ce sujet, les psychologues aussi, et connaître un peu celui qui leur fait face avant de s’aventurer sur ce terrain fragile. Donner des conseils est toujours périlleux, car chacun est différent et ce qui sert à l’un ne sert pas toujours à l’autre. Mais donner des conseils, c’est aussi parfois ouvrir une porte, offrir son expérience, allumer une lumière, rendre la vue à quelqu’un, le sortir d’un chemin sans issue, c’est donc une preuve et un partage d’humanité, et nous avons tous besoin, un jour ou l’autre, d’un autre regard sur nous et notre vie, que le nôtre. Mais il est bon de donner des conseils quand l’autre vous les demande… Ou quand on constate que l’autre en a vraiment la nécessité. Si tel n’est pas le cas, il s’agit d’une intrusion, un acte parfois de supériorité ou de domination, à moins, bien sûr, qu’il s’agisse d’une bouée lancée à quelqu’un qui se noie.

Peut-on réellement choisir où mettre notre béatitude ?

Pour moi, la béatitude n’est qu’un mot, correspondant à un état qui ne nous sera donné qu’au Ciel. Car la béatitude est un bonheur intense, et qui ne finit plus, un bonheur lié à l’éternelle paix du cœur. Cela sur terre est impossible, nous le savons. Ici-bas chacun pourtant, souhaite être heureux. Et chacun peut l’être à sa façon. Car le bonheur de l’un ferait souvent le malheur de l’autre. Pour répondre à votre question et reprendre vos termes, je dirais simplement que l’on choisit où mettre sa béatitude à partir du moment où l’on connaît ses passions, ses désirs, ses espoirs. Un minuscule enfant choisira la musique et deviendra un grand virtuose parce que la musique était déjà en lui, et elle était son bonheur. La vie, notre caractère, notre tempérament, nos talents et nos goûts, nos dons, et tout ce que Dieu a placé en nous, nous font prendre telle ou telle route. On peut choisir sa béatitude. Mais il y a des cas où elle vient à nous. La vie, toujours la vie, parce qu’elle est aventure, évolution, surprise, nous apprend parfois où elle se trouve, et alors on ne peut plus parler de choix délibéré. Un assoiffé d’amour, par exemple, qui passe d’une conquête à une autre, toujours insatisfait, peut rester malheureux longtemps jusqu’à ce qu’il soit enfin comblé par une rencontre : Dieu, ou un être humain. Il y a donc des cas où l’on ne choisit pas sa béatitude et où elle vient à nous.

 

Sources et références de l’ouvrage l’Homme Nouveau

A la une #Théologie

Les dix conseils de saint Augustin pour la prière

A l’occasion de l’homélie du dimanche 16 octobre 2016, Mgr Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, reprend dix conseils de saint Augustin pour la prière.

 

  1. « Adresse-toi plutôt à ton Seigneur Lui-même, frappe à la porte de cette demeure où Il repose avec sa famille, prie, supplie, insiste. Bien différent de cet ami dont il est question dans la parabole, Il se lèvera et te donnera, car Il est tout disposé à donner. Tu frappes sans avoir encore obtenu ? Frappe encore, car Il veut te donner. Et s’Il diffère de te donner ce que tu veux, c’est pour enflammer tes désirs, et pour t’empêcher d’apprécier moins ce que tu aurais obtenu plus tôt »  (Sermon 105).
  2. « Oui, Jésus est mieux disposé à nous donner que nous à recevoir ; plus disposé à faire miséricorde que nous ne le sommes à sortir de la misère » (Sermon 105).
  3. “La prière qui s’élève dans sa pureté d’un cœur fidèle est comme l’encens qui monte des saints autels. Rien n’est devant Dieu plus agréable que cette odeur : qu’elle soit l’odeur de tous les fidèles » (Commentaire sur le psaume 140).
  4. “La foi est la source de la prière, et si la foi manque, il n’y a plus de prière. Prions donc pour que notre foi ne vienne pas à faiblir. La foi produit la prière, et la prière à son tour obtient l’affermissement de la foi » (Catena Aurea).
  5. « Si nos prières sont parfois non exaucées, c’est que nous demandons aut mali, aut male, aut mala : aut mali, en étant mauvais, et pas assez préparés pour demander ; aut male, nous demandons mal, d’une mauvaise manière, avec peu de foi ou sans persévérance, ou avec peu d’humilité ; aut mala, nous demandons des choses mauvaises, ou qui, pour une raison ou une autre, ne nous conviendront pas » (La Cité de Dieu, 20, 22).
  6. « Il peut paraître étonnant que Celui qui nous exhorte à prier (…) soit Celui-là même qui sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le Lui demandions. Alors, pourquoi Dieu fait-Il cela ? Nous pourrions nous en inquiéter, si nous ne comprenions pas que le Seigneur notre Dieu n’attend certes pas que nous Lui apprenions ce que nous voulons, qu’Il ne peut ignorer. Mais Il veut que notre désir s’excite par la prière, afin que nous soyons capables d’accueillir ce qu’Il s’apprête à nous donner. Car ce que Dieu nous réserve est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité pour le recevoir. Voilà pourquoi il nous a été dit : Dilatez-vous » (Lettre 130, à Proba).
  7. « Toujours maintenir vivant ce désir continuel de Dieu. Mais les soins et les affaires d’ici-bas attiédissent notre désir, c’est pourquoi  à certaines heures et à certains temps fixés, nous prions aussi Dieu avec des paroles ; par ces paroles, nous nous avertissons nous-mêmes de reprendre nos élans, et nous empêchons que notre esprit soit attiédi et se refroidisse  complètement ; il s’éteindrait même totalement, faute d’être ranimé fréquemment » (Lettre 130 à Proba).
  8. « Que Dieu nous garde de la prière bavarde, mais la prière doit être continue, si la ferveur persévère. Parler beaucoup, c’est traiter dans sa prière d’une chose nécessaire en paroles superflues. Mais prier beaucoup, c’est insister auprès de Celui que nous prions, par un long et pieux désir du cœur. La plupart du temps, on traite mieux celui que nous prions par les gémissements que par les discours, plus par les larmes que par le langage » (Lettre 121 à Proba).
  9. « Fais ce que tu peux, demande ce que tu ne peux pas, et Dieu t’aidera afin que tu puisses le faire » (Sermon 43, sur la nature et la grâce).
  10. « Si tu parcours toutes les prières de l’Écriture, tu ne trouveras rien, je crois, qui ne soit contenu dans cette prière du Seigneur et n’y trouve sa conclusion (Notre Père) » (Lettre 130 à  Proba).

 

Source

Doctrine / Formation #Livres

Paul Claudel, dernier père de l’Eglise ? Recension du livre de Dominique Millet-Gérard

Dominique Millet-Gérard a largement contribué, depuis Anima et la Sagesse. Pour une poétique comparée de l’exégèse claudélienne (Lethielleux, 1 200 p., 74,30 €), à la redécouverte de la monumentale œuvre de commentaire de la Sainte Écriture réalisée par Paul Claudel. Elle a aussi participé à son édition : Le Poète et la Bible, en deux volumes.

Claudel s’y est appliqué au dévoilement du sens spirituel de l’Écriture, celui qui, sous le sens de la lettre fait découvrir l’esprit (les deux femmes d’Abraham qui sont l’allégorie de l’Église et la Synagogue, Ga 4, 24-25), avec toute la fulgurance de son verbe poétique, comme une bataille contre l’exégèse à coloration rationaliste, qui ne s’intéressait qu’au sens littéral, du moins à une partie du sens littéral, l’étude scientifique du texte et de son histoire : « Il faut rendre au peuple chrétien pour son usage ce grand édifice (l’Ancien Testament), débarrassé de tout cet appareil pseudo-scientifique de conjectures arbitraires et d’hypothèses frivoles qui ne sert qu’à décourager, qu’à déconcerter, à rebuter les fidèles » (Le Poète et la Bible, t. 1). La désinvolture avec laquelle il traite la science scripturaire de son temps ne doit pas, cependant, le faire passer pour fondamentaliste : ce qu’il lui reproche c’est sa séparation méthodologique d’avec la foi, alors que, comme dit saint Thomas, « l’auteur principal de la Sainte Écriture est le Saint-Esprit, l’homme en étant son auteur instrumental ».

Un appui solide

Claudel s’est appuyé sur l’exégèse spirituelle par excellence, celle des Pères de l’Église, qui représente une bonne part de l’immense continent littéraire et théologique qu’ils ont légué, auquel s’ajoute celui des commentateurs médiévaux. Dominique Millet-Gérard s’attache à tout nous faire connaître sur la rencontre, la fréquentation et l’utilisation de ce matériau par son auteur, et en outre à analyser avec précision les ressorts de son propre commentaire.

Le déclencheur fut sa découverte du livre de l’abbé Tardif de Moidrey, qui avait publié une interprétation morale du livre de Ruth, en 1872, magnifiée par Bloy. La « redécouverte » des Pères au XXe siècle – au sein d’une plus globale « redécouverte des sources », parasitée par le discrédit que l’on jetait en son nom sur la théologie scolastique et sur la formulation scolastique du dogme, mais cela ne concernait nullement Claudel –, la fréquentation fructueuse des PP. de Lubac (qui rédigea l’Exégèse médiévale. Les quatre sens de l’Écriture, Aubier, 1959 à 1964), Varillon, Daniélou, lesquels ont participé, quant à eux, à la redécouverte du sens spirituel, la défense d’un des grands partisans de l’exégèse spirituelle, le bénédictin parisien dom Jean de Monléon, mais aussi les polémiques stimulantes, avec l’abbé Steinmann et avec dom Charlier (Bible de Maredsous), tout cela forme, on pourrait dire pour employer un terme de la science exégétique, le Sitz im Leben, le milieu de vie de l’œuvre exégétique de Claudel.

Saint Grégoire avec sa liberté d’esprit fut son premier maître. Le lyrique saint Augustin l’éclaira sur le lien entre l’émission de la parole divine et l’« émission » de la créature. Sur le pseudo-Denys l’Aréopagite, qui avait opéré une récupération/rectification de la philosophie de Proclus, Claudel construisit une récupération/rectification de sa théorie du symbolisme : le pseudo-Denys, au motif qu’on ne peut rien dire sur Dieu que négativement, usait de métaphores mais en rejetant leur anthropomorphisme ; Claudel en rajoutait au contraire dans l’anthropomorphisme des siennes – l’ange respire, se nourrit, élimine –, qui suppose entre les choses du Ciel et de la terre une continuité dans la dissemblance. Il suivit Raban Maur, l’exégète carolingien, mais aussi Bède le Vénérable, à travers les leçons du Bréviaire, que le poète, qui s’était cru une vocation bénédictine, pratiquait journellement.

Particulièrement intéressantes sont les réflexions de Dominique Millet-Gérard sur l’exégèse propre de Claudel, qui démarque parfois la syntaxe de la Vulgate, qui la paraphrase, qui brode sur Origène et saint Grégoire, et qui invente aussi de manière très moderne : ainsi l’étonnant développement sur le buisson ardent, dont le fouillis des branches entrecroisées devient prisme de cristal aux mille facettes, puis fulguration géométrique trinitaire.

Communication du Verbe

Le point fort de son exégèse poétique, explique Dominique Millet-Gérard, est que, en raison de l’inspiration, les mots et même la syntaxe du texte sacré sont communication du Verbe. Sa dette vis-à-vis de Rimbaud joue à plein : « Les mots, que ce soient ceux d’Illuminations ou ceux de la Bible, agissent par eux-mêmes, “vivants et actifs” ». Les mots divins explosent comme tels dans l’imagination du lecteur, et aussi les objets qui éblouissent la rétine poétique à la manière de Mallarmé.

On pourrait demander : les mots de quel texte ? La Vulgate qu’utilise Claudel, traduction latine de saint Jérôme patinée par la lecture de la tradition et par la prière liturgique de l’Église romaine, traduction qui éclaire d’ailleurs parfois sur des leçons plus anciennes que le texte hébreu massorétique (Le texte massorétique est le texte biblique hébreu transmis par la massore ou massorah, exégèse sur le texte hébreu de la Bible fait par des docteurs juifs ou massorètes.) ? Le texte hébraïque, dont les manuscrits de Qumrân ont montré la diversité dans l’homogénéité ? La version grecque de la Septante, que canonise le Nouveau Testament par l’emploi qu’il en fait, et dont au reste certains livres ou passages non connus en hébreu constituent le texte original ? Le texte biblique original se laisse ainsi appréhender dans l’empilement des plaques photographiques que sont transmissions et versions portées par des chaînes de copies, fidèles mais à la manière de copies. L’inspiration divine s’appliquant à l’ensemble du processus d’élaboration/transmission qui nous livre cette « composition admirable, qui doit moins à la main de l’homme qu’à la grâce », comme le dit Claudel. Ainsi, sous les mots de la Vulgate, en ses diverses restitutions, se devinent les lettres de feu éblouissantes par lesquelles le Verbe de Dieu a écrit dans la langue des hommes.

Et même, au-delà des phrases et des mots, les syllabes elles-mêmes sont divines. Dans les tout derniers jours de sa vie, relève Dominique Millet-Gérard, le poète confiait : « Le bruit de ces syllabes qui si longtemps se sont agitées dans ma tête, j’ai cessé d’y être sourd, il passe bienheureusement quelque chose qui est au-delà du son. » Claudel, comme une sorte de dernier des Pères de l’Église ?

Dominique Millet-Gérard,Paul Claudel et les Pères de l’Église, Honoré Champion, 484 p., 75 €.

Abbé Claude Barthe sur l’Homme Nouveau