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Saints et bienheureux de l’année 2018, une moisson abondante

Dix-neuf cérémonies de béatification se sont déroulées cette année à travers le monde, auxquelles s’ajoute la canonisation de sept nouveaux saints le 14 octobre dernier à Rome. Retour sur les fruits de sainteté de ces derniers mois, signes de la fécondité de l’Église universelle.

« La sainteté est le visage le plus beau de l’Église », écrit le Pape François dans l’exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, publiée le 9 avril dernier. Un texte sur « l’appel à la sainteté dans le monde actuel », dont les cérémonies qui ont émaillé l’année 2018 constituent une illustration édifiante.

Sept nouveaux saints

Commençons par les saints… Le 14 octobre dernier s’est tenue à Rome la messe de canonisation de sept témoins de l’Évangile, d’époques et de conditions bien différentes. Parmi eux, Paul VI, pape de 1963 à 1978, et Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador en Amérique du Sud, mort en martyr en 1980. Le Pape François a aussi canonisé ce jour-là deux prêtres italiens et deux fondatrices d’ordres religieux, ainsi qu’un orphelin italien, Nunzio Sulprizio, mort à 19 ans au début du XIXe siècle.

D’autres figures exemplaires

La liste des bienheureux fraîchement déclarés est longue. Sans prétendre à l’exhaustivité, citons quelques noms qui concrétisent ces lignes du Pape François :  « Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile », écrit-il dans Gaudete et Exsultate. Des personnalités ayant vécu dans des contextes très variés ont été béatifiées cette année pour avoir su répondre pleinement à l’appel de Dieu, parfois jusqu’au martyre : Lucien Botovasoa, laïc décapité à l’âge de 39 ans le 17 avril 1947 à Madagascar ; sœur Leonella Sgorbati, assassinée par des islamistes en Somalie le 17 septembre 2006 ; le jésuite Tiburcio Arnaiz Muñoz, prêtre espagnol décédé au début du 20e siècle ; sœur Maria Felicia de Jésus du Saint-Sacrement, carmélite déchaussée paraguayenne, plus connue par son affectueux surnom de « Chiquitunga » ; la Slovaque Anna Kolesárová, assassinée le 22 novembre 1944 par un soldat de l’armée soviétique dont elle avait refusé les avances. Et il y en a bien d’autres, notamment des Français…

Plusieurs Français béatifiés

Cette année, la France a offert une vingtaine de ses enfants au contingent des bienheureux de l’Église catholique. D’abord le 10 juin, mère Adèle de Batz de Trenquelléon est béatifiée à Agen par le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour la cause des saints. C’est son successeur à ce poste, le cardinal Angelo Becciù, qui se rend à Strasbourg le 9 septembre pour procéder à la béatification de mère Alphonse Marie Eppinger. Puis cap sur Marseille le 30 septembre, où l’abbé Jean-Baptiste Fouque, prêtre engagé dans l’action sociale rejoint lui aussi le rang des bienheureux. C’est enfin de l’autre côté de la Méditerranée, à Oran, qu’a lieu un évènement historique : la béatification des 19 martyrs d’Algérie. Parmi ces martyrs tués entre 1993 et 1996 figurent 16 Français, parmi lesquels les sept moines de Tibhirine, enlevés et assassinés au printemps 1996, ainsi que Mgr Pierre Claverie, ancien évêque d’Oran, sans oublier d’autres prêtres et religieuses de différentes congrégations. Un prêtre belge et deux religieuses espagnoles figurent également parmi ces 19 nouveaux bienheureux.

L’aventure de la sainteté continue !

L’année 2018 a aussi permis de faire avancer de nombreuses causes de béatifications. Par exemple, le 22 décembre dernier, le Pape François a reconnu les vertus héroïques de 11 futurs vénérables, ainsi que le martyre du père Richard Henkes, prêtre allemand mort en haine de la foi (in odium fidei) en 1945 dans le camp de concentration allemand de Dachau. En début d’année, le 27 janvier, le Saint-Père avait aussi reconnu les vertus héroïques de la Française Madeleine Delbrêl, figure du christianisme social. La signature d’un décret établissant les vertus héroïques d’une personne est la dernière étape avant sa béatification.

En 2019, la famille des bienheureux continuera de s’agrandir, sur la terre comme au ciel. Prochain rendez-vous fixé en Argentine : le prêtre français Gabriel Longueville, l’évêque argentin Enrique Ángel Angelelli, frère Carlos de Dios Murias et Wenceslao Pedernera, assassinés en 1976 sous la dictature militaire, seront béatifiés à La Rioja le 27 avril prochain.

Un peu plus tôt, le 5 février, la cause de béatification du père Pedro Arrupe, ancien préposé général des Jésuites, sera ouverte à Rome, en la cathédrale Saint-Jean-de-Latran.

Et pour nous ? Écoutons une fois encore le Pape François : « Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche » (Gaudete et Exsultate).

Source : Vatican News

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Espagne : les diocèses de Grenade et de Valladolid appellent à faire avancer la béatification d’Isabelle la Catholique

Femme de pouvoir, la servante de Dieu Isabelle de Castille avait une foi profonde et passionnée qui s’est exprimée à travers des décisions politiques et militaires aux conséquences alors incalculables, et qui ne cadrent pas avec les rengaines contemporaines sur l’accueil et le respect de toutes les religions.

Ces idées modernes n’ont pas empêché Mgr Javier Martinez de souligner, dans l’homélie qu’il prononça lors de la messe marquant la fin d’une semaine de conférences et de présentations, qu’il faut rendre grâce à Dieu pour la reine Isabelle et » pour ce qu’elle a signifié pour la foi ». Cette foi, a déclaré l’archevêque, était « le bien auquel elle était le plus attaché, qu’elle aimait le plus », rappelant qu’elle l’a fait porter au Nouveau Monde en même temps qu’elle la défendait en Espagne. « Recherchons ce bien qu’est d’être des chrétiens dont ce monde a besoin, et le reste, sa canonisation, nous sera donné », a proclamé le prélat.
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La canonisation du Pape Paul VI

Le Pape Paul VI est canonisé dimanche 14 octobre. Entretien avec le P. Grégoire Catta, directeur du Service national famille et société qui revient sur trois éléments marquants de son pontificat.

C’est d’abord le pape qui a mené à bien le Concile Vatican IIqu’avait convoqué son prédécesseur Saint Jean XXIII. Ce dernier est décédé en 1963 après la première session et c’est Paul VI qui prend la relève et soutient pendant trois autres sessions le profond travail d’aggiornamento (mise à jour) opéré par le Concile. Symboles forts, parmi d’autres, de ce renouveau, l’image de sa rencontre avec le patriarche Athénagoras qui marque une solide avancée dans la réconciliation avec l’Église orthodoxe de Constantinople, et celle de sa visite à l’assemblée générale des Nations Unies où il s’exclame « plus la guerre, jamais plus la guerre ». Paul VI personnifie l’Église de Vatican II qui se renouvelle intérieurement en revenant à la source de l’Evangile et s’ouvre résolument au monde de son temps.

Paul VI c’est aussi un pape qui nous a laissé des écrits marquants. L’encyclique Populorum progressio, en 1967 offre une véritable feuille de route pour un développement, juste, solidaire, intégral. Elle a inspiré – et continue d’inspirer ! – beaucoup de personnes et de d’organismes comme le CCFD-Terre Solidaire, la Délégation Catholique pour le Coopération, ou les commissions Justice et Paix dans tous les pays du monde. L’année suivante, Humanae vitae, invite les époux à vivre pleinement l’amour conjugal mais provoque de nombreux remous par son refus de la contraception artificielle. En 1975 Evangelii nuntiandi porte sur l’évangélisation dans toutes ses dimensions. Le Pape François l’a qualifié de « document pastoral le plus grand qui ait été écrit à ce jour ».

Paul VI continue à marquer l’Église de son empreinte au travers du pape François qui le cite énormément. Relire Paul VI sur la question du dialogue (Ecclesiam suam), de l’évangélisation (Evangelii nuntiandi), du développement intégral (Populorum progressio), est souvent une bonne clé pour comprendre François !

Source : Conférence des évêques de France

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7 bienheureux ont été canonisés le 14 octobre dont Paul VI et Oscar Romero

Dimanche 14 octobre, les bienheureux Paul VI et Oscar Romero ont été proclamés saints en même temps que cinq autres bienheureux, sans doute moins connus. Coup de projecteur sur la vie de ces chrétiens proposés comme exemples aux croyants d’aujourd’hui.

En un certain sens, on peut dire que Nunzio Sulprizio ne manque pas les grands rendez-vous de l’Église : après avoir été béatifié en plein Concile Vatican II, le 1erdécembre 1963, le jeune Italien sera canonisé à mi-parcours du Synode des évêques sur « la foi, les jeunes et le discernement des vocations ». Autre élément insolite, il deviendra saint en même temps que le bienheureux Paul VI… celui-là même qui avait procédé à sa béatification. Le cas s’était déjà produit en 2014, lors de la canonisation des bienheureux Jean XXIII et Jean-Paul II.

Avec Nunzio Sulprizio, garder la foi et l’espérance malgré la douleur 

Nunzio Sulprizio prouve que « la jeunesse ne doit pas être considérée comme l’âge des passions désordonnées, des inévitables chutes, des crises invincibles, des pessimismes décadents, des égoïsmes qui s’affichent », avait estimé le pape Paul VI dans son homélie lors de la béatification du jeune Italien. Mais au contraire, elle est une période « de grands idéaux, de généreux héroïsme, d’exigences », avait-il déclaré ce 1er décembre 1963. Des propos qui résonnent encore en cette période de synode sur les jeunes.

A la suite de Nunzio, le bienheureux Paul VI invitait les jeunes à « régénérer en eux-mêmes le monde » dans lequel ils étaient appelés à vivre : « Il vous appartient à vous les premiers de vous consacrer au salut d’une société qui a précisément besoin d’âmes fortes et intrépides ». Nunzio enseigne encore « que le sacrifice, la croix soient notre salut et celui du monde ». Les jeunes comprennent, selon le bienheureux Paul VI, cette « suprême vocation ».

La vie du petit Nunzio est marquée par une grande souffrance, tant physique que morale, mais aussi par une véritable résilience. Né le 13 avril 1817 à Pescosansonesco (Italie) , Nunzio perd sa mère à 6 ans, après avoir perdu son père trois ans auparavant. Cet orphelin est d’abord confié aux bons soins de sa grand-mère, qui lui apprend à chercher Jésus présent dans l’Eucharistie et à invoquer la Vierge Marie. Mais la pieuse femme meurt en 1826 et c’est un oncle, violent et grossier, qui prend alors en charge Nunzio. Immédiatement, l’enfant est retiré de l’école pour travailler dans des conditions difficiles. Maltraité par son oncle, Nunzio se blesse à la jambe. Et jusqu’à son dernier souffle, il en conservera un handicap.

Heureusement, Nunzio est adopté par un homme très croyant, Gaetano Errico, qui prend soin de lui et lui transmet une foi vive. Mais jugée incurable par les médecins, la santé du malheureux se dégrade. Il finit par rendre l’âme le 5 mai 1836, à l’Hôpital des Incurables de Naples, en confiant à son confesseur venu lui administrer les derniers sacrements : « Soyez heureux, depuis le Ciel je vous assisterai toujours ».

Avec Francesco Spinelli, se plonger dans le mystère de l’Eucharistie

Francesco Spinelli est né à Milan le 14 avril 1853. Une fois ses études terminées, il reçoit l’ordination sacerdotale en 1875. À Rome, une inspiration l’incite à fonder une communauté de jeunes femmes qui consacreraient leur vie au Seigneur présent dans l’Eucharistie. Après une rencontre avec sainte Catherine Comensoli, le père Spinelli donne ainsi naissance à l’Institut des Sœurs Adoratrices du Saint Sacrement. Il exerce alors son rôle de fondateur et de supérieur jusqu’à la fin de sa vie, le 6 février 1913. Le pape Jean-Paul II le déclare bienheureux en 1992.

Avec Vincenzo Romano, déployer sa générosité pour surmonter l’épreuve

Vincenzo Romano est né à Torre del Greco, ville italienne située près de Naples, le 3 juin 1751. Il est ordonné prêtre en 1775. Il exerce alors son ministère dans son pays natal, où il accorde immédiatement une attention toute particulière aux plus démunis et s’engage pour l’éducation des enfants et des jeunes. Le 15 juin 1794, une catastrophe frappe Torre del Greco : la ville est presque totalement détruite par une violente éruption du Vésuve. Le père Romano devient pour la communauté l’artisan de sa reconstruction matérielle, mais aussi et surtout religieuse et morale. Il meurt le 20 décembre 1831. En 1963, le pape Paul VI procède à sa béatification.

Avec Maria Katharina Kasper, mettre ses forces au service de ceux qui en manquent

Maria Katharina Kasper nait le 26 mai 1820 à Dernbach, en Allemagne. La solide jeune fille, au tempérament extraverti, passe son adolescence à travailler dans des champs, notamment en cassant des pierres pour la construction de routes. C’est dans ce contexte rude qu’elle a l’intuition de fonder un Institut de sœurs au service des classes sociales les plus humbles. Ainsi, en 1848 ouvre la maison des « Pauvres servantes de Jésus Christ », où sont accueillis les pauvres des alentours. La Congrégation s’étend rapidement, jusqu’à franchir les frontières allemandes pour s’établir en Europe, en Amérique, puis en Inde. Victime d’un infarctus, Maria Katharina Kasper s’éteint le 2 février 1898. Elle est proclamée bienheureuse par Paul VI 80 ans plus tard, en 1978.

Avec Nazaria Ignacia March Mesa, choisir une charité intrépide par amour de l’Église

Nazaria Ignacia March Mesa, en religion sœur Nazaria de Santa Teresa de Jesús, est née à Madrid le 10 janvier 1889. Sa famille déménage peu après au Mexique. C’est là que la jeune Nazaria Ignacia rencontre les Sœurs des personnes âgées abandonnées ; elle rejoint en 1908 cet institut religieux. Après avoir prononcé ses premiers vœux en 1911, la religieuse est envoyée en Bolivie. Face à une situation sociale toujours plus problématique, sœur Nazaria se décide à fonder la Congrégation des Sœurs Missionnaires Croisées de l’Église, au service des pauvres et de la promotion de la femme. Sa vie n’est pas épargnée de graves dangers, rencontrés en Bolivie et en Espagne lors de la guerre civile (1936-1939). En 1942, sœur Nazaria rejoint Buenos Aires depuis l’Espagne. Mais sa santé se dégrade et c’est en Argentine qu’elle meurt le 6 juillet 1943. Nazaria Ignacia est béatifiée en 1992 par le pape Jean-Paul II.

Source : Vatican News

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Cahors : 400 ans de l’ordination du bienheureux Alain de Solminihac

Le diocèse de Cahors a célébré samedi 22 et dimanche 23 septembre 2018 les 400 ans de l’ordination d’Alain de Solminihac, évêque de Cahors au XVIIe siècle. Témoignage de Monseigneur Laurent Camiade, évêque de Cahors.

400 ans jour pour jour, que le bienheureux Alain de Solminihac a été ordonné prêtre. Ce jeune périgourdin de famille noble n’a pas imaginé devenir prêtre quand, quatre ans auparavant, son oncle Arnaud l’interpelle pour lui succéder comme abbé de Chancelade. Alain répond au delà de ce que son oncle espérait. Il accueille cette proposition comme un appel de Dieu, comme une « vocation » que, selon ses propres mots, il « chérit plus que tout au monde ».

L’abbaye de Chancelade est alors en ruines et quasiment vide. Alain, simplement par sa prière et la purification de son intention apostolique en vue de la seule Gloire de Dieu, relancera les vocations. Entre 1630 et 1636, plus de 50 jeunes religieux font leurs vœux à l’abbaye, dont les murs sont relevés. Alain chérit sa vocation sacerdotale, mais celle-ci doit se déployer autrement quand le roi le fait nommer évêque de Cahors. Alain refuse plusieurs fois, car il fuit les honneurs. Mais Louis XIII, impressionné par son humilité, insiste. Alain doit bien finir par acquiescer. Alain est comme cet l’homme de l’évangile que son père appelle à travailler à sa vigne, qui refuse, mais, s’étant repenti, finit par y aller (cf. Mt 21,29).

Quelques jours avant le début du synode romain sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations », nous portons cette grande intention : que tous les jeunes du monde ouvrent leur cœur au désir de donner leur vie, et que l’Église sache les accompagner et discerner la volonté de Dieu.

Plusieurs évêques, pères-abbés, supérieurs religieux, prêtres, religieux,  religieuses et de nombreux fidèles seront réunis pour fêter ce jubilé des 400 ans d’ordination du bienheureux Alain et, en s’appuyant sur son intercession, pour prier pour les vocations dans l’Église, plus spécialement les vocations de prêtres, diacres, religieux, religieuses et consacrés. C’est un enjeu spirituel pour toute l’Église.

Monseigneur Laurent Camiade, évêque de Cahors

Source : conférence des évêques de France

Doctrine / Formation

La spiritualité mariale synthétisée par saint Jean-Paul II dans son message au Carmel

Le signe du scapulaire constitue une synthèse éloquente de la spiritualité mariale qui alimente la dévotion des croyants, les rendant sensibles à la présence aimante de la Vierge Marie dans leur vie. Le scapulaire est essentiellement un « habit ». Celui qui le reçoit est inclu ou associé d’une façon plus ou moins intime, à l’ordre du Carmel, consacré au service de la Madone pour le bien de toute l’Église. (…)

Les vérités évoquées sous le signe du scapulaire sont au nombre de deux : d’une part la protection permanente de la Très Sainte Vierge, non seulement au cours du chemin de la vie, mais également au moment du passage vers la plénitude de la gloire éternelle. De l’autre, la conscience que la dévotion envers elle ne peut pas se limiter à des prières et des hommages en son honneur, dans certaines circonstances, mais qu’elle doit constituer un « habit », c’est-à-dire une orientation permanente de sa propre conduite chrétienne, tissée de prière et de vie intérieure, à travers la pratique fréquente des sacrements et l’exercice concret des œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle.

De cette façon, le scapulaire devient un signe d’ « alliance » et de communion réciproque entre Marie et les fidèles. En effet, il traduit de manière concrète l’acte par lequel Jésus confia sa Mère à Jean sur la croix, et à travers lui à nous tous (…).

Découvrir plus sur mariedenazareth.com :

Saint Jean-Paul II

Extrait de son Message à l’Ordre du Carmel (25 mars 2001)

Et aussi : Le Carmel

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Alençon célèbre la sainteté conjugale avec les saints époux Martin

Lu sur Aleteia

Alençon : la ville du premier couple canonisé en vingt siècles de christianisme. C’est dans cette cité de Normandie que Louis Martin et Zélie Guérin ont grandi, se sont mariés et ont eu leurs neuf enfants. Sur cette terre, témoin de leurs dix-neuf années de vie conjugale, pousse aujourd’hui un sanctuaire où se pressent de nombreux couples et familles en quête d’espérance et d’un chemin de sainteté. Pour faire davantage connaître Louis et Zélie, intercesseurs privilégiés des couples et des familles, le sanctuaire a ouvert, en juillet 2018, une année jubilaire. Prochain temps fort : le Jubilé des familles, les 27 et 28 octobre.

Printemps 1858. Louis et Zélie se rencontrent pour la première fois sur le pont qui enjambe la Sarthe. Tous deux exercent déjà un métier : il est horloger, elle est dentelière. Le 12 juillet, ils se marient en l’église Notre-Dame d’Alençon (devenue basilique après leur canonisation). Un siècle et demi plus tard, le 18 octobre 2015, ils sont canonisés ensemble par le pape François.

Depuis lors, des pèlerins nombreux viennent marcher sur les pas de ces époux qui donnent à voir que la sainteté en couple est possible. Le sanctuaire attire, chaque année, un nombre croissant de pèlerins de tous horizons. Louis et Zélie ouvrent un chemin pour les couples et les familles, en particulier pour les chrétiens. Leurs années de célibat, le veuvage pour Louis, sont également une source d’inspiration pour ceux qui, à des degrés divers, font l’expérience de la solitude.

Un itinéraire historique et spirituel

Visiter la maison familiale, la chambre conjugale où est née sainte Thérèse et où Zélie est décédée, faire une halte dans la chapelle attenante, s’y recueillir, prier dans la basilique, parcourir la ville à la découverte des lieux fréquentés par la famille Martin… voilà un itinéraire emprunté toute l’année par des pèlerins de plus en plus nombreux qui cherchent à mieux connaître cette famille, si proche de nous par sa vie quotidienne. Un couple et une famille qui prennent, avec persévérance, les moyens pour vivre en Dieu avec leur prochain. En laissant briller la lumière du Christ au jour le jour, la famille Martin livre un témoignage accessible à tous ceux qui désirent cheminer vers une sainteté dans la simplicité du quotidien.

Leur existence dans une époque tellement différente de la nôtre peut sembler d’un autre âge, et pourtant elle parle encore aux chercheurs de Dieu d’aujourd’hui. Couples et familles peuvent aisément se retrouver dans leur vie : apprendre à s’aimer en couple et en famille, se donner les moyens de vivre pleinement sa foi, relever le défi de l’éducation des enfants, équilibrer le travail et la vie familiale, participer à la vie sociale, faire du bien aux plus démunis, traverser dans l’espérance les épreuves de la maladie et de la souffrance, affronter la mort…

Le sanctuaire d’Alençon, c’est « un lieu pour venir un temps à l’écart, réfléchir, creuser en soi le désir de fortifier l’amour et de le poser sur des bases plus solides, confie Guy Fournier, diacre et administrateur du sanctuaire. Cela se fait tout d’abord en mettant nos pas dans ceux des Martin lors de la visite des multiples lieux de vie des saints Louis et Zélie. On y découvre comment ce couple a su déployer, dans l’ordinaire d’une vie de famille, une délicate attention l’un envers l’autre, sans jamais perdre de vue que la vie en abondance passe par la confiance en Dieu. Cette démarche passe ensuite par la prière et les sacrements, sans oublier les conférences proposées au sanctuaire : en regardant la vie des Martin, nous réfléchissons ensemble sur ce qu’ils peuvent dire au familles de notre temps, confrontées à des questions somme toute analogues ».

Graciane, 55 ans, qui a fait une session familiale avec son mari à Alençon, souligne l’importance d’un tel lieu : « Avoir dans l’Orne, pas très loin de la région parisienne, un lieu de ressourcement pour le couple et la famille, je trouve cela merveilleux. » Car ces petites coupures dans le quotidien — qui durent généralement le temps d’un week-end — permettent aux couples de se recentrer sur lui-même et de discerner. Particulièrement touchée par la maison familiale, Graciane invite les couples et les familles à venir à Alençon pour découvrir les lieux de vie de la famille Martin, mais pas seulement. « C’est l’occasion d’y mener une démarche spirituelle, d’assister à une conférence, de faire un petit pèlerinage et d’y rencontrer d’autres chrétiens. »

Une année jubilaire avec les époux Martin

Conscient de l’intérêt croissant que les fidèles portent aux époux Martin, Alençon ne ménage pas ses efforts pour célébrer ce couple exemplaire et faire rayonner son message. Ainsi, pour célébrer les 160 ans de mariage de Louis et Zélie Martin, un jubilé est proposé cette année. Lancé officiellement le 7 juillet dernier, il prendra fin le 14 juillet 2019. Pendant ce temps, de nombreux événements autour du couple et de la famille seront organisés tout au long de l’année. Prochain temps fort, le Jubilé des familles, les 27 et 28 octobre 2018. Au programme : messes, veillées de prière, louanges, enseignements et témoignages. Le sanctuaire de la famille prévoit, autant que possible, la prise en charge des enfants pendant les temps d’enseignement proposés aux parents.

Dans le même état d’esprit, un pèlerinage spécial « Saint-Valentin » est proposé courant février. Entre temps forts en couple, messes, veillée d’adoration et dîner aux chandelles, les amoureux pourront réfléchir sur leur projet de vie et la place que Dieu y tient. Au mois de mars, un week-end pour les couples sera également proposé. Une belle opportunité pour renouveler sa promesse de mariage !

Infos pratiques et inscriptions : www.jubilelouiszelie160.com

Contact : sanctuaire@louisetzelie.com ; 02 33 26 09 87

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Thérèse et Silouane, brûlés au feu de l’amour divin

Les chrétiens d’Orient célèbraient le 24 septembre la fête du starets Silouane. Il est intéressant de lire cet article qui met en évidence les convergences entre la spiritualité de la “petite Thérèse” et celle de ce religieux du Mont Athos :

THÉRÈSE DE LISIEUX, SILOUANE DE L’ATHOS :

par Christian Portier

[Cet article, paru en 1985, fut écrit avant la canonisation du starets Silouane en novembre 1987.]

” LE DOUX REGARD DU CHRIST “
ASSIS À LA TABLE DES PÉCHEURS,
DONNER LE SANG DE SON COEUR

Parce que toutes les spiritualités chrétiennes se rejoignent à leur source et ne diffèrent pas tellement quant au fond, il n’est pas surprenant de rencontrer des ” familles d’âmes ” qui, au-delà des traditions et des courants de spiritualité, ont de profondes affinités spirituelles. C’est le cas pour ces deux grandes figures des temps modernes que sont sainte Thérèse de Lisieux et Silouane de l’Athos.

Oui ! Silouane est de la même ” famille ” que Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ils sont faits pour se comprendre et pour s’entendre, pourrait-on dire. Nous n’avons nullement l’intention de faire du concordisme de mauvais aloi en essayant de trouver des points de contact entre ces deux grands témoins, au niveau du langage ou au niveau de la théologie spirituelle. Thérèse de Lisieux et Silouane de l’Athos sont extrêmement différents quant à leur origine, leur culture, leur milieu social, leur formation, et même leur appel.

Thérèse Martin, née le 2 janvier 1873, est issue de la petite bourgeoisie normande. Elle a vécu dans un milieu assez fermé et protégé. Thérèse a surtout connu une vie familiale intense. Avant son entrée au Carmel, ses parents et ses soeurs aînées l’ont choyée, sans toutefois la gâter. Elle fut initiée au travail des femmes de son milieu (couture, broderie, peinture, etc.). Thérèse a peu fréquenté le monde sauf au cours d’un pèlerinage qu’elle fit à Rome en 1887, où elle découvre ce monde à travers les réactions, les attitudes, le comportement des personnes qui voyagent avec elle. Thérèse est passée sans transition de cet univers familial un peu clos au milieu monastique carmélitain. Elle n’avait alors que quinze ans.

Son existence fut très brève, puisqu’atteinte de tuberculose, elle meurt à l’âge de vingt-quatre ans après une ” douloureuse passion “, comme le dit le Père Guy Gaucher dans l’un de ses ouvrages sur sainte Thérèse de Lisieux1. Décédée au Carmel de Lisieux le 30 septembre 1897, Thérèse sera très vite canonisée par l’Église, dans le premier quart du XXe siècle. Elle est en Occident, pour beaucoup de chrétiens, un véritable ” maître spirituel “.

Le starets Silouane appartient au monde paysan russe de la province de Tambov. Il est né en 1866 à Chovsk. Homme rude, habitué aux durs travaux, Silouane est aussi un passionné qui a expérimenté jusqu’à la violence toutes les puissances de vie qui l’habitent. Aussitôt après son service militaire, qu’il accomplit à Saint-Petersbourg, il décide de partir au Mont Athos pour devenir moine.

À l’automne de l’année 1892, il est accueilli sur la sainte Montagne, au Monastère de saint Panteleïmon le-Grand-Martyr où il demeura jusqu’à la fin de sa vie C’est dans la nuit du 24 septembre 1938 que le bienheureux starets rendit son dernier soupir, dans une grande paix et une grande douceur.

Parmi les traits qui caractérisaient Silouane, l’Archimandrite Sophrony, à qui nous devons la publication de la vie et des carnets du moine athonite2, souligne cette paix et cette douceur qui émanaient de Silouane. Ayant crucifié toute la force de ses passions, il était devenu doux et humble de coeur, débordant de tendresse et de compassion pour ceux qu’il côtoyait.

Cette brève présentation suffit à faire ressortir les différences entre sainte Thérèse de Lisieux et le starets Silouane. Il n’est pas possible de chercher les contacts au niveau de l’expression de leur cheminement respectif car, nous l’avons dit, ils sont de culture très distincte. Thérèse n’échappe pas à un langage et a une pensée frôlant parfois la mièvrerie sentimentale Cependant au-delà du style littéraire on perçoit toute la profondeur de son expérience spirituelle. Silouane, par contre, est très marqué par la tradition monastique de l’Orient chrétien. ” Homme presque illettré, ” dit l’Archimandrite Sophrony, les paroles du starets sont simples mais d’une extraordinaire profondeur. Ce qu’il dit, Silouane ne l’a pas appris dans les livres mais dans le coeur à coeur avec Dieu.

C’est à ce niveau plus intérieur de leur expérience spirituelle, au niveau de leur être profond touché, traversé par la Grâce, que nous reconnaissons chez Thérèse de Lisieux et Silouane de l’Athos d’étonnantes similitudes. Leur parole ” incandescente ” rejoint tous ceux qui à leur tour désirent se laisser embraser par le Feu de l’Esprit Saint. Mettons-nous, humblement, à l’écoute de cette parole et de leurs témoignages.

Les spiritualités s’opposent souvent quand elles s’embourbent dans des spécialisations d’écoles mais elles se rejoignent forcément quand on remonte à leur source commune : la conversion au Christ. Il n’y a pas d’autre voie pour rencontrer le Christ et vivre en lui, avec lui et par lui que celle de la conversion. C’est une voie qui passe par l’humilité, la confiance, l’esprit d’enfance, les Béatitudes et la prière. Sur cette voie ” royale “, des êtres comme Silouane ou Thérèse de Lisieux, Séraphim de Sarov ou Benoît-Joseph Labre, Jean de Cronstadt ou Jean-Marie Vianney se rejoignent profondément car ils ne vivent rien d’autre que l’Évangile.

” LE DOUX REGARD DU CHRIST “

La donnée de base pour sainte Thérèse de Lisieux comme pour Silouane de l’Athos c’est l’accession progressive de la notion d’individu immergé dans sa nature pécheresse à la notion d’existence personnelle en Christ par laquelle, ce qui en l’homme individualise et oppose devient peu à peu ouverture et communion.

Comment comparer un homme comme Silouane qui a fait l’expérience du péché et une adolescente qui n’a pratiquement pas connu le monde et sa déchéance ? S’il est vrai que leurs perceptions de départ sont très différentes, leurs perceptions spirituelles, en matière de péché, se ressemblent singulièrement.

Thérèse sait bien que si elle a été préservée du péché grave, elle ne demeure pas moins membre d’un peuple de pécheurs. Et elle comprend qu’être ainsi préservée, c’est le comble du pardon. Thérèse imagine pour l’expliquer la parabole suivante : Un père avait deux fils. L’un des fils tomba un jour sur une pierre et dans sa chute se cassa un membre. Aussitôt son père vint à lui, le releva avec amour et soigna ses blessures. Mais il s’empressa aussi d’enlever la pierre du chemin afin que son second fils ne se blesse point à son tour. Lorsqu’il l’apprit, ce dernier eut pour son père une reconnaissance bien plus grande encore que le fils blessé.

Sainte Thérèse écrit :

Je reconnais que sans lui (le Bon Dieu), j’aurais pu tomber aussi bas que sainte Madeleine, et la profonde parole de Notre Seigneur à Simon retentit avec une grande douceur dans mon âme… Je le sais : ” celui à qui on remet moins, aime moins “, mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber 3.

Pour comprendre l’humilité de Thérèse préservée du péché, il faut relire aussi la dernière page de ses Manuscrits autobiographiques, ce sont les ultimes paroles qu’elle a écrites alors que le crayon lui tombait des mains à cause de son extrême faiblesse. Notons au passage ce que sainte Thérèse dit de la prière du publicain qui, en Orient, deviendra la ” Prière de Jésus “. Thérèse la connaissait et la pratiquait sans doute. Mais le coeur de cet extrait des Manuscrits est surtout l’attitude confiante de Thérèse en l’Amour Miséricordieux du Seigneur :

Ce n’est pas à la première place, mais à la dernière que je m’élance ; au lieu de m’avancer avec le pharisien, je répète, remplie de confiance, l’humble prière du publicain ; mais surtout j’imite la conduite de Madeleine… Oui, je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui peuvent se commettre, j’irais, le coeur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien il chérit l’enfant prodigue qui revient à lui. Ce n’est pas parce que le Bon Dieu, dans sa prévenante miséricorde, a préservé mon âme du péché mortel que je m’élève à lui par la confiance et l’amour4.

Thérèse de l’Enfant-Jésus a compris qu’il importait peu finalement qu’on soit le larron de droite ou le larron de gauche, seul compte le cri arraché au coeur du pécheur, cri qui ouvre le passage aux flots de la Miséricorde divine. C’est le coeur brisé qui transforme le brasier de la colère de Dieu en buisson ardent de miséricorde.

Quant à Silouane, il est apparemment loin de Thérèse. En entrant au monastère, après son service militaire, il a déjà connu sa saison d’enfer. Il a expérimenté toute la lourdeur de la chair et sa propension au péché, le tumulte des passions l’a submergé. Silouane se compare lui-même à un ” chien galeux “. Dans sa jeunesse, il a failli tuer un jeune homme dans une querelle.

Après ses premières expériences spirituelles, au monastère, il connaîtra aussi l’enfer intérieur, nous y reviendrons. Silouane a donc traversé l’enfer, mais en même temps il fait l’expérience de la Miséricorde de Dieu qui pardonne tout et toujours, bien plus, qui lui a donné d’éprouver aussi la douceur de son Amour, le jour où l’Esprit Saint a ” pris feu ” dans son coeur.

Je suis mauvais devant le Seigneur ; plus laid qu’un chien galeux, à cause de mes péchés. Mais j’ai prié Dieu de me les pardonner et voici que non seulement il m’a accordé son pardon mais encore le Saint Esprit, et dans le Saint Esprit j’ai reconnu Dieu lui-même5.

Thérèse de Lisieux et le starets Silouane ont découvert et expérimenté que le Seigneur Jésus est venu les sauver de l’enfer – l’enfer non pas considéré comme réalité objective après la mort mais comme étatde séparation, de division, de solitude, de péché et de ” mort ” que l’homme porte en soi – et qu’au coeur même de cet enfer le Christ a fait briller la lumière de sa Résurrection. Tous deux peuvent alors entrer dans la conversion, la permanente ” métanoïa ” qui est comme le retournement de notre saisie du monde.

Ainsi, c’ est bien le Christ mort et ressuscité qui est au centre de toute spiritualité. Pour Thérèse et Silouane il s’agit de se détourner de soi ou encore de ne plus compter sur soi afin de se tourner résolument vers le Christ et chercher son Visage.

Ce mouvement de conversion n’est pas à notre portée, nous pouvons le désirer de tout notre être et peut-être le hâter par la prière mais nous ne pouvons pas le provoquer. Seule la puissance de l’Esprit Saint qui est le dynamisme même de la Résurrection peut agir en nous pour déclencher cette conversion par laquelle, dans un même mouvement et dans le même temps, le pécheur découvre sa pauvreté, sa misère, et le visage de miséricorde du Seigneur.

Laissons parler Silouane :

Un jour pendant les Vêpres, je me tenais en prière devant l’icône du Sauveur, regardant l’image : ” Seigneur Jésus aie pitié de moi pécheur ! ” À ces mots, je vis à la place de l’icône le Seigneur Jésus vivant et la grâce du Saint Esprit remplit mon âme et mon corps. Et je connus dans le Saint Esprit que Jésus est Dieu et le désir de souffrir pour lui s’empara de moi. Depuis ce moment mon âme brûle dans l’Amour de Dieu. Les choses de la terre ne m’attirent plus. C’est Dieu qui est ma joie et ma force, ma sagesse et ma richesse. Louange donc et bénédiction à ta miséricorde, Seigneur…6.

Mais le texte le plus parlant à ce sujet est celui où Silouane affirme qu’en voyant le Visage miséricordieux du Christ son coeur s’est soudain transformé et fut revêtu de la Miséricorde de Dieu :

Le Seigneur est miséricordieux ; mon âme le sait, mais il n’est pas possible de décrire cela avec des mots… Il est infiniment doux et humble et si l’âme le voit, elle se transforme en lui, devient tout amour pour le prochain, elle devient elle-même douce et humble7.

Ô humilité du Christ ! Tu donnes une joie indescriptible à l’âme ! J ai soif de toi parce qu’en toi l’âme oublie la terre et tend toujours plus ardemment vers Dieu. Si le monde comprenait la puissance des paroles du Christ : ” Apprenez de moi la douceur et l’humilité “, il mettrait de côté tout autre science pour acquérir cette connaissance céleste8.

C’est la même perception de sa misère qui a amené Thérèse de l’Enfant-Jésus à découvrir l’Amour miséricordieux de Jésus et qui l’a poussée aussi à s’offrir à lui. Cette perception, Thérèse l’a éprouvée très tôt, elle avait alors onze ans, c’était au moment de sa première communion :

Ah ! qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme… Ce fut un baiser d’amour ; je me sentais aimée, et je disais aussi : ” Je vous aime, je me donne à vous pour toujours. ” Il n’y eut pas de demandes, pas de luttes, de sacrifices ; depuis longtemps, Jésus et la pauvre petite Thérèse s’étaient regardés et s’étaient compris… Ce jour-là, ce n’était plus un regard mais une fusion, ils n’étaient plus deux, Thérèse avait disparu comme la goutte d’eau qui se perd au sein de l’océan. Jésus restait seul, il était le maître, le Roi9.

Toute la vie de Thérèse est marquée par cette acceptation d’elle-même, de son impuissance radicale, de ses imperfections, de sa faiblesse, de sa petitesse, mais sans jamais désespérer de Dieu. Thérèse s’en remet à lui dans une totale et absolue confiance.

Nous voudrions souffrir généreusement, grandement… Quelle illusion ! Nous voudrions ne jamais tomber. Qu’importe mon Jésus si je tombe à chaque instant, je vois par là ma faiblesse et c’est pour moi un grand gain. Vous voyez par là ce que je puis faire et maintenant vous serez plus tenté de me porter entre vos bras. Si vous ne le faites pas, c’est que cela vous plaît de me voir par terre. Alors je ne vais pas m’inquiéter ; mais toujours je tendrai vers vous des bras suppliants et pleins d’amour. Je ne puis croire que vous m’abandonniez10.

Silouane a vu le Visage infiniment doux et miséricordieux du Seigneur Jésus et son âme fut pénétrée de douceur, d’humilité et d’amour. Il désira alors souffrir pour lui11. Sainte Thérèse avait fait une expérience analogue le 9 juin 1895, en la fête de la Sainte Trinité, elle écrit : J’ai reçu la grâce de comprendre plus que jamais combien Jésus désire être aimé12. Et c’est en contemplant cet Amour miséricordieux méconnu, rejeté, que Thérèse concevra le désir de s’offrir totalement à lui :

Ô mon Dieu ! Votre Amour méprisé va-t-il rester en votre coeur ? Il me semble que si vous trouviez des âmes s’offrant en victimes d’holocaustes à votre Amour ; vous les consumeriez rapidement, il me semble que vous seriez heureux de ne pas comprimer les flots de tendresse qui sont renfermés en vous… Ô mon Jésus ! que ce soit moi cette heureuse victime, consumez votre holocauste par le feu de votre Divin Amour ! 13

Cette conversion opère en l’homme un recentrage de tout l’être et une unification qui se réalise dans la personne même du Christ. Son ” doux Regard ” attire à lui l’être tout entier et le plonge dans le feu de l’Amour trinitaire, dans la joie et dans la lumière. Le Christ répand dans le coeur de ceux qui découvrent son Visage de miséricorde un amour universel14. Silouane écrit : Si tu sens en toi la paix divine et l’amour universel, ton âme est déjà semblable à Dieu15.

La nature humaine s’accomplit totalement dans cette ressemblance avec Dieu. L’homme est créé à l’image de Dieu, or c’est en Christ que cette image devient aussi ressemblance, par l’action de l’Esprit Saint. ” La personne, écrit Vladimir Lossky, devient image parfaite de Dieu en acquérant la ressemblance qui est la perfection de la nature commune à tous les hommes “16.

Ce passage de l’image à la ressemblance par lequel une personne atteint sa plénitude ne peut se réaliser que dans une dépossession, dans une mort à soi-même, dans une humilité et une offrande continuelle de soi, que nous avons effectivement remarquées autant chez Thérèse de l’Enfant-Jésus que chez le starets Silouane. À ce sujet, écoutons le témoignage de l’Archimandrite Sophrony qui a connu Silouane sur la Sainte Montagne :

Durant les années où nous avons pu l’observer, il offrait l’image d’une remarquable harmonie des forces psychiques et physiques… C’était, en vérité, un homme : image et ressemblance de Dieu. Le monde est magnifique, c’est la création du Très-Haut. Mais il n’y a rien de plus beau que l’homme, fils de Dieu17.

Il faut souligner aussi que la découverte et la ” vision ” de l’Amour miséricordieux de Jésus nécessitent et s’accompagnent toujours de la prière. Silouane insiste beaucoup sur ce point : Les foires me manquent pour décrire combien le Seigneur nous aime. Par le Saint Esprit on connaît cet Amour ; et l’âme de celui qui prie connaît le Saint Esprit18.

ASSIS À LA TABLE DES PÉCHEURS,
DONNER LE SANG DE SON COEUR

S’il est une similitude profonde entre Silouane et Thérèse, c’est bien ce désir et cette capacité d’intercéder pour tous les hommes, et d’abord pour les pécheurs avec lesquels ils se sentent profondément solidaires.

Pour Silouane, la seule preuve que l’on chemine vers le Seigneur et qu’il grandit en nous, c’est l’amour évangélique des ennemis et notre prière pour eux. Et la grande prière de Thérèse était d’intercéder pour tous les hommes éloignés de Dieu ou séparés de lui :

Hélas ! les ténèbres n’ont point compris que ce Divin Roi était la lumière du monde… Mais Seigneur, votre enfant l’a comprise votre divine lumière, elle vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d’amertume où mangent les pauvres pécheurs avant le jour que vous avez marqué… Mais aussi ne peut-elle pas ne pas dire en son nom, au nom de ses frères : Ayez pitié de nous Seigneur ; car nous sommes de pauvres pécheurs ! 19

Il est intéressant de rechercher dans quel contexte spirituel est née cette prière d’intercession pour tous les hommes, aussi bien chez Thérèse de l’Enfant-Jésus que chez Silouane de l’Athos. Et on ne peut manquer de constater alors la proximité étonnante de leur expérience respective. C’est au moment où Thérèse est plongée dans la plus épaisse obscurité de la nuit de la foi qu’elle se découvre soudain en communion avec les pécheurs. Sans se séparer d’eux, elle se met au nombre des pécheurs et crie vers Dieu. Il en va de même pour Silouane. C’est l’expérience de l’enfer qui lut fera dire : Je ne désire rien d’autre que de prier pour les autres comme je le fais pour moi-même. Prier pour les hommes veut dire : donner le sang de son propre coeur20.

Ce qui revient constamment dans les écrits de Silouane, comme un leitmotiv, c’est cette intercession pour les hommes. Intercéder ainsi est un don de l’Esprit Saint : L’Esprit de Dieu nous apprend à prier partout, même au désert, pour tous les hommes, pour le monde entier21.

Quelque temps après son entrée au monastère sur la sainte Montagne de l’Athos, Silouane fit cette expérience de l’enfer que bien des Pères du Désert avaient faite avant lui, expérience qui faisait dire à Abba Poemen s’adressant à ses disciples : ” Croyez-moi, mes enfants, là où est Satan, c’est là que je serai. ” Ou encore au petit cordonnier d’Alexandrie interrogé par saint Antoine : ” Tous seront sauves, moi seul je périrai. ” Et le Seigneur révéla à Antoine qu’il n’était pas parvenu à la mesure de ce cordonnier. Silouane décrit ainsi sa propre expérience :

Quand j’ai reçu la grâce du Saint Esprit, j’ai connu que Dieu m’avait pardonné mes péchés. Sa grâce m’en rendait témoignage et je pensais n’avoir besoin de rien d’autre. Mais il ne faut pas penser ainsi ; bien que nos péchés soient déjà pardonnés, il nous faudra nous les rappeler toute notre vie, dans la componction et le repentir. Moi, en n’agissant pas ainsi, j’ai perdu la componction et le repentir et j’ai eu à souffrir beaucoup de la part des démons. Je ne pouvais comprendre ce qui se passait en moi ; mon âme connaissait le Seigneur et son Amour ; pourquoi donc cet assaut de pensées mauvaises ? Mais le Seigneur eut pitié de moi et me montra la voie de l’humilité : ” Tiens-toi bien consciemment en enfer et ne désespère pas. ” Ainsi fut vaincu l’ennemi22.

Le bienheureux starets avait été plongé en enfer pour avoir voulu ” savourer ” en quelque sorte la grâce de l’Esprit et les joies spirituelles qui le remplissaient d’orgueil. Le Seigneur lui fit comprendre alors que les orgueilleux souffrent toujours à cause des démons23. Aussi Silouane dira plus tard : Si tu deviens tout humilité, ton âme obtiendra la paix parfaite24.

Thérèse de l’Enfant-Jésus fait pratiquement la même expérience. Elle est plongée dans un sombre tunnel. Dans un tout autre vocabulaire que celui de Silouane, elle parle d’un épais brouillard qui l’empêche de contempler le brillant soleil. Cette obscurité, Thérèse la vit en communion avec les incroyants et les pécheurs :

Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m’a fait sentir qu’il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la foi, qui par l’abus des grâces perdent ce précieux trésor, source des seules joies pures et véritables. Il permit que mon âme fut envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du Ciel si douce pour moi ne soit plus qu’un sujet de combat et de tourment25.

Tout en sachant que cette épreuve serait longue, très longue, qu’elle se prolongerait sa vie durant jusqu’à l’heure marquée par le Bon Dieu selon son expression, Thérèse de l’Enfant-Jésus accepte cependant de s’asseoir à cette table des pécheurs, comme l’a fait son Maître, son ” Roi ” :

Oh ! Seigneur, renvoyez-nous justifiés… Que tous ceux qui ne sont point éclairés du lumineux flambeau de la Foi le voient luire enfin. Ô Jésus, s’il faut que la table souillée par eux soit purifiée par une âme qui vous aime, je veux bien y manger seule le pain de l’épreuve jusqu’à ce qu’il vous plaise de m’introduire dans votre lumineux royaume. La seule grâce que je vous demande, c’est de ne jamais vous offenser ! 26.

Cette grâce de communion à tous les hommes, et plus spécialement aux pécheurs pour qui Thérèse intercède et s’offre, remonte très loin dans son passé. Elle lui a été fait deux ans après sa première communion, très exactement à la Fête de Noël de l’année 1886. Ce fut un moment particulièrement décisif qui va orienter toute sa vie. Ce Noël, dit Thérèse, je reçus la grâce de ma complète conversion27. Elle est alors pénétrée par le feu de 1’amour, un amour qui ne connaît point de limites, un amour qui ne fait pas de différence, un amour universel, un amour de miséricorde. Cet amour dont son coeur est soudain embrasé est celui de Dieu lui-même :

Il (Jésus) fit de moi un pêcheur d’âmes, je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs, désir que je n’avais pas senti aussi vivement… Je sentis en un mot la Charité entrer dans mon coeur ; le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je sentis heureuse28.

Comment ce désir de travailler à la conversion des pécheurs allait-il se concrétiser ? Thérèse raconte cet événement qui s’est passé peu de temps après sa ” complète conversion ” :

Un dimanche en regardant une photographie de Notre Seigneur en croix, je fus frappée par le sang qui tombait d’une de ses mains divines j’éprouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait à terre sans que personne ne s’empresse de le recueillir et je résolus de me tenir en esprit au pied de la croix pour recevoir la divine rosée qui en découlait comprenant qu’il me faudrait ensuite la répandre sur les âmes… Ce n’était pas encore les âmes de prêtres qui m’attiraient, mais celles des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles29.

C’est à ce moment que Thérèse entendit parler de l’assassin Pranzini, condamné à mort pour un triple meurtre. Elle se mit à prier pour sa conversion et employa pour cela tous les moyens imaginables dans une confiance inébranlable en la Miséricorde infinie de Jésus. La supplication de Thérèse fut entendue par le Seigneur À l’échafaud, en effet, Pranzini saisit le crucifix que lui présentait le prêtre et baisa par trois fois les plaies de Jésus :

Les lèvres de ” mon premier enfant ” allèrent se coller sur les plaies sacrées ! Quelle réponse ineffablement douce !… Ah ! depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour…30.

Revenons à Silouane. Après son expérience du désert, il concentre toutes les forces vives de son être pour acquérir l’humilité du Christ dont il avait eu la ” vision “. Silouane avait compris, en effet, que le champ de bataille contre le mal, le mal cosmique, se trouve dans notre propre coeur et que l’ultime racine du péché réside dans l’orgueil… cette véritable semence de mort qui fait peser sur toute l’humanité les ténèbres du désespoir31.

Peu à peu commence à prédominer dans la prière du bienheureux starets la compassion pour ceux qui ne connaissent pas Dieu. Ayant reçu dans le Saint Esprit l’Amour divin, Silouane sait qu’aimer de cet Amour c’est boire à la même coupe que le Christ, ce qui lui fait dire :

Prier pour les hommes veut dire : donner le sang de son propre coeur32.

Silouane sait aussi que la prière de ceux qui vivent de l’Amour du Christ, la prière des saints, est d’une grande utilité pour le monde :

Le moine prie avec des larmes pour le monde entier et c’est en ceci que consiste son oeuvre principale. Et qu’est-ce qui le pousse à prier et à pleurer pour le monde entier ? Jésus, le Fils de Dieu, donne au moine dans le Saint Esprit : l’Amour ; et son âme sent une continuelle angoisse pour les hommes car ils ne cherchent pas le salut de leur âme33.

Comme Thérèse de Lisieux, Silouane connut vivement la ” douce ” souffrance d’aimer, d’un amour universel. Sa compassion pour les hommes, surtout ceux qui ne connaissent pas la Bonté de Dieu, a maintenu le starets aux portes de l’enfer. Mais, comme il le dit, sans que l’enfer ait pouvoir sur lui. Goutte à goutte, Silouane verse le sang de son propre coeur :

Si la grâce de l’Esprit Saint habite le coeur d’un homme, même en une mesure infime, cet homme pleure pour tous les hommes ; il a plus encore pitié de ceux qui ne connaissent pas Dieu ou qui lui résistent. Il prie pour eux jour et nuit afin qu’ils se convertissent et reconnaissent Dieu34.

Le Seigneur a fait de Silouane un ” pêcheur d’hommes “. Toute sa vie s’est consumée dans l’Amour pour ses frères, cette parole du starets en témoigne :

Depuis l’époque où le Seigneur m’a donné par le Saint Esprit, de connaître l’Amour divin, voilà déjà quarante ans que je souffre pour le peuple de Dieu35.

À travers ces deux grandes figures, l’une occidentale, l’autre orientale, nous découvrons une très grande proximité dans l’expérience spirituelle. Lorsque leur regard a croisé, rencontré, le Regard du Christ, Thérèse de l’Enfant-Jésus et le starets Silouane ont été envahis par la ” Lumière ” de ce Regard divin, envahis aussi par l’Amour du Christ, au point qu’ils auraient pu dire avec saint Paul : Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi36.

Dans son Amour, le Christ, Nouvel Adam, a assumé toute l’humanité et il a souffert pour elle. Il a ainsi uni l’existence de chaque homme à la sienne, où il n’y a place pour aucun déchirement, pour aucune division, pour aucune limitation. Dans le Christ, en sa Mort et sa Résurrection, toute l’humanité forme un seul corps, tous et chacun, nous sommes membres les uns des autres37.

Aussi tout homme qui, par la grâce du Saint Esprit, connaît (au sens biblique du terme) l’Amour du Christ est entraîné au-delà de son ” moi ” individuel. Thérèse de Lisieux l’exprime ainsi : En peu de temps le Bon Dieu avait su me faire sortir du cercle étroit où je tournais ne sachant comment en sortir38.

Toute personne qui est incorporée au Christ est également incorporée à l’unité de son corps. Il ne fait plus qu’un non seulement avec le Christ mais aussi avec toute l’humanité, avec l’Adam total que le Christ porte en lui. Ayant connu dans l’Esprit Saint, l’Amour du Christ, Thérèse et Silouane sont donc devenus des êtres de communion. Leur prière ne connaissait plus alors de limites spatio-temporelles, elle englobait, embrassait l’humanité et le cosmos. Leur amour et leur compassion s’élargissaient aux dimensions du monde. Silouane insiste beaucoup dans ses carnets sur cette solidarité spirituelle avec l’univers entier :

Dans la plénitude de 1’Amour de Dieu l’âme tremble et prie pour le monde entier ; elle prie pour tous les hommes afin qu’ils connaissent leur Créateur et Père du Ciel et se réjouissent par sa grâce et son Amour39.

Toute personne en communion qui, par le repentir, l’ascèse, les larmes, la prière, surmonte en elle-même le mal et le péché, fait se répercuter sur le monde entier cette victoire. À ce sujet Silouane écrit :

Le moine doit combattre ses passions et les vaincre avec l’aide de Dieu. Parfois le moine est bienheureux en Dieu, comme s’il était au Paradis ; souvent il pleure et prie pour l’humanité entière, animé par le désir que tous soient sauvés… Tu diras peut-être qu’ils n’existent plus de nos jours ces moines qui prient pour tous les hommes ; mais je te dis que de grands malheurs et la destruction même de l’univers surviendraient s’il n’y avait plus de priants dans ce monde40.

Sainte Thérèse de Lisieux et le Bienheureux Silouane ressentaient avec angoisse et douleur la détresse et le péché du monde. Ce péché ne leur était pas étranger mais ils le considéraient comme leur propre péché. C’est ainsi que tous deux se tenaient continuellement ” en enfer “, sans jamais désespérer de la Miséricorde divine qu’ils imploraient et pour eux-mêmes et pour leur frères, avec ardeur et persévérance.

Celui qui aime vraiment vit en quelque sorte l’existence de l’aimé comme la sienne. Il assume même ses ténèbres, ses souffrances, il les partage et cherche par tous les moyens à illuminer les ténèbres de l’autre par la lumière de son amour, il cherche à arracher l’autre à sa détresse et à lui éviter tout mal. N’est-ce pas ce qui s’est accompli entre le Christ et l’humanité dans le Mystère de la Rédemption ? Ce Mystère qui est un merveilleux ” échange ” se poursuit, s’actualise, pourrait-on dire, à travers ces êtres de communion que sont les saints.

Nous avons une magnifique illustration de cela dans ” l’échange “41 qui s’accomplit par l’intermédiaire de Thérèse de Lisieux entre l’assassin Pranzini et le Christ, échange que la sainte formule ainsi : C’était un véritable échange d’amour ; aux âmes je donnais le sang de Jésus, à Jésus j’offrais ces mêmes âmes rafraîchies par sa rosée divine42.

Il n’est pas exagéré de dire que Thérèse de Lisieux et Silouane de l’Athos ont été véritablement ” prêtres ” du monde. Leur vie spirituelle s’enracine dans les profondeurs du mystère de l’Église. Il serait trop long de développer cet aspect, mais j’ai été frappé dans leurs écrits par ce que j’appellerai leur conscience ecclésiale.

Citons seulement un épisode significatif de la vie de Thérèse. Il s’agit de la longue et patiente recherche de sa vocation dans l’Église, alors qu’elle était déjà carmélite à Lisieux. Thérèse se sentait appelée à toutes les vocations : elle voulait être à la fois soldat du Christ, prêtre, apôtre, docteur, missionnaire et martyr. Elle se demandait comment réaliser tous ces désirs ” fous “, comme elle les appelle, désirs, qui a l’oraison, avoue-t-elle lui faisaient subir un véritable martyre. C’est en méditant et priant sur la première Épître aux Corinthiens, chapitres 12 et 13, que Thérèse trouva enfin une réponse qui mit fin à sa torture intérieure :

Considérant le Corps mystique de l’Église, je ne m’étais reconnue dans aucun des membres décrits par saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous : La Charité me donna la clef de ma vocation… Je compris que l’Église avait un coeur et que ce coeur était brûlant d’amour… Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux, en un mot est éternel !… Alors dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : Ô Jésus mon Amour… ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation c’est l’amour ! Dans le coeur de l’Église ma mère, je serai l’amour, ainsi je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé ! ! ! 43

Oui ! c’est bien cette vocation dans l’Église que Thérèse et Silouane ont l’un et l’autre vécue. Peu leur importaient alors les oeuvres, seul comptait l’amour qu’ils avaient pour le Seigneur et pour tous leurs frères en humanité, qu’ils mettaient dans les moindres actes de leur vie.

Le moine prie avec des larmes pour le monde entier, écrit Silouane, et c’est en ceci que consiste son oeuvre principale. Et qu’est-ce qui le pousse à prier et à pleurer pour le monde entier ? Jésus, le Fils de Dieu, donne au moine, dans le Saint Esprit : 1’amour. Et son âme sent une continuelle angoisse pour les hommes, car beaucoup ne cherchent pas le salut de leur âme44.

Thérèse de Lisieux et Silouane de l’Athos ont en commun leur réclusion, ils vivaient loin des tumultes du monde et pourtant le monde était présent dans leur cellule monastique et dans leur cellule intérieure, celle du coeur. La misère et les attentes du monde, ils les ressentaient bien plus intensément que ceux qui étaient en plein monde. L’Archimandrite Sophrony écrit à ce propos :

Dieu a bien voulu nous permettre de vivre auprès du starets (Silouane) et de voir… comment, dans un même coeur, peuvent coexister de la plus étrange manière une profonde et inébranlable paix ainsi que de grandes et déchirantes lamentations ; une joie radieuse et paisible, et en même temps, les grands tourments d’un esprit qui vit la tragédie de l’humanité45.

Thérèse et Silouane voyaient à la fois le Paradis et l’Enfer. L’expérience spirituelle de ces deux témoins fait ressortir qu’au-delà des traditions occidentale et orientale il y a une unique voie, celle de la conversion, qui est rencontre personnelle avec le Christ. Sur cette voie où Thérèse et Silouane se sont engagés, le Christ les a saisis et leur coeur a été comme ravi par l’Amour de Dieu (Silouane). Enflammés au Feu de l’Amour divin, ils l’ont propagé en renonçant à eux-mêmes, en s’offrant, en donnant, dans la prière continuelle, le sang de leur coeur.

Sainte Thérèse de Lisieux et le Bienheureux starets Silouane ont englobé le monde par l’amour, pour le sauver. Au coeur du monde et au coeur de l’Église, ils ont effectivement été l’un et l’autre l’amour. Puisse le Seigneur susciter partout dans le monde de nombreuses âmes, qui à la suite de Thérèse et de Silouane, se ” consumeront ” dans l’amour.

Pour conclure, laissons une fois encore la parole à Thérèse, puis à Silouane :

Il n’y a que la Charité qui puisse dilater mon coeur. Ô Jésus, depuis que cette douce flamme le consume, je cours avec joie dans la voie de votre commandement nouveau… Je veux y courir jusqu’au jour bienheureux où, m’unissant au cortège virginal je pourrai vous suivre dans les espaces infinis, chantant votre cantique nouveau qui doit être celui de l’amour46.

Plus grand est 1’amour, plus grande est la peine de l âme : plus vaste est l’amour plus pleine la connaissance ; plus ardent l’amour plus fervente la prière ; plus parfait 1’amour, plus sainte est la vie. Ô Seigneur, donne cet Amour à nous tous ! Donne-le au monde entier ! Esprit Saint, descends dans nos âmes afin que nous glorifiions le Créateur à pleine voix, le Père, le Fils et le Saint Esprit ! 47

Cet article est paru pour la première fois
dans la revue Contacts, XXXVII, 1985
et a été reproduit dans la revue Le Chemin, no. 37, 1997.


NOTES

1 Guy Gaucher, La passion de Thérèse de Lisieux, Cerf/DDB, 1973.
2 Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, moine du Mont Athos. Vie – Doctrine – Écrits, Présence, 1973. 
3 Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, Carmel de Lisieux, 1957, p. 92.
Manuscrits, p.313.
5 Silouane, Écrits spirituels, (Extraits), Abbaye de Bellefontaine, 1974.
6 Ibid., p. 77.
7 Ibid., p. 20.
8 Ibid., p. 24.
9 Manuscrits,
 p. 83.
10 Lettres de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Carmel de Lisieux, p. 89.
11 Cf. supra.
12 Manuscrits, p. 210.
13 Ibid., p 210.
14 Nous développerons plus loin cet aspect.
15 Silouane, p. 25.
16 Vladimir Lossky, Théologie mystique de l’Église d’Orient, Cerf, 1990, p. 119.
17 Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, pp. 52 et 54.
18 Ibid., p. 278.
19 Manuscrits, p. 251.
20 Silouane, pp. 56-57.
21 Ibid., p. 59.
22 Silouane, pp. 30-31.
23 Ibid., p. 65.
24 Ibid., pp. 67-68.
25 Manuscrits, p. 250.
26 Manuscrits, p. 51.
27 
Ibid., p. 107.
28 Ibid., p. 109.
29 Ibid., pp. 109-110.
30 Manuscrits, pp. 111-112.
31 Archimandrite Sophrony, p. 45.
32 Silouane, p. 57.
33 Ibid., p. 56.
34 Ibid., p. 8.
35 Archimandrite Sophrony, p. 338.
36 Galates 2, 20.
37 Romains 12, 5.
38 Manuscrits, p. 112.
39 Silouane, p. 40.
40 Silouane, p. 58.
41 Cf. supra.
42 Manuscrits, p. 112.
43 Manuscrits, p. 229.
44 Silouane, p. 56.
45 Archimandrite Sophrony, pp. 218-219.
46 Manuscrits, pp. 272-273.
47 Silouane, pp. 63 et 82.

Source Belgicatho

NLQ #Rome

Algérie : le pape François ne se rendra pas à la béatification des moines de Tibhirine

La cérémonie, à laquelle le souverain pontife avait un temps été annoncé, se déroulera le 8 décembre.

Leur destin tragique a notamment inspiré le film « Des hommes et des dieux », Grand Prix du Festival de Cannes en 2010. Les moines français de Tibéhirine seront béatifiés le 8 décembre à Oran, en Algérie, mais le Pape François ne fera finalement pas le déplacement.

« La cérémonie sera présidée par le cardinal (Angelo) Becciu, envoyé spécial du Saint-Père », précise Mgr Paul Defarges, archevêque d’Alger, confirmant implicitement que le pape François, dont le déplacement en Algérie à l’occasion de cette béatification avait été un temps évoqué, ne sera donc pas présent.

« Calendrier »

Le ministre algérien des Affaires religieuses, Mohamed Aissa, avait indiqué plus tôt à la radio nationale algérienne que le « calendrier » du Pape François ne lui permettait pas de venir en Algérie pour cette béatification. Proche du pape, le cardinal Becciu est depuis août préfet de la Congrégation pour la cause des saints, qui administre au Vatican l’ensemble des processus de béatification et canonisation.

Les sept moines de Tibéhirine (80 km au sud d’Alger) avaient été enlevés en mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas et leur mort annoncée le 23 mai suivant par le Groupe islamique armé (GIA). Les conditions exactes de leur assassinat n’ont toujours pas été élucidées.

Douze autres béatifiés

Seront béatifiés en même temps qu’eux Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran et fervent défenseur du rapprochement entre les religions, tué par une bombe le 1er août 1996, ainsi que cinq religieux et six religieuses tués en 1994 et 1995 à Alger et Tizi-Ouzou (une centaine de km à l’est d’Alger) en pleine guerre civile algérienne.

Quelque 200 000 personnes, dont de très nombreux civils, ont été tuées durant la guerre civile (1992-2002) ayant opposé l’armée algérienne à des groupes islamistes armés à qui ont été attribués de très nombreux attentats et massacres à grande échelle.

Source : le parisien

A la une #Doctrine / Formation

Histoire de sainteté : le bienheureux Frédéric Ozanam

Découvrez l’histoire du bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853), professeur, historien français, fondateur de la Société Saint Vincent-de -Paul.

« Homme de pensée et d’action, Frédéric Ozanam demeure un modèle d’engagement courageux, capable de faire entendre une parole libre et exigeante dans la recherche de la vérité et la défense de toute personne humaine » commentait Jean-Paul II pour la béatification de Frédéric, résuman ainsi parfaitement le personnage.

Son histoire est une bonne source d’inspiration : laïc catholique, marié, père de famille, il s’était engagé dans la France de son temps, celle de la première moitié du XIXe siècle. Fondateur de la Société de Saint Vincent de Paul, il fut une des grandes figures de l’action caritative de son temps, il a visité et servi les plus pauvres, les misérables des faubourgs de Paris et de Lyon. Professeur d’université, il a été un précurseur de la doctrine sociale de l’Eglise.

En 1852, Frédéric tombe malade et meurt à Marseille à la fin de l’été 1853, le 8 septembre, des suites d’une tuberculose rénale, il avait 49 ans. Son corps repose dans la crypte de la chapelle des Carmes, rue de Vaugirard à Paris. Jean-Paul II l’a déclaré bienheureux le 22 août 1997, en la cathédrale Notre-Dame de Paris, au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse, en le présentant comme « un modèle d’engagement et de Sainteté pour les jeunes du monde entier ».

La vie du bienheureux Frédéric Ozanam
Source : Vatican News