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L’édito – Lutter contre l’épidémie de moustiques catholiques

Une question me taraude. Pourquoi les médias et toute une certaine idéologie s’en prend aussi farouchement et sans relâche à ce qu’ils considèrent comme une minorité moribonde ? Pourquoi toute la bien-bien-pensance s’acharne ainsi contre les catholiques ? Pourquoi vouloir les faire taire, s’ils sont si inoffensifs ? Pourquoi les diaboliser s’ils sont insignifiants ? Pourquoi les intimider s’ils n’intéressent personne ? Pourquoi vouloir les éradiquer de la place publique, pour ne pas dire plus, s’ils ne sont qu’un groupuscule ? Les positions de cette pensée unique seraient-elles donc si peu fiables qu’elles ne supportent pas ces vermisseaux ? Le problème est bien là. Les catholiques, dès lors qu’ils suivent le véritable message du Christ et non un succédané au goût du jour, mettent la vérité en pleine lumière. Or la vérité a toujours, dans le cœur des hommes, un écho attrayant. En d’autres termes, la vérité appelle, attire et comble, même si elle dérange et fait peur. La vérité fait toujours son chemin dans les cœurs et dans les âmes et il faut déployer bien des armées pour lui résister. Le mensonge, le déni, la haine, l’illusion ne sont que quelques-unes des divisions blindées que nous envoyons à la rescousse de notre peur face aux exigences de la vérité. Mais la vérité ne peut pas ne pas être et donc toucher tout être humain. Voilà le danger que représentent les catholiques. Ils distillent l’antidote de vérité à une société qui refuse le réel. Un antidote qui, chemin faisant, guérit et libère de l’esclavage de ce monde. Une seule piqûre de moustique porteur de ce germe de vérité et la propagation risquerait d’embraser l’humanité toute entière. Le moustique catholique, si infime soit-il, représentera toujours la menace d’extermination du système liberticide qui contrôle le plus intime de chaque être humain, par l’asphyxie de la vérité et le poison du mensonge.

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Catholiques et politique, les raisons de nos impasses

                                                                                                          

Aujourd’hui les règles du jeu politique sont dominées par des réalités contraignantes non politiques. L’économie, bien entendu, mais aussi les médias et de nombreux lobbies. Ce que nous appelons politique n’est en fait qu’un appareil de gouvernement. Les responsables politiques sont un des maillons du système actuel. Ils n’en sont en rien le sommet. Or, si le politique tient une vision et que celle-ci unifie l’action, les responsables politiques devraient inclure dans leur projet – et donc leur programme politique – toutes ces réalités contraignantes pour leur donner un sens. En d’autres termes, sans les contrôler, ils devraient leur donner leur place dans la réalisation de la vision.

Aujourd’hui il n’en est rien. Le politique est réduit à n’être que la courroie de transmission de réalités contraignantes qui les dépassent et, par là, les soumettent. Concrètement, cela signifie que la réalité du pouvoir est ailleurs et que le rôle actuel des politiques n’est plus celui auquel nous nous référons.

Première raison de nos impasses, nous n’utilisons pas le politique pour ce qu’il est aujourd’hui, une courroie de transmission. Deuxième raison, qui découle de là, nous ne comprenons pas les règles du jeu. Nous imaginons encore les responsables politiques comme les anciens notables qui disposaient d’un pouvoir véritable de décision et d’action et donc d’influence. Il suffit pourtant de regarder les débats parlementaires pour se rendre compte que les jeux sont faits en amont, comme en aval. Consignes de vote, vexations diverses, refus des fonctionnaires de transformer les lois en décrets d’application, pression médiatique, pour ne parler que du plus audible.

Tandis que nous nous essoufflons sur le terrain de sport politique avec d’anciennes règles, les rodés du système marquent point sur point presque sans effort. Nous nous focalisons sur un rythme politique et électoral qui n’est pas le nôtre, qui est hors de notre portée.

Bien entendu il ne s’agit pas de déserter la sphère politique nationale. Mais si nous voulons entrer dans le jeu et le modifier durablement, il faut nous faire précéder de notre vision et de notre projet. Entendons, chaque action que nous menons, chaque loi que nous proposons doit non seulement répondre à un besoin réel du moment politique et médiatique, mais en même temps fissurer le système actuel, ne fût-ce que par un point de détail, un léger grain de sable dans les rouages. Nous devons penser, agir dans la durée et ne pas nous contenter de réagir à l’immédiateté. Les deux pouvant, du reste, être plus ou moins fortement liés. Que ce soit en politique, en économie, dans le social ou l’éducatif, tout ce que nous faisons doit s’inscrire dans la longue durée pour préparer demain.

Et nous rejoignons ici la troisième raison de nos impasses politiques. Pour poser aujourd’hui les pas pour demain, encore faut-il avoir une vision et un projet clairement identifié. Or cette vision et ce projet n’existent pas. Globalement nous avons les fondements et cela est le préalable indispensable. Nous sommes même les seuls à avoir des fondements, c’est-à-dire un sens. Mais ce sens doit prendre corps dans une vision de société concrète et non abstraite ou virtuelle et se trouver incarnée dans un projet de société.

Concrètement, les fondements de notre engagement nous donnent ce sens ultime de la dignité humaine en vue du développement intégral de tout l’homme et de tout homme. Ce sens profond doit prendre corps et sens particulier dans cette France aux contours et à l’histoire spécifique. Telle doit être la vision de toute politique en France. Mais pour être rejoint, ce sens, inscrit dans cette vision pour la France, doit s’incarner aujourd’hui dans la réalité de ce que sont la France et le monde d’aujourd’hui autour d’un projet politique d’envergure.

Faute de ce projet unificateur qui dépasse largement le monde politique, mais nous concerne tous, nous ne produirons que des mesurettes conjoncturelles, nous continuerons de nous essouffler dans la multiplication d’initiatives louables et belles, c’est vrai, mais souvent isolées voire redondantes.

Enfin, faute d’identifier nos dépendances intimes avec le système, nos complicités passives (ou actives) condamnent l’essentiel de nos initiatives à l’échec faute de soutien, de relais et d’engagements. Après la patience, l’humilité et l’espérance dont nous parlions dans une autre tribune, il nous manque le courage du sacrifice et de l’abandon. Comme je l’ai écrit par ailleurs, nous devons apprendre à passer du consumérisme au Sacré Cœur. Lâcher prise, abandonner l’avoir pour l’être. Tout comme notre vision est consubstantielle au temps, elle est intrinsèquement liée à cet autre glissement celui de l’avoir à l’être, lui-même intimement lié au temps, à l’infini.

Et là se trouve le fond même de notre impasse. Nous nous battons face à des épouvantails, sans chercher à atteindre la réalité de notre adversaire. Nous ne remettrons pas notre monde sur la bonne route si nous ne coupons pas les véritables amarres du navire. Les liens que tissent les tenants de la nouvelle civilisation et qui enserrent le monde réel dans une virtualité sans précédent visent à créer un homme dieu, auto justifié, toujours en changement parce qu’éternellement insatisfait de l’ersatz que pourtant lui-même crée. Nous ne livrons pas un combat aux épiphénomènes législatifs et commerciaux, mais aux sapes même de notre civilisation. Le champ de bataille est formellement anthropologique et transcendant. L’enjeu n’est pas le mariage entre deux personnes de même sexe, ni même l’avortement. Le véritable danger est que des hommes, fussent-ils élus, puissent décider d’une vérité anthropologique.

Il est impératif d’identifier notre ennemi car nous devons en prendre le contre-pied. Notre vision défend non seulement une vérité anthropologique, mais aussi le simple fait qu’il puisse y avoir une vérité anthropologique et transcendante qui n’est pas une invention humaine et dont l’homme dépend pour pouvoir se développer en vérité et en plénitude. Autrement dit, notre vision inclut la transcendance de vérités supérieures aux lois, immuables et éternelles. Il est inutile de mener le moindre combat s’il n’inclut pas, même de manière infime et discrète, cet enjeu fondamental. Toute action n’incluant pas cette vision existentielle vitale est à terme vouée à l’échec. Ceci ne signifie en aucun cas qu’il ne faut pas lutter contre les injustices immédiates et cuisamment concrètes. Mais il faut les intégrer dans une vision plus large, plus profonde, plus longue. Réciproquement, il faut intégrer cette vision à l’action. Alors nous serons dans le mieux possible et non dans le moindre mal. Car le mieux possible suppose une vision, une direction, une dynamique.

Voici un nouveau glissement important pour incliner peu à peu ce système à bout de souffle vers le renouveau de notre civilisation. Agir de façon coordonnée dans une même direction et à chaque instant. Nous inscrire dans la durée et la transcendance suppose une petite révolution mentale militante en vue du bien. Nous devons être convaincus de notre réel pouvoir d’agir dans le temps par la moindre de nos décisions, le plus petit de nos actes. Ces millions de gouttes d’eau feront une masse d’eau qui effondrera le système.