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Timor-Oriental – Les jésuites mettent fin à des décennies de pénurie d’eau

Durant des décennies, les gens d’Urmera, du district de Liquica à Timor-Leste, ont pris l’habitude de se lever tôt chaque matin pour gravir les quatre kilomètres qui mènent au sommet d’une colline afin d’y puiser de l’eau. Ils devaient prendre de vitesse des centaines d’autres villageois venus puiser dans deux anciens puits, enterrés là durant l’occupation indonésienne. Souvent, ils devaient faire la queue et attendre longtemps avant de pouvoir puiser leur eau.

Domingos da Silva était l’un d’eux. L’homme de 67 ans se levait à 5 heures du matin, poussait un chariot remplit de bidons jusqu’en haut de la colline afin des les remplir, puis recommençait l’opération l’après-midi. Tout cela a pris fin en octobre 2016 grâce à un projet lancé par le Service social Jésuite (JSS), qui a permis de faire venir l’eau potable littéralement jusque devant sa porte.
Environ quarante familles du village de Domingos en ont bénéficié. « Nous avons patienté si longtemps pour cela ! Cela nous a délivrés d’un poids énorme. Maintenant, nous n’avons pas à nous inquiéter pour la cuisine, pour boire, pour nous laver ou pour nos cultures », se réjouit-t-il. « Maintenant, j’ai le temps et la force pour d’autres choses importantes, comme trouver de l’argent pour ma famille. » Ses revenus sont justes, car il doit payer l’éducation de son fils au collège Saint-Ignace de Loyola de Kasait, à environ 15 kilomètres à l’ouest de Dili.

Maintenant, il vend du bois de chauffage tous les jours. Il vend également du maïs et d’autres légumes, parfois au marché local, parfois de porte à porte.

Pour Izelda de Espiritu Santo et sa famille, le projet d’approvisionnement en eau a également transformé la vie des habitants. « Le jour où l’eau courante a commencé à fonctionner a été l’un des moments les plus heureux de ma longue vie », confie cette femme âgée qui avait l’habitude d’aller chercher l’eau à tour de rôle avec ses douze enfants. « L’eau n’est plus un problème. Ce qui nous préoccupe davantage, maintenant, est de subvenir correctement à nos besoins. » Les habitants ont des cultures mais les sécheresses prolongées ont empêché la famille de se reposer sur les récoltes pour assurer un revenu régulier. C’est pourquoi son mari âgé travaille toujours dans une industrie de volailles à Dili.

Marselinus Oki, un ingénieur recruté pour le projet des jésuites, explique que les gens ne les remercieront jamais assez pour ce qui est devenu une étape importante dans leurs vies. L’émotion était si vive que chaque étape du projet était célébrée. « Alors que nous nous apprêtions à creuser les puits, se souvient l’ingénieur, les gens s’étaient rassemblés pour le succès de l’opération. Quand l’eau est arrivée, ils étaient fous de joie et remerciaient Dieu de leur donner enfin à boire. »

Près de 300 000 personnes sans eau courante

Les pénuries d’eau demeurent un problème sérieux à Timor-Leste, particulièrement dans les zones rurales. Il en résulte souvent un assainissement des eaux médiocre. À cause de la sécheresse, les toilettes sont presque inexistantes. Durant la saison des pluies, les bactéries provenant des excréments se répandent. L’eau de pluie récoltée s’infecte et cause, en particulier chez les enfants, des diarrhées et d’autres maladies. D’après un recensement de 2015, plus de 830 000 personnes, parmi la population de 1,1 million d’habitants de Timor-Leste, vit dans les zones rurales. Environ 78 % des gens vivant dans les zones urbaines ont accès à l’eau potable, mais seulement 64 % des gens des régions rurales en bénéficient, selon Rui de Sousa, directeur des services d’eau et d’assainissement de Timor-Leste.
« Le but du gouvernement est d’approvisionner en eau courant toutes les communautés d’ici 2030 »,explique-t-il. Pour l’instant, le gouvernement ne s’occupe que des zones urbaines. Pour les zones rurales, il se tourne vers des partenaires internationaux comme l’agence japonaise pour la coopération internationale (JICA), vers la banque Asian Development, vers l’Australia Fund et des ONG ainsi que d’autres groupes d’Église. Le père Erick John Gerilla, directeur général du JSS (services sociaux jésuites) à Timor-Leste, explique que l’approvisionnement en eau courante est l’une des priorités de l’organisation. En quatre ans, dix châteaux d’eau ont été construits, dont quatre pour des écoles dans les districts de Dili et de Liquica, confie le prêtre philippin.

Selon le père Gerilla, le projet jésuite pour l’eau courante a directement aidé 2 300 personnes (414 familles), ajoutant que le chiffre pouvait être doublé en comptant toutes les personnes utilisant le réseau occasionnellement. Cinq nouveaux projets sont en cours cette année, et cinq autres sont projetés pour 2019. Chacun coûte entre quinze et dix-huit mille dollars. « Avec davantage de châteaux d’eau, nous pouvons aider davantage de gens », explique-t-il.

Des habitudes tenaces

Construire des châteaux d’eau, des puits, et d’autres installations, peut ne prendre que quelques jours. « Mais le défi le plus important est de changer le comportement des gens », précise le prêtre. « Ils ont l’habitude de vivre chacun de leur côté, en clans ou systèmes familiaux. Alors quand il s’agit de les amener à s’impliquer dans la vie de la communauté, cela peut prendre des mois. » Les gens ont utilisé l’eau, jusqu’à aujourd’hui, pour les besoins de base comme boire, cuisiner, se laver, arroser les plantes ou encore donner à boire au bétail. « Nous encourageons maintenant les gens à aller plus loin, en construisant des toilettes, ou encore en apprenant à utiliser l’eau pour devenir davantage autosuffisants. »
Selon le prêtre, un autre problème vient du fait que beaucoup de personnes gagnent leur vie en vendant du bois de chauffage. Pour cela, ils coupent des arbres, qui aident pourtant à retenir l’eau. « Nous leur avons parlé des effets que peut avoir la coupe des arbres sur les puits. Nous leur disons que l’eau est une ressource naturelle, et qu’un jour elle finira par s’assécher si cela continue », regrette le prêtre. « Nous recherchons une alternative au bois de chauffage pour générer des revenus », ajoute-t-il. En attendant, il a été demandé aux gens de planter des arbres près des pompes à eau pour permettre de maintenir le niveau d’eau. Le service social jésuite, confie le père Gerilla, aide en fournissant des semis et de jeunes arbres.

Source EDA

Asie

Timor Est – un nouveau Président pour la stabilité politique et le bien-être économique

Timor Est, la plus jeune nation d’Asie, a voté lundi dans le cadre des élections présidentielles, la première élection depuis le retrait des troupes de maintien de la paix de l’ONU en 2012. Au sein de la République démocratique, qui compte quelques 1,2 millions d’habitants, dont 95 % de catholiques, le taux de participation a été très élevé – 86,3 % des 750.000 votants. Le nouveau Président, élu pour un quinquennat, est, avec 57 % des scrutins, 90 % des bulletins ayant été comptés officiellement, Francesco Guterres, ancien responsable de la guérilla du Front révolutionnaire de Timor Est indépendant (Fretilin), appuyé pour l’occasion par Xanana Gusmao, héros révolutionnaire et responsable de la résistance au cours de la lutte contre l’occupation indonésienne.
Dans le cadre des institutions politiques timoraises, le Président constitue une figure de représentation, dont les pouvoirs formels sont limités au droit de veto. En juillet prochain, les électeurs voteront dans le cadre des élections législatives, qui exprimeront un nouveau Premier Ministre.
Au cours de la campagne électorale, Francesco Guterres a promis de donner la priorité à l’économie, à l’instruction, au travail et au développement. L’économie de Timor Est est fortement dépendante du pétrole et du gaz, qui représentent quelques 90 % des ressources publiques. Cependant, selon des données de l’ONU de 2015, plus de 50 % de la population sont encore en dessous du seuil de pauvreté alors que le chômage dépasse 20 % de la population active et que près de la moitié de la population n’est pas alphabétisée.
Le Père Erik John Gerilla, missionnaire philippin à Timor Est depuis cinq ans actif dans le service social commente : « Les élections se sont déroulées de manière pacifique et ceci est un signe positif. Le Président a bénéficié d’un ample consensus. Il est très proche de la population. Les défis que la nation est appelée à relever aujourd’hui sont ceux de la sécurité alimentaire, qui n’existe pas encore, des bas salaires et des changements climatiques qui frappent les agriculteurs. La population est composée à 75 % de jeunes de moins de 30 ans. Il faut répondre à leurs besoins d’instruction e de travail. Les écoles publiques n’assurent pas une grande qualité. Il existe peu d’universités et, dans ce secteur, les écoles privées catholiques apportent une contribution précieuse, en garantissant un parcours et un enseignement de qualité ». Dans ce but, poursuit-il, « les jésuites travaillent à la formation des enseignants au sein de l’Institut Joao de Britto, qui a pour mission de préparer les enseignants des niveaux supérieurs même pour des matières professionnelles et techniques ». Dans le cadre du processus de construction de la nation, à très grande majorité catholique, « l’Eglise a un rôle actif, en contribuant à la croissance du pays et en collaborant avec les institutions nationales dans le domaine des services sociaux et dans la reconstruction du système éducatif » observe-t-il.
Un autre facteur important est « l’œuvre de réconciliation, commencée voici des années au sein de la société timoraise » par le biais d’une Commission spéciale pour la vérité et la réconciliation, instituée après les violences qui marquèrent le détachement de l’Indonésie, en 1999, violences qui firent plus de 1.400 morts et 300.000 évacués. « L’Eglise, au travers de toutes ses articulations, offre une contribution en particulier en ce qui concerne le suivi de critères de paix et de justice et l’assainissement des blessures par le biais du pardon » conclut le religieux.

Source : Agence Fides

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Au Timor-Oriental, l’évêque prie pour la paix et le bon déroulement des élections

Le 2 mars dernier, les huit candidats à l’élection présidentielle ont pris part à une marche à travers la capitale Dili et, à l’issue de celle-ci, ont signé un engagement à œuvrer pour la paix et un déroulement pacifique des élections à venir. Signe de l’influence de l’Eglise dans ce pays de 1,2 million d’habitants dont 98 % sont catholiques, ils répondaient à une initiative de l’évêque de Dili.

« Pour permettre la croissance de la société dans toutes ses dimensions, l’Eglise souhaite que les dirigeants politiques chérissent la paix et prennent en considération toutes les composantes de la société », a affirmé Mgr Virgilio do Carmo da Silva, évêque de Dili, en prenant la parole devant les candidats rassemblés. L’évêque venait de mener une marche d’environ 5 km à travers Dili, qui a vu une foule de quelque 5.000 personnes cheminer de la paroisse Saint-Joseph à un sanctuaire marial adjacent à l’évêché, en récitant le chapelet et en écoutant des méditations sur la paix.

La marche et l’engagement signé par les candidats à la présidentielle ont été organisés la veille du lancement officiel de la campagne électorale. Celle-ci se déroule du 3 au 17 mars, avant le scrutin fixé au lundi 20 mars. L’élection présidentielle sera suivie en juillet d’élections législatives.

Le rôle de l’Eglise

Au Timor-Oriental (devenu officiellement Timor Leste), l’Eglise joue un rôle important. Dans cette ancienne colonie portugaise, devenue indépendante en 1975 mais envahie militairement et annexée dès l’année suivante par l’Indonésie, l’Eglise a incarné la permanence et la sauvegarde de l’âme et de la culture du peuple est-timorais durant le quart de siècle qu’a duré l’occupation indonésienne. Après 1999 et trois années d’administration par l’ONU, le pays, devenu officiellement indépendant en 2002, a continué de connaître une instabilité forte ; lors du soulèvement militaire de 2006 ou bien encore les attaques menées contre le président et le Premier ministre en 2008, l’Eglise a fait figure de pôle de stabilité et d’instance pacificatrice pour une nation encore fragile. Après les élections présidentielles de 2012, les élections de cette année se présentent comme l’occasion pour les jeunes institutions démocratiques du pays de confirmer leur solidité.

Le 2 mars, José Ramos-Horta était aux côtés de l’évêque de Dili. Co-lauréat du prix Nobel de la paix en 1996 avec Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, alors évêque de Dili, président de la République de 2007 à 2012, José Ramos-Horta a choisi de ne pas se présenter devant les électeurs cette année. Fort de cette stature, il a lui aussi exhorté les huit candidats en lice à respecter la paix civile et les équilibres sur lesquels le Timor-Oriental indépendant se construit. « En tant que chrétiens, nous devons tous chérir la paix, qui est constitutive de l’identité culturelle du Timor », a-t-il déclaré devant la foule et les candidats réunis.

Au Timor-Oriental, les institutions font du président de la République une personnalité aux pouvoirs principalement symboliques, même si ses attributions font de lui le commandant en chef des forces armées et qu’il dispose d’un droit de veto pour bloquer certaines des lois votées par le Parlement national, un Parlement monocaméral. Le Premier ministre, désigné par le Parlement, dispose de l’essentiel du pouvoir exécutif.

Faire émerger une opposition face à l’alliance Fretilin-CNRT

Sur les huit candidats en lice (sept hommes et une femme), le favori est Francisco ‘Lu Olo’ Guterres. Ancien guérilleros à l’image de la plus grande partie des élites politiques actuelles, âgé de 63 ans, il préside le Fretilin (Front révolutionnaire pour l’indépendance du Timor-Oriental), le parti historique de la résistance face au Portugal puis face à l’Indonésie. Président du Parlement de 2002 à 2007, il a également le soutien du CNRT (Congrès national pour la reconstruction du Timor), les deux partis, le Fretilin et le CNRT, ayant formé en 2015 une coalition pour exercer le pouvoir. Face à lui, quatre candidats sont soutenus par des partis politiques et trois autres se présentent en indépendants, soucieux notamment de lutter contre la corruption et la concentration du pouvoir entre les mains d’une petite élite éduquée.

Après l’élection présidentielle, qui se déroulera très probablement en deux tours, le second tour étant prévu en avril, les élections législatives (à un seul tour, à la proportionnelle) verront si une force d’opposition à l’alliance Fretilin-CNRT peut émerger. L’actuel président de la République, Taur Matan Ruak, ambitionne d’incarner cette opposition renouvelée, à la tête du récemment fondé Parti de libération du peuple (PLP).

Le PLP et Taur Matan Ruak affirment que l’actuel gouvernement a oublié « le peuple » en se concentrant sur des projets de développement, des infrastructures notamment, qui, s’ils créent de la croissance économique, ne profitent pas assez à la population. Taur Matan Ruak appelle à une décentralisation du pouvoir, au profit des chefs de village. « L’Etat au Timor Leste est beaucoup trop centralisé. Il accapare les talents, les énergies et concentre les privilèges. Il gaspille les ressources, faisant de milliers d’Est-Timorais des citoyens de seconde classe », a-t-il affirmé il y a quelques mois devant les élus du Parlement.

Des défis économiques et humains considérables

De son côté, le gouvernement met en avant les efforts déployés en matière de lutte contre la pauvreté et le fait que, par exemple, près des trois quarts des foyers sont désormais reliés à l’électricité. Un rapport officiel indique toutefois qu’en 2014, le nombre des personnes vivant sous le seuil de pauvreté était de 489 000, soit une proportion très forte pour une population totale de 1,2 million d’habitants et une faible diminution par rapport au chiffre de 2007 (509 000 personnes sous le seuil de pauvreté).

Les observateurs économiques mettent en avant le défi que représente l’après-pétrole. Aujourd’hui encore, les ressources de l’Etat proviennent à 90 % des recettes tirées de l’exploitation des gisements offshore de gaz et de pétrole. En 2014, l’un des deux principaux champs d’hydrocarbure a cessé de produire, et l’épuisement de cette ressource se profile à l’horizon. Selon les projections des experts, si les dépenses de l’Etat continuent à ce rythme, le Fonds pétrolier du Timor Leste, le fonds souverain mis en place pour faire bénéficier les générations futures des revenus tirés du pétrole et du gaz, pourrait être réduit à néant d’ici douze ans.

Les défis qui se posent à la jeune nation est-timoraise demeurent considérables. Il est estimé que 60 % des jeunes sont sans emploi, alors même que plus de la moitié de la population est âgée de moins de 19 ans. Dans un tel contexte, la relation tissée entre l’Eglise et l’Etat demeure cruciale pour l’avenir et la stabilité du pays. Selon Marcal Evaristo, un responsable laïc au sein de l’évêché de Dili, il appartiendra au futur président de veiller non pas tant au seul développement économique du pays qu’au respect et à la défense de la doctrine sociale de l’Eglise dans tous les aspects du développement humain. Au rang des priorités figure l’éducation, un domaine où l’Eglise est un acteur majeur au Timor-Oriental et où la coopération entre l’Etat et elle pourrait être un levier efficace afin de permettre aux familles de s’extraire de la pauvreté.

Source : Eglises d’Asie