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La liberté d’expression en péril

La liberté d’expression est définie par la Déclaration des droits de l’homme de 1948 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinons et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit. »On sait, par ailleurs, le respect très particulier des États-Unis pour cette liberté garantie spécifiquement par le premier amendement de la Constitution. Nous autres Français ne devrions sûrement pas être étrangers à ce souci, pour peu que la devise de la République ait un sens. La première des libertés est bien celle de la conscience et celle-ci se traduit nécessairement par la possibilité de pouvoir s’exprimer. Il y a sans doute quelques limites à cette possibilité. Elles sont définies par la loi. Mais on peut avoir le sentiment que certains voudraient étendre au maximum ces limites, notamment en criminalisant la pensée d’autrui qui ne leur convient pas.

Je redoute, pour ma part, une criminalisation excessive, même quand il s’agit d’idées que je réprouve et que je combats de la façon la plus rigoureuse. Mais j’estime que mon désaccord doit s’exprimer en premier par les moyens d’une libre et loyale discussion et non par un renvoi systématique devant les tribunaux. Par ailleurs, la criminalisation ne passe pas seulement par la loi, elle s’affirme par des conduites d’individus et de groupes voulant faire taire leur adversaire. Ainsi, Alain Finkielkraut a-t-il été par trois fois l’objet de manœuvres violentes, tendant à lui interdire la parole. Il y a eu l’épisode de Nuit debout et celui des Gilets jaunes que je rappelle pour mémoire. Plus récemment, un groupe a voulu lui interdire l’entrée de sciences po, où il devait tenir une conférence. Je suis tout à fait d’accord avec Pascal Bruckner et Édouard Husson pour m’indigner de tels procédés, d’autant qu’ils concernent l’enceinte universitaire, donc un sanctuaire de la pensée, qui devrait être immunisé de toute atteinte à la liberté d’expression. Même si le philosophe a pu finalement s’exprimer, sous la protection de la police, on ne peut que ressentir un profond malaise devant les hésitations de l’autorité d’un établissement si important pour notre vie civique. Il est vrai qu’une sérieuse réflexion s’impose sur le sujet, le phénomène ayant pris une expansion alarmante, notamment depuis les États-Unis avec les interdits du politiquement correct.

 

Gérard Leclerc,

Source France catholique

A la une #Articles #NLQ

L’édito – Catholique, l’anti-société

GPA, PMA, adoption, mariage pour tous, euthanasie, IVG, dignité de la personne humaine, le catholique aujourd’hui est l’anti-société. S’il a pu côtoyer, des années durant, un monde qui lui ressemblait de moins en moins, aujourd’hui, non seulement le catholique n’est pas du monde, mais il lui devient difficile de demeurer dans le monde. Il est l’exact opposé du système idéologique triomphant du moment. Sa vision anthropologique de l’homme n’est plus partagée par la doxa qui pourtant utilise, de façon dévoyée, par le biais de l’amalgame, les mots mêmes de l’anthropologie et de perception chrétienne de la dignité. Stigmatisé, montré du doigt, agressé verbalement comme physiquement, mis au ban de la société civile, suspecté et humilié, tel est le lot de plus en plus quotidien de celui qui tente de vivre en cohérence avec sa foi. Or cette cohérence suppose une vision intégrale de l’homme, vision qui inclut Dieu lui-même et que rejette le monde. Le catholique, clairement, aujourd’hui, est la bête à abattre. Au-delà des vexations, des stigmatisations, voici que pointe le totalitarisme prônant, sans émouvoir grand monde, la fin de la liberté de conscience. Loi sur le délit d’entrave numérique, loi sur les fake-news et naturellement lois contre la liberté de conscience, alors que pour la première fois depuis de très nombreuses années, un archevêque de Paris se pose clairement face aux dérives de l’Etat et appelle derrière lui tous les catholiques qui désormais entendent un langage clair et assumé. On ne peut plus se dire catholique si on prône ces déviances inhumaines. Des choix vont d’eux-mêmes s’imposer à tous et il faudra au plus frileux, comme aux têtes brûlées, se positionner non dans le débat social, mais face au Christ Lui-même. Dans ce monde qui de plus en plus déclare la guerre aux catholiques (et donc au Christ), plus que jamais résonne la parole du Christ récemment entendue : qui n’est pas avec moi est contre moi. Parole qui prend un relief particulier pour les disciples qui ne sont pas du monde, mais dont le monde (un certain monde en tout cas) ne veut plus.

Dans le Monde #Europe non francophone #NLQ

Le baptême des enfants viole les droits de l’homme selon l’ancienne présidente d’Irlande

Dans un entretien accordé au quotidien irlandais The Independent, Mary McAleese s’en est prise violemment à l’habitude de catholiques de baptiser les jeunes enfants avant l’âge de raison, et en particulier les petits enfants. Une pratique qui violerait leurs « droits humains », les droits fondamentaux de l’homme, selon cette femme politique marquée à la fois par ses prises de position très libérales et des études de droit canonique à l’Université grégorienne de Rome poursuivies après son dernier mandat à la tête de l’Irlande dont elle a été la huitième présidente (entre 1997 et 2011). Elle consacre actuellement une thèse à la question.

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NLH #NLQ #Points non négociables PNN

Irlande : tous les hôpitaux, même catholiques, seront obligés de pratiquer des avortements

Le Premier Ministre irlandais, Leo Varadkar, s’adressant au Parlement, a affirmé que tous les hôpitaux en Irlande, y compris ceux qui ont une éthique différente, et principalement les hôpitaux catholiques, seront obligés d’organiser les avortements en leurs murs, dès que la nouvelle loi autorisant l’avortement serait votée et en application. Ce médecin, ayant aussi été Ministre de la santé, n’y va pas par quatre chemins.

Leo Varadkar précise qu’autant les infirmières, les médecins ou sages-femmes ont la liberté de ne pas participer aux avortements sur base de la clause de conscience, autant les institutions n’auront pas le choix.

« Les hôpitaux financés par les fonds publics, ne pourront pas refuser d’offrir ces services qui seront bientôt légaux, et ce, quelque soit le patron ou le propriétaire de ces institutions. Je peux vous en assurer ! Par exemple, Holles Street, The Mater, St Vincent ‘s et d’autres qui sont catholiques, devront se plier à cette loi. »

 Source : BBC via Institut européen de bioéthique

A la une #Tribunes et entretiens

La famille et le totalitarisme de Michael O’Brien

Michael D. O’Brien est un écrivain et artiste canadie, ancien éduteur du magazine catholique des familles et l’auteur de 28 livres dont le roman à succès Père Elie (Elijah), traduit en douze langues.

Dans son encyclique de 1981 sur le rôle de la famille chrétienne dans le monde moderne, Familiaris Consortio, Jean-Paul II a souligné qu’à ce moment de l’histoire, la famille est l’objet de nombreuses forces qui cherchent à la détruire ou à déformer son identité. Dans ce document et de nombreux autres, il a enseigné avec insistance que l’avenir même de la civilisation dépend de notre défense des droits de la famille. Il avertit que chaque fois que ceux-ci sont violés, y compris lors de tentatives de réhabilitation d’une société en crise, l’hostilité envers la famille peut évoluer vers des actes d’agression manifeste ; la société « l’attaque violemment dans ses valeurs et dans ses exigences fondamentales … C’est pourquoi l’Eglise prend ouvertement et avec vigueur la défense des droits de la famille contre les usurpations intolérables de la société et de l’Etat. » (FC n° 46)

Dans son Exhortation Apostolique de 1988 sur les laïcs, Christifideles Laici, il écrit :

« Berceau de la vie et de l’amour, dans lequel l’homme “naît” et “grandit”, la famille est la cellule fondamentale de la société. A cette communauté, il faut réserver une sollicitude privilégiée, chaque fois surtout que l’égoïsme humain, les campagnes contre la natalité, et aussi les conditions de pauvreté et de misère physique, culturelle et morale, et encore la mentalité de recherche du plaisir et de course à la consommation, tarissent les sources de la vie, pendant que les idéologies et différents systèmes … s’attaquent à la fonction éducative propre à la famille… La famille pourra et devra exiger de tous, et d’abord des autorités publiques, le respect de ses droits qui, en sauvant la famille, sauvent la société elle-même. »
– PAPE JEAN-PAUL II, Christifideles Laici, n° 40

Dans son encyclique publiée en 1993, La Splendeur de la Vérité, il a averti une fois encore sur le fait que malgré « la chute des idéologies qui liaient la politique à une conception totalitaire du monde — la première d’entre elles étant le marxisme —, un risque non moins grave apparaît aujourd’hui à cause de la négation des droits fondamentaux de la personne humaine et à cause de l’absorption dans le cadre politique de l’aspiration religieuse qui réside dans le coeur de tout être humain »

« C’est le risque de l’alliance entre la démocratie et le relativisme éthique qui retire à la convivialité civile toute référence morale sûre et la prive, plus radicalement, de l’acceptation de la vérité. En effet, “s’il n’existe aucune vérité dernière qui guide et oriente l’action politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire.” »
– PAPE JEAN-PAUL II, Centesimus Annus, 1991, n° 46 ; cité dans Veritatis Splendor, n° 101).

Habituellement, le mot totalitarisme suscite des images mentales de goulags, de polices secrètes et de salles de torture. La littérature du 20ème siècle nous a donné quelques ouvrages de fiction anticipative qui suggèrent une variété de futurs totalitaires envisageables. Le roman 1984 d’Orwell et Brave New World de Huxley nous viennent immédiatement à l’esprit. L’absolutisation du pouvoir de l’État ou des systèmes contrôlés par l’État est commune à ces dystopies.

Le totalitarisme dans toutes ses formes s’efforce invariablement de supprimer les absolus authentiques et d’établir à leur place de faux absolus — généralement sociopolitiques et théoriques, tels que le matérialisme dialectique (le marxisme) et la forme de matérialisme aujourd’hui omniprésent que le Pape Benoît XVI a appelé « la dictature du relativisme moral. » Par contraste, les authentiques absolus sont des vérités fondamentales, ultimes et inconditionnelles, indépendantes du flux et du reflux des cultures, des modes, des mythes et des préjugés. L’exemple le plus évident d’absolus authentiques est le Décalogue. Les Dix Commandements se dressent tel un rempart et un veilleur contre le mal — contre tout ce qui pourrait nous déshumaniser. Ils servent également de repères au milieu des sables mouvants et des motivations subjectives.

Un tyran, au début, ressemble rarement à un monstre. Comme Lénine, Mao ou Hitler, il se présente comme le sauveur de son peuple, mais une fois qu’il a atteint le pouvoir, il finit par dévoiler son jeu, et tôt ou tard son peuple le rejette. Plus difficile à cerner et à rejeter est le tyran idéaliste « plein d’humanité » qui étend son pouvoir pour promouvoir ce qu’il considère être, selon la théorie qui l’anime, le bien de ses sujets. Nous l’avons vu dans le totalitarisme non-violent ou « soft » qui a balayé les nations autrefois chrétiennes du monde occidental, avec son démantèlement des lois pro-vie et pro-famille dans de nombreux pays et l’imposition de nouvelles lois qui portent profondément atteinte à l’autonomie morale des églises et des individus. Considérez les efforts anti-population de la carotte et du bâton de l’ONU, parallèlement aux tentatives du Parlement européen d’imposer des lois immorales aux États membres, les attaques de l’administration Obama contre la liberté religieuse, et le couplage généralisé de l’avortement permissif, de l’euthanasie et des lois sur le “mariage” homosexuel à de nouvelles lois contre les « crimes haineux » qui punissent toute opposition publique envers l’agenda révolutionnaire. Considérez le fait surprenant que des évêques dans des Etats démocratiques tels que le Canada, l’Espagne ou la France ont été traduits devant des « tribunaux des droits de la personne » et des cours pénales pour avoir simplement enseigné la vérité sur ces questions.

Les nouveaux totalitarismes sont parvenus à aller aussi loin parce que leurs efforts pour remodeler les valeurs morales ont été déployés sans avoir à manifester les persécutions les plus grossières et violentes. Au lieu de cela, ils poursuivent leurs objectifs par une révolution sociale implacable, soi-disant fondée sur des principes, qui repose sur une propagande et une manipulation incessantes, présentant l’illusion de la liberté, de l’unité et de la diversité, alors même qu’ils érodent les trois. Le plus odieux étant que la déconstruction des fondements moraux de la civilisation est promulguée au nom d’une croisade morale.

Bien sûr, le tyran idéaliste trouvera que la nature humaine fondamentale est plutôt difficile à remodeler, et avec le temps il aura besoin d’étendre continuellement son pouvoir jusqu’à ce que son contrôle approche le niveau de totalité. S’il s’y prend avec intelligence et remplit le monde d’une belle rhétorique, tout en prenant soin de ne pas empiéter grossièrement sur nos droits les plus agréables, et si, en même temps, il prend sur ses propres épaules nos droits et devoirs les moins plaisants, ceux qui demandent efforts et sacrifices, alors il peut réussir pour un temps. Ce n’est jamais autant réalisable que dans une période historique de stress extrême. Dans un tel climat, la suppression de nos responsabilités n’est pas ressentie comme une privation ; cela nous donne plutôt le sentiment d’être soulagés d’intolérables tensions. Lorsque cela se produit à une échelle massive, aucune pratique dictatoriale ni destruction de livres ou exécutions grotesques ne sont nécessaires. Dans certains cas, il peut même n’y avoir aucun dictateur visible, seulement un système ou une philosophie sociale qui imprègne et cherche à tout contrôler. En effet, le monde peut sembler plus ou moins normal. Le philosophe catholique Josef Pieper souligne que c’est, de toutes, la forme la plus dangereuse de totalitarisme, presque impossible à rejeter, parce qu’elle ne semble jamais être ce qu’elle est en réalité. (Josef Pieper : an Anthology, Ignatius Press, San Francisco, 1989, p.228)

Le monstre tyran et le tyran « humaniste » offrent tous deux quelque chose qui semble être un bien. Les deux, à la fin, exigeront un prix terrible. Au début, ce prix peut sembler petit et suffisamment inoffensif. On nous demande de faire un léger compromis ici, un autre là, sans se douter que finalement il ne nous restera plus assez de force pour résister à la trahison complète. Trop facilement, le juste discernement d’un peuple peut être neutralisé quand un tyran prend le pouvoir sans aucun des sinistres costumes que portent habituellement les dictateurs violents. Quand les erreurs se présentent sous des déguisements plaisants et sont promues par des faiseurs d’opinion attrayants, ceux qui vivent dans un tel milieu ont plus d’une difficulté à surmonter pour parvenir à évaluer correctement ce qui leur est fait. Ils se retrouvent au beau milieu d’événements en cours de réalisation, et sont donc confrontés au problème de la perception : comment percevoir la structure cachée de leur époque complexe, comment prendre du recul pour la voir objectivement tout en y demeurant actif, en tant qu’agent au service du bien.

Comment pouvons-nous, en tant que catholiques, y parvenir si nous ne sommes pas ancrés dans la vérité ? Serons-nous prêts à compromettre les absolus moraux dans l’éducation de nos enfants, par exemple, simplement parce que des « experts » ayant une belle rhétorique nous disent que nous devons le faire ? Dans mon pays d’origine, le Canada, les systèmes d’éducation du gouvernement imposent aujourd’hui des programmes d’éducation sexuelle et d’ingénierie sociale radicalement désordonnés dans toutes les écoles, y compris les écoles catholiques. L’endoctrinement et l’homogénéisation de l’esprit de nos enfants deviendront-ils acceptables simplement parce que nous voulons que la prochaine génération soit bien équipée pour faire face à une société profondément désordonnée ? Serons-nous obligés d’acquiescer et de sourire face à la redéfinition du mariage et de la famille en une construction sociologique pratiquement dénuée de sens ?

Que faudra-t-il pour que notre peuple comprenne que lorsque les sentiments humanistes remplaceront les absolus moraux, il ne faudra pas longtemps avant que les idéalistes révolutionnaires commencent à envahir les familles au nom de la famille et à détruire les vies humaines au nom de l’humanité ? C’est la plus grande tentation de l’idéaliste, la tentation par laquelle les nations et les cultures tombent le plus souvent. Le détenteur du pouvoir se leurre en pensant qu’il peut ramener la réalité à une condition moins désagréable. S’il parvient à convaincre une population d’un tel mensonge et en même temps propose un bouc émissaire comme ennemi du bien commun, alors des maux indescriptibles peuvent être libérés dans la société. Ceux qui sont victimes de telles tromperies de masse les reconnaissent rarement comme telles, et peuvent exécuter les actes les plus odieux tout en s’auto-justifiant. Les démocraties ne sont pas à l’abri de ces illusions, bien qu’elles tendent à des formes d’oppression qui ne sont pas ouvertement violentes au début. Au fur et à mesure que les démocraties dégénèrent, néanmoins, l’oppression cachée se transforme progressivement en violations plus flagrantes de la liberté.

Dans son encyclique de 1995, L’Evangile de la vie, Saint Jean-Paul II écrivait :

« Ainsi la démocratie, en dépit de ses principes, s’achemine vers un totalitarisme caractérisé. L’Etat n’est plus la « maison commune » où tous peuvent vivre selon les principes de l’égalité fondamentale, mais il se transforme en Etat tyran qui prétend pouvoir disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense, depuis l’enfant non encore né jusqu’au vieillard, au nom d’une utilité publique qui n’est rien d’autre, en réalité, que l’intérêt de quelques-uns… En réalité, nous ne sommes qu’en face d’une tragique apparence de légalité et l’idéal démocratique, qui n’est tel que s’il reconnaît et protège la dignité de toute personne humaine, est trahi dans ses fondements mêmes : « Comment peut-on parler encore de la dignité de toute personne humaine lorsqu’on se permet de tuer les plus faibles et les plus innocentes ? Au nom de quelle justice pratique-t-on la plus injuste des discriminations entre les personnes en déclarant que certaines d’entre elles sont dignes d’être défendues tandis qu’à d’autres est déniée cette dignité ? ». Quand on constate de telles manières de faire, s’amorcent déjà les processus qui conduisent à la dissolution d’une convivialité humaine authentique et à la désagrégation de la réalité même de l’Etat. »
PAPE JEAN-PAUL II, Evangelium Vitae, n° 20-21

Notre défense de la réalité elle-même, notre résistance aux diverses formes de totalitarisme, exigeront à la fois des mesures réactives fortes et proactives. À la base de toute dissidence efficace, nous devons commencer par notre propre examen de conscience, un rétablissement de la vénération de « la vérité intégrale sur l’homme », un retour aux principes de l’Evangile dans chaque aspect de nos vies et, surtout, une profonde conversion au seul véritable Dieu. De cette façon, en passant d’un concept tragiquement retardé des droits de l’homme à la primauté des droits de Dieu et des responsabilités de l’homme, nous vivrons portés par le courant de la grâce, enveloppés du manteau de l’autorité divine, en parfaite fidélité à la mission de l’Église, in statu missionis. Ainsi, en nous unissant à l’obéissance du Christ sur la Croix, nous participerons au retournement du péché d’Adam et trouverons le sentier de la liberté, la mort qui mène à la vie. Et ce faisant, nous participerons à la rédemption du monde.

Dans une interview il y a de nombreuses années, Jean-Paul II disait ceci : « Je préférerais mille fois plus une Église persécutée à une Église compromise. » Il savait que l’Église se tient comme unique défense de l’intégralité des absolus humains et divins. Si nous voulons rester libres au sens propre du terme — libres d’être totalement fidèles à la mission qui nous a été divinement confiée en ce monde, libres de défendre l’Amour et la Vérité, libres de défendre la dignité éternelle et la valeur de tout être humain — nous devons toujours chercher à être un signe de contradiction, et si nécessaire à accepter que la société, de plus en plus dominée par un messianisme séculier intrinsèquement pervers, nous condamne. (voir Catéchisme de l’Église catholique, 675-677).

Parce que « l’avenir de l’humanité passe par la famille », l’Église défend la vie et la famille avec une inflexible clarté. Comme son Maître, elle est miséricordieuse, tout en nous montrant qu’il n’y a pas de vraie miséricorde sans vérité — la vérité qui respecte suffisamment l’homme pour vouloir le tirer vers le haut. Elle ne confond pas l’inculturation véritable avec l’assimilation par le spiritus mundi (et les esprits adverses les plus sombres à l’oeuvre à travers cet esprit). Les synodes peuvent aller et venir, alternativement édifiants ou peu concluants, mais l’Epouse du Christ demeurera, persévérant dans un état de préparation continue pour sa rencontre avec son Epoux. Nous ne devons jamais nous laisser consterner lorsque la confusion et l’ambiguïté se manifestent en son sein, soit dans les églises particulières, soit sur le siège de l’autorité à ses plus hauts niveaux.

L’Église continuera-t-elle à convertir le monde ou, comme l’a suggéré le Pape Benoît XVI, deviendra-t-elle beaucoup plus petite, un petit reste de croyants purifiés par la persécution mondiale ? Seul le Christ connaît la réponse. Mais de ceci l’on peut être sûr : malgré les souffrances auxquelles nous serons confrontés dans un avenir plus ou moins proche, la famille restera ce qu’elle est — un chêne qui fleurit en hiver. La famille continuera, comme elle l’a toujours fait, à préparer les semences du printemps qui vient après le présent hiver. Lorsque les tyrans, les propagandistes, et les ingénieurs sociaux auront été balayés, quand la haine et le désespoir se seront épuisés, la terre s’affligera puis renaîtra. L’Église et la Famille resteront. Alors, tous ceux qui auront semé au milieu des tribulations récolteront une moisson de joie.

Michael O’Brien

Source et traduction : Pierre et Les Loups

En Afrique #NLQ

RDC – L’Évangile espérance pour les jeunes face à un système politique oppressif

La situation sociopolitique, économique et humanitaire en République démocratique du Congo (RDC) est dramatique mais les jeunes congolais n’ont pas perdu l’espérance et continuent à lutter pour la démocratie et le bien commun. “Après l’effondrement du régime dictatorial de Mobutu, qui nous a rendu esclaves pendant trente ans, nous avons eu l’illusion de pouvoir être libérés des prédateurs, du poids de la misère et que nous aurions finalement obtenu un Etat de droit” indique à l’Agence Fides le Père Simon-Pierre Kakiau, missionnaire congolais et théologien de la Société des Missions africaines (SMA). “L’actualité congolaise démontre toutefois – continue le Père Kakiau – qu’il s’est agi seulement d’un changement de régime et que le système opprimant ainsi que la spéculation économique se sont enracinés. Dans ce cadre, le destin de la jeunesse congolaise, comme celui de l’ensemble de la nation, est incertain et il existe des indicateurs négatifs qui sont à l’origine de fortes préoccupations : la persistance de la guerre alimentée par les différentes milices, dans l’est et le centre du pays ; la crise pré-électorale qui a porté à la fracture entre gouvernants et gouvernés ; la révision du taux de croissance et l’inflation ; l’aggravation générale de l’état des infrastructures de transport et de la qualité de la vie (famines, manque d’eau potable, d’électricité et d’accès à l’assistance sanitaire de base) ; l’insécurité et les enlèvements répétés de personnes à Kinshasa et dans les zones contrôlées par la milice”.
Face à cette situation tragiques, “quel sera l’avenir de la RDC ? N’a-t-elle pas déjà assez souffert ? Quel est le rôle de l’Eglise locale au cours de cette phase historique ?” se demande le missionnaire. “En vertu de sa mission prophétique, l’Eglise demeure la seule espérance pour les jeunes. Elle ne se limite pas à dénoncer les injustices sociales dans toutes les directions, mais soutient également les jeunes congolais au travers de son enseignement de l’Evangile et au travers du service social, en apportant l’espérance en un avenir meilleur. L’Eglise constitue une force morale pour la nation au cours de cette période si obscure de l’histoire de la RDC”.
“Déjà après la grave fraude électorale de 2011 – rappelle à Fides le Père Kakiau – seule l’Eglise avait déclaré ouvertement que ces élections n’étaient ni conformes à la justice ni à la loi. Depuis ce moment-là, la seule parole écoutée par les Congolais a été celle de l’Eglise. Grâce à l’accompagnement des Pasteurs, les jeunes ont conscience de prendre en main leur destin et celui de la nation”.
Le missionnaire explique que, par le passé, il était de coutume de dire que “c’était les autres à être responsables de notre pauvreté, en particulier les occidentaux. Maintenant, est en cours une renaissance morale des jeunes congolais. La jeunesse congolaise, au travers de l’accompagnement de l’Eglise, se sent responsable du destin du pays et est prête même à aller jusqu’au sacrifice. Nombreux sont ceux qui sont morts au cours des marches pacifiques du 31 décembre 2017, du 21 janvier et du 25 février 2018. Nombre d’entre eux sont encore en prison ou à l’hôpital. Malgré la sanglante répression de la police, nos jeunes sont toujours prêts à aller de l’avant, à faire vraiment de la République démocratique du Congo un Etat démocratique, au sein duquel le bien commun est l’essence de toute action politique”. Au cours de ces dernières années, les jeunes congolais ont développé un sens aigu du patriotisme, conclut le missionnaire, qui “les rend disposés à se sacrifier et les voit devenir protagonistes de leur destin. L’Evangile de l’espérance est leur guide. Ils continuent à lutter pour garantir un avenir de justice et de paix, pour le bien de la nation”.

 

Source Agence Fides

Amérique latine #NLQ

Venezuela – Les évêques dénoncent « un projet politique totalitaire »

À l’issue de son assemblée plénière, la conférence épiscopale du Venezuela a fortement critiqué mi-janvier la « tragique » réalité du pays. Devant l’échec du gouvernement sur les plans social, économique et politique, les prélats souhaitent que le pays prenne un nouveau chemin.

Dans une exhortation publiée vendredi 12 janvier 2018, au dernier jour de leur assemblée plénière à Caracas, les évêques vénézuéliens dressent d’abord un constat accablant. Ils évoquent l’effondrement « de la libre initiative » ainsi que des mesures économiques corrompues qui ne font qu’augmenter « la mendicité et la dépendance » aux aides sociales, « le chômage, la pénurie des biens de première nécessité » ainsi que le désespoir.

Les évêques déplorent aussi « l’exode de millions de Vénézuéliens ». « La raison des problèmes réside dans l’implantation d’un projet politique totalitaire, appauvrissant, rentier et centralisé », répètent-ils.

Sur le plan politique la conférence épiscopale dénonce une Assemblée constituante « anticonstitutionnelle et illégitime », qui s’adjuge illégalement les pouvoirs exécutifs et judiciaires, criminalise les manifestations et encourage rumeurs et spéculations. En créant cette assemblée et en suspendant le référendum révocatoire contre le président Nicolas Maduro, le gouvernement « a usurpé au peuple son pouvoir originaire », critique l’épiscopat.

« Perte définitive de la liberté » ou « actions de résistance et de rébellion »

Si les autorités ne permettent pas à la société civile de s’exprimer, il n’y aura que deux possibilités, préviennent les évêques : « la perte définitive de la liberté, avec toutes ses conséquences, ou des actions de résistance et de rébellion contre le pouvoir usurpateur. C’est au peuple organisé que revient le dernier mot ».

Devant la situation « dramatique » qui affecte particulièrement les plus pauvres, ils esquissent également deux attitudes : « le conformisme et la résignation » ou la recherche « des conditions de vérité, de justice et d’inclusion, malgré le risque de rejet et de persécution ». « Réveillez-vous et réagissez, c’est le moment », poursuivent-ils, reprenant le thème du voyage apostolique du Pape Jean-Paul II, en 1996.

Face à la malnutrition et aux personnes qui meurent de faim, les évêques réclament un canal humanitaire et rappellent l’action de l’Église sur le terrain. Ils demandent également un « changement de route » sur le plan politique.

Appel à la publication d’un calendrier électoral

« L’exécutif a échoué dans sa tâche de garantir le bien-être de la population : ni les services publics, ni l’industrie du pétrole, ni les forces de sécurité, ni l’hôpital public, ni les autres organismes n’ont su répondre aux besoins des gens », soulignent-ils, indiquant que la solution passe par des élections démocratiques.

À l’approche de l’élection présidentielle, qui doit se tenir en fin d’année, ils exigent « la publication d’un calendrier électoral », la garantie de « l’impartialité » du Conseil électoral et la supervision par des observateurs internationaux.

Ils citent d’ailleurs le discours prononcé par le Pape François lors de ses vœux au corps diplomatique le 8 janvier dernier : « Le Saint-Siège, alors qu’il exhorte à répondre sans tarder aux besoins primaires de la population, souhaite que soient créées les conditions afin que les élections prévues pour l’année en cours soient en mesure d’apporter une solution aux conflits existants, et qu’on puisse envisager l’avenir avec une sérénité retrouvée. »

Enfin, l’épiscopat vénézuélien fait part de sa solidarité envers les exilés et prisonniers politiques, souvent détenus dans des conditions inhumaines et victimes de torture. Il conclue par un appel au dialogue à trois conditions : l’intégrité des négociateurs, des objectifs clairs et un agenda prédéfini « afin qu’il puisse bénéficier de la confiance et de la crédibilité de la population ».

 

Source Vatican News

A la une #NLQ

L’édito – La laïcité, le cheval de Troie d’un totalitarisme christianophobe.

La trêve des confiseurs a occupé medias, politiques et militants de tous bords en ripailles suffisamment diverses, voire perverses, pour leur faire oublier, un temps, leur cheval de Troie totalitaire. Mais, ayant dégrisé assez vite, ou en manque d’émotions fortes, les voici de nouveaux à l’assaut de leurs démons, lançant tous azimuts leurs anathèmes laïcards.  Et oui, nous voici repartis comme en 17 ! Tout justes remis de leurs émotions de vierges effarouchées face à l’attitude de leurs propres élites autour du cercueil de Johnny Halliday, voici donc que, croyant bien faire et botter en touche, le ministre de l’enseignement supérieur tente de faire de la laïcité un rempart entre le privé et le public. Tollé sur les réseaux et chacun y va de sa définition, parfois militante, régulièrement très personnelle et, à de rares occasions, officielle. C’est que la laïcité, soyons honnêtes, plus personne ne sait trop ce que c’est, sinon une occasion de brandir le couperet totalitaire d’une pensée unique et orientée.

Rétropédalage prudent de Frédérique Vidal qui tout à coup récite sa leçon. “La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans le respect de l’ordre public”. Ah ! Nous progressons ! Sauf que… qu’est-ce qui va décider, dans notre démocratie malade, que l’ordre public est troublé ? Un peu d’eau bénite sur un  cercueil troublerait-elle l’ordre public d’avantage qu’une prière de rue dans les banlieues ? Le Burkini est moins attentatoire au fameux ordre (est-il encore public du reste ?) que la croix de Ploërmel ?

S’il ne faut pas entrer dans un misérabilisme de jérémiades paranoïaques qui ferait de nous des agneaux tondus avant même que ne pousse leur laine, il est irénique et dangereusement lénifiant de nier que la laïcité à la française est aujourd’hui, comme dans sa genèse, christianophobe.  Cependant, gênés aux entournures par leurs propres rhétoriques libérales, il est difficile aux idéologues de la religion laïque de s’opposer frontalement aux chrétiens au nom de… la liberté. Mais il leur devient délicat de prôner une laïcité officiellement tolérante qui fait le jeu de l’islamisme dont ils voient bien que  les fondements sont précisément incompatibles avec leur conception de la laïcité, comme avec toute conception laïque, du reste. Mais le siècle des démagogues de l’immédiateté est encore plus gêné par le refus des Français qui ne veulent pas du tout de l’islam, malgré le façonnage médiatique qui ne prend pas. De là à franchir un nouveau pas totalitaire, il n’y avait que les fakenews. Désormais, il deviendra facile de désamorcer les inquiétudes du peuple en l’abreuvant de vérité d’Etat.

Alors que huit français sur dix croient à la théorie du complot, s’il y a bien une manœuvre pensée et programmée, c’est précisément le totalitarisme En marche. Et malgré les yeux doux du président aux représentants des cultes, les catholiques, parce qu’ils ont dans leurs gènes la défense de la vérité, sont le pire ennemi du régime qui se met en place, comme de tout totalitarisme.

2018, sera un tournant à bien des égards. La liberté de penser des chrétiens sera, à n’en pas douter, la lumière à étouffer.

 

Cyril Brun, rédacteur en chef

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L’édito – Moins de loi(s), plus de Dieu

            Osera-t-on dire que la démocratie n’est plus sans déchaîner l’ire des biens pensants et être voué à leurs sarcasmes ? Probablement pas, le système biaisé actuel leur est tellement utile. La peur et l’impuissance est sur tous les visages des politiques quel que soit leur tendance. Impuissance face à la crise, impuissance face à la misère, impuissance face au système politique lui-même, parvenu à bout de souffle. Peur de l’inconnu, peur de leurs responsabilités, peur de l’avenir en forme d’implosion, peur de leur propre incapacité à se réinsérer dans un éventuel « autre système ». Et pourtant la démocratie n’est plus. Peut-on dire autre chose quand les financiers font et défont des gouvernements élus au suffrage universel, quand la toute puissante Europe technocratique décide à la place des représentations nationales, quand les représentants élus se méfient des referendums au point d’en priver ceux qui les ont élus, quand la presse plus puissante encore que les financiers oriente, retient l’information, tronque la vérité, quand enfin l’éducation nationale devient le moule d’une pensée unique d’un autre âge ? Comment oser encore parler de démocratie ? La démocratie repose fondamentalement et intrinsèquement sur la responsabilité d’un peuple. Mais la responsabilité s’éduque. Pour poser un acte responsable il faut en avoir les moyens, c’est-à-dire qu’il faut être capable de discerner. Or pour discerner, il faut être libre réellement et formé. Libre cela veut dire que le peuple a bien toutes les informations en mains et que donc il peut choisir en connaissance de cause. Les Français sont-ils vraiment capables aujourd’hui de poser un jugement éclairé compte tenu de la désinformation médiatique et électoraliste ? Formé, cela veut dire être à même de discerner le bien du mal. Quand tout se vaut, quand tout est relatif, sur quels critères se fonder pour reconnaître ce qui est effectivement bon ? Les programmes scolaires, préparent-ils, réellement, à ce discernement, alors qu’ils sont des poncifs ayant faits fi du principe de non contradiction ?

Pour être vraie, la démocratie suppose un peuple responsable, un peuple mis dans la capacité d’exercer des choix responsables et libres. Mais responsable cela veut dire aussi, être à même de déplacer l’égoïsme et l’intérêt particulier pour le Bien Commun. Alors en ce sens nous sommes en droits de nous demander si les medias, les programmes scolaires et les normes de la réussite, sont « démocratiques ». Depuis plus de 180 ans, les medias jouent avec l’opinion publique et les politiques avec eux, le jeu de la « démagocratie ».  Mais ce jeu se retourne aujourd’hui contre eux, car le peuple a fini par s’en rendre compte et les élus s’en défient. Arrivés au bout de l’illusion démocratique quelle étape allons-nous franchir ?

Pour vivre, une démocratie a besoin de responsabilité, de confiance et d’altruisme. Trois fondements essentiels du développement de la personne humaine. Or responsabilité, confiance et altruisme s’apprennent en famille et en société. Une démocratie qui nie la famille et la vérité de la personne humaine, être social et de relations, est condamnée à l’échec et au totalitarisme. L’inflation législative contraignante en est l’illustration la plus cinglante. Une démocratie fondée sur le droit positif est vouée, par nature, à l’instabilité, à l’individualisme et au repli sur soi. Le rejet de Dieu a conduit la démocratie à l’asphyxie, car moins de Dieu c’est forcément plus de lois, moins de responsabilité, moins de liberté.

 

 

Cyril Brun, rédacteur en cher

 

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Jean-Paul II- La démocratie sans valeurs se transforme en totalitarisme

“Jean-Paul II disait que l’histoire nous apprend que la démocratie sans valeurs se transforme en totalitarisme” Beata Szydło, 1er ministre Polonais

Source

Centesimus annus 46

L’Eglise apprécie le système démocratique, comme système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s’avère opportun (93). Cependant, l’Eglise ne peut approuver la constitution de groupes dirigeants restreints qui usurpent le pouvoir de l’Etat au profit de leurs intérêts particuliers ou à des fins idéologiques.

Une démocratie authentique n’est possible que dans un Etat de droit et sur la base d’une conception correcte de la personne humaine. Elle requiert la réalisation des conditions nécessaires pour la promotion des personnes, par l’éducation et la formation à un vrai idéal, et aussi l’épanouissement de la « personnalité » de la société, par la création de structures de participation et de coresponsabilité. On tend à affirmer aujourd’hui que l’agnosticisme et le relativisme sceptique représentent la philosophie et l’attitude fondamentale accordées aux formes démocratiques de la vie politique, et que ceux qui sont convaincus de connaître la vérité et qui lui donnent une ferme adhésion ne sont pas dignes de confiance du point de vue démocratique, parce qu’ils n’acceptent pas que la vérité soit déterminée par la majorité, ou bien qu’elle diffère selon les divers équilibres politiques.

A ce propos, il faut observer que, s’il n’existe aucune vérité dernière qui guide et oriente l’action politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire.

Et l’Eglise n’ignore pas le danger du fanatisme, ou du fondamentalisme, de ceux qui, au nom d’une idéologie qui se prétend scientifique ou religieuse, estiment pouvoir imposer aux autres hommes leur conception de la vérité et du bien. La vérité chrétiennen’est pas de cette nature. N’étant pas une idéologie, la foi chrétienne ne cherche nullement à enfermer dans le cadre d’un modèle rigide la changeante réalité sociale et politique et elle admet que la vie de l’homme se réalise dans l’histoire de manières diverses et imparfaites. Cependant l’Eglise, en réaffirmant constamment la dignité transcendante de la personne, adopte comme règle d’action le respect de la liberté (94).

Mais la liberté n’est pleinement mise en valeur que par l’accueil de la vérité : en un monde sans vérité, la liberté perd sa consistance et l’homme est soumis à la violence des passions et à des conditionnements apparents ou occultes. Le chrétien vit la liberté (cf. Jn 8, 31-32) et il se met au service de la liberté, il propose constamment, en fonction de la nature missionnaire de sa vocation, la vérité qu’il a découverte. Dans le dialogue avec les autres, attentif à tout élément de la vérité qu’il découvre dans l’expérience de la vie et de la culture des personnes et des nations, il ne renoncera pas à affirmer tout ce que sa foi et un sain exercice de la raison lui ont fait connaître.