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La pensée de l’Eglise sur la femme

Homélie de Dom Courau, père abbé de Triors en cette fête de l’Assomption de Notre-Dame :

+ Signum magnum, mulier.

À partir du mystère de la gloire de Notre Dame au ciel, nous voulons contempler celui de la Femme, grand signe aussi sur la terre. Pourtant Ève, victime de confusions diverses, porte souvent le rôle de l’accusée. Guerric d’Igny au XIIème s. s’en fait l’écho amer : On l’appelle “mère des vivants” ; en réalité, elle est plutôt meurtrière des vivants, mère de ceux qui vont mourir. Pour elle, engendrer n’est rien d’autre que de communiquer la mort (Assomption, Serm. 2). Il ose l’appeler ‘marâtre’ plutôt que ‘mère’, alors que d’autres à l’inverse vantent la mère comme la relation protégée malgré la chute. Ces outrances verbales obligent donc à regarder de près le mystère de la femme sur la terre comme au ciel. Dieu ne fait rien en vain ; en créant, il ne nous tend pas de piège.

Au début du siècle passé Charles Péguy aurait pu être tenté de le croire : sa conversion à la foi n’eût pas son prolongement sacramentel à cause du refus que lui imposait la femme qui partageait sa vie. Pourtant, derrière la femme-obstacle, il a respecté, patienté, allant à pied confier son souci à Notre Dame de Chartres peu avant sa mort, et de façon posthume, il fut exaucé. Il y a heureusement une foule de signes positifs en faveur de la femme sur la terre. Marie Goretti a fait des émules. Anne-Lorraine assassinée dans le RER il y a 10 ans avait écrit peu avant son désir du martyre pour la dignité féminine, Jeanne-Marie Kegelin est encore dans notre mémoire. Des chrétiennes irakiennes revenues à Qaraqosch après que Daech eût quitté la ville l’an dernier, veulent redonner la vie après la guerre : dans l’église vandalisée elles s’encouragent mutuellement selon leur vocation à refonder la vie sociale : Tout est difficile ici, dit l’organisateur, mais nous voulons reconstruire les femmes avant de reconstruire les maisons ; car si nous reconstruisons les femmes, alors nous pouvons reconstruire les enfants, puis la famille, et après cela toute la communauté. Ces exemples héroïques donnent du crédit à la pensée de l’Église concernant la femme unie à l’homme dans le mariage.

Sa pensée est-elle préhistorique ou prophétique, a-t-on ironisé à propos des 50 ans d’Humanae Vitae (La Croix, 27 juillet 2018) ? Avec sa lucidité tranquille, le Cardinal Sarah vient de répondre dans sa conférence à Kergonan (4 août 2018). En voici quelques passages : Dieu lui-même a pris soin de nous révéler les voies du bonheur et du Bien pour le couple humain… Accueillir ‘Humanæ Vitæ’ n’est pas d’abord une question de soumission et d’obéissance au Pape, mais d’écoute et d’accueil de la Parole de Dieu, de la bienveillante révélation de Dieu sur ce que nous sommes et sur ce que nous avons à faire pour correspondre à son amour. L’enjeu est en fait celui de notre vie théologale, de notre vie de relation avec Dieu… Annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile sur la sexualité et le mariage, c’est ouvrir aux couples la voie d’une vie heureuse et sainte ! C’est notre devoir de pères, de guides, de pasteurs ! Bien entendu, plus nous prêcherons avec force la vérité, plus nous saurons accompagner les personnes avec ‘patience et bonté’. On le voit bien l’enjeu est à la hauteur de la crise qui étreint notre société au-delà de ses faux débats.

L’encyclique de 1968 répond au désarroi contemporain sur la sexualité qui n’a fait que s’accentuer depuis : l’actualité en la matière ressemble à d’impuissants soins palliatifs face à des affectivités déconnectées du réel. Seul contre presque tous, Paul VI voyait venir ces désastres, il fut réellement prophétique, comme l’ont dit ses successeurs. L’intuition profonde se ramène à cette notion toute simple de chercher dans le mariage à marcher au pas de Dieu, tandis que l’athéisme feutré agresse l’intimité des personnes. De plus en plus, il fait du plaisir sans sagesse une drogue qui asservit, tel un nœud coulant. Et c’est le piège. Ne regarde pas le vin, prévient le Proverbe du Sage (Prov. 23,31-35) : comme il est vermeil ; comme il brille dans la coupe, comme il coule suavement. Mais il finit par mordre comme un serpent, et par piquer comme une vipère. Tes yeux percevront des choses étranges, et ton cœur s’exprimera de travers. Tu seras comme un homme couché en haute mer, ou couché au sommet d’un mât. On m’a battu, et je n’ai point de mal ! On m’a rossé et je n’ai rien senti ! Et à mon réveil j’en redemanderai encore ! Quel contraste avec l’harmonie conjugale et la paix qu’elle rayonne : les époux s’aiment dans la durée sans chercher à échapper au rythme périodique ; l’homme considère le cycle féminin comme une richesse, heureux de s’y adapter et de se mettre à son école (Cf. G. Vialla, Billings F, recevoir le féminin).

Oui, il y a un joug, Jésus le dit et ajoute aussitôt qu’il est doux et léger (Mt. 11,30). Humanae Vitae cite le verset et insiste sur cette douceur (HN 25) : les époux qui entrent ainsi dans le beau projet de Dieu rendent visibles aux hommes la sainteté et la douceur de la loi qui unit leur amour mutuel. Coopérer ainsi à l’amour de Dieu auteur de la vie humaine sème la paix. Paul VI évoque bien sûr le prix à payer, l’effort moral, cet heureux piment de la vie. Il le confie au réalisme de la vie théologale et liturgique, spécialement au beau duo sacramentel que forment ensemble la Réconciliation et l’Eucharistie (Cf. HN 25 & 29).

Source : Le Salon Beige

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Journée découverte chant grégorien le 3 février 2018 à Lyon (69)

Journée découverte chant grégorien

Découvrir ou redécouvrir la richesse liturgique et spirituelle du chant grégorien avec le Père Pierre Le Bourgeois, m.b. de l’Abbaye de Triors.

Cette journée s’adresse à tous ceux qui désirent s’initier ou approfondir leur connaissance du chant grégorien et sa notation.

Participation aux frais : 10€

Inscription souhaitée : musique@lyon.catholique.fr ou en ligne

Ou en téléchargeant la feuille d’inscription

Informations pratiques

Maison Saint-Jean-Baptiste, 6 avenue Adolphe Max 69005 Lyon.
9h30 – 17h00

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Le Christ est la lumière et la vie

Un moine de Triors commente l’homélie du pape du 2 avril, pour L’Homme Nouveau.

Lors de son récent voyage en Romagne, le Pape lors de la messe à Carpi le 2 avril a commenté l’évangile du jour, celui de la résurrection de Lazare. Ce passage émouvant annonce avant même la résurrection du Christ qui sera d’un tout autre ordre, la victoire du Rédempteur sur la mort. C’est le dernier miracle accompli par Jésus avant sa Pâque. Tout semblait définitivement terminé pour Lazare au tombeau depuis quatre jours. Le récit extraordinairement vivant et détaillé se déroule avec une parfaite harmonie, qui en fait l’un des joyaux de l’Évangile. Lazare, l’ami intime de Jésus, est malade. Jésus voit dans cette maladie une occasion providentielle pour glorifier son Père. C’est pourquoi il ne se rend pas tout de suite auprès de son ami, mais attend, pour passer aux actes, non seulement que Lazare soit mort, mais qu’il soit enterré. Jésus se décide alors à partir, mais ses disciples veulent l’en empêcher, craignant sa lapidation s’il revenait dans les environs de Jérusalem. Jésus leur rappelle qu’il est la lumière et qu’ils n’ont pas de crainte à avoir : marchant dans la lumière qui guide leurs pas, ils ne sauraient tomber dans les ténèbres. La nuit véritable viendra lorsqu’il leur sera enlevé. Alors, il ne leur sera plus possible de marcher, car ils auront perdu la lumière. Peu à peu, Jésus révèle son dessein, en annonçant finalement clairement que Lazare est mort. Alors, tout est en place pour que s’accomplisse le miracle et Jésus part pour Béthanie.

Une douleur partagée

Sur le point d’arriver, il rencontre Marthe qui, dans sa douleur, lui reproche doucement de ne pas avoir été là. Mais sa plainte se transforme en prière. Jésus comprend le désir et le souhait profond de Marthe, mais n’acquiesce pas tout de suite, pour la faire grandir dans la foi, car c’est bien lui, Jésus, qui est la « Résurrection et la vie. Quiconque vit en lui ne mourra pas ». Jésus, comme pour tous les autres miracles, demande avant tout la foi. Et, c’est devant la foi de Marthe qu’il interviendra. Jésus a donc entraîné Marthe, par la foi, au cœur même du mystère de Dieu, qui est un mystère de vie. Marthe pose un acte de foi remarquable dans la messianité et la divinité du Christ, comme l’avait fait Pierre sur le chemin de Césarée de Philippe. Marthe, comme la Samaritaine, se fait alors témoin, auprès de sa sœur Marie, en des termes très délicats : « Le Maître est là qui t’appelle ». Puis, Jésus se fait conduire au lieu de la sépulture de Lazare. Marthe, malgré la foi qu’elle venait de professer, semble reculer soudain. Jésus est ému jusqu’aux larmes, mais il n’hésite pas. Il sait que le miracle qu’il doit accomplir est pour la gloire de son Père. La résurrection s’accomplit alors.

Le Pape tire de ce magnifique épisode évangélique de profondes leçons spirituelles. Jésus, même aux heures les plus ténébreuses, pense aux autres, cherchant toujours à les consoler. Il ne fuit pas la souffrance, mais lui donne son sens véritable, l’homme n’étant pas fait pour la mort mais la vie. Or, c’est Jésus qui est la Vie. Telle est l’espérance du chrétien qui peut toujours prendre un nouveau départ et reconstruire ce qui aurait été détruit. Il faut quitter l’atmosphère du sépulcre pour le rencontrer en criant le Sursum Corda libérateur. On a tous un petit sépulcre dans notre cœur, une zone d’ombres qui doit être ressuscitée par le médecin céleste. Pour cela, il ne faut pas avoir peur de sortir de son égoïsme pour aller jusqu’aux périphéries existentielles. Laissons donc Jésus par Marie ouvrir la tombe de notre mort spirituelle pour regarder la lumière de Dieu.

 

 Retrouvez l’Homélie