Asie #NLQ

Indonésie – Après des mois de tensions communautaires et religieuses, le gouvernement se donne les moyens d’interdire d’interdire les organisations extrémistes

Le président de la République Joko ‘Jokowi’ Widodo a signé, le 10 juillet dernier, une ordonnance donnant pouvoir au ministre de la Justice d’interdire, sans contrôle judiciaire, les organisations considérées comme anti-Pancasila.

« Le Perppu a été signé [par le président] il y a deux jours », a déclaré la semaine dernière à la presse le ministre coordinateur des Affaires politiques, juridiques et de la sécurité, Wiranto. Le président Joko ‘Jokowi’ Widodo a ainsi donné au gouvernement le pouvoir d’interdire les organisations extrémistes qui cherchent à nuire à l’unité nationale et à la sécurité en menant des activités contraires au Pancasila (doctrine du pluralisme indonésien intégrée à la Constitution de 1945), sans solliciter l’autorisation d’un juge. Cette décision intervient après des mois de tensions communautaires et religieuses accrues dans le premier pays musulman au monde. Est directement concerné le Hizbut Tahrir Indonesia (HTI), une organisation implantée dans l’archipel depuis 1980 et qui cherche à y installer un califat.

Le Perppu n°2/2017 vient modifier la loi n°17/2013 relative aux organisations de masse. Selon les dispositions de cette dernière, l’interdiction d’une organisation de masse qui portait atteinte au Pancasila n’intervenait qu’au terme d’une procédure longue et complexe. En effet, des sanctions administratives présentaient un caractère cumulatif (trois avertissements écrits et la suspension des activités de l’organisation étaient notamment nécessaires) et devaient être confirmées par une autorité judiciaire. Désormais, « le ministre de la Justice aura autorité pour interdire une organisation qui s’oppose au Pancasila », a expliqué le ministre Wiranto.

« Certaines organisations de masse se livrent à des activités clairement opposées à l’idéologie nationale et à la Constitution. Ceci, bien sûr, constitue une véritable menace pour l’existence de cette nation et a créé des conflits dans la société », a déclaré le ministre à la presse, sans préciser les organisations visées par cette mesure.

Une mesure destinée à « maintenir l’unité nationale et à protéger l’existence de la nation »

Pourtant, ces dernières semaines, les autorités ont été plus explicites. Le 8 mai, le ministre de la Sécurité a annoncé que le gouvernement demanderait au pouvoir judiciaire d’interdire le Hizbut Tahrir Indonesia, accusé de promouvoir une idéologie contraire aux valeurs du Pancasila. Cette organisation souhaite mettre en place un califat dans l’archipel. A la fin de ce mois, le président Jokowi avait confié au Temposon intention d’interdire les organisations qui n’adhèreraient pas au Pancasila. « Je ne parle d’une ou deux organisations seulement, mais de quatre, cinq, voire six », avait-il précisé.

Cette décision intervient alors que les tensions communautaires et religieuses se sont faites plus vives dans l’archipel, en particulier lors de la campagne électorale pour le gouvernorat de Djakarta, considérée comme « la plus sale » de l’histoire de la capitale indonésienne. Le gouverneur sortant, Ahok, avait fait l’objet d’une vaste campagne de dénigrement pour avoir tenu des propos jugés « blasphématoires » envers le Coran par des organisations musulmanes radicales. Celles-ci, telles le Front des défenseurs de l’islam, avaient organisé des manifestations de masse, certaines allant jusqu’à réclamer la peine de mort contre le gouverneur Ahok. Battu aux élections, Ahok avait été condamné à deux ans de prison ferme pour « blasphème » et immédiatement emprisonné. Selon une étude menée par le Saiful Mujani Research and Consulting, 9,2 % des Indonésiens, soit près de 20 millions de personnes, seraient favorables à la mise en place d’un califat dans l’archipel.

Le ministre Wiranto a tenu à rappeler que l’ordonnance «  ne vis[ait] pas à limiter les organisations de masse et à nuire aux organisations islamiques, mais à maintenir l’unité nationale et à protéger l’existence de la nation ». Elle n’aurait pas non plus vocation à constituer une «  menace pour la liberté d’association et d’expression ».

Le HTI, une organisation qui prêche « poliment et paisiblement » ?

Pour autant, Phelim Kine, directeur-adjoint de la division Asie à Human Rights Watch, a vivement critiqué la décision du gouvernement indonésien de pas faire interdire juridiquement Hisbut Tahrir Indonesia. Selon lui, «  interdire une organisation sur des fondements idéologiques constitue une mesure radicale qui ébranle les droits et liberté d’association et d’expression pour lesquels les Indonésiens ont chèrement combattu depuis la dictature de Suharto. »

En 2013, la loi relative aux organisations de masse avait suscité elle aussi de vives critiques. Human Rights Watch avait critiqué le fait qu’il était imposé aux ONG d’adhérer au « souffle, à l’âme et à l’esprit » du Pancasila, au détriment de doctrines considérées comme anti-Pancasila. Etaient spécifiquement concernés l’athéisme, le communisme et le marxisme-léninisme. Phelim Kine avait à cette époque dénoncé «  un retour à l’ère répressive de Suharto en soumettant les activités de la société civile à un contrôle gouvernemental excessif et imprévisible ».

Par contre, le P. Guido Suprapto, secrétaire exécutif de la Commission pour les laïcs de la Conférence épiscopale indonésienne, a apporté son soutien à cette réforme. «  Le gouvernement et la société constatent que des activités organisées par des groupes radicaux, y compris le HTI, sont clairement opposées l’idéologie nationale », a-t-il déclaré à l’agence Ucanews. Et début juillet, selon Kompas, quatorze organisations musulmanes avaient elles aussi demandé au gouvernement de procéder « immédiatement » à l’interdiction du HTI et des autres organisations anti-Pancasila.

Le porte-parole du HTI, Ismail Yusanto, a nié que son groupe ait cherché à établir un Etat islamique en Indonésie. Selon lui, le HTI est une organisation qui «  prêche poliment et paisiblement », sans enfreindre aucune loi. Dénonçant une atteinte à la liberté d’association, garantie par la Constitution de 1945, le HTI a fait savoir qu’il allait déposer un recours devant la Cour constitutionnelle. Il a par ailleurs contesté le recours à un Perppu. Sur le fondement de l’article 22 paragraphe 1 de la Constitution de 1945, le président ne peut recourir à cette mesure que « si les circonstances l’exigent ».

Source : Eglises d’Asie

NLQ #Orient

Les chrétiens d’Irak appelés à l’unité pour la reconstruction nationale

Au cours de la phase délicate que traverse actuellement la nation irakienne, face aux perspectives incertaines qui s’ouvriront après la libération totale de Mossoul du joug des milices djihadistes du prétendu « Etat islamique », les chrétiens sont appelés à manifester leur unité, y compris au plan opérationnel, non seulement pour protéger leurs prérogatives de composante nationale, mais également pour favoriser la réconciliation de tout le peuple irakien et éviter que l’imminente récupération des territoires encore aux mains des djihadistes ne déchaîne des poussées centrifuges et de nouvelles dérives sectaires.

 

Telle est la perspective indiquée par les Chefs des Eglises chrétiennes présentes dans la région et par de nombreux représentants politiques chrétiens œuvrant tant au Parlement national qu’au sein de celui de la Région autonome du Kurdistan irakien, qui se sont réunis hier, 3 novembre, à Ankawa – faubourg à majorité chrétienne d’Erbil – afin de réfléchir et d’élaborer des propositions relatives à l’avenir du pays après la libération de Mossoul.


A la rencontre ont participé, entre autres, le Patriarche de Babylone des Chaldéens, S.B. Louis Raphaël I Sako, le Patriarche Gewargis III Sliwa de l’Eglise assyrienne d’Orient, et Nicodemus Daoud Matti Sharaf, métropolite syro-orthodoxe de Mossoul. Il est important – indique le compte-rendu de la rencontre – que les chrétiens se montrent à la hauteur des responsabilités requises par le moment présent et expriment une position unitaire sur les problèmes et les urgences du moment notamment parce que, en ce qui concerne ce qui se passera après la libération de Mossoul, est déjà perceptible l’absence d’un projet politique clair et l’existence d’une pluralité de scénarios possibles.

 


Parmi les thèmes discutés au cours de la rencontre, cités dans le compte-rendu, est notée tout d’abord la possibilité, pour la composante chrétienne, de se mouvoir de manière unitaire sur la scène sociale et politique irakienne, en conservant l’identité de chacun des groupes mais en évitant que chaque Eglise et communauté – différenciables également selon des critères ethniques – ne poursuive chacune ses propres instances de manière isolée et surtout en évitant des intolérances réciproques, attendu que « notre force réside dans notre unité ».

 

C’est pourquoi les Chefs des Eglises et les hommes politiques chrétiens ont par ailleurs donné l’indication de s’abstenir de déclarations provocatrices et de critiques qui pourraient diviser dans les moyens de communication. Parmi les urgences à affronter, signalées avec force dans les interventions de nombreux participants, se trouve le besoin de lutter par tous les moyens légaux contre la modification des équilibres démographiques des zones libérées, en garantissant le retour des évacués et en prévoyant des mesures juridiques qui permettent aux communautés ethniques et religieuses de disposer d’un rôle dans la gestion politique et administrative des zones de peuplement dans le respect de la Constitution. Au cours de la réunion, a également émergé la proposition de créer une équipe de chrétiens compétents en matière de questions politiques, économiques et sociales, appelée à devenir un instrument opérationnel habilité à offrir aux institutions la contribution de propositions et de suggestions provenant des communautés chrétiennes en faveur du processus de réconciliation nationale.

 

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