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Les apports dogmatiques de Vatican II selon Arnaud Dumouch

Comprendre les apports dogmatiques de Vatican II en 9 canons.
Les Conciles de jadis se terminaient par une série de “canons” qui en résumaient la portée. Les Pères du Conciles Vatican II refusèrent d’agir ainsi, livrant au peuple de Dieu un texte long et difficile à comprendre.

55 ans après la clôture du Concile, il peut être utile de donner un outil pédagogique simple qui distingue deux parties :  D’abord les apports admirables (et marqués d’infaillibilité) de ce Concile pour la doctrine de la foi.

Mais aussi les décisions pastorales fragiles et sujettes à caution.

Ce travail a été commencé par un théologien laïc et thomiste, Arnaud Dumouch. Il serait intéressant que des laïcs l’améliorent et suggèrent à la hiérarchie d’en faire un document pour l’usage de l’Eglise universelle.

I) La liste des neuf principales vérités dogmatiques (infaillibles) développées dans Vatican II :

1° L’homme est par nature un être libre et la liberté religieuse est une condition de sa nature. C’est un nouveau “préambule de la foi”.

2° L’Ordre des évêques est un ordre indépendant, radicalement non réductible à l’Ordre des prêtres, quoiqu’en dise saint Thomas d’Aquin. S’il ne donne rien de plus que le sacerdoce quant à l’eucharistie, il porte la plénitude de la grâce pour perfectionner le peuple de Dieu.

3° Le mariage est ordonné de manière indissociable à l’amour réciproque des époux et au don de la vie (et non à la procréation et à l’assouvissement du désir, comme l’enseignait saint Thomas d’Aquin).

4° Les religions autres que le christianisme ne donnent pas le salut (il est donné par la charité vivante fondée sur la foi et sources d’œuvres -Concile de Trente, session VI-) mais elles possèdent en elles des “semences mises par l’Esprit Saint” qui disposent les âmes des non-chrétiens au salut.

5° Les christianismes séparés, bien qu’ils souffrent de déficiences sur tel ou tel point, peuvent certainement produire la vie de la grâce et on doit reconnaître qu’ils donnent accès à la communion du salut (Unitatis Redintegratio, 3).

6° Nous devons tenir que Dieu proposera à tous, sans exception, la possibilité d’être sauvé (c’est le seul dogme à forme solennelle du saint Concile Vatican II, voirGaudium et Spes 22, 5, repris de Pie XII Mystici Corporis 186).

7° Le sacrement de l’eucharistie a pour but l’union par la charité de Dieu et de l’homme (et non seulement la glorification de Dieu).

8° L’infaillibilité pontificale s’exerce de manière extraordinaire, solennelle ou ordinaire (reprise par Lumen Gentium et confirmation des définitions du Concile Vatican I, 1870).

9° L’Ecriture sainte n’est pas dictée par Dieu mais inspirée par Dieu à de vrais auteurs humains qui ont écrit avec leurs mots et leur faillibilité. L’Ecriture est infaillible sur la doctrine du salut et sa révélation progressive, pas sur le reste. (Constitution dogmatique Dei Verbum).

II) La liste des principales orientations pastorales prudentielles (faillibles) développées dans Vatican II :

1° On remplace une pastorale réprimant la liberté de l’erreur par une pastorale de la liberté de conscience, de réunion, y compris pour ceux qui prônent l’erreur (Applications : suppression de l’Index des livres prohibés, absence de canons anathémisant l’erreur à l’issue de Vatican II) (dignitatis humanae).

2° On remplace une pastorale dénonçant l’erreur et l’incapacité à sauver des religions non chrétiennes par une pastorale cherchant en premier à connaître et admirer les “semences mises par l’Esprit Saint” qui disposent les âmes des non-chrétiens au salut (Nostra Aetate).

3° On remplace une pastorale dénonçant les déficiences des confessions chrétiennes séparées par une pastorale qui regarde et admire la vie de la grâce est produite par elles (Unitatis Redintegratio).

4° On remplace l’évangélisation des païens portée par l’inquiétude pour leur salut par une pastorale de l’annonce joyeuse de la bonne nouvelle du salut, puisque nous savons  que Dieu proposera à tous, sans exception, la possibilité d’être sauvé (Gaudium et Spes 22, 5, Nostra Aetate).

5° On remplace l’autel du sacrifice par une table sacrificielle puisque le but du sacrement de l’eucharistie est l’union par la charité de Dieu et de l’homme (et non seulement la glorification de Dieu).

Source

Tribunes et entretiens

La messe de Vatican II, entretien avec l’abbé Barthe

L’abbé Claude Barthe vient de publier aux éditions Via Romana un nouveau livre sur la liturgie, La messe de Vatican II, qui devrait faire débat par les liens qu’il établit entre le nouvel ordo promulgué par le pape Paul VI et le concile Vatican II et par l’historique qu’il propose de la crise liturgique. Nous avons rencontré l’auteur.

 

Selon vous, la réforme liturgique qui a suivi Vatican II n’a pas de précédent historique ?

Il y a certes eu bien des modifications dans les liturgies catholiques, au cours des siècles, telle, pour la liturgie romaine, la synthèse romano-franque commencée au VIIIe siècle et achevée au XIe siècle, qui a vu une hybridation entre le rite vieux-romain et les rites des pays francs et germaniques. Quant au terme de réforme, qui désigne traditionnellement dans l’Eglise, un phénomène de rénovation disciplinaire, doctrinale et spirituelle (réforme grégorienne, réforme tridentine, par exemple), il a pu s’accompagner d’un versant liturgique (pour la réforme tridentine, l’édition des livres romains comme livres « canoniques » pour l’ensemble de l’aire latine). On peut parler à ce titre de réforme liturgique, mais cela n’a rien à voir avec la réforme liturgique de Vatican II. Celle-ci relève plutôt d’une réforme sous un mode d’inculturation, d’adaptation des formes cultuelles à une civilisation qui reçoit la mission catholique, comme cela s’est produit pour permettre l’accès des Slaves à la liturgie byzantine via le slavon ancien, lors de l’évangélisation des saints Cyrille et Méthode, au IXe siècle.

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Brèves

Abus sexuels en Pennsylvanie : 81 % des agresseurs ordonnés avant 1975

Une étude statistique de Matthew Shadle qui montre que 81 % des prêtres pédophiles en Pennsylvanie ont été ordonnés avant 1975 et que 30 % d’entre eux ont été ordonnés dans l’immédiat après le Concile.

Culture #Doctrine / Formation

Mai 68 et Vatican II : les deux révolutions

de Pierre de Lauzun sur son blog :

Comment le Concile a ouvert les bras au monde au moment précis où celui-ci partait dans la direction opposée.

Peut-on rapprocher Vatican II et mai 68 ? Entre les foules de jeunes en révolte et les vénérables évêques assemblés dans Saint-Pierre la différence paraît énorme. Pourtant ils ont quelque chose en commun, et au minimum un rôle central dans les bouleversements des années soixante. Concile, quel concile ?

Le Concile avait pour tâche ce que Jean XXIII appelait l’aggiornamento : ne pas changer le dépôt de la foi mais le dire autrement et dialoguer avec le monde d’aujourd’hui. Le résultat est-il en rapport ? Certains insistent sur la mutation, d’autres sur la continuité. Mais le bouleversement est incontestable. Benoît XVI avait distingué le Concile des textes (en théorie le seul vrai) et le Concile des médias. Le mouvement massif de remise en cause qui a alors saisi l’Église serait alors en grande partie le fruit de cette interprétation appelée concile des médias, qui ne s’appuie que partiellement sur les textes conciliaires. Mais la réalité est plus complexe. Car même dans les textes les changements sont importants. Le langage utilisé est très nouveau ; les anathèmes (listes de propositions condamnées comme fausses) sont supprimés ; on donne la priorité absolue au pastoral, etc. Ce qui fait qu’en restant en principe cohérent on envoie en réalité un message assez différent. Par exemple, dans le texte sur les autres religions, Nostra Aetate, on ne parle que de ce que ces religions ont de bon. On peut donc dire qu’on ne change rien. Mais en fait on change l’attitude : au lieu de voir d’abord ces religions comme fausses, on s’attache aux éléments communs. Ce qui permettra ensuite à certains de dire qu’elles ont une valeur comme telles. Ce que ne dit pas le texte. Mais son flou sur le sujet a permis le glissement. On voit alors poindre une des affinités possibles avec mai 68. « Il est interdit d’interdire » disait ce dernier : en un sens, c’est un peu ce qu’a fait le Concile.

Ce n’est pas le seul point commun. Sous un autre angle, les effets de mai 68 sont faibles doctrinalement, mais considérables dans la pratique et les mœurs ; or c’est aussi ce qui se passe avec le Concile (au moins celui des médias). Prenons la liturgie : des changements aussi emblématiques que l’orientation du culte ou la communion dans la main ne résultent pas de textes conciliaires, mais de la pratique, entérinée par les autorités. On peut enfin noter aussi, en commun, cet optimisme utopique caractéristique de l’époque.

Des différences sensibles

En revanche, en termes de résultats concrets les résultats sont inverses. Évidemment si on voit mai 68 (et tous les événements apparentés, partout dans le monde développé) comme une révolution, c’est un échec. Mais en réalité ce n’était pas d’abord une révolution politique. L’effet principal, massif, en a été de bouleverser les mœurs, à commencer par les relations sexuelles, et de refuser toute autorité et tradition ; avec pour produit involontaire final l’exaltation de la consommation et de l’argent. En tout cas son impact en a été immense ; les effets s’en sont fait sentir jusqu’à nos jours, imprégnant toute la société bien au-delà de son point de départ. De son côté le Concile n’avait pas l’intention de changer les traits essentiels de la foi catholique. Et s’il a présidé lui aussi à un bouleversement sans précédent, on a constaté en même temps un effondrement quantitatif. L’imprégnation de la société par la foi chrétienne, qui restait très forte, est devenue au fil du temps minime. Sur ce plan donc la ressemblance a ses limites. Dans un cas on a vu une mutation majeure (pas entièrement voulue) et un effet puissant ; dans l’autre, l’effet socialement visible (je ne parle pas de l’intériorité spirituelle) a été l’effondrement quantitatif.

Il semble qu’on puisse trouver la raison de ce contraste dans les positions opposées des deux événements par rapport à leurs traditions respectives ainsi qu’à l’évolution de la société (émancipation, rejet des normes, individualisme, relativisme), qui reflétait une tendance lourde déjà présente, libérale et révolutionnaire. Mai 68 allait tout à fait dans le sens de cette évolution. Mais l’Église était dans la position inverse. Dans la phase antérieure elle s’était opposée vigoureusement à la modernité ; et cela avait donné certains résultats même si elle connaissait une lente attrition, car elle résistait assez bien. Cela dit, de façon souterraine, une partie du clergé et des fidèles étaient plus ouverts aux « valeurs » de l’époque et espéraient des retrouvailles avec le monde moderne ; s’ajoutant au besoin permanent de ressourcement spirituel et au renouvellement nécessaire, cela a conduit au Concile. On espérait même, assez naïvement, que cela pourrait déboucher sur une rechristianisation. D’où l’optimisme, et des initiatives plus ou moins débridées. Des traits d’époque caractéristiques, mais inattendus dans une institution où la tradition et l’autorité jouaient un rôle central. Mais cela a été perçu comme un véritable tête-à-queue par rapport aux attitudes précédentes, d’où une grande confusion.

Des fruits assez différents

D’où le résultat. Dans un livre récent, Guillaume Cuchet a admirablement analysé l’effondrement de l’Église catholique en France, commençant dans les années 1960 et poursuivie ensuite. On dit que la baisse était séculaire et continue depuis bien longtemps : c’est inexact. Elle a été brutale, et pas vraiment préparée par des signes avant-coureurs. On le voit au fait que la conviction commune au début des années soixante était à la stabilisation de la pratique (sous réserve d’une lente érosion séculaire et de l’exode rural) ; d’où l’optimisme de l’Église du temps, qui explique en un sens le Concile et son ton naïvement confiant.

Comme Guillaume Cuchet le montre, la baisse soudaine de la pratique date de 1965 et pas de 1968 comme beaucoup le croient. Il y a évidemment là à l’œuvre des mouvements sociologiques majeurs. Mais souligne-t-il, la datation précise du décrochage et sa brutalité mettent en évidence le choc du Concile et de sa mise en œuvre. La pratique religieuse, obligatoire avant sous peine de péché mortel, l’a été d’un coup beaucoup moins. Dieu n’était plus (aussi) un juge mais pur amour, incapable de condamner qui que ce soit. Les fins dernières ont disparu de la pastorale. Certes, ce n’est pas le Concile qui a relativisé la pratique (notamment le rôle de la confession) ou l’idée de l’enfer. Mais outre qu’il n’insistait pas dessus, il a dans la perception commune relativisé l’idée que le Salut s’obtenait normalement par l’Église et ses pratiques. Et de son côté le clergé a progressivement démonté l’ancien système de normes, de pratique et de dogmes, ainsi que la religiosité populaire, tout en bouleversant la liturgie. Pour Guillaume Cuchet tout se passe donc comme si Vatican II avait entraîné la révolution qu’il voulait éviter. Même si pour lui la crise se serait produite de toute façon, quoique plus tard et autrement.

Tout ne pouvait continuer comme avant

On ne sait évidemment pas ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu ce Concile, décision personnelle de Jean XXIII. Ou avec un Concile différent. Avec le recul toutefois, on reste étonné de l’improvisation et surtout de la naïveté du processus. La lecture des signes des temps si prisée alors s’est avérée assez défectueuse : le Concile a ouvert les bras au monde au moment précis où celui-ci partait dans la direction opposée. On a voulu alors oublier l’idée chère à l’Église préconciliaire que la modernité contenait des ferments incompatibles avec le message chrétien. Or non seulement ces ferments étaient bien là, mais ils se sont nettement aggravés avec le passage à la postmodernité relativiste et libertaire après 1968. Pour ne prendre qu’un domaine, rien ne montre que le Concile ait eu la moindre anticipation de l’avortement de masse, des mœurs dites libres, de la pornographie, de l’effondrement du mariage etc., qui allaient déferler sur nos sociétés. Cela ne vaut pas dire que tout pouvait continuer comme avant, tant s’en faut : notamment, il fallait chercher à parler aux hommes de notre temps, et reconnaître ce qu’il y a de bon dans le monde moderne. Plus encore, une réforme spirituelle s’imposait. Mais il est étonnant qu’on ait à ce point sous-estimé les tendances profondes de l’époque et ses ferments destructeurs. Et encore plus étonnant est le fait que cinquante ans après, l’Église ne soit pas en état de prendre lucidement la mesure de ce qui lui est arrivé.

Article paru dans Aleteia le 27 juin 2018 https://fr.aleteia.org/2018/06/27/m…

Doctrine / Formation

La pensée conciliaire sur l’Eglise, de Paul VI à Jean-Paul II

Sur la route de Césarée, Pierre confessa avec admiration et simplicité la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Ce fut là le premier Credo de l’Église. À chaque moment important de son histoire, l’Église l’a réédité : lors des grands Conciles des premiers siècles, à Nicée en 325, à Constantinople un bon demi-siècle après, puis au Latran en 640. Notre Credo de la messe prolonge ainsi l’affirmation de saint Pierre, bel écho fidèle.

Au lendemain du Concile de Trente, après les confusions liées au Grand Schisme et à la Réforme protestante, le pape Pie IV fit à nouveau une profession de foi (1564), et il y a juste 50 ans, en 1968, le bienheureux Paul VI fit de même peu après le second Concile du Vatican : il a voulu réaffirmer le Credo à un moment où il était plus ou moins discrédité, contesté ou mis en discussion. Dans le préambule, Paul VI s’adresse aux fidèles emblématiques de Mai 68, fascinés par la nouveauté, ayant perdu tout esprit critique, à la remorque d’un modernisme échevelé qui croit préparer l’avenir en perdant de vue le cri de Pierre sur la route de Césarée. À l’inverse, pour qui a réellement la foi, la Révélation de Dieu ne sera jamais reçue comme une mode transitoire ou provisoire.

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Brèves

Le Cardinal Burke à un colloque de l’Institut du Bon Pasteur sur Vatican II

Brèves

Courrier d’un lecteur – Pape François : les raisons du malaise.

Rien ne pourra jamais justifier les insultes et délires des sedevacantistes pour qui tous les papes de l’Église conciliaire (donc après Vatican II) sont des antipapes. Ces gens nuisent gravement à l’Eglise et devront un jour, rendre des comptes à Dieu. Pour autant, à moins d’être aveugle, il est impossible de ne pas constater une certaine frilosité du Pape François pour dénoncer frontalement la culture de mort qui règne de plus en plus sur terre (meurtre des enfants à naître, théorie du genre, mariage “contre Dieu et nature” du même sexe). Ainsi, quand le Saint Père s’est exprimé sur l’état moral de l’Europe devant un parterre de présidents et de premiers ministres des pays de la communauté, il a parlé de tout sauf de l’essentiel. Il n’a pas jugé bon de dénoncer l’avortement ou encore le mariage homosexuel. Or, nous savons que dans ses interventions internes, le Pape condamne, bien évidemment (et heureusement) ces infamies. Pourquoi donc ce manque de courage ? L’Esprit ne soufflerait-il pas pleinement sur François ?
Il me semble que pour comprendre, nous devons revenir à la fondation de la papauté instaurée par le Seigneur. En effet, quand Jésus-Christ dit à Pierre « tu es pierre et sur cette pierre je fonde mon église », cela sous-entend bien évidemment, « tu seras Pape pendant toute ta vie sur terre » et non pas « tu seras Pape mais quand tu en auras marre , tu pourras te trouver un autre job ». Le commandement du Christ à Pierre s’applique d’évidence à toute la vie de l’apôtre et donc, par extension, à l’intégralité de la vie de tous les papes. C’est pourquoi, Benoît XVI, que cela lui plaise ou non, est à ce jour, encore Pape. C’est aussi pourquoi, le Pape François ne reçoit pas encore toute la force de l’Esprit Saint qui a toujours soutenu, tous les successeurs de Pierre. J’ai la conviction que quand le Pape Benoît XVI quittera ce monde, François, désormais vraiment Pape, aura subitement beaucoup plus de courage, car dès lors, l’Esprit soufflera en abondance. Le Pape Benoît XVI a été un Pape magnifique. Cependant, voyant arriver la légalisation du mariage d’infamie, il a pensé qu’un Pape plus jeune serait mieux à même de combattre la dictature satanique féministo-maçonnique-LGBT régnante. Certes, il s’est trompé et son départ, n’aura pas été positif pour la tradition de l’Église. Au fond, il faut avoir le courage de dire que cette situation où nous nous retrouvons (avec deux papes) correspond à une désobéissance au commandement du Christ. On ne peut pas jouer avec les fondements de l’Église, établis par le Fils de Dieu. L’Esprit soufflera à nouveau pleinement, quand et seulement quand, il n’y aura qu’un seul Pape.
JP A

NDLR – Les courriers des lecteurs n’engagent pas la rédaction, mais entendent alimenter les débats.

Doctrine / Formation #NLH

Mgr Georges Colomb – Comment définir la doctrine sociale de l’Eglise

La doctrine sociale de l’Eglise

Introduction

Religion de l’Incarnation, le christianisme a toujours refusé la séparation des réalités temporelles et spirituelles. Le message du Christ presse les croyants à relire leurs engagements humains à la lumière des valeurs de l’Evangile. C’est ainsi que le pape Pie XII pouvait affirmer : “Vouloir tirer une ligne de séparation entre la religion et la vie, entre le surnaturel et le naturel, entre l’Église et le monde comme si l’un n’avait rien à faire avec l’autre, comme si les droits de Dieu ne s’appliquaient pas à toute la réalité multiforme de la vie quotidienne, humaine et sociale, est parfaitement contraire à la pensée chrétienne…” (Pie XII : Allocution du 22 janvier 1947)
L’Eglise catholique est la seule institution à avoir opéré une réflexion systématique, à partir de la révolution industrielle du XIXème siècle, sur les conditions de vie des hommes et des femmes de son temps. Cette réflexion, amorcée par le pape Léon XIII et son Encyclique Rerum novarum (1891) a été reprise, actualisée et amplifiée jusqu’au pape François qui invite aujourd’hui à s’interroger sur la place de l’homme face aux défis contemporains que sont les nouvelles pauvretés, la crise climatique et les flux migratoires.

Comment définir la doctrine sociale de l’Eglise ?

Le pape Jean-Paul II a donné une définition de la DSE et en a redéfini les buts : ” La doctrine sociale de l’Eglise n’est pas une « troisième voie » entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité parmi les solutions moins radicalement marquées : elle constitue une catégorie en soi. Elle n’est pas non plus une idéologie, mais la formulation précise des résultats d’une réflexion attentive sur les réalités complexes de l’existence de l’homme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale. Son but principal est d’interpréter ces réalités, en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l’enseignement de l’Evangile sur l’homme et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante ; elle a donc pour but d’orienter le comportement chrétien. C’est pourquoi elle n’entre pas dans le domaine de l’idéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale.” (Encyclique Sollicitudo rei socialis 1987).

I. Histoire de la DSE

I. : La première phase : 1891 à 1944

La Doctrine sociale va d’abord se développer autour d’une réflexion critique sur les institutions économiques, politiques et sociales. Cette réflexion se fait naturellement en référence à l’Evangile et a pour but de conduire à un ordre social équitable, garant de la paix et du développement de la société comme de l’individu.
La DSE n’apparaît pas brusquement avec l’encyclique Rerum novarum. Publiée le 15 mai 1891, cette encyclique est précédée et préparée par le mouvement social catholique né en Allemagne autour des années 1880 et portée par Mgr Ketteler. La France est aussi touchée par ce mouvement au travers de la pensée de Charles-René de La Tour du Pin, Albert de Mun, Maurice Maignen ou Léon Harmel, tous engagés en faveur d’une rénovation de l’ordre social conforme au christianisme.
Le catholicisme social naît avec l’industrialisation de l’Europe alors que se développe la pensée socialiste. Le pontificat du pape Léon XIII élu en 1878, marque un tournant dans l’histoire de l’Église catholique, particulièrement dans son rapport aux aspirations culturelles, sociales et politiques du temps.
L’autorité morale du Saint Siège va s’affirmer en même temps que, par la perte des Etats pontificaux, son pouvoir temporel s’efface.

1.1. Rerum novarum 1891

Avec la révolution industrielle une nouvelle classe sociale est apparue : la classe ouvrière. Cette classe est profondément marquée par la misère matérielle et morale. Elle est aussi de plus en plus attirée par les idées socialistes. Ainsi se formule petit à petit une véritable “question ouvrière” qui va justifier l’intervention de l’Eglise et la parution de l’Encyclique Rerum novarum en 1891. “Les travailleurs isolés et sans défense se sont vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée”.
L’Encyclique réaffirmera la légitimité de la propriété privée mise à mal par le socialisme, mais affirmera dans le même temps, la primauté du “bien commun” auquel l’usage de cette propriété doit être ordonné. Le pape dénoncera les excès du libéralisme et justifiera une régulation imposée par l’Etat en matière économique.
Parmi les grandes idées défendues par l’Encyclique on trouve la notion de “juste salaire” permettant une vie digne ; le droit à constituer des associations professionnelles ; la nécessité de protéger les femmes et les enfants d’un travail trop pénible ; la réaffirmation de l’exigence du repos dominical.
L’écho de l’Encyclique Rerum novarum sera profond et durable : développement d’un syndicalisme chrétien, création des Semaines sociales, en France (1904), Espagne (1906), Italie (1907), Canada (1920), fondation de l’Action Populaire (ancêtre du CERAS) par le père Henri-Joseph Leroy (1903)
Rerum novarum est un texte fondateur. Les papes qui succéderont à Léon XIII poursuivront en l’actualisant la réflexion sur les questions éthiques posées par le développement économique des sociétés contemporaines.

1.2. Quadragesimo anno (1931)

Les années 30 sont marquées par la profonde crise économique qui ébranle le monde occidental. Pour le quarantième anniversaire de Rerum novarum, le pape Pie XI publie l’Encyclique Quadragesimo anno en 1931.
Inspiré par la pensée du jésuite allemand Oswald Nell-Breuning (1890-1991), économiste et sociologue reconnu, le pape Pie XI condamne à la fois le socialisme réformateur et le communisme mais opère aussi une critique sévère des excès d’un libéralisme générateur d’une “si criante inégalité…” qu’il ne saurait répondre ” aux vues infiniment sages du Créateur” (n° 5). Le pape dénonce également avec vigueur les excès de la libre concurrence et de la spéculation. Il parle de “dictature économique” (n°117) et en appel à l’intervention régulatrice de l’Etat.
L’Encyclique Quadragesimo anno met à l’honneur ce qui deviendra un des piliers de la DSE, le principe de subsidiarité. “Que l’autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l’excès son effort” (n° 88).
Le pontificat de Pie XI se situe à un tournant de l’histoire européenne. Dans les années 30 le communisme et le nazisme menacent également la paix du monde.
Deux Encycliques suivront Quadragesimo anno, moins connues mais non moins essentielles pour la pensée sociale de l’Eglise : Divini redemptoris, à propos du communisme et de ses conséquences et Mit brennender Sorge sur la situation de l’Eglise catholique dans le Reich allemand, publiées toutes deux en mars 1937.
La notion de “droit naturel” est longuement évoquée dans Mit brennender Sorge : “Nous pensons ici en particulier à ce qu’on appelle le droit naturel, inscrit de la main même du Créateur sur les tables du cœur humain (Rm 2,14 ss) et que la saine raison peut y lire quand elle n’est pas aveuglée par le péché et la passion. C’est d’après les commandements de ce droit de nature que tout droit positif, de quelque législateur qu’il vienne, peut être apprécié dans son contenu moral, et, par là même, dans l’autorité qu’il a d’obliger en conscience. Des lois humaines qui sont en contradiction insoluble avec le droit naturel sont marquées d’un vice originel qu’aucune contrainte, aucun déploiement extérieur de puissance ne peut guérir.” (n°36)

1.3. Les Radio messages de Pie XII

Entre 1941 et 1944, en pleine tourmente de la guerre, le pape Pie XII utilisera le moyen le plus moderne à sa disposition pour faire connaître la position de l’Eglise sur les droits de l’homme : la radio. Depuis la Révolution française de 1789 l’Eglise a affirmé que la proclamation de droits individuels déconnectée de toute référence à la transcendance était mortifère pour l’homme comme pour la société. Mais la personne humaine, créée par Dieu, aimée de lui et sauvée par le Christ, possède une dignité et des droits irréductibles. Face aux horreurs nées du nazisme et du communisme, Pie XII affirme que l’État n’a pas la charge d’assurer le bien des personnes, mais seulement le ” bien commun “c’est-à-dire de réunir les conditions “extérieures nécessaires à l’ensemble des citoyens pour le développement de leurs qualités, de leurs fonctions, de leur vie matérielle, intellectuelle et religieuse” (Message de Noël 1942). Il fait ainsi échapper toute la vie privée, la liberté de conscience, à la sphère d’action du politique.
Pie XII affirme ainsi ce qui demeurera un des fondements de la DSE : la primauté de la personne. Sont affirmées l’indépendance vis-à-vis du politique et le possible perfectionnement de chacun en lien avec la liberté individuelle.
A la même époque de grandes voix se feront aussi entendre dans l’Eglise de France pour la défense de la dignité humaine.
Rappelons ici la figure de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui le 23 août 1942 envoya une lettre pastorale aux curés de son diocèse pour qu’elle soit lue le dimanche suivant dans toutes les églises. Dans cette lettre Mgr Saliège s’insurgeait contre le traitement infligé aux juifs : “Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer. Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ? Pourquoi sommes-nous des vaincus ? Seigneur ayez pitié de nous. Notre-Dame, priez pour la France.
Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. France, patrie bien aimée, France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.” (Lettre pastorale du 23 août 1942).
Dans cette lettre, l’archevêque de Toulouse réaffirmait le “droit d’asile dans nos églises”, tradition multiséculaire, théorisée par Saint Augustin au Vème siècle. Il réaffirmait aussi ce grand principe de la DSE, la dignité de la personne humaine.
Autre grande figure française, celle de Mgr Gabriel Piguet, évêque de Clermont-Ferrand de 1933 à 1952. Dès 1940, il demande officieusement à toutes les supérieures de congrégations à la tête d’établissements d’enseignement que l’on y cache des enfants juifs. C’est un véritable réseau de protection qui se mettra en place sur la région du Puy de Dôme, de l’Allier et du Cantal, jusqu’au Limousin.
Le 24 mai 1943, franchissant un pas supplémentaire, Mgr Gabriel Piguet, dénonce officiellement cette fois, le national-socialisme et exige le respect des droits de la personne humaine. Convoqué par la Gestapo le 28 mai, il sera arrêté puis déporté à Dachau. Il a été déclaré “juste parmi les nations”.
En un peu plus de 50 ans, l’Eglise catholique aura posé les bases de la DES : notion de “bien commun” ; principe de subsidiarité ; destination universelle des biens ; dignité de la personne humaine.
A partir du pontificat de Jean XXIII (1958-1963) et, de façon plus nette encore à partir du Concile Vatican II, la Doctrine sociale s’inscrit dans le champ de la théologie. Dominique Greiner, Assomptionniste et économiste, définira le champ d’action de la DSE en précisant ses limites : “La morale sociale a progressivement intégré l’insertion historique et concrète de l’homme en lutte contre les situations d’injustices. Mais comment penser cette insertion dans l’histoire du Salut ? La question demeure ouverte. Comment éviter les écueils de l’utopie ou de l’idéalisme qui menacent tout discours sur le social, et refuser une dissolution de l’identité chrétienne dans les luttes nécessaires pour la justice et la dignité de l’homme ?” (“La morale sociale au XXe siècle : une entrée tardive en théologie”, dans Les grandes révolutions de la théologie moderne, Bayard 2003).

II : De Vatican II au pape François

2.1. De Jean XXIII à Vatican II

Elu en 1958, Jean XXIII est le premier pape à s’engager sur la voie d’une anthropologie personnaliste et théologique qui trouvera sa pleine expression avec la “Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps” (Gaudium et Spes) publiée par son successeur Paul VI le 7 décembre 1965.
Le nom de Jean XXIII est attaché à deux grands textes du magistère : “Mater et magistra” en 1961 pour l’anniversaire de “Rerum novarum”, et “Pacem in terris” en 1963.
Pour la première fois, on verra évoquée la notion moderne de “développement intégral de la personne”. La dimension spirituelle de l’homme ne peut être niée dans la perspective du développement de sociétés justes et équilibrées. (Mater et magistra n °217)
La finalité de l’entreprise est de devenir “une communauté de personnes” et la société est vue comme “réalité spirituelle” qui trouve son “fondement objectif dans le vrai Dieu transcendant et personnel” (Pacem in terris n°38). Vérité, justice et amour sont donnés comme les piliers de la société, et les chrétiens sont invités à s’engager pour la défense du “bien commun” devenu, du fait de la multiplication des échanges internationaux “bien commun universel” (Pacem in Terris n°7).
Jean XXIII ne verra pas la fin du Concile inauguré le 11 octobre 1962. Il s’éteindra en juin 1963. C’est à son successeur, Paul VI que reviendra la tâche de mener à bien l’œuvre monumentale du Concile œcuménique Vatican II.

2.2 Vatican II : Constitution Gaudium et spes (sur l’Eglise dans le monde de ce temps) et déclaration Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse) 1965.

Au fondement de toute la pensée des Pères conciliaires, on trouve cet appel à travailler à l’unification des dimensions temporelles et spirituelles de la vie humaine. Eclairés par la Révélation et par les valeurs de l’Evangile, les hommes sont invités à découvrir les enjeux spirituels qui se cachent au cœur de la vie ordinaire. Ainsi voit-on affirmée dans l’Avant-Propos de Gaudium et Spes l’ “Étroite solidarité de l’Église avec l’ensemble de la famille humaine”. On peut y lire aussi : “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.”
L’approche est donc à la fois personnaliste puisqu’elle souligne le caractère essentiel des relations interhumaines dans la construction de chaque individu, tout en étant théologique par la réaffirmation du caractère constitutif de la dimension spirituelle de l’homme, éclairé par la Révélation. L’unité des dimensions temporelle et spirituelle est exprimée par l’emploi du terme “intégral” utilisé dans les expressions “vocation intégrale de l’homme” ; “développement intégral” (GS n°59), ou encore “culture intégrale”. Le Concile invite les chrétiens à mettre fin à la distorsion entre pratique religieuse et vie profane, la première restant trop souvent sans influence réelle sur la seconde. (GS n° 43).
Dieu a confié au genre humain la mission de construire un monde juste et fraternel, préfiguration du Royaume à venir. Cette mission oblige à un travail de discernement car tout progrès, particulièrement dans le domaine des sciences et de l’industrie, peut conduire soit à une amélioration de la qualité de vie sur terre, soit au contraire, à un asservissement plus grand. Inutile de donner ici des exemples de cette ambivalence du progrès. Pensons simplement à l’énergie nucléaire ou aux questions de bioéthique.
La déclaration Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse) de 1965 affirme que la liberté de conscience s’impose à tous, aux hommes, aux Etats, aux Eglises. Elle est une des expressions de la dignité de l’homme.

2.3. Populorum progressio (1967)

Le pape Benoit XVI a pu qualifier l’encyclique du pape Paul VI Populorum progressio (1967) de “Rerum novarum de l’époque contemporaine” (Caritas in veritate n°8). Désormais la réflexion de l’Eglise dépasse les étroites frontières de l’Europe pour englober les pays lointains, particulièrement ceux récemment décolonisés ainsi que les pays en voie de développement. Pour Paul VI : “La situation présente du monde exige une action d’ensemble à partir d’une claire vision de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Experte en humanité, l’Eglise, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des Etats, “ne vise qu’un seul but : continuer, sons l’impulsion de l’Esprit consolateur l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi” (Gaudium et Spes, n. 3, § 2) (Populorum progressio n°13).
Pauvretés et sous-développement deviennent, en cette seconde moitié du XXème siècle, des questions internationales qui ne trouveront de solutions que grâce à la solidarité humaine et à la “fraternité humaine et surnaturelle… sous un triple aspect : devoir de solidarité, l’aide que les nations riches doivent apporter aux pays en voie de développement ; devoir de justice sociale, le redressement des relations commerciales défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; devoir de charité universelle, la promotion d’un monde plus humain pour tous, où tous auront à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns soit un obstacle au développement des autres. La question est grave, car l’avenir de la civilisation mondiale en dépend.” (Populorum progressio n°44).
Le service de l’homme est premier pour “combattre les discriminations, libérer l’homme de ses servitudes, le rendre capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral et de son épanouissement spirituel.” (Populorum progressio n°34).
Populorum progressio fut largement relayée en Amérique Latine et servit de base à la “théologie de la libération”. Pour lever toute ambiguïté sur le rôle qu’entendait jouer l’Eglise en matière sociale, le pape Paul VI fut conduit à préciser sa pensée dans une autre encyclique, publiée pour le 80ème anniversaire de Rerum novarum : “Octogesima adveniens” (1971) (voir 2ème partie)

2.4. Jean-Paul II – Laborem exercens (1981), Sollicitudo rei (1987) et Centesimus annus (1991)

Dans les années 80 la menace communiste s’éloigne et le libéralisme triomphe. Les inégalités s’accroissent, à l’intérieur des pays développés et au cœur des relations internationales. On commence à parler de “mondialisation” de l’économie et de la finance avec son cortège d’injustices. Jean-Paul II consacrera trois encycliques aux questions sociales : Laborem exercens (1981), Sollicitudo rei (1987) et Centesimus annus pour le centenaire de Rerum novarum en 1991.
L’homme dans sa liberté et sa dignité est au centre de la pensée du pape Jean-Paul II. Mais il s’agit d’une ” juste conception de la personne humaine, de sa valeur unique, dans la mesure où ” l’homme est sur la terre la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même”. L’homme a été voulu par Dieu qui lui a donné “une dignité incomparable…En effet, au-delà des droits que l’homme acquiert par son travail, il existe des droits qui ne sont corrélatifs à aucune de ses activités mais dérivent de sa dignité essentielle de personne” (Centesimus annus n°11).
La liberté est soumise à un “exercice juste”, l’homme s’inscrivant à la fois dans une histoire et au cœur d’une communauté.
Plusieurs écueils sont évoqués par Jean-Paul II, le matérialisme, l’athéisme, l’individualisme, le collectivisme.

2.5. Benoit XVI – Caritas in veritate (2009)

En 2009 mondialisation et globalisation sont devenues des réalités incontournables. Les crises économiques et financières se succèdent. C’est pourtant une vision de l’avenir résolument tournée vers l’Espérance chrétienne que propose le pape Benoit XVI. Les problèmes de l’humanité ne se résoudront que par un sursaut de fraternité, de solidarité, de charité. “La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Église. Toute responsabilité et tout engagement définis par cette doctrine sont imprégnés de l’amour qui, selon l’enseignement du Christ, est la synthèse de toute la Loi (cf. Mt 22, 36-40). L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations… mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques. Pour l’Église – instruite par l’Évangile –, l’amour est tout parce que, comme l’enseigne saint Jean et comme je l’ai rappelé dans ma première Lettre encyclique, « Dieu est amour » (Deus caritas est) : tout provient de l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui. L’amour est le don le plus grand que Dieu ait fait aux hommes, il est sa promesse et notre espérance” (Caritas in veritate n°2)
Tout homme de bonne volonté, libre et responsable, est capable d’entrer sur ce chemin de la charité. C’est la charité qui va guider la liberté pour lui fixer les objectifs, c’est la liberté qui va permettre l’exercice de la charité. La charité se concrétise dans le don et concerne aussi bien le politique que l’économique. On voit apparaître pour la première fois, clairement explicité, le souci de l’environnement “Le thème du développement est aussi aujourd’hui fortement lié aux devoirs qu’engendre le rapport de l’homme avec l’environnement naturel. Celui-ci a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière.” (Caritas in veritate n° 48)

2.6. Le pape François

Pour pénétrer la pensée sociale du pape François telle qu’elle semble se dessiner depuis 2013, date de son élection, il faut garder présent à l’esprit l’histoire de l’homme.
Fils de migrants italiens installés dans un quartier populaire de Buenos Aires, il sera confronté très tôt à la réalité des “périphéries” géographiques, sociales, culturelles, économiques. Son père l’initia au Mouvement coopératif dans les années 50. Ce mouvement est fondé sur la notion chrétienne de coopérative et de travail solidaire.
Provincial des Jésuites d’Argentine dans les années 70, Il devra affirmer l’option préférentielle pour les pauvres tout en prenant ses distances vis-à-vis des excès politiques de la “théologie de la libération”.
Au centre de sa pensée sociale on trouve la réaffirmation du respect inconditionnel de la vie et de la dignité humaine. Ce respect s’adresse à tous les hommes et à tout l’homme, confronté, dans le cadre d’une économie mondialisée à des pressions de plus en plus fortes, inséré dans un monde au matérialisme dominant et vivant sur une planète menacée. Cet homme, très concret, c’est l’ouvrier privé d’emploi donc de dignité, c’est le SDF, c’est le pauvre aux visages multiples, celui des mégalopoles comme le migrant jeté sur les routes par les crises politiques, économiques, climatiques.
Son premier grand texte “La joie de l’Evangile” (2013), consacré à “l’annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui” et paru quelques mois seulement après son élection, n’est pas à proprement parler un document à caractère social. Pourtant, à plusieurs reprises, le texte affirme avec force les convictions du pape en la matière. Le chapitre 4 s’intitule “La dimension sociale de l’évangélisation”. Le titre II de ce chapitre rappelle “La place privilégiée des pauvres dans le peuple de Dieu”.
Quatre “non” sont scandés : Non à une économie de l’exclusion, Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent, Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir, Non à la disparité sociale qui engendre la violence.
Le pape dénonce “une économie de l’exclusion et de la disparité sociale” (n°53). “Une telle économie tue”, martèle le pape François, s’étonnant que la mort d’un SDF fasse moins de bruit dans les médias que les nouvelles de la bourse. Il récuse “une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant” (n°54). Il dénonce aussi “la nouvelle idolâtrie de l’argent” pour affirmer “La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation.” (idem)
Autre grand texte du pape François, l’encyclique “Laudato Si” sur la sauvegarde de la maison commune de 2015. Le texte tire son titre du poème de saint François d’Assise, ” Loué sois-tu, Seigneur” qui, dans le Cantique des Créatures, rappelle que la terre a été confiée aux hommes pour qu’ils la traitent comme une mère et non pour qu’ils l’épuisent par une exploitation immodérée.
“J’espère que cette lettre encyclique, qui s’ajoute au Magistère social de l’Église, nous aidera à reconnaître la grandeur, l’urgence et la beauté du défi qui se présente à nous” déclare le pape François, intégrant ainsi ce texte majeur dans la DSE. L’encyclique marque incontestablement une nouvelle étape pour la pensée sociale de l’Eglise. Elle porte un regard sans concessions sur l’évolution inquiétante de nos sociétés.
Laudato si est un appel à une révolution écologique, à “un changement de paradigme” (le mot revient 18 fois dans l’Encyclique), c’est-à-dire de nos manières de penser notre rapport au monde.
Ce nouveau paradigme porte un nom : c’est l’écologie intégrale, une écologie ” qui incorpore la place spécifique de l’être humain dans ce monde et ses relations avec la réalité qui l’entoure” (n° 15). En effet, nous ne pouvons ” concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie” (n° 139).
Le pape ne cherche pas à s’opposer aux avancées scientifiques ou aux réalités politiques car “l’Eglise n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique” (n° 188). Ce qui intéresse le pape c’est “le bien commun”, pilier de la DSE et l’urgence de bâtir de nouveaux modèles de développement et de progrès (n°194) c’est-à-dire la primauté de la qualité de la vie face à la recherche du profit et à l’accumulation des richesses.
Le pape se fondant sur l’enseignement de ses prédécesseurs n’entend pourtant pas se limiter aux apports internes à l’Eglise catholique pour nourrir sa réflexion. Il en appelle aussi à “la réflexion d’innombrables scientifiques, philosophes, théologiens et organisations sociales qui ont enrichi la pensée de l’Église sur ces questions… [aux] autres Églises et Communautés chrétiennes – comme aussi d’autres religions ” qui “ont nourri une grande préoccupation et une précieuse réflexion sur ces thèmes qui nous préoccupent tous. Pour prendre un seul exemple remarquable, je voudrais recueillir brièvement en partie l’apport du cher Patriarche Œcuménique Bartholomée, avec qui nous partageons l’espérance de la pleine communion ecclésiale.” (n°7)
Sur le fond, l’Encyclique presse tous les hommes de bonne volonté d’entrer en dialogue pour trouver des solutions innovantes. Cette réflexion commune inclut les personnes directement concernées, car nul n’est trop pauvre, démuni, affecté par la crise climatique ou migratoire pour être condamné au silence.
Pour le pape, crise écologique et crise sociale sont intimement liées “n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale… [il faut] une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » (n° 139).
Soucieux de ne pas en rester à de grands principes abstraits, le pape propose (chapitre V) des orientations et actions pour une prise de conscience internationale et un renouvellement politique local, national, international. Le principe de subsidiarité trouve ici sa pleine application. Le chapitre VI propose des pistes pour un renouveau de l’éducation et de la vie spirituelle qui tiennent compte de l’écologie intégrale. Le pape invite à la sobriété “consentie”, signe de liberté (n°223). “Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme” (n° 203).
Enfin, il me faut évoquer brièvement la toute récente exhortation apostolique du pape François publiée le 9 avril dernier “Gaudete et Exsultate”, (Soyez dans la joie et l’allégresse) sur l’appel à la sainteté aujourd’hui. L’appel à la sainteté concerne tous les baptisés et tous les chemins y mènent. Notre mission “est inséparable de la construction [du Royaume de Dieu]” (n°25). Or le pape François l’affirme : “nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement” (Gaudete et Exsultate n° 101).
Concrètement, il évoque à nouveau la situation des migrants : “On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique… Pouvons-nous reconnaître là précisément ce que Jésus-Christ nous demande quand il nous dit que nous l’accueillons lui-même dans chaque étranger (cf. Mt 25, 35) ? Saint Benoît l’avait accepté sans réserve et, bien que cela puisse “compliquer” la vie des moines, il a disposé que tous les hôtes qui se présenteraient au monastère, on les accueille « comme le Christ » en l’exprimant même par des gestes d’adoration et que les pauvres et les pèlerins soient traités « avec le plus grand soin et sollicitude »” (Gaudete et Exsultate n° 102).

II. Une Eglise impliquée mais indépendante

On aura perçu, au travers de ce tour d’horizon historique, que la doctrine sociale de l’Eglise est avant tout un référentiel de valeurs. Au centre de ces valeurs, la personne humaine inscrite dans le temps et l’espace. Comment lui permettre de s’accomplir en se monde en référence aux valeurs évangéliques ? Comment la préserver du risque, toujours actualisé sous des formes multiples, de la déshumanisation ?
Partout et en tout temps, l’Eglise rappelle que la vie et la dignité de l’homme sont des valeurs non négociables.
Nous venons de voir comment tout au long de son histoire, mais particulièrement à partir de la fin du XIXème siècle, l’Eglise a accepté de se confronter aux grandes questions de son temps touchant à l’économique, au social, et plus récemment, à l’écologie, toujours dans cette perspective de défendre la dignité humaine.
Elle a dégagé au fil du temps les principes au fondement de sa doctrine sociale : dignité de la personne humaine, option préférentielle pour les pauvres, solidarité, subsidiarité, bien commun, charité, destination universelle des biens.
Si l’Eglise n’hésite pas à interpeller, questionner, voire condamner certains aspects de la pensée économique, sociale, politique, elle s’est toujours située comme autonome vis-à-vis des idéologies, cherchant une voie originale et salvifique.
Le magistère n’oublie pas que la mission première de l’Eglise est et restera jusqu’à l’avènement du Royaume et le retour du Christ, l’annonce de l’Evangile.
A l’image de son Seigneur, et fidèle à la mission reçue de lui, elle fonde sa réflexion et son action sur l’amour du prochain, la charité, la préférence pour le pauvre, l’exclu, le migrant, le réfugié…
Il n’est jamais question pour elle de jeter les bases d’un programme politique ou de soutenir un quelconque parti.
Dès 1891 avec Rerum Novarum l’Eglise se positionne sur cette voie propre.
En 1931 le pape Pie XI condamne à la fois le socialisme réformateur et le communisme. Dans Divini redemptoris, à propos du communisme et de ses conséquences et Mit brennender Sorge sur la situation de l’Eglise catholique dans le Reich allemand, encycliques publiées toutes deux en mars 1937, il les déclare “intrinsèquement pervers”.
La “théologie de la libération” formalisée en Amérique Latine à la fin des années 70 a voulu trouver dans Populorum progressio les justifications de son engagement de type marxiste. Cet égarement a conduit le pape Paul VI à préciser immédiatement sa pensée dans “Octogesima adveniens” (1971). Réfutant une libération de l’homme de nature marxiste, ou libérale, le pape déclare : “Aussi le chrétien qui veut vivre sa foi dans une action politique conçue comme un service, ne peut-il, sans se contredire, adhérer à des systèmes idéologiques qui s’opposent radicalement, ou sur des points substantiels, à sa foi et à sa conception de l’homme : ni à l’idéologie marxiste, à son matérialisme athée, à sa dialectique de violence et à la manière dont elle résorbe la liberté individuelle dans la collectivité, en niant en même temps toute transcendance à l’homme et à son histoire, personnelle et collective ; ni à l’idéologie libérale, qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l’intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l’organisation sociale.” (Octogesima adveniens n°26).
“Experte en humanité”, l’Eglise, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des Etats, “ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi” (Populorum progressio n°13).
Cette pensée s’affirmera encore dans Evangelii nuntiandi en 1975. Ce n’est à “un salut immanent, à la mesure des besoins matériels ou même spirituels s’épuisant dans le cadre de l’existence temporelle et s’identifiant totalement avec les désirs, les espoirs, les affaires et les combats temporels, mais un salut qui déborde toutes ces limites pour s’accomplir dans une communion avec le seul Absolu, celui de Dieu : salut transcendant, eschatologique, qui a certes son commencement en cette vie, mais qui s’accomplit dans l’éternité” que se réfère le croyant (n°27).
Pour Jean-Paul II l’économie libérale n’est pas un mal en soi puisqu’elle permet la réalisation de l’homme, l’expression de sa liberté et de son inventivité. Ainsi c’est par le travail que l’homme “se réalise lui-même comme homme et même, en un certain sens, “il devient plus homme” » (Laborem exercens n° 9).
Le profit est légitime mais : ” …le but de l’entreprise n’est pas uniquement la production du profit, mais l’existence même de l’entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société tout entière » (Centesimus annus n° 35).
Le but demeure le développement intégral de l’homme tel que défini par le Concile Vatican II.
Dès lors le sous-développement ne peut se réduire à sa dimension économique. ” il est également culturel, politique, et tout simplement humain” (Sollicitudo rei socialis, n°15) et dès lors susceptible de toucher une fraction de la population des pays développés.
Le pape François, premier pape originaire d’Amérique Latine, citant Paul VI dans ‘La joie de l’Evangile’ déclare :” Ni le Pape, ni l’Église ne possèdent le monopole de l’interprétation de la réalité sociale ou de la proposition de solutions aux problèmes contemporains. Je peux répéter ici ce que Paul VI indiquait avec lucidité : « Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait une valeur universelle. Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission.”
Dans Laudato Si il affirme clairement : “l’Eglise n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique” (n° 188).
S’appliquant à lui-même les principes fondateurs de la DSE, le pape François prône l’application généralisée du principe de subsidiarité : C’est aux conférences épiscopales et aux communautés chrétiennes qu’il revient ” d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays”.
Le pape François a créé un Dicastère du développement intégral de l’homme en 2016. Pour lui le développement intégral de l’homme “se réalise à travers le soin que l’on porte aux biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création” (Motu proprio 17 août 2016). Ce nouveau dicastère “sera particulièrement compétent pour les questions qui concernent les migrations, les personnes dans le besoin, les malades et les exclus, les personnes marginalisées et les victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles, les détenus, les chômeurs et les victimes de toute forme d’esclavage et de torture” (idem).

En guise de conclusion

L’enseignement social de l’Eglise a souvent fait l’objet de critiques contradictoires : on a pu lui reprocher tout à la fois son caractère abstrait, se réfugiant dans des principes généraux difficiles pour ne pas dire impossible à concrétiser sur le terrain de l’action économique ou politique. On lui aussi reproché de sortir de son domaine de compétence quand elle s’inquiète de situation très concrète comme celle des migrants aujourd’hui ou des risques de dérives en matière de procréation ou de fin de vie.
Tout au long de son histoire, pourtant, l’Eglise aura su veiller à la mise en pratique de ses principes. Rappelons-nous ici de l’action de Mgr Salièges ou de de celle Mgr Piguet que nous évoquions tout à l’heure, rappelons-nous aussi de ces milliers de chrétiens anonymes, laïcs, prêtres, religieux et religieuses, qui ont œuvré et œuvrent partout dans le monde, parfois au prix de leur vie, pour la défense des principes de justice, d’égalité, de liberté.
Il ne faut donc pas s’étonner que, de manière très volontariste le pape François souhaite entrer dans le concret des choses : “Nous ne pouvons éviter d’être concrets – sans prétendre entrer dans les détails – pour que les grands principes sociaux ne restent pas de simples indications générales qui n’interpellent personne” (La joie de l’Evangile n°182).
Vis-à-vis des pauvres, des migrants, de la crise écologique, le pape François appelle à des solidarités actives, à des engagements sur le terrain.
Ainsi le 6 septembre 2015, le pape appelait-il toutes les paroisses d’Europe à accueillir une famille de migrants. La quasi-totalité des diocèses de France a répondu à cet appel, selon des modalités diverses. Plus de 2000 migrants ont été et sont encore hébergés et accompagnés.
En ce qui concerne l’écologie, l’appel à l’engagement a aussi été entendu. Un label “église verte” a été créé. Il engage de manière large le Conseil des Eglises chrétiennes de France, la Conférence des évêques de France, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et la Fédération protestante de France.
C’est à ces chrétiens engagés qu’a voulu rendre hommage le président Macron lors dans son discours au Collège des Bernardins, à l’invitation de la Conférence des évêques de France, le 9 avril dernier : “La France a été fortifiée par l’engagement des catholiques… Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s’ils ont accepté de mourir…. ce n’est pas seulement au nom d’idéaux humanistes, ce n’est pas seulement au nom d’une morale judéo-chrétienne sécularisée, c’est aussi parce qu’ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse”.
Allant plus loin dans son souci de “réparer le lien” entre l’Eglise et l’Etat, le président de la République a redonné le contenu du principe de laïcité qui “n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens”, a-t-il affirmé. “Je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain”.
Et de poursuivre, reconnaissant la constance de l’Eglise et des croyants dans leurs engagements : “Dans ce moment de grande fragilité sociale, dans ce moment où l’étoffe même de la nation menace de se déchirer, je considère de ma responsabilité, de ne pas laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique et des politiques. Je ne puis me résoudre à cette déprise et je ne saurai laisser s’aggraver cette déception. C’est d’autant plus vrai que la situation actuelle est moins le fait d’une décision de l’Eglise que le résultat de plusieurs années pendant lesquelles les politiques ont profondément méconnu les catholiques de France”.
Le président Macron a pressé les catholiques à ne pas “rester au seuil” de l’engagement politique.
C’est peut-être oublier un peu rapidement que cela n’a jamais été le cas – et vous êtes là pour en rendre témoignage.
Dans notre société multiculturelle, multiconfessionnelle, matérialiste et souvent athée, il est bon que les élus chrétiens fassent entendre leur voix dans le débat public. Mais “réparer le lien entre l’Eglise et l’Etat, c’est accepter, selon le mot même du Président que l’Eglise soit “intempestive”.
Une Eglise intempestive ne se privera pas de rappeler ce que le Pape François évoque dans son exhortation apostolique “Gaudate et exsultate” parue, hasard du calendrier ou clin d’œil de la Providence, le jour même où le Président s’exprimait aux Bernardins, que le chemin de vie proposé par les Béatitudes “va à contrecourant, au point de nous transformer en sujets qui interpellent la société par leur vie, en personnes qui dérangent” (n°90).
La vie du chrétien engagé n’est pas une vie confortable, nous rappelle le Pape “combien de personnes sont persécutées et ont été persécutées simplement pour avoir lutté pour la justice, pour avoir vécu leurs engagements envers Dieu et envers les autres ?” (idem).
Pour réparer les liens entre l’Eglise et l’Etat, il faudra que la société soit prête à entendre ce qu’il y a d’inacceptable pour le croyant dans la remise en question de la dignité humaine, fondement de la DSE, par l’ouverture généralisée de la PMA et de la GPA ou dans la présentation de l’euthanasie ou de l’avortement comme des solutions “acceptables”, par exemple.
Les catholiques de France, tout au long de leur histoire, ont souhaité faire et font quotidiennement à la collectivité les trois dons que le président appelle de ses vœux : le don de leur sagesse, de leur engagement et de leur liberté.
Mgr. Pontier rappelait la volonté, jamais démentie, des associations et services d’Eglise de contribuer au bien commun et d’aider à tisser du lien social (discours aux Bernardins du 9 avril).
Ce qui est attendu du croyant engagé en politique, ce que seul il peut offrir à ce monde contemporain déboussolé, c’est un cap et une espérance. Mais donner un cap et cette espérance, ne signifie pas renoncer à “l’effectivité” évoquée par le Président Macron. Les “réalités contradictoires et complexes qui traversent les catholiques eux-mêmes” ne doivent pas nous faire renoncer à voir un jour reconnues, plus que des questionnements, les principes mêmes qui fondent la DSE – respect inconditionnel de la vie et de la dignité humaine, justice, solidarité, bien commun. L’Eglise ne se veut pas “injonctive” mais elle ne peut pas se contenter de n’être que “questionnante”. C’est le rôle des élus chrétiens, avec humilité mais constance, de porter l’espérance d’une incarnation toujours plus efficiente des valeurs de l’Evangile dans nos sociétés.
Je vous remercie pour votre attention.

Prononcé par Mgr Georges Colomb, le 14 avril 2018.

Source : Mgr Georges Colomb

Photo : Asian News

NLH #Tribunes et entretiens

Un christianisme sans dogmes n’a pas d’intérêt – Gérard Leclerc

 Comment annoncer l’Évangile aujourd’hui ? La question n’est pas nouvelle, mais elle acquiert une importance singulière dans une société qui a perdu toute culture chrétienne, celle qui baignait hier les générations précédentes. Au tournant des années soixante, lorsque, comme l’explique si bien Guillaume Cuchet, « notre monde a cessé d’être chrétien » [1], toute la pastorale avait été modifiée, afin de gommer l’aspect rébarbatif que pouvait revêtir une catéchèse perçue comme « rigide ». Mais ainsi, il y avait un risque d’abandonner des aspects essentiels de la foi, concernant par exemple les fins dernières, au profit d’un style qui se voulait plus en phase avec la mentalité contemporaine. L’adaptation ne fut pas toujours des plus heureuses, comme le montre Jean-Pierre Le Goff dans le magnifique essai d’ethnographie contemporaine qu’il vient de publier [2]. Du rébarbatif d’hier qu’il avait mal supporté, on passait à un style jeuniste un peu démagogique, qui faisait bon marché de l’accès au cœur du mystère chrétien. Il pouvait y avoir un moment où la sensibilité adolescente était touchée par une proximité qui privilégiait l’affectif et les modes du moment. Mais au terme, on n’avait pas appris grand-chose et le manque de consistance doctrinale laissait la plupart insatisfaits.

Depuis lors, il y a eu de sérieuses mises au point, notamment à propos de la catéchèse. Mais il subsiste souvent un certain flottement, qui apparaît encore lorsqu’on fait compliment à tel prédicateur de ne pas être « un dogmatique ». Sans doute, le mot peut prêter à confusion avec un usage qui a peu à voir avec ce que la théologie entend par là. Il ne faut pas avoir peur de l’affirmer : un christianisme sans dogmes n’a pas d’intérêt, il a tout risque de s’effondrer dans une sentimentalité sans consistance. C’est pour le coup que l’on « vide les églises ». Guillaume Cuchet n’a pas tort d’établir une relation étroite entre le décrochage des années soixante et l’abandon de la prédication des fins dernières.

C’est pourquoi il importe de revenir à l’essentiel. Ainsi que l’écrivait le cardinal de Lubac : « Le chrétien qui ne fait pas confiance à la fécondité de la vérité révélée, qui ne consent à s’y intéresser que dans la mesure où il en reçoit d’avance le bienfait, qui n’accepte pas de se laisser saisir et modeler par elle, celui-là ne sait pas de quelle lumière et de quelle force il se prive. » Et d’ajouter : « Si, au lieu de s’engluer dans le misérable masochisme où tant de prophètes à rebours s’acharnent à les plonger, les chrétiens se décidaient à croire – je veux dire, à faire confiance à leur foi – cette foi ferait d’eux aujourd’hui même, en vérité, l’âme du monde. [3] » Et les églises loin de se vider, deviendraient trop petites, car on y apprendrait l’extraordinaire nouvelle d’un Amour qui sauve.

 

Gérard Leclerc

Source France Catholique


[1] Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Seuil.

[2] Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier, Stock.

[3] Henri de Lubac, La foi chrétienne, Aubier.

 

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Vers une interprétation sereine de Vatican II ? Pour une discussion non passionnelle

Ce texte de Mgr Schneider, évêque auxiliaire d’Astana, aborde la question de Vatican II et de ses interprétations. Il peut constituer une pièce à apporter à un débat complexe, délicat, mais nécessaire, dont il serait souhaitable qu’il fût traité de manière dépassionnée. Loin de poser une accusation massive et sans nuances, Mgr Schneider appelle à tenir compte des différents degrés d’adhésion aux textes et affirmations du dernier concile, dont l’auteur souligne qu’“iI était une assemblée légitime présidée par les papes et (à l’égard duquel) nous devons garder (…) une attitude respectueuse”.

 

L’auteur rappelle notamment les véritables apports de Vatican II, trop peu traités, mais qu’il serait intéressant de (re)découvrir. En effet, “l’apport original et précieux de Vatican II réside dans l’appel universel à la sainteté qui s’adresse à tous les membres de l’Eglise (chapitre 5 de Lumen Gentium), dans la doctrine relative au rôle central de Notre Dame dans la vie de l’Eglise (chapitre 8 de Lumen Gentium), dans l’importance du rôle des fidèles laïcs par rapport à la sauvegarde, la défense et la promotion de la foi catholique, et dans leur devoir d’évangéliser et de sanctifier les réalités temporelles conformément au sens pérenne de l’Eglise (chapitre 4 de Lumen Gentium), dans la primauté de l’adoration de Dieu dans la vie de l’Eglise et la célébration de la liturgie (Sacrosanctum Concilium n° 2 ; 5-10). Sur les autres sujets, l’évêque auxiliaire d’Astana appelle à tenir compte des critères classiques qui doivent prévaloir lorsque des affirmations nouvelles sont posées.

 

Bref, pour résumer, les “sujets suivants” que sont “Notre Dame, la sanctification par les laïcs de leur vie personnelle en même temps que la sanctification du monde selon le sens pérenne de l’Eglise, ainsi que la primauté de l’adoration de Dieu, sont les aspects les plus urgents qui doivent être vécus en notre temps. En cela Vatican II a un rôle prophétique qui, malheureusement, n’a pas encore été réalisé de manière satisfaisante.” Un texte qui peut servir de contribution à un débat encore peu abordé.

 

La situation de crise sans précédent où se trouve actuellement l’Eglise est comparable à la crise générale au IVe siècle, lorsque l’arianisme, ayant contaminé l’immense majorité de l’épiscopat, occupait une position dominante dans la vie de l’Eglise. Nous devons chercher à aborder cette situation avec réalisme, d’une part, et de l’autre, avec un esprit surnaturel – avec un profond amour de l’Eglise, notre mère, qui souffre la Passion du Christ en raison de cette confusion doctrinale, liturgique et pastorale formidable et généralisée.

Nous devons renouveler cette foi par laquelle nous croyons que l’Eglise est entre les mains très sûres du Christ, sachant qu’Il intervient toujours pour renouveler l’Eglise au moment où le navire de l’Eglise semble devoir couler, comme c’est évidemment le cas de nos jours.

En ce qui concerne l’attitude à l’égard du concile Vatican II, nous devons éviter deux extrêmes : le rejet complet (tel celui des sédévacantistes et d’une partie de la Fraternité Saint-Pie X), ou l’« infaillibilisation » de tout ce qui a été exprimé par le concile.

Vatican II était une assemblée légitime présidée par les papes et nous devons garder envers ce concile une attitude respectueuse. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il nous soit interdit d’exprimer des doutes bien fondés ou des suggestions respectueuses d’amélioration en ce qui concerne certains points spécifiques, en nous basant toujours sur l’ensemble de la Tradition et du Magistère constant de l’Eglise.

Les affirmations traditionnelles et constantes du Magistère recouvrant une période de plusieurs siècles, ont préséance et constituent un critère de vérification par rapport à l’exactitude de déclarations magistérielles postérieures. Les nouvelles affirmations du Magistère doivent, en principe, être plus exactes et plus claires, et en aucun cas ambiguës et en contradiction apparente avec des affirmations magistérielles antérieures.

Les affirmations de Vatican II qui sont ambiguës doivent être lues et interprétées à la lumière des affirmations de la Tradition dans son ensemble et du Magistère constant de l’Eglise.

En cas de doute, les affirmations du Magistère constant (les conciles antérieurs et les documents des papes, dont le contenu est manifestement l’expression d’une tradition certaine et réitérée au cours des siècles dans le même sens) prévalent sur les affirmations objectivement ambiguës ou nouvelles de Vatican II, difficiles à accorder avec des affirmations spécifiques du Magistère antérieur constant (par exemple, le devoir de l’Etat de vénérer publiquement le Christ, Roi de toutes sociétés humaines, le sens véritable de la collégialité épiscopale par rapport à la primauté de Pierre et au gouvernement universel de l’église, la nocivité de toutes les religions non catholiques et le dangerosité qu’elles représentent pour le salut éternel des âmes).

Vatican II doit être considéré et reçu tel qu’il est, et tel qu’il était réellement : un concile avant tout pastoral. Ce concile n’avait pas pour intention de proposer des doctrines nouvelles ni de les proposer sous une forme définitive. Dans une grande partie de ses affirmations, le concile a confirmé la doctrine traditionnelle et constante de l’Eglise.

Parmi les nouvelles affirmations de Vatican II (par exemple, la collégialité, la liberté religieuse, le dialogue œcuménique et inter-religieux, l’attitude à l’égard du monde) certaines n’ont pas un caractère définitif, et comme elles se trouvent être en apparence ou en réalité en contradiction avec les affirmations traditionnelles et constantes du Magistère, elles doivent être complétées par des explications plus exactes et des suppléments plus précis, à caractère doctrinal. L’application aveugle du principe de l’« herméneutique de la continuité » n’est pas d’un réel secours puisqu’à travers celle-ci on fabrique des interprétations forcées qui ne sont pas convaincantes et qui n’aident pas à atteindre une compréhension plus claire des vérités immuables de la foi catholique et de leur application concrète.

Il y a eu des cas dans l’histoire où les affirmations non définitives de certains conciles œcuménique ont été par la suite – grâce à un débat théologique serein – précisées ou corrigées de manière tacite (par exemple, les affirmations du concile de Florence à propos de la matière du sacrement de l’ordre, à savoir que la matière serait constituée par la porrection des instruments, alors que la tradition plus sûre et constante affirmait que l’imposition des mains de l’évêque était suffisante, une vérité qui serait en fin de compte confirmée par Pie XII en 1947). Si après le concile de Florence les théologiens avaient aveuglément appliqué le principe de l’herméneutique de la continuité à cette affirmation concrète du concile de Florence (une affirmation objectivement erronée), en défendant la thèse selon laquelle la remise des instruments constituait la matière du sacrement de l’ordre était en accord avec le magistère constant, on ne serait probablement pas parvenu au consensus général des théologiens par rapport à la vérité qui affirme que seule l’imposition des mains de l’évêque constitue la matière réelle du sacrement de l’ordre.

Il est nécessaire de créer au sein de l’Eglise un climat serein de discussions doctrinales par rapport à celles des affirmations de Vatican II qui sont ambiguës ou qui ont été à l’origine d’interprétations erronées. Une telle discussion doctrinale n’a rien de scandaleux : au contraire, elle va contribuer à faire expliciter de manière plus sûre et complète le dépôt immuable de la foi de l’Eglise.

Il ne faut pas mettre à ce point l’accent sur un concile donné, qu’on en vienne à l’absolutiser et à le placer de fait sur le même pied que la parole de Dieu orale (la Tradition sacrée) ou écrite (l’Ecriture Sainte). Vatican II lui-même a très justement affirmé (cf. Dei Verbum, 10) que le Magistère (le pape, les conciles, le magistère ordinaire et universel) ne se situe pas au-dessus de la parole de Dieu mais en-dessous, lui étant subordonné : il est seulement son serviteur (serviteur de la Parole orale de Dieu, c’est-à-dire la Tradition sacrée, et de la Parole écrite de Dieu, c’est-à-dire l’Ecriture Sainte).

D’un point de vue objectif, les affirmations du Magistère (les papes et les conciles) qui ont un caractère définitif ont plus de valeur et de poids que les affirmations à caractère pastoral, dont la qualité est naturellement changeante et provisoire, sujette aux circonstances historiques ou apportant une réponse à des situations pastorales d’une période donnée, comme c’est le cas pour la plupart des affirmations de Vatican II.

L’apport original et précieux de Vatican II réside dans l’appel universel à la sainteté qui s’adresse à tous les membres de l’Eglise (chapitre 5 de Lumen Gentium), dans la doctrine relative au rôle central de Notre Dame dans la vie de l’Eglise (chapitre 8 de Lumen Gentium), dans l’importance du rôle des fidèles laïcs par rapport à la sauvegarde, la défense et la promotion de la foi catholique, et dans leur devoir d’évangéliser et de sanctifier les réalités temporelles conformément au sens pérenne de l’Eglise (chapitre 4 de Lumen Gentium), dans la primauté de l’adoration de Dieu dans la vie de l’Eglise et la célébration de la liturgie (Sacrosanctum Concilium n° 2 ; 5-10). Le reste peut être considéré jusqu’à un certain point comme secondaire, temporaire et sera, à l’avenir, probablement jugé oubliable, comme cela fut le cas pour certaines affirmations non définitives, pastorales et disciplinaires de divers conciles œcuméniques par le passé.

Les sujets suivants : Notre Dame, la sanctification par les laïcs de leur vie personnelle en même temps que la sanctification du monde selon le sens pérenne de l’Eglise, ainsi que la primauté de l’adoration de Dieu, sont les aspects les plus urgents qui doivent être vécus en notre temps. En cela Vatican II a un rôle prophétique qui, malheureusement, n’a pas encore été réalisé de manière satisfaisante.

Au lieu de vivre ces quatre aspects, une part considérable de la Nomenklatura théologique et administrative au sein de la vie de l’Eglise a promu au cours de ces cinquante dernières années, et continue de promouvoir des thèmes doctrinaux, pastoraux et liturgiques ambigus, altérant ainsi l’intention originelle du Concile ou en utilisant abusivement ses affirmations doctrinales moins claires, voire ambiguës, en vue de créer une autre Eglise – une Eglise de type relativiste ou protestant.

Nous vivons de nos jours l’aboutissement de ce développement.

Le problème de la crise actuelle de l’Eglise consiste en partie dans le fait que certaines affirmations de Vatican II qui sont objectivement ambiguës, ou ses rares affirmations qui peuvent difficilement s’accorder avec la tradition magistérielle constante de l’Eglise ont été « infaillibilisées ». C’est par ce moyen qu’on a bloqué le sain débat assorti d’une nécessaire correction implicite ou tacite.

En même temps, on a encouragé la fabrication d’affirmations théologiques contrastant avec la tradition pérenne (par exemple, en ce qui concerne la nouvelle théorie d’un double sujet suprême ordinaire du gouvernement de l’Eglise, c’est-à-dire le pape seul et le collège épiscopal tout entier ensemble avec le Pape ; la doctrine de la neutralité de l’Etat par rapport au culte public qu’il doit rendre au vrai Dieu, qui est Jésus-Christ et qui est aussi Roi de chaque société humaine et politique ; la relativisation de la vérité selon laquelle l’Eglise catholique est l’unique chemin du salut, voulu et ordonné par Dieu).

Nous devons nous libérer des chaînes qui ont « absolutisé » et entièrement « infaillibilisé » Vatican II. Nous devons réclamer un climat de débat serein et respectueux, à partir de l’amour sincère pour l’Eglise et pour la foi immuable de l’Eglise.

Nous pouvons voir un signe positif dans le fait que le 2 août 2012, le pape Benoît XVI a écrit une préface au volume relatif à Vatican II dans l’édition de ses Opera Omnia. Dans cette préface, Benoît XVI exprime ses réserves par rapport à certains contenus spécifiques dans les documents Gaudium et spes et Nostra ætate. La teneur des paroles de Benoît XVI laisse voir que des défauts concrets au sein de certaines sections de ces documents ne sont pas susceptibles d’amélioration par « l’herméneutique de la continuité ».

Une FSSPX, canoniquement et pleinement intégrée dans la vie de l’Eglise, pourrait également apporter une précieuse contribution à ce débat – tout comme le souhaitait Mgr Marcel Lefebvre. La présence canonique plénière de la FSSPX dans la vie de l’Eglise en notre temps contribuerait également à créer le climat général d’un débat constructif, de telle sorte que ce qui a été cru toujours, partout et par tous les catholiques au cours de 2 000 ans puisse être cru de manière plus claire et plus sûre également aussi de nos jours, réalisant ainsi la véritable intention pastorale des Pères du concile Vatican II.

L’intention pastorale authentique vise le salut éternel des âmes – un salut qui ne sera réalisé que par la proclamation de la volonté tout entière de Dieu (cf. Actes 20 : 27). L’ambiguïté dans la doctrine de la foi et dans son application concrète (dans la liturgie et dans la vie pastorale) constituerait une menace pour le salut éternel des âmes et serait par conséquent anti-pastoral, puisque la proclamation de la clarté et de l’intégrité de la foi catholique et de son application concrète fidèle constituent la volonté explicite de Dieu.

Seule l’obéissance parfaite à la volonté de Dieu – qui nous a révélée par le Christ, Verbe incarné, et par les Apôtres, la foi véritable, la foi interprétée et pratiquée de manière constante et dans le même sens par le Magistère de l’Eglise – amènera avec elle le salut des âmes.


                                                                                   + Athanasius Schneider,

       Evêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie d’Astana au Kazakhstan