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Décès du cardinal Darío Castrillón Hoyos

Le cardinal Darío Castrillón Hoyos est décédé cette nuit. Né en 1929, ce cardinal d’origine colombienne avait été ordonné prêtre en 1952 et consacré évêque en 1971. En tant que préfet de la Congrégation pour le clergé, il joua un grand rôle au sein de la curie romaine. Remplaçant notamment le cardinal Felici à la tête de la Commission pontificale Ecclesia Dei le 14 avril 2000, il s’impliqua particulièrement dans le rapprochement entre Rome et certains groupes traditionalistes. On lui doit notamment la réconciliation avec la communauté de Campos (Brésil), qui put être érigée en administration apostolique. Il fut en relation constante et régulière avec la Fraternité Saint-Pie X. Sans arriver à une réconciliation complète avec cette dernière, il put désarmer certaines méfiances de cette dernière ; le geste le plus significatif fut certainement en janvier 2009 la levée des excommunications des quatre évêques ordonnés illicitement par Mgr Lefebvre en juin 1988. Elle occasionna la polémique que l’on connaît, marquée notamment par la mise en cause violente du pape émérite Benoît XVI. Il se retira en juillet 2009, remplacé par le cardinal Levada. C’est une grande figure de l’Église catholique, très impliquée dans la cause de son unité,  qui disparaît.

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Vatican – Document prévu contre la ‘théorie du genre’

La Congrégation pour l’éducation catholique prépare une intervention sur la ‘théorie du genre’, a affirmé Mgr Angelo Vincenzo Zani, secrétaire du dicastère le 12 mars 2018, lors d’un colloque organisé par l’Université pontificale de la Sainte-Croix. Ce document du Saint-Siège devrait être publié “d’ici un à deux mois”, a précisé le prélat à l’agence I.MEDIA.
L’éducation, a expliqué Mgr Zani, entre dans “la mission salvifique de l’Eglise”, en servant la “croissance intégrale de l’homme“. Ainsi l’éducation catholique a un rôle en matière d’éducation sexuelle pour intégrer cette dernière à la “réalisation complète de l’homme”.

Pour le prélat curial, cette mission donne à l’Eglise la légitimité de s’inquiéter de l’enseignement de la ‘théorie du genre’ . Celle-ci, a-t-il expliqué citant l’exhortation apostolique Amoris Laetitia (2016), promeut “une société sans différence de sexe et sape la base anthropologique de la famille“. Alors, “l’identité humaine est laissée à une option individualiste“, déplore le document magistériel (n.56).

La Congrégation, a annoncé Mgr Zani, devrait publier “une intervention“ dans les semaines à venir. Celle-ci, a-t-il détaillé, aura la forme d’une lettre aux épiscopats du monde entier. Traduite dans plusieurs langues, elle “n’entrera pas dans le vif du débat”, a expliqué le ‘numéro 2’ du dicastère, mais rappellera les grands principes éducatifs.

Autre document en préparation sur les aspects anthropologiques
Selon l’archevêque, un autre document “plus profond”, sur les aspects anthropologiques liés à cette théorie, est actuellement en préparation par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ces documents du Saint-Siège, a relevé Mgr Zani, interviennent après des prises de position publiques de plusieurs conférences épiscopales, notamment celles de France, des Etats-Unis, d’Espagne ou encore du Brésil.

Le 2 octobre 2016, à bord de l’avion de retour de son voyage en Azerbaïdjan, le pape François avait dénoncé “ce mal qui se fait aujourd’hui avec l’endoctrinement de la théorie du genre”. Citant l’exemple des écoles françaises, il avait critiqué un “enseignement dans les écoles sur cette ligne, pour changer les mentalités”. Cela relève des “colonisations idéologiques”, avait-il asséné, et “d’une guerre mondiale (…) contre le mariage“.

 

Source Catho.ch

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Lancement d’un concours international de vidéos et d’affiches pour la Journée mondiale des communications

Pour la première fois, SIGNIS (Association catholique mondiale pour la communication) et le Secrétariat pour la communication du Saint-Siège lancent ensemble un concours mondial d’affiches et de vidéos sur le thème de la 52ème Journée mondiale des communications, qui célébrée le 13 mai 2018 :

 

« La vérité vous rendra libres : fausses nouvelles et journalisme de paix »

 

Les participants sont encouragés à soumettre une vidéo ou une affiche sur ce thème. Les lauréats recevront une récompense financière, en plus d’une diffusion à portée mondiale.

« Nous encourageons les talents du monde entier à présenter leur travail à notre réseau mondial de médias catholiques, pour aborder ce sujet extrêmement important », a déclaré Helen Osman, présidente de SIGNIS, en annonçant le lancement du concours.

Nataša Govekar, directrice du département théologique et pastoral du Secrétariat pour la Communication du Vatican et sa liaison officielle avec SIGNIS, a expliqué que cette nouvelle initiative avait pour but d’encourager un dialogue international sur les « fake news ». « Nous espérons que cette compétition encouragera et motivera les fidèles, en particulier les jeunes, à contribuer de manière créative au thème des fausses nouvelles et à un journalisme de paix », a-t-elle expliqué.

Les inscriptions au concours doivent être complétées et soumises AU PLUS TARD LE 30 SEPTEMBRE 2018. Les gagnants seront avisés d’ici décembre 2018. Les affiches et vidéos seront diffusées dans le monde entier par les membres de SIGNIS, présents dans près de 90 pays à travers le monde.

Renseignements : signiscompetitions@gmail.comhttp://www.signis.net/nouvelles/evenements/…

Les détails des conditions d’entrée et des droits de propriété intellectuelle sont disponibles sur facebook : https://www.facebook.com/signiscompetitions/

Affiche à télécharger : http://www.signis.net/…

 

En France #NLQ

Le Vatican confirme la visite d’Emmanuel Macron fin juin

Dans le Monde #Europe non francophone #NLH #NLQ

Allemagne : la lettre des évêques contre l’intercommunion sauvage

Comme nous l’avions indiqué, certains évêques allemands contestent la décision de la conférence épiscopale allemande autorisant les conjoints protestants de catholiques à communier. Ils ont écrit à plusieurs prélats romains. Ainsi, il ont indiqué leur dubia au sujet de ce document qui mettrait en cause certains éléments fondamentaux de la foi catholique. Une rencontre serait même prévue avec le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi le 3 mai 2018.

Voici la lettre  des évêques allemands signée par un cardinal et 7 évêques :

Éminence, chers confrères,

 

Entre le 19 et le 22 février 2018, les évêques allemands se sont rencontrés à Ingolstadt pour leur assemblée plénière de printemps.

 

Au point IL.1 de l’ordre du jour, les évêques ont reçu de la commission œcuménique un soi-disant « manuel pastoral » intitulé « Sur le chemin de l’unité avec le Christ, mariage confessionnel et participation conjointe à l’eucharistie » pour recueillir les avis et prendre une décision. Selon ce texte, les couples de confession mixte, en leur qualité de « laboratoire pratique d’unité » se trouvent dans la même situation que celle des Eglises séparées dans leur chemin vers l’objectif.  À cause de l’importance des mariages entre chrétiens catholiques et protestants en Allemagne, la déclaration exprime son respect pour « la douleur [de ceux] qui partagent pleinement leurs vies mais qui ne peuvent pas partager la présence salvifique de Dieu dans le repas eucharistique ».  Dans la foulée de l’anniversaire de la Réforme de 2017 fêté conjointement, cet opuscule se veut volontairement destiné « à fournir toute forme d’assistance aux mariages interconfessionnels pour renforcer leur foi commune et promouvoir l’éducation religieuse de leurs enfants » en offrant une aide concrète et des règles, conformément à ce qui avait été déclaré avec l’Eglise protestante allemande au cours de la célébration œcuménique de pénitence et de réconciliation qui s’est déroulée le 11 mars 2017 dans l’église Saint-Michel d’Hildesheim.

 

Selon cette déclaration, une ouverture visant à ce que les conjoints protestants des mariages mixtes puissent recevoir la communion en vertu du canon 844 § 4 du Code de droit canon de 1983 doit être rendue possible du moment qu’une « gravis spiritualis necessitas » [une grave nécessité spirituelle] se présente, selon le document présenté sur les différences confessionnelles dans le mariage.

 

Le 28 février 2018, le texte cité ci-dessus sur les mariages mixtes et la participation commune à l’eucharistie a été voté en assemblée plénière. Le document a été adopté par une majorité de 2/3 des évêques allemands.  Sur les 60 évêques présents, 13 ont voté non, y compris au moins sept évêques diocésains.  Des « modi », ou amendements, ont pu être présentés jusqu’au 16 mars mais ils ne remettront plus en question l’adoption fondamentale de ce document.

 

Personnellement, nous ne pensons pas que le vote qui s’est déroulé le 20 février soit juste parce que nous sommes convaincus que la question dont nous sommes en train de débattre n’est pas une question pastorale mais une question de foi et d’unité de l’Eglise qui n’est pas sujette à un vote. Nous vous demandons donc, Éminence, de faire la clarté en la matière.

 

Le document ici présenté est-il un « manuel pastoral » – comme l’affirment certains évêques allemands – et donc simplement de nature pastorale ou bien sont-ce la foi et l’unité de l’Eglise qui sont fondamentalement remises en cause plutôt que les dispositions [pratiques] faites ici ?

L’article 58 du document ne relativise-t-il pas la foi de l’Eglise selon laquelle l’Eglise de Jésus-Christ subsiste dans l’Eglise catholique et qu’il est donc nécessaire qu’un chrétien évangélique qui partage la foi catholique sur l’Eucharistie devienne dans ce cas devenir catholique ?

Selon les points 283 à 293, ce n’est pas en premier lieu le désir de la grâce eucharistique qui devient le critère de souffrance [spirituelle grave] mais plutôt le désir de la réception commune de la communion de la part de conjoints appartenant à des confessions différentes. A notre avis, ce malaise n’est pas différent de celui qui concerne l’œcuménisme dans son ensemble, c’est-à-dire tous les chrétiens qui s’engagent sérieusement en faveur de l’unité. A notre avis il ne s’agit donc pas d’un critère exceptionnel.

Est-il possible pour une seule conférence épiscopale nationale, dans une région linguistique donnée, de prendre une décision isolée concernant une question comme celle qui concerne la foi et la pratique de toute l’Eglise en en référer ni s’intégrer à l’Eglise universelle ?

Éminence, nous avons beaucoup d’autres questions et de réserves fondamentales sur la solution proposée dans ce document. Voilà pourquoi nous avons voté en faveur d’une renonciation à la dérogation [à la discipline actuelle] et plutôt pour la recherche d’une solution claire dans le dialogue œcuménique sur la question de la « communion eucharistique et communion ecclésiale » dans son ensemble qui soit praticable dans l’Eglise universelle.

Nous demandons votre aide, à la lumière de nos « dubia » sur la question de savoir si l’ébauche de solution présentée dans ce document est compatible avec la foi et l’unité de l’Eglise.

Nous demandons la bénédiction de Dieu pour vous et pour votre charge essentielle à Rome et nous vous saluons chaleureusement !

Cardinal Rainer Woelki, (Cologne)
Archevêque Ludwig Schick (Bamberg)
Évêque Gregor Hanke (Eichstätt)
Évêque Konrad Zdarsa (Augsbourg)
Évêque Wolfgang Ipolt (Görlitz)
Évêque Rudolf Voderholzer (Ratisbonne)
Évêque Stefan Oster (Passau)

 

Source Diakonos.be

Culture #NLQ

Jean Lecour-Grandmaison : l’Europe vaticane (avec Robert Schuman)

Si elle a été reprise dès 1950 à l’Assemblée de Strasbourg par les socialistes anglais du « Labour », puis les laïques du Conseil de l’Europe, dont le belge Paul-Henry Spaak, la paternité du vocable est attribuée à l’historien lyonnais de la Démocratie chrétienne, Joseph Hours (octobre 1950, « l’Europe à ne pas faire », « Vie intellectuelle »). C’est l’Europe carolingienne, celle du Saint-Empire, donc il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi, romain-germanique, catholique romaine, ultramontaine, dont le fondateur du Mouvement Européen, le comte de Coudenhove-Kalergi était investi, et derrière lui, avec l’héritier Otto fort actif, la maison des Habsbourg-Lorraine, traditionnelle rivale des rois de France. La formule fit florès entre 1952 et 1954, la signature des accords de Paris et le débat de ratification à l’Assemblée nationale, comme argument à l’encontre de la ratification. Jules Moch au congrès de la S.F.I.O. en 1953 en avait donné le sens caché : « vaticane peut-être, mais à coup sûr sous hégémonie allemande ».

Le vieil éditorialiste de politique étrangère de la « Revue des deux-mondes » d’avant-guerre répliquait dans « La France catholique » (n°349, 14 août 1953) en renversant l’argument : « l’Europe vaticane est la plus qualifiée pour obtenir de l’Allemagne qu’elle s’abstienne de toute violence et la retenir efficacement ».

A l’évidence, cela n’avait pas été le cas dans les années trente. Le parti du Centre (« Zentrum ») catholique n’avait pas arrêté le nazisme, pas plus que les Concordats du nonce Pacelli, l’actuel Pie XII (bien que celui-ci ne sera pas attaqué sur son rôle avant et pendant la guerre avant les années soixante). Pourquoi devrait-on faire plus confiance aujourd’hui au chancelier Adenauer qu’au chancelier Brüning, autre bon catholique reçu à ND des Victoires à Paris en 1931 ?

Le débat traversait la conscience de chacun, divisait le M.R.P. lui-même, et paradoxalement rapprochait sur le terrain de la construction européenne, soit en pour soit en contre, Résistants et Vichyssois. « La France catholique » s’était clairement engagée en faveur des accords pour la Communauté du Charbon-Acier (CECA) et maintenant la Communauté européenne de Défense (CED). Union des Catholiques pour la première fois ?

Le Pape Pie XII avait jeté toutes ses forces dans le débat. Il n’avait négligé aucun moyen : message de Noël 1953, aux semaines sociales de Pau sur le thème « guerre et paix » en juillet, au congrès de Pax Christi à Altenberg près de Cologne, en août. Jean Le Cour Grandmaison est de toutes les sorties. Certes il avait d’abord hésité sur la nouvelle Allemagne. Il avait lu Robert d’Harcourt (août 1948), écouté le cardinal Suhard retour de Cologne (septième centenaire de la cathédrale août 1948), il avait entendu les compte-rendus de Jean de Fabrègues de retour des Katholikentage, notamment de celui de Bochum dans la Ruhr (août 1949), il avait attendu juin 1951 pour se rendre à Fulda, sa première visite en Allemagne depuis 1919, et finalement une seconde fois à l’abbaye cistercienne d’Altenberg en août 1953 avec le cardinal Feltin et l’archevêque de Cologne, le cardinal Frings. Car il ne s’agissait rien de moins que du réarmement de l’Allemagne. La C.E.D. pour beaucoup n’était qu’un habillage, ce qui la viciait à la base, la contradiction consistant à réintroduire l’Allemagne dans le concert des nations sous condition de l’encadrer, de la limiter, de la contraindre, ce que Bertrand de Jouvenel dénoncera comme un « mariage de défiance ». Non, pour Jean le Cour Grandmaison, il s’agissait de fonder une nouvelle relation franco-allemande, celle de la France catholique avec une Allemagne catholique, rendue possible grâce à deux hommes d’Eglise : Conrad Adenauer et surtout Robert Schuman, son collègue au Parlement depuis 1919, son ami très cher pour lequel il demande à tous les lecteurs de « France catholique » de prier lorsque Schuman devient président du Conseil en 1947. « Jadis le Rhin séparait le Français de l’Allemand, mais le Rhin ne peut séparer le chrétien du chrétien » (Erasme, « Querela Pacis », cité par Jean de Fabrègues, « Christianisme et civilisations », de Gigord, 1966).

Plus lent à se mettre au diapason européen, Jean Le Cour regrettera d’autant plus amèrement l’occasion manquée en 1954, le vote négatif du 30 Aout 1954 par 319 voix contre 254. « Il est facile de voter contre la CED, écrit-il le 24 septembre, il est moins facile de résoudre le problème auquel la CED prétendait apporter la solution : le rapport à l’Allemagne ». Plus qu’au président du conseil, Mendès-France, il le reprocha à la branche du M.R.P. qui avait lâché Robert Schuman, et qui avait du coup manqué l’hégémonie au sein de l’Europe catholique, sans parler de la France catholique. Il le reprochera aussi au général de Gaulle qu’il relativisera lorsque celui-ci, revenu au pouvoir en 1958, tentera de refonder l’entente franco-allemande avec le même Adenauer. Il y reviendra dans son hommage funèbre à Robert Schuman, « FC », n°876, 13 septembre 1963, sous un bandeau à la « une » : « Le Vatican et l’Europe » regroupant deux articles : l’ « A Dieu » de Jean Le Cour à « un homme d’Etat chrétien » et « le devoir et la mission de l’Europe définis par Paul VI dans une adresse au Congrès des Universités catholiques italiennes, commenté par Jean de Fabrègues. L’hebdomadaire désapprouvera globalement la politique européenne de la Ve République, se solidarisera avec les ministres M.R.P. démissionnaires en mai 1962 et affichera à la une : « Pourquoi nous sommes européens » au lendemain de la conférence de presse du général du 20 janvier 1963. Dix ans après le vote de rejet de la CED, Jean de Fabrègues estimera que tous les contre-arguments de l’époque avaient été depuis invalidés (n°927, 4 septembre 1964).

Sur la question de la CED, Jean Le Cour ne s’était pas alors posé le problème en termes militaires, dimension pourtant capitale sur laquelle on reviendra car il en connaissait les enjeux. Il n’était pas non plus question d’anticommunisme sinon de manière indirecte et implicite puisque, après l’échec de la C.E.D., le Pape Pie XII n’avait eu d’autre choix dans un premier temps (à la Noël 1954) d’envisager les conséquences sous la forme de « coexistence » avec l’autre « bloc » (avec l’appui notamment de La Pira), amorçant ainsi les conditions dans lesquelles pourraient – après le douloureux épisode hongrois et la résurrection de la « petite Europe » avec les traités de Rome de 1957 – se concevoir « l’ouverture » de Jean XXIII et la « politique à l’Est » de Paul VI et du cardinal Casaroli. La motivation du directeur de « France catholique », encore à cette époque le président de la Fédération Nationale d’Action Catholique, avec la double casquette, était encore moins idéologique ou philosophique. Y avait-il d’ailleurs une doctrine de l’Eglise en matière de droit international et quelle était-elle ? « La France catholique » se trouvait au point de rencontre de plusieurs héritages. Le seul sur lequel l’on pouvait s’entendre entre catholiques était la théorie thomiste du Bien Commun. Toute souveraineté doit être ordonnée au Bien Commun, ou selon une autre formulation « subordonnées aux lois du droit naturel ».

Donc il n’est aucune souveraineté absolue. Le thème a souvent été rappelé dans les colonnes de l’hebdomadaire pour s’opposer à tout nationalisme clos.
Au-delà commençaient les divergences d’interprétation : fédéralistes et étatistes, neutralistes et atlantistes.

Une théorie des corps intermédiaires poussée à l’extrême, dite « fédéralisme intégral », passait des communes et des professions aux régions et de celles-ci à l’Europe, sans plus considérer le niveau de l’Etat-nation comme pertinent. C’était celle dite du Saint-Empire, ou encore de beaucoup de fédéralistes européens. Le mouvement « Fédération » avait ressurgi dès 1944. Il avait des ancêtres, Pierre-Joseph Proudhon, mais aussi des prédécesseurs immédiats au sein de la nébuleuse vichyssoise, suffisamment en tout cas pour prêter le flanc aux critiques de « nouvelle Europe » autrement dite « Europe allemande » de « l’Ordre nouveau ». Une partie des non-conformistes des années trente avait ainsi traversé la période de l’Occupation. Jean de Fabrègues les connaissait bien. Il fut de tous les premiers congrès fédéralistes (Amsterdam, avril 1947, Montreux, septembre 1947 La Haye, 7-10 mai 1948, Rome, novembre 1948 avec une adresse de Pie XII). On citera André Voisin (Bourgeois) ou Alexandre Marc (Lipiasky).
Parallèlement, les mêmes, pas tous et avec quelques autres, étaient des adeptes d’une « troisième voie » entre communisme et capitalisme, entre URSS et Etats-Unis, baptisée « neutralisme ».

Avec beaucoup de nuances après la guerre, Etienne Gilson dans une série d’articles au « Monde » en août-septembre 1950 avait défrayé la chronique.

Michel Habib, à « FC » (n°201, 22 septembre 1950) lui avait répondu avec méthode : il n’y a pas de neutralité désarmée. Or les armes ne peuvent être qu’américaines. « la politique réaliste » c’est donc l’organisation de la défense européenne dans le cadre plus vaste du pacte Atlantique .

C’est aussi la position défendue dans le journal par Bertrand de Jouvenel depuis 1947 à propos du plan Marshall puis à partir de 1950 dans un soutien inconditionnel – sans cesser d’être constructif sur les dispositions pratiques– sur la question de la C.E.D. Le 30 juin 1950 : c’est en effet le déclenchement de la guerre de Corée qui va susciter un moment de panique. Ses articles deviennent alors hebdomadaires jusqu’à la fin de 1956 où ils s’espaceront avant de s’arrêter net début 1958, ses positions sur l’Algérie suscitant la désapprobation des lecteurs (en janvier 1956 sur la réception à Alger du président du conseil Guy Mollet et surtout en février 1958 sur le bombardement du village tunisien de Sakhiet Sidi-Youssef, article qui ne sera pas publié).

Jean de Fabrègues avait croisé Bertrand de Jouvenel, fils du représentant à la S.D.N. Henry de Jouvenel, quand, jeune-turc radical après le 6 février 1934, celui-ci avait cherché d’autres voies. Ils s’étaient brièvement croisés au PPF de Doriot. Exilé en Suisse depuis 1943, Jouvenel tenait chronique à « la Gazette de Lausanne », articles reproduits par « la France catholique ». Il évoluera de la géopolitique à l’économie politique où il se retrouvera bientôt aux côtés de Raymond Aron, Jacques Rueff ou François Perroux qui ont plus ou moins suivi le même parcours.

Par Dominique Decherf

Source : France Catholique

INDEX

Jouvenel (Bertrand de), 1903-1987, sa biographie par Olivier Dard, Perrin, 2008

Perroux (François), 1903-1987, « l’Europe sans rivages », 1954

Schuman (Robert), 1886-1963, sous-secrétaire d’Etat aux réfugiés (de mars à juin 1940), ministre des Finances en 1946, président du conseil en 1947, ministre des affaires étrangères jusqu’en 1953. Une biographie par René Lejeune, préface du cardinal Tauran, éditions de l’Emmanuel, 2000.

Hours (Joseph), 1896-1963, du groupe « Témoignage chrétien » dans la Résistance, il évolua vers l’Algérie française.

Gilson (Etienne), 1884-1978, philosophe médiéviste, spécialiste de l’augustinisme

La Pira (Giorgio), 1904-1977, sa biographie par Agnès Brot, « un mystique en politique », Desclée de Brouwer, 2016

Bibliographie

Philippe Chenaux, « Une Europe vaticane ? entre le plan Marshall et les traités de Rome », éditions Ciaco, 1990

Antonin Cohen, « de la révolution nationale à l’Europe fédérale », Le mouvement social, 2006/4

Du même, « Histoire d’un groupe dans l’institution d’une « communauté européenne (1940-1950) », Paris I, 1999. PUF 2002

Jean-Dominique Durand, « l’Europe de la démocratie chrétienne », Complexe, 1995

A la une #NLQ

L’édito – Le pape à l’offensive

 

 

Un mois sans affaires, ni polémiques réelles au Vatican, voilà qui mérite d’être signalé. Un peu de paix dans les tensions et agressivités qui couvent et parfois explosent autour de la personne du pape. Oh il y eut bien un petit soubresaut de la part de la presse prétendant que le pape aurait affirmé qu’Il n’y a pas d’enfer. Une affirmation que le Vatican a démentie. Une fois encore, on s’aperçoit que les médias s’inventent un pape sur mesure dont ils s’empressent d’oublier les déclarations médiatiquement dérangeantes. Et ce mois-ci, le Saint-Père a donné l’impression d’être à l’offensive sur tous les fronts. « Le seul maître de la vie c’est Dieu », a-t-il affirmé en plaidant pour Vincent Lambert et en invitant à prier pour Vincent Lambert et Alfie Evans.  Dans un appel ému, il a rappelé que les souffrances sont une occasion privilégiée de salut. C’est également en  grand défenseur des personnes trisomiques que le pape François s’est affirmé, prenant à bord de la papa mobile une jeune trisomique. Au fond ce que le souverain pontife semble vouloir dénoncer, c’est un monde qui crie « liberté ! » mais qui est esclave.  Politiquement peu correct, le pape François a réaffirmé une conviction déjà dite « Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple ». Précisant à un autre moment, « Ma plus grande peur est que les jeunes perdent leurs racines »  

L’intention de prière du Pape pour les responsables des affaires économiques en ce mois d’avril témoigne également de son intérêt prononcé pour le monde économique.

Mais le grand moment de ce mois d’avril 2018, fut la sortie de l’exhortation apostolique Gaudete et Exsultate du pape François sur l’appel à la sainteté. Parmi les tweets qui ont accompagné cette sortie, Pontifex a précisé, « Je ne crois pas à la sainteté sans prière » Toujours dans l’ordre des déclarations spirituelles, le pape a posé une question au cours de ses catéchèses « Quand tu communies, es-tu sûr que le Christ est vivant, là, ressuscité ? » Sur le même thème et suite à la polémique autour de propos qui auraient été tenus par le cardinal Marx, le Vatican a rappelé l’interdiction de la communion pour les Protestants.

Parmi les autres titres de l’actualité romaine, citons ce moment fort de l’audience au cours de laquelle le skipper Sébastien Destremau a remis « la Clé des océans » au pape. Le pape qui sur les affaires chiliennes de  pédophilie a reconnu avoir commis de graves erreurs d’appréciation. Sur le plan international, on notera qu’il n’y a pas d’accord imminent entre la Chine et le Saint-Siège, contrairement aux rumeurs abondantes ces temps-ci.

Enfin, au Vatican et dans le monde entier on s’est souvenu qu’il y a 13 ans le cardinal Ratzinger devenait Benoît XVI.

 

NLQ #Rome

Le cardinal Vingt-Trois célèbrera la messe pour la France

La célébration annuelle de la messe pour la France aura lieu le 17 mai 2018, dans la chapelle de Sainte-Pétronille, au sein de la basilique Saint-Pierre au Vatican.

La messe sera célébrée par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris.

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Gaudete et Exsultate – Le Missel de Saint Pie V cité

Le texte français de l’exhortation apostolique Gaudete et Exsultate vient de sortir. On reviendra sur ce texte. On constatera, dans la note de bas de page numéro 70 de l’exhortation une référence à l’édition  de 1962 du Missel romain. Or la référence désigne bien le Missel de Saint Pie V. C’est la dernière édition – avant celle de 1965 – considérée comme une réforme organique dans le milieu catholique dit traditionnel. Ainsi, la Fraternité Saint-Pie X l’utilisa dès 1974, choix ratifié par Jean-Paul II en 1984, dans le cadre du régime de l’indult et solennisé par le pape Benoît XVI. C’est « l’étalon » des communautés qui suivent la forme extraordinaire du rit romain.

Bref, un texte qui critiquerait les liturgies ostentatoires, mais qui constituerait un bel hommage au missel de Saint Pie V ? C’est a priori la seule référence liturgique de l’exhortation apostolique.

A la une #NLQ

L’édito – En Chine, le chemin de croix se poursuit

(suite…)