A la une #Articles #Culture #Doctrine / Formation #NLH #NLQ

Grégoire de Nazianze Le sens profond du sacrifice du Christ

Grégoire de Nazianze († 390), dit le Théologien, discours 45, § 22, Pour la sainte Pâque, prononcé, selon Jean Bernardi (1969), le jour de Pâques 383 (9 avril), probablement à Nazianze (Cappadoce). Traduction sur le texte grec de Migne, PG 36, c. 624 C-664 C.

Le sens profond du sacrifice du Christ

 

Il me reste donc à vous exposer un fait et une doctrine négligés par la plupart, mais à mon avis tout à fait dignes d’être approfondis. Pourquoi en effet ce sang inappréciable, ce glorieux sang divin qui appartient à la fois au prêtre et à la victime, a-t-il été répandu pour nous ? Nous étions au pouvoir du malin, vendus par le péché et adonnés au mal avec volupté. Si le prix du rachat n’appartient qu’au possesseur des captifs, à qui, je le demande, ce prix reviendra-t-il et pour quelle raison ? Et si c’est au malin qu’il est dû, quelle offense ! Et si le voleur obtenait, comme rançon non pas seulement un bien venant de Dieu mais aussi Dieu lui-même, ce prix ne surpasserait-il pas tellement le bénéfice de sa tyrannie, que le ravisseur jugerait bon de nous épargner, même nous ? Si la rançon était donnée au Père… ; mais comment cela pourrait-il se faire ? Ce n’était pas lui qui nous maintenait dans les chaînes.

Et puis, pourquoi le sang de son Fils unique réjouirait-il le Père, lui qui n’a même pas agréé l’offrande d’Isaac (Genèse 22) par son père mais qui a transformé le sacrifice, mettant un bélier à la place de la victime raisonnable ? Il est bien évident que le Père a accepté cette offrande, non parce qu’il l’avait demandée ou qu’il en avait besoin, mais en vertu d’un plan mûrement réfléchi * et parce qu’il fallait que l’humanité fût sanctifiée par un Dieu ayant assumé la nature humaine  ; tout cela pour nous libérer, vaincre par la force celui qui nous tenait sous son empire et nous ramener par l’intercession du Fils dans la gloire du Père, l’auteur de ce plan, auquel le Fils se soumet manifestement en toutes choses (cf. I Corinthiens   15, 28). Voilà ce que j’ai à dire à propos du Christ. (Saint Grégoire de Nazianze. Textes choisis, traduits et présentés par Edmond Devolder [coll. Les Ecrits des saints], Namur, Editions du Soleil levant, 1961, p. 149-151).

 

Benoit Gain, Professeur de lettre classique, université de Grenoble

*Le mot grec, oikonomia, courant chez les Pères, désigne “le plan d’ensemble conçu par Dieu pour racheter et sauver l’humanité pécheresse”.

 

 

 

 

 

A la une #Articles #Culture #Doctrine / Formation #NLQ

Comment vivait-on le Jeudi Saint et le Vendredi saint à Jérusalem dans l’Antiquité ?

La Semaine sainte à Jérusalem en 384 avec Égérie

 

A partir du jeudi matin commence un long cheminement : parcourant les lieux mêmes où Jésus s’était rendu avec ses disciples, lectures des évangiles, hymnes, psaumes et prières rythment, à chaque station liturgique,  la procession qui rassemble tout le peuple chrétien de Jérusalem conduit par son évêque. Véritable « chemin de Croix » in situ (à une époque où la dévotion que nous nommons ainsi n’existait pas) dans la ferveur et l’émotion longuement décrit par Égérie.

 

Le Jeudi saint

« Le jeudi, on fait depuis le chant du premier coq, ce qu’il est d’usage de faire jusqu’au matin à l’Anastasis ; de même à la troisième et à la sixième heure. A la huitième heure, tout le peuple se réunit au Martyrium, plus tôt cependant que les autres jours, car il est nécessaire de faire le renvoi plus vite. Quand tout le peuple est réuni, on fait ce jour-là l’oblation au Martyrium, et le renvoi a lieu là même vers la dixième heure. Avant qu’on fasse le renvoi, l’archidiacre élève la voix et dit : “ A la première heure de la nuit, rendons-nous tous à l’église qui est à l’Éléona, car un très grand effort nous attend aujourd’hui, cette nuit.”

Quand on a fait le renvoi au Martyrium, on vient derrière la Croix ; on dit là un hymne seulement, on fait une prière, l’évêque y offre l’oblation et tous communient. A l’exception de ce seul jour, jamais de toute l’année on n’offre le sacrifice derrière la Croix ; il n’y a que ce jour-là. Lorsqu’on a fait là aussi le renvoi, on va à l’Anastasis, on fait une prière, sont bénis, selon l’usage habituel les catéchumènes, puis les fidèles, et l’on fait le renvoi. Ensuite chacun se hâte de renter dans sa maison pour manger. » (35, 1-2)

On ne s’étonnera pas de voir que les célébrations eucharistiques ont lieu au Martyrium et derrière la Croix, et non à Sion. Au IVe siècle, la tradition qui place à Sion la salle du Cénacle, et donc la dernière Cène, n’est pas encore apparue.  La réunion de la nuit a lieu à l’Éléona parce que c’est là qu’on eut lieu les entretiens d’après la Cène : « Après le chant des psaumes (il s’agissait des psaumes du Hallel, ps 113-118, dont la récitation clôturait le repas pascal), ils partirent pour le mont des Oliviers » (Mt 26, 30).

 

La nuit : au mont des Oliviers où le Seigneur entretint ses disciples

« Aussitôt qu’ils ont mangé, tous vont à l’Éléona, à l’église où se trouve la grotte dans laquelle ce même jour se tint le Seigneur avec ses disciples. Là jusqu’à la cinquième heure de la nuit environ, on dit continuellement des hymnes et des antiennes, ainsi que des lectures ; on intercale des prières ; on lit aussi, tirés de l’évangile, ces passages où le Seigneur, ce même jour, entretint ses disciples, assis dans la grotte même qui est dans cette église. » (35,2-3)

D’après le Lectionnaire arménien, il s’agissait des chapitres de l’évangile selon Jean, 13, 16 – 18, 1.

« Vers la sixième heure de la nuit, on monte avec des hymnes à l’Imbomon, l’endroit d’où le Seigneur est monté aux cieux. Là, de la même façon, on dit à nouveau des lectures, des hymnes et des antiennes appropriées au jour » (35, 4).

On montait ainsi au sommet du mont des Oliviers où on lisait le chapitre de Luc 22, 1-65.

 

L’église de l’agonie

« Après cela, quand les coqs commencent à chanter, on descend de l’Imbomon avec des hymnes et on se rend à l’endroit même où pria le Seigneur, comme il est écrit dans l’évangile : “Et il s’avança à la distance d’un jet de pierre et pria”, et la suite. A cet endroit, il y a une gracieuse église. L’évêque y entre et tout le peuple, on dit là une prière appropriée, on dit aussi un hymne et on lit le passage de l’évangile où il dit à ses disciples : “Veillez pour ne pas entrer en tentation” (Mt 26, 41). On lit là tout ce passage et on fait une prière. Puis de là, avec des hymnes, tous, jusqu’au plus petit enfant, descendent à pied à Gethsémani avec l’évêque. Eu égard à une foule aussi nombreuse, fatiguée par les veilles et affaiblie par le jeûne quotidien, qui doit descendre d’une aussi haute montagne, on va lentement, lentement à Gethsémani avec des hymnes. Des flambeaux d’église, plus de deux cents, ont été préparés pour éclairer tout le peuple. » (36, 1-2)

L’emplacement de l’église de l’agonie, la « gracieuse église » que signale Égérie, n’est pas assuré ; elle correspondrait à des vestiges trouvés au bas du mont des Oliviers, mais plus haut que Gethsémani. La mention de la si haute montagne à descendre s’applique à tout le trajet depuis le haut du mont des Oliviers

 

A Gethsémani : l’arrestation

« Une fois arrivés à Gethsémani, on fait d’abord une prière appropriée, puis on dit un hymne ; on lit ensuite ce passage de l’évangile où le Seigneur est arrêté (Mt 26, 31 – 55). A la lecture de ce passage, ce sont de tels cris, de tels gémissements de tout le peuple en larmes que l’on entend les lamentations jusqu’à la ville ou presque. A partir de ce moment on gagne la ville à pied avec des hymnes, et on arrive à la porte à l’heure où on commence à se reconnaître l’un l’autre. Ensuite, quand on avance à travers la ville, tous jusqu’au dernier, des plus âgés aux plus jeunes, riches et pauvres, tous sont présents là ; ce jour-là en particulier personne ne quitte la vigile avant le matin. » (36, 3)

Gethsémani, site de la trahison de Judas et de l’arrestation de Jésus, où se fait la station liturgique dans la nuit du Jeudi au Vendredi-Saint, indiquée par Égérie, se trouve au bas de la montagne des Oliviers. Un autre pèlerin y signale un rocher qu’Égérie ne mentionne pas. Ce n’est qu’au VIe siècle qu’une grotte aménagée en lieu sacré est indiquée dans les textes.

 

Jésus devant Pilate

« On escorte ainsi l’évêque de Gethsémani jusqu’à la porte, et, de là, à travers toute la ville, jusqu’à la Croix. Une fois qu’on est arrivé devant la Croix, il commence à faire presque clair. Là on lit encore le passage de l’évangile où le Seigneur est conduit à Pilate ; et tout ce que, selon l’Écriture, Pilate a dit au Seigneur et aux Juifs (Mt 27, 1-26), on le lit en entier (Jn 18, 28 – 19, 16).  Après quoi l’évêque s’adresse au peuple, les encourageant parce qu’ils ont peiné toute la nuit et qu’ils ont encore à peiner ce jour-là, à ne pas se lasser, mais à mettre leur espoir en Dieu, qui les paiera de leur peine par une récompense plus grande. En les encourageant ainsi autant qu’il le peut, il leur adresse ces mots : “Allez maintenant un moment chacun dans vos demeures, reposez-vous un peu, et vers la deuxième heure du jour, soyez tous ici présents pour que, de cette heure jusqu’à la sixième, vous puissiez voir le saint bois de la croix qui, chacun de nous le croit, sera utile à notre salut. Car à partir de la sixième heure, nous devons à nouveau nous réunir ici, devant la Croix, pour nous adonner aux prières et aux lectures jusqu’à la nuit” » (36, 3-5).

 

FRrnçoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

 

 

 

 

 

Annonces #NLH #NLQ #Récollections/Retraites

Retraite pascale 2019 à l’Abbaye d’Ourscamp (60) du 18 au 21 avril 2019

Comme chaque année, une place spéciale est réservée aux 18-35 ans.
Venez vivre les liturgies fortes, suivre les enseignements en consonance avec le drame de la mort et de la joie de la Résurrection, et partager de la vie de la communauté : un sommet dans l’année  !

Programme :

Dimanche des Rameaux – 14 avril

  • 9h45 : Bénédiction des rameaux
  • 10h00 : Messe des Rameaux

Jeudi Saint – 18 avril

Тайная Вечеря Роспись храма на Валааме 230 par 153

  • 18h15 : Repas festif
  • 20h45 : Messe de la Cène de Seigneur
    Adoration silencieuse jusqu’à minuit

Vendredi Saint – 19 avril

  • 09h45 : Conférence
  • 11h45 : Office des lectures
  • 15h00 : Chemin de Croix
  • 17h30 : Conférence
  • 18h30 : Confessions jusqu’à 20h30 (oratoire)
  • 20h45 : Célébration de la Passion du Seigneur

Samedi Saint – 20 avril

Anastasis Pio Christiano Inv 240 par 180

  • 09h45 : Conférence, puis confessions
  • 11h45 : Office des lectures
  • 14h00 : Départ pour la marche vers les grottes
  • 18h30 : Vêpres (crypte)
  • 20h30 : Confessions jusqu’à 21h30 (oratoire)
  • 22h00 : Vigile pascale

Dimanche de la Résurrection – 21 avril

  • 10h00 : Messe de la Résurrection
  • 16h30 : Vêpres et Salut du Saint-Sacrement

Il est demandé d’arriver le Jeudi Saint au commencement de la retraite. Exceptionnellement il est possible d’arriver le Vendredi Saint.
La participation de base est estimée à 150€ par personne. Si besoin elle est réduite à 100€ par personne. Ceux qui veulent exprimer une solidarité peuvent donner 200€ par personne ou plus. Un reçu fiscal leur sera envoyé pour le montant qui dépasse la participation de base.

- Venir à l’Abbaye
- Télécharger les horaires de la retraite pascale.

Doctrine / Formation #Livres

Haydn – Les 7 dernières paroles du christ, en route vers la résurrection

Pour cette journée du Vendredi Saint, nous vous proposons de découvrir une page musicographique de grande qualité avec l’enregistrement par Accentus des Sept dernières paroles du Christ de Haydn

 

Incontestablement, il est des enregistrements qui font date. Dans le flot actuel de concerts, de récitals et d’enregistrements de qualité relative, c’est un véritable bonheur de trouver une perle comme ces Sept dernières paroles du Christ en croix par Laurence Equilbey et son ensemble. Une perle haut perchée qui ne fait que creuser davantage l’écart entre les grands et … les autres. Il faut dire que de grands, Laurence Equilbey a su s’entourer à l’occasion de cet enregistrement.

Autour de son irremplaçable ensemble Accentus, ou plus justement, unis à lui dans une profonde harmonie, nous retrouvons avec joie Sandrine Piau qui avait déjà enregistré avec Accentus, le Requiem Allemand de Brahms ou encore la Grande Messe en Ut de Mozart. Le toujours séduisant sourire de Ruth Sandhoff ajoute sa touche gracieuse à la clarté de son timbre, tandis que Harry van der Kamp vient rehausser, à propos, de sa chaude voix de basse les moments tragiques de l’œuvre. Il ne manquait plus alors que l’assurance tranquille de Robert Getchell pour unifier l’ensemble, porté par les instruments d’époque de l’Akademie für Alte Musik Berlin que l’on ne présente désormais plus. Une grande distribution dans laquelle chacun donne le meilleur de lui-même sans chercher à s’imposer aux autres. Il est peut être à regretter par moment la spécificité habituellement très baroque de la plupart d’entre eux, perceptible dans l’un ou l’autre passage d’une œuvre pourtant résolument classique.

« Il y a environ quinze ans, un chanoine de Cadix m’a demandé de composer une musique instrumentale sur les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix. Il était alors d’usage à la cathédrale de Cadix de donner chaque année, durant le temps de la Passion, un oratorio dont l’effet se trouvait singulièrement renforcé par le contexte que voici : murs, fenêtres et piliers de l’édifice étaient tendus d’étoffes noires et seule une grande lampe, suspendue au centre de la voûte, venait rompre ces ténèbres solennelles. A midi fermaient toutes les portes et la musique commençait. Après un prélude de circonstance, l’évêque montait en chaire, prononçait l’une des Sept Paroles puis prêchait. Ainsi faisait-il pour chacune des autres Paroles, et après chaque sermon l’orchestre jouait. » La composition, achevée dans l’hiver 1786-87, est donc résolument liturgique.

La version pour orchestre et voix, interprétée ici, est quant à elle de facture plus concertante. Composée plus tardivement, en 1796, cette version n’est pas une idée de Haydn lui-même. Mais après avoir entendu avec plaisir l’initiative de Friebert à Passau, il reprend l’idée à son compte persuadé de « faire mieux ». Haydn ne se limite pas à placer des voix sur l’orchestre. Il remanie quelque peu la partition originale, en modifie l’instrumentation et introduit de nouvelles parties. L’interprétation de Laurence Equilbey met, du reste très en valeur ces ajouts du compositeur. Les « entêtes » épigraphiques a cappella qui introduisent désormais presque toutes les paroles du Christ, sont l’occasion offerte à Accentus de donner le meilleur de lui-même. Elles sont, du reste, les parties les plus expressives du drame qui se joue et que l’ensemble instrumental peine parfois à rendre, sans doute à cause du tempo légèrement trop rapide. Mais un tempo plus lent ne nous aurait-il pas entraîné dans une interprétation romantique, de fait anachronique ? C’est, peut-être, la difficulté de l’œuvre. Son équilibre, d’une facture incontestablement classique, semble parfois tendre vers le romantisme, particulièrement dans le « Tout est accompli ! » dont certains passages ne sont pas sans rappeler la Symphonie n°9 de Beethoven. Il est alors d’autant plus dommage de retrouver dans la version de Laurence Equilbey des tendances baroques peu appropriées. En revanche, la clef de lecture de son interprétation qu’elle expose elle-même dans la notice, semble être la clef de la réussite. « Pour une fois, dans les Sept Paroles, […] : ce sont les voix qui ont été destinées à « coller » aux instruments, puisque la version orchestrale est antérieure à celle proposée dans cet enregistrement.

Dès lors, nous avons réalisé plusieurs choix d’interprétations, les chanteurs se situant comme les compagnons des instruments. Pour le style de jeu vocal et le phrasé du texte, nous avons opté pour une articulation nettement instrumentale, en respectant la prosodie tout en étant conscient que ce n’est pas le texte qui a présidé à la création des phrases musicales. » Un choix judicieux, des interprètes talentueux, il n’en fallait pas plus pour faire de cette version des sept paroles l’une des plus équilibrées.

Dès les premières notes de l’introduction, nous sommes saisis par l’équilibre entre tous les pupitres. Chaque instrument semble naître d’un précédent et donner naissance au suivant. Nous noterons au passage l’excellence de l’ensemble des basses qui assoit toute l’interprétation dans un confort d’audition extrêmement chaleureux. Attaques nettes et fines de phrase précises rivalisent pour donner à l’œuvre une grande propreté d’exécution, même si certains passages sont parfois un peu secs, traduisant ce reste de baroque indélicat. Les voix et les instruments sont tellement unis qu’ils semblent s’entrelacer et nous entraîner avec eux au cœur de l’oratorio, avec lequel il devient impossible de ne pas faire corps. Les nuances sont empreintes d’une telle profondeur qu’elles semblent habitées par la respiration même du Christ. Toutefois, l’extrême gravité rendue de façon saisissante (et ce n’est pas là un artifice rhétorique), par le chœur dans les introductions, n’est pas aussi bien prise en compte par le développement des paroles pour lesquelles l’interprétation instrumentale semble parfois trop gaie. Cela est particulièrement sensible dans la supplique du « En vérité je te le dis », où le ton suppliant est peut être trop discret, alors que les appels de basses restent légèrement en dehors de la démarche spirituelle que suggère le texte lui-même. Le lyrisme tend de ce fait plus vers la tristesse ou la mélancolie que vers la supplique, ce qui et d’autant plus dommage que la chaleur et l’unité des voix et des secondes voix est bouleversante. Les changements de tempi et de style, amenés dans une discrétion de velours, rendent, en revanche, cette expression par une formidable respiration haletante. Petite note négative pour le 7ème mouvement où les voix de solistes sont un peu sèches et noyées par les instruments, ce qui a pour mérite de mettre en valeur la finesse des cors et des basses qui seules cette fois-ci rendent un peu du drame que vit Marie au pied de la croix.

D’une manière générale, pour entrer davantage dans la souffrance du Christ en croix, il faut prêter attention aux basses qui portent le mieux l’expression douloureuse. Mais la suite de l’œuvre fait oublier cette faiblesse par l’excellence de l’entrée des instruments qui nous surprennent à chaque fois, comme s’ils arrivaient à l’improviste, mais tellement à propos.

Puis arrive la deuxième partie de l’œuvre, introduite par ce rajout du compositeur, la seconde introduction. C’est aussi un changement radical dans l’interprétation. Cette introduction est absolument magistrale. Cette fois-ci nous entrons et jusqu’à la fin dans l’expression dramatique que représente la crucifixion du Messie, Dieu fait homme. L’ensemble de l’orchestre semble prendre conscience de la gravité de la situation rendue par l’enchaînement de la multiplicité des petits soli. Suit alors un dialogue entre les paroles du Christ et ce qu’elles expriment en son nom, et le chœur des fidèles au pied de cette Croix. La sobriété de la plainte du Christ « J’ai soif », contraste avec l’anxiété du cœur qui appelle les hommes à la miséricorde, à la pitié. Renversement incroyable des rôles où ce n’est plus un Dieu colère qui est appelé à faire miséricorde, mais des hommes haineux, invités à regarder avec compassion cet homme innocent qui reprend inlassablement et calmement : « j’ai soif ». De parole en parole, l’ensemble nous entraîne désormais au plus profond du drame, mettant encore davantage en relief le contraste entre l’espérance joyeuse portée par les violons du « tout est accompli » et la crainte sourde d’une mort éternelle que le reste de l’orchestre contient à peine. Singulier va et vient entre espérance du salut et crainte de la damnation au moment même de la mort du Christ. Autour de la croix se cristallise alors la mission même du Messie, et du fond de cette mort, échec apparemment cinglant, perce un sentiment de victoire. « A présent son triomphe est éclatant » se réjouit le chœur alors que le Christ « remet son esprit ». Et tandis que l’on s’attendrait au plus mineur des accords, c’est un chant guilleret et dansant qui perce dans une déclaration d’amour qui parait bien incongru autour d’un cadavre.

L’ensemble nous élève alors peu à peu dans un tourbillon vertigineux à un véritable échange amoureux inattendu, par lequel c’est finalement l’homme qui, dans une ambiance sereine, remet son esprit au Père, pendant que les basses soutiennent l’accord final, rappel discret d’un de profundis, nous introduisant ainsi, avec le Christ dans le silence du tombeau vers lequel nous étions happés depuis le « j’ai soif » du Fils de Dieu. Et duquel insensiblement nous sommes tirés depuis le « tout est accompli ».

L’orchestre a su rendre de façon insensible mais prégnante ce mouvement de lente agonie et de résurrection qui finit par littéralement exploser lors du tremblement de terre final. Comme à l’issue d’un grand spectacle joyeux, l’orchestre éclate en feu d’artifice, en bouquet final à la hauteur d’une éruption volcanique dont chaque soufflet libère les morts de leurs tombeaux.

Incontestablement, à écouter, à méditer … à vivre.

 

Source resmusica

Dans le Monde

Rappel – Vendredi Saint – Collecte pour la Terre Sainte

Comme chaque année, les catholiques du monde entier sont invités en ce vendredi Saint 14 avril 2017 à participer à la Collecte de Terre Sainte. Le cardinal Sandri, préfet de la Congrégation pour les Églises orientales, a lancé un appel à « notre humanité commune, à la foi chrétienne » pour donner lors de cette quête. Les bénéfices sont répartis entre la Custodie de Terre Sainte confiée aux Franciscains, qui en reçoit 65 %, et la Congrégation pour les Églises orientales, à hauteur de 35 %. L’argent est destiné à l’entretien des sanctuaires, des lieux de pèlerinage et de célébrations, ainsi qu’aux « pierres vivantes qui représentent la communauté chrétienne, leurs besoins, leur évangélisation, leur éducation, leur justice et leur promotion sociale », a précisé le cardinal Sandri.

Dans cette région mouvementée qu’est la Terre Sainte, l’objectif de cette collecte instaurée par le pape Paul VI en 1974 est aussi de « contribuer à la paix dans la région de Jésus ». Aujourd’hui, elle permet ainsi de soutenir des projets en Israël, en Palestine, en Jordanie, au Liban, à Chypre, mais aussi en Syrie, où 33 projets vont être lancés grâce à la Collecte de cette année.

 

 Source Radio Vatican

A la une #NLQ

L’édito – Hors de l’Eglise point de Ciel

 

Avec le Vendredi Saint, nous entrons dans le cœur de la raison d’être de l’Eglise, le salut. Depuis quelques décennies nous avons orienté le point focal de notre vision sur le Jeudi Saint et l’institution de l’Eucharistie, en sautant à pieds joints vers le samedi soir, vigile de Pâques. Eglise, lieu de l’Eucharistie et de la résurrection, rien n’est plus vrai, mais à condition que le Vendredi Saint demeure le pont de l’un à l’autre. Du Triduum nous ne retenons aujourd’hui que le jeudi, passant rapidement sur le vendredi, ignorant le samedi (qu’on ne comprend plus) pour arriver sur… bizarrerie, le quatrième des trois jours. La Passion n’est plus à la mode, parce que la souffrance n’est plus comprise comme rédemptrice dans un monde globalement hédoniste et orienté vers le sur-humanisme. Il est en effet difficile de comprendre le sens de la Passion quand on évacue la souffrance de la vie humaine. Pourtant, la souffrance est inhérente à la nature humaine dans la mesure où celle-ci est par nature limitée et cela fait partie de sa perfection, c’est-à-dire de ce qu’elle est. Il ne s’agit pas d’exalter la souffrance, ni de la rechercher, mais de ne pas la nier comme réalité et particulièrement comme réalité de notre finitude que nous avons du mal à admettre aujourd’hui. Or qu’est la Passion du Christ sinon l’acceptation de la volonté du Père ? Une volonté non doloriste, mais salvifique. Si le Christ passe par la souffrance épouvantable de la Passion c’est, certes pour nous sauver, mais pour nous révéler aussi à quoi, sans Dieu, c’est-à-dire dans le péché, l’Homme ressemble, à quoi il est livré. Le péché défigure, fragilise, blesse, détruit l’être humain. Mais à refuser cette réalité destructrice, à la nier, à la masquer, nous finissons par prendre le visage défiguré de l’homme, pour l’Homme en plénitude. Le Péché conduit à la mort de l’Homme, comme le Christ nous l’a montré sur la Croix. Mais qu’est le péché sinon la rupture avec la source même de la vie ? Pourquoi le Christ a-t-il placé l’institution de l’Eucharistie avant la Passion ? Pourquoi ne l’a-t-il pas institué au moment d’Emmaüs par exemple ?  Le fil que déroule Jésus place la passion entre l’institution de l’Eucharistie, et la naissance de l’Eglise, pour nous rappeler qu’entre le banquet des noces et l’Eglise il y a la passion.  L’Eglise, née du côté du Christ, est la porte du Ciel à condition qu’elle redonne vie au pécheur défiguré. A l’inverse, l’Eglise n’a pas de raison d’être si elle ne donne pas la source de grâce vivifiante. De même, si la grâce du salut s’obtient indépendamment de l’Eglise, comme on tend à le répandre aujourd’hui, alors à quoi bon l’Eglise, puisque à quoi bon les sacrements ?  Il ne peut y avoir de Résurrection que dans le corps ressuscité du Christ et on n’entre dans le corps ressuscité du Christ que par le baptême, comme on ne s’y maintient que par sa grâce sanctifiante. Le chemin de Croix conduit à la résurrection parce qu’il passe par l’institution de l’Eglise. Ainsi comme le disait saint Cyprien, hors de l’Eglise il n’est point de salut. L’affirmer n’est en rien fermer la porte à ceux qui sont hors de l’Eglise (visible et invisible). Le nier en revanche, c’est rendre l’Eglise catholique inutile et condamner à l’errance ceux qui cherchent le chemin, la vérité et la vie.  Cette affirmation est d’une très grande exigence pour les catholiques, puisqu’elle les oblige à aplanir les routes, non vers un irénisme relativiste, mais vers la source de Vie. Nous perdons malheureusement souvent de vue la nécessité surnaturelle de notre vie et de notre salut, précisément parce que nous avons perdu de vue la réalité naturelle de l’Homme, à la foi terre et ciel. Si Dieu a fait l’homme à son image, nous avons en cet âge matérialiste, redessiné le ciel à l’image de ce siècle. Comme nous voulons passer de l’homme au sur-homme en repoussant les limites humaines, nous imaginons le Ciel comme une super-terre, alors que c’est Dieu même.

Dans le Monde #Europe non francophone

Vendredi-Saint férie – La Roumanie rejoint 16 autres pays de l’UE

La loi a été adoptée : le Vendredi saint est dorénavant un jour férié officiel. « C’est l’un des événements religieux les plus importants de l’année », a déclaré Szabó Ödön, le député initiateur du projet de loi. La Roumanie rejoint ainsi les seize autres pays de l’UE chez qui le Vendredi saint est déjà un jour férié.

 

Source

Messes/Prières/Pèlerinages #NLQ

Vénération de la Sainte Epine et de la Sainte Croix à la Cathédrale de Sées (61) le 30 mars 2018

Doctrine / Formation

Lectio divina pour le Vendredi Saint par Mgr JMJ Le Gall, csm

« SEIGNEUR SOUVIENS-TOI DE MOI QUAND TU SERAS DANS TON ROYAUME ! »

Lectio divina pour Vendredi Saint, le 14 avril 2017

Au Moyen-Age se vivaient les Mystères de la Passion. Cela consistait à reproduire sur les parvis de nos cathédrales, cette grande Liturgie de Dieu qui trouve aujourd’hui son point culminant. Nous avons perdu aujourd’hui la raison de ce jeu théâtral des mystères du Christ. Mais en tant que baptisés, nous n’en avons pas perdu le sens profond, et aujourd’hui encore, comme chaque Vendredi Saint, nous sommes appelés à jouer en notre cœur le Mystère du Christ dans les dernières heures de Sa vie terrestre.

« Es-tu Roi ? »

Nous sommes au pied de la croix et nous y voyons le titre : Jésus de Nazareth – Roi des Juifs. Revenant maintenant quelques heures en arrière, nous sommes face au Christ, comme Pilate et avec lui nous demandons : « Es-tu Roi ? » Et tombe alors la seule parole que Jésus répondra au gouverneur romain : « Tu l’as dit, je suis Roi. Et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. » Et restant dans la peau de Pilate, nous posons cette autre question à Jésus : « Qu’est-ce que la Vérité ? » Ne noircissons pas Pilate outre mesure : il ne la posa pas forcément avec hypocrisie. Il devait avoir en lui une certaine sincérité, comme tout officier au service d’un empire. Il nous représente assez bien, certainement : avec une part de bon désir et une part de mauvaiseté…

« Qu’est-ce que la vérité ? »

« Qu’est-ce que la vérité ? » Voilà que revenant au pied de la croix, avec Marie, nous entendons le Christ, Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs, nous dire la Vérité qu’Il est venu annoncer, cette Vérité dont Il est le témoin, c’est-à-dire le martyr. Cette Vérité, ce n’est pas à Pilate, ce n’est même pas à Marie, c’est au Bon Larron qu’Il va la dire ! Comme fit toujours Jésus se révélant aux pécheurs. Je ne dis pas aux petits, parce que Marie était la petite parmi les petites, l’humble parmi les humbles ; je dis aux pécheurs comme furent la Samaritaine, l’Aveugle-né… Voici qu’à ce voleur, à ce brigand, Jésus dit : « Aujourd’hui tu seras avec moi danle Paradis. »

Aujourd’hui… Avec Moi… Au Paradis

Voici le premier des saints ! Voici celui qui entre dans le ciel de Dieu, avant la Vierge, avant même l’Ascension de Jésus, comme Le précédant pour L’accueillir avec le Père, lorsqu’Il remontera dans Sa gloire 40 jours après Pâques ! Un homme de rien, un misérable, un bandit…

Bossuet dira : Aujourd’hui  : quelle promptitude ! Avec moi  : quelle compagnie ! Au Paradis : quel repos !

Marie a-t-elle entendu ces paroles ? Jean, le disciple bien-aimé a-t-il perçu ces mots ? L’Ecriture n’en dit rien, c’est un secret entre Dieu, Jésus et le Bon Larron.

Quel mystère ! Quel mystère que cette vérité que Jésus nous dévoile sur le sens profond et ultime de Sa mission alors qu’Il est là cloué dans Son humanité sur le gibet, dans une impuissance totale ! Il a ce regard magnifique sur plus pauvre que Lui, sur la pauvreté absolue et d’autant plus attirante qu’elle se reconnaît comme telle !

Son regard dévoile, Sa Parole annonce enfin dans sa totalité, comme une apocalypse de la Révélation la Bonne Nouvelle de cet hodiecet aujourd’hui qui anticipe l'( )hodie pascal, de la résurrection : Aujourd’hui c’est avec Moi que tu vas vivre dans ce Paradis qu’est la Vie du Père… 

C’est un mystère qu’il nous faut essayer de saisir pour y participer, pour le vivre, théologiquement, mystiquement, dans notre âme. Même s’il n’y a pas tout le théâtre du Moyen-Age, ce jeu populaire de la Passion, chacun doit être interpellé aujourd’hui et se dire : pourquoi ne serai-je pas moi aussi le destinataire de ces paroles de Jésus ?

« Eli, Eli, lama sabactani ! »

Alors, restons au pied de la croix, et essayons de comprendre. Nous écoutons et nous entendons d’abord ce cri du Psaume 21ème que Jésus reprend dans son ultime agonie. Il le reprend parce qu’Il le connaît. Il l’a médité comme Il a médité durant toute Sa vie, Ses 33 ans de vie, la Parole de Son Père, inspirée par l’Esprit Saint et dont Il est, Lui, l’Accomplissement… Parole de Dieu à l’homme, Parole de Dieu pour Lui qui, homme-Dieu, en est la Substance originelle (avec le Verbe) en même temps que la réalisation… Voilà que, dans l’inconscience de son agonie tétanique, lui reviennent en mémoire comme par une heureuse coïncidence ce psaume 21 « Eli, Eli, lama sabactani », « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? »

Quel autre mystère que cette parole que Jésus prononce dans Son humanité qu’Il assume et qui est la nôtre ! Ce cri de Jésus est le cri de l’Humanité !

Comme le dit la première lecture : Nous étions errants comme des brebis sans pasteur, ne sachant où aller, perdus, sourds et aveugles dans les ténèbres de notre nuit… Mon Dieu, mon Dieu, a crié l’humanité depuis le péché d’Adam jusqu’à l’agonie du Messie, Mon Dieu pourquoi nous as-Tu abandonnés ? Ce n’est pas le cri de Jésus seul, c’est le cri de Jésus nouvel Adam, c’est donc le cri de l’Humanité entière qu’Il assume, sans honte aucune, Lui qui est Fils de Dieu ! C’est le cri de l’homme dans son angoisse et dans sa solitude, dans le monde du péché, dans cette structure de péché qui nous entoure et qui nous immerge comme disait S. Jean Paul II. « Mon Dieu, mon Dieu… »

« Dieu l’a fait péché pour nous » dit Saint Paul, jusqu’à Lui faire prendre sur Lui ce cri dérisoire de l’homme perdu, Lui qui a la vision béatifique, Lui qui voit tout : le présent le passé le futur… Lui qui connaît son Père mieux que quiconque, Lui qui est dans le sein du Père, Lui qui sait qu’Il est en train de passer de ce monde à Son Père… Voilà que Celui qui venait de dire devant Ses apôtres : «  Père, glorifie ton Fils de la gloire qu’il avait auprès de toi de toute éternité » s’écrie quelques heures plus tard : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! »

Cette angoisse débordante par ce cri dépasse infiniment la tristesse que le Christ a dû ressentir pour Lui. Cet abandon vrai, imprégnait toutes Ses fibres, Son cœur et Son âme. Mais cela dépasse infiniment la dimension personnelle de la blessure car en Jésus, Son humanité qui est unie au Verbe, embrasse du coup toute l’Humanité. Aucune donc de Ses actions, de Ses paroles, de Ses blessures à Lui l’Innocent ne peuvent être séparées des actions, des paroles, des blessures de l’Humanité pécheresse toute entière.

« Absalon, Absalon, mon fils, que n’ai-je pu mourir à ta place ! »

Dieu va-t-il répondre à ce cri ? Il y répondra de la manière la plus belle comme nous les hommes ne savons pas répondre : Il y répondra par le silence de la mort.

Et c’est donc Jésus Lui-même qui répondra à Sa propre question… C’est le Fils de Dieu expirant dans Son humanité assumée qui répond au Fils de l’Homme dans Son agonie… Uni au Verbe silencieux qui accomplit le dessein du Père, Jésus meurt pour l’homme, Il meurt pour cette humanité assumée depuis l’Incarnation par le Verbe.

On se souvient ici de cet épisode si poignant de David trahi par son fils Absalon et qui apprend la mort de ce fils félon. Il s’écrie : « Absalon, Absalon, mon fils, que n’ai-je pu mourir à ta place ! »

David le roi, David le consacré, David le chantre de Dieu, mais aussi le pécheur, David pardonne à ce traître de fils. C’est dire qu’il oublie, mais aussi qu’il va au-delà et qu’il est prêt à mourir à sa place : « Absalon, Absalon, mon fils, que n’ai-je pu mourir à ta place ! » Si David ne peut pas mourir à la place de son fils, Dieu, Lui, peut offrir l’humanité de Son Fils incarné pour mourir à la place de Ses enfants pécheurs !

Dieu va Se donner tout entier en Jésus. Il va mourir en Jésus-Christ pour mourir à la place de Son fils, l’homme révolté !

« Seigneur, que je voie ! »

Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui : l’échange, l’admirable échange, fruit de l’Amour infini, parfait et inconditionnel de Dieu, fruit de Sa paternité. Il y eut d’abord le premier fruit de Son Amour : la création. Puis, il y a ce fruit qu’est la Rédemption. Dieu en Jésus meurt, à la place du fils. Il réalise ainsi ce souhait que même nous, dans notre paternité charnelle, nous pécheurs et mauvais comme disait Jésus, nous sommes capables de souhaiter pour sauver notre enfant.

Mais voilà qu’au pied de la croix, il y a le mauvais larron.

Il ne voit pas cet échange, il ne regarde pas la croix de Jésus, mais il regarde sa croix. Ce qui l’intéresse, c’est sa vie. Ce qu’il désire c’est se sauver. Il est à l’opposé de la logique du salut qui consiste à se perdre, à s’oublier… Se perdre de vue… Fruit premier et infini de la vraie foi, puisque la foi consiste à regarder Dieu qui Se donne… Voilà qui est le mauvais larron.

Il n’est pas plus larron que l’autre larron, mais il ne sort pas de sa nature. Il est immergé complètement dans son esprit, dans son monde. Ce n’est qu’à sa lumière qu’il voit et se voit, et sa lumière est ténèbres… Ce qui fait qu’il ne voit rien ! Lui qui a la grâce de la proximité physique à Jésus, cet Innocent que tout le monde savait innocent, même Pilate, il ne voit pas ! Il est aveugle parce qu’il ne songe qu’à lui : « Sauve-toi et sauve-nous… » Et il se perd parce que celui qui veut sauver sa vie la perdra et celui qui accepte de perdre sa vie la sauvera.

« Voulez-vous que je relâche Barabas ou Jésus ? »

Le bon larron n’est pas moins larron que le mauvais larron, mais il a su accepter la grâce de la foi, la grâce de cette proximité à l’Innocent comme fera le soldat romain s’exclamant : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu »  ! Il a su Le voir, Le regarder sur Sa croix… D’où le symbole du dévoilement de la Croix pour nous inviter à y voir, dans la foi, le Christ ayant pris notre place… Il voit par sa foi, il connaît l’échange merveilleux, il comprend que pour Dieu, l’homme égale Dieu, que l’homme n’est pas moins que Dieu puisque Dieu envoie Son propre Fils pour sauver l’homme !

Admirable échange : la vie de l’homme pour la Vie d’un Dieu, la Vie de Dieu pour la vie de tous les hommes… Nous voyons s’accomplir le symbole prédictif de l’échange entre Jésus et Barrabas, le vrai Fils contre les faux fils : Bar Abbas, le fils du Père…

Il nous faut regarder vers Celui que nous avons transpercé

Voilà ce que le bon larron connaît, accepte en regardant l’Innocent crucifié. « Pour Lui qui est innocent, ce n’est pas une justice… » dira-t-il à son compagnon. Et grâce à cette seconde où il arrête de se regarder, pour, sans orgueil et en confiance, regarder vers Celui qu’ils ont transpercé, il peut faire cette demande d’enfant : puisque Tu es Seigneur, « lorsque tu reviendras, souviens-toi de moi dans ton Royaume ». Et Dieu par la bouche de Jésus lui répond ! Point de silence cette fois-ci comme ce fut le cas pour le cri de Jésus… En fait si Dieu peut maintenant répondre au larron, c’est que Jésus accepta le silence de Son Père ! C’est à Lui que revient donc de faire, au nom du Père, la promesse pour l’accomplissement de laquelle Il est venu vivre et mourir : « Aujourd’hui avec moi, tu seras dans le Paradis. »

« Il m’a aimé et Il s’est livré pour moi ! »

Voilà ce que nous devons apprendre aujourd’hui.

Cessons donc de nous regarder ! Nous savons suffisamment que nous ne sommes pas des saints, cela suffit. Ne faisons pas l’erreur de nous fixer sur notre misère et nos péchés, sur nos cœurs endurcis et nos âmes un peu ténébreuses, nos lâchetés et nos trahisons. Rien de tel pour dévisser dans l’acédie spirituelle !

Sachons faire comme le bon larron. Parce que nous nous savons pécheurs, quittons-nous nous-mêmes immédiatement ! Profitons de la grâce de cette Liturgie avec son Adoration de la Croix qui prépare à recevoir l’Eucharistie pour justement regarder cette Croix et se dire : « Il m’a aimé et Il s’est livré pour moi ! »

Comment alors, investi de cette foi, ne pas avoir la confiance du Bon Larron traditionnellement appelé Saint Dismas ? ! Et comment ne pas répéter sans se lasser, dans notre cœur : « Seigneur souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume » ?

Mais surtout, comment pourrions-nous ne pas être rassurés d’entendre dans le fond de ce même cœur contrit durant cette Liturgie : « Aujourd’hui, par ta contrition, par ton adoration de ma Croix, par notre communion à nous deux réalisée à travers l’Eucharistie, tu es déjà avec moi dans le Paradis » ?

Mgr Jean-Marie Le Gall

Aumônier catholique

Hôpital d’Instruction des Armées de Percy, Clamart.

Retrouvez la lectio divina quotidienne (#twittomelie, #TrekCiel) sur tweet : @mgrjmlegall

 

 Source

Culture #Doctrine / Formation #NLH #NLQ

La vénération du bois de la Croix à Jérusalem en 384 – Comment nos ancêtres fêtaient-ils Pâques ?

La vénération du bois de la Croix à Jérusalem, l’après-midi du Vendredi saint, nous est connue par la description qu’en donne la pèlerine Égérie dans son Journal de voyage, ch. 36-37 (Sources chrétiennes 296).

 Égérie, une très pieuse personne originaire de Galice, semble-t-il, avide de voir lieux saints et saints moines, entreprit un long voyage en Orient (381-384) qu’elle décrit dans une lettre adressée à des correspondantes qu’elle appelle ses sœurs, en qui on voit les membres d’une communauté dont elle fait partie. Communauté monastique ou cercle de dames pieuses comme il en existait à l’époque ? Sa manière de vivre et de voyager ne donne pas l’impression qu’elle mène la vie ascétique. La durée de son pèlerinage, sa liberté pour décider de ses déplacements durant trois ans, le brillant appareil qui lui vaut d’être reçue tant par les évêques que par les moines les plus austères dont elle admire le mode de vie ascétique, sans toutefois le partager, laisse à penser qu’il s’agit plutôt d’une de ses pieuses laïques d’assez haut rang qui viennent en pèlerinage aux lieux saints d’Orient.

Son séjour de trois ans à Jérusalem est entrecoupé de voyages en Égypte, au Sinaï, en Mésopotamie, à Antioche, Constantinople ; elle parcourt la Palestine. Elle est infatigable, avide de voir et de savoir. Son Itinerarium, bien que parvenu incomplet, fournit une mine de renseignements. C’est le cas pour la liturgie de la Semaine sainte à Jérusalem où on la retrouve aux environs du samedi 9 mars 384, deux semaines avant Pâques.

Elle se déroule dans les Lieux saints par excellence, ceux de la Passion et de la résurrection du Christ, où s’élève, à l’époque d’Égérie, l’Anastasis, rotonde à l’intérieur de laquelle se dresse le bloc rocheux du tombeau, enchâssé dans un édicule qui le protégeait ; elle s’ouvrait à l’est sur un très beau et vaste atrium entouré de portiques. Dans l’angle sud-est se dressait le monticule du Golgotha, qu’Égérie appelle « la Croix », d’où son expression « devant la Croix » pour désigner l’atrium ; une croix y était dressée ; un ciborium doré protégeait le lieu des intempéries. Au sud ou à l’est du Golgotha, une petite chapelle dite « derrière la Croix » était utilisée pour l’adoration de la vraie Croix et d’autres reliques dont le titulus. Le Martyrium est l’église majeure édifiée sur ordre de Constantin, grande basilique à cinq nefs dont l’abside dominait l’atrium de l’Anastasis, précédée à l’est d’un vaste atrium dont les portes ouvraient sur la rue principale de Jérusalem. C’est dans ce cadre vaste et somptueux que se déroulaient les cérémonies liturgiques, en particulier celles de la semaine sainte : la « Grande semaine ».

« Le dimanche, où l’on entre dans la semaine pascale, qu’on appelle ici la grande semaine, lorsqu’on a célébré depuis le chant des coqs, ce qu’il est d’usage de faire à l’Anastasis ou à la Croix jusqu’au matin, le dimanche matin donc, on se réunit, selon l’usage habituel, dans l’église majeure qu’on appelle Martyrium. On l’appelle Martyrium parce qu’elle se trouve au Golgotha, derrière la Croix, là où le Seigneur a souffert : d’où ce nom de Martyrium ». Ce dimanche ne s’appelle pas encore le « jour des palmes » ; néanmoins la commémoration de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem a lieu dans la soirée à partir du Mont des Oliviers, à travers la ville jusqu’à l’Anastasis. Les jours suivants des cérémonies quasi continuelles se déroulent dans les différents lieux, de nuit comme de jour, comportant antiennes, psaumes et lectures. Égérie insiste sur l’affluence ; autour de l’évêque et du clergé se pressent le peuple et les catéchumènes. Elle insiste aussi sur l’émotion, les cris, larmes et gémissements à la lecture des textes de la Passion.

Le vendredi c’est en suivant l’itinéraire de Gethsémani au Golgotha que se déroule la liturgie qui commence avant le jour. Après les lectures appropriées, l’évêque encourage les fidèles et les envoie se reposer un moment parce qu’ils ont peiné toute la nuit : « Reposez-vous un peu, et vers la deuxième heure du jour, soyez tous ici présents pour que, de cette heure jusqu’à la sixième, vous puissiez voir le saint bois de la croix qui, chacun de nous le croit, sera utile à notre salut. ».

Après ce temps de repos « les voici tous présents. On place alors un siège pour l’évêque au Golgotha, derrière la croix […] on dispose devant lui une table couverte d’une nappe. Autour de la table, les diacres se tiennent debout. On apporte le coffret d’argent doré qui contient le saint bois de la croix, on l’ouvre, on l’expose, on place sur la table et le bois de la croix et l’écriteau. Quand on les a placés sur la table, l’évêque, assis, appuie ses mains sur les extrémités du bois sacré, et les diacres, debout autour, surveillent. Voici pourquoi cette surveillance. Il est d’usage que tout le peuple, tant fidèles que catéchumènes, s’approche un à un, se penche sur la table, baise le bois sacré et passe. Or on raconte que quelqu’un, je ne sais quand, y a mordu et a volé un fragment du bois sacré. C’est pourquoi maintenant les diacres debout à l’entour, surveillent ainsi, pour qu’aucun de ceux qui approche n’ose refaire de même. Tout le peuple défile donc un par un. Chacun s’incline, touche du front, puis des yeux, la croix et l’écriteau, baise la croix et passe, mais personne n’étend la main pour toucher. […] Tout le peuple défile, entrant par une porte, sortant par une autre […] Quand vient la sixième heure, on va devant la Croix, qu’il pleuve ou qu’il fasse très chaud ; cet endroit est en plein air : c’est une sorte d’atrium très grand et très beau, entre la Croix et l’Anastasis. »

La liturgie continue par des lectures et des psaumes : « Tous les passages où ils ont parlé de la passion du Seigneur », tous les passages des Évangiles « où il subit sa passion » et « dans les Prophètes les passages où ils ont dit que le Seigneur souffrirait la passion ». Et Égérie commente : « Ainsi, pendant ces trois heures, tout le peuple apprend que rien ne s’est passé qui n’ait été prédit et que rien n’a été dit qui ne se soit parfaitement réalisé. On intercale continuellement des prières. » « Il n’est personne, du plus âgé au plus jeune, qui, ce jour-là, ne se lamente à un point incroyable de ce que le Seigneur ait souffert cela pour nous.  A la neuvième heure, on lit ce passage de l’évangile de Jean où il rendit l’esprit. Après cette lecture on fait une prière et le renvoi ». Mais, de la Croix, tous se rendent au Martyrium puis plus tard à l’Anastasis où on continue la vigile ; ceux qui le peuvent passent toute la nuit.

 

La vénération du bois de la Croix s’inscrit donc dans les cérémonies qui se déroulent le vendredi saint à Jérusalem. C’est une dévotion émouvante qui s’inscrit dans le cadre de la liturgie proprement dite mais qui, ne comporte pas les lectures, prières, hymnes et psaumes de l’ensemble de l’office. Elle permet un contact concret, mais bref, encadré et en silence, que l’évêque déclare « utile à notre salut » mais elle ne semble pas susciter cette adhésion de tout l’être que permet la liturgie par laquelle le peuple chrétien revit, dans la ferveur et une vive émotion, la passion de son Seigneur sur les lieux même où elle s’est déroulée.

 

 Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme, université de Rouen