Chine : un évêque sera ordonné pour le diocèse de Changzhi

Dans un contexte d’accord possible entre le Saint-Siège et la Chine populaire, une ordination épiscopale est prévue le 10 novembre 2016 dans le diocèse de Changzhi (province du Shanxi, située dans le centre-nord de la Chine). Si l’on en croit le site Eglise d’Asie (EDA), Le futur évêque aurait donc été nommé par le pape avec l’accord de Pékin.

L’article précise que Changzhi est un diocèse relativement riche en prêtres et en vocations. Il compterait une quarantaine de prêtres et vingt-cinq séminaristes. Il fait partie des cinq diocèses dont les titulaires ont été ordonnés sans mandat pontifical lors de l’Epiphanie 2000. Ces ordinations ont eu un rôle négatif sur les relations entre Rome et Pékin. Certains affirment même que ces ordinations “sauvages” sont une réponse aux béatifications romaines de 1999…  D’autres affirment qu’il s’agirait d’une provocation délibérée de certains cadres du parti pour fair capoter toute tentative de rapprochement entre le Saint-Siège et la capitale de la Chine populaire. C’est dire la fragilité du processus.

Le 6 janvier 2000, le Père Andrew Jin Daoyuan devenait donc évêque illégitime de Changzhi. Mgr Jin Daoyuan a aujourd’hui 87 ans. Il y a quelques années, il a demandé sa réintégration dans la communion de l’Eglise. Le pardon lui a été accordé par le pape, mais il n’a plus de juridiction sur le diocèse en question. Au passage, ces régularisations postérieures, commencées dans les années 1980, sont fréquentes et démontrent que le Siège romain a su régler ces questions délicates. Des évêques ont généralement demandé une régularisation a posteriori. Il n’existerait, à l’heure actuelle, que moins d’une dizaine d’évêques en situation totalement irrégulière.

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Extrait de la dépêche d’Eglises d’Asie :

Une ordination dont le déroulement sera suivi de très près

Dans le contexte qui est celui de l’Eglise en Chine aujourd’hui, reste à voir dans quelles conditions se déroulera l’ordination, prévue ce 10 novembre. Les autorités sur place veillent de très près à la cérémonie. Celle-ci devrait se dérouler dans la cathédrale du Sacré-Cœur de Changzhi. Un millier de personnes seulement seront autorisées à y assister, chacune devant être munie d’un carton d’invitation et d’une pièce d’identité pour pénétrer dans le lieu de culte. Les personnes invitées ont été prévenues qu’elles devaient venir sans leur téléphone portable et qu’il sera interdit de prendre des photos. Par ailleurs, à l’heure actuelle, le P. Peter Ding effectue la retraite précédant l’ordination auprès du vieil évêque, Mgr Jin Daoyuan. Une voiture de police est ostensiblement garée devant le presbytère.

Les évêques qui sont annoncés comme devant présider à l’ordination du P. Ding sont en communion avec Rome. Il ne semble donc pas que Pékin cherche – comme cela a pu se produire ces dernières années en d’autres lieux, pour d’autres ordinations épiscopales – à glisser parmi les évêques consécrateurs ou présents à la cérémonie un ou des évêques illégitimes – geste qui serait un camouflet infligé à Rome et une provocation inacceptable par les fidèles sur place. Selon nos informations, le P. Ding sera ordonné par Mgr Li Shan, évêque de Pékin, assisté de Mgr Meng Ningyou, évêque de Taiyuan, capitale du Shanxi, Mgr Wu Junwei, évêque de Yuncheng, toujours dans le Shanxi, Mgr Li Suguang, évêque de Nanchang (province du Jiangxi), originaire de Changzhi, et Mgr Zhang Huaixin (province du Henan) ; le vieil évêque Mgr Jin Daoyuan sera lui aussi présent autour de l’autel, il est annoncé parmi les co-consécrateurs.

A ce stade de la préparation de la cérémonie d’ordination et selon les informations dont nous disposons, les autorités chinoises semblent agir de manière à ce que l’ordination de Mgr Ding Lingbin se déroule sans heurt. Il demeure toutefois à voir si la bulle de nomination du pape pourra être lue publiquement devant les fidèles réunis dans la cathédrale le 10 novembre, ou si lecture en sera donnée – comme cela s’est produit pour d’autres évêques récemment – de manière privée. Une lecture publique de la bulle attesterait visiblement du lien de l’Eglise locale avec Rome. Au contraire, la seule lecture publique de la lettre de nomination par la Conférence des évêques « officiels » serait une manière d’imposer la prééminence des instances nationales « officielles » de l’Eglise de Chine.

L’ordination de Mgr Ding pourrait ne pas être la seule à intervenir sous peu. Il semble en effet que l’ordination de Mgr Tang Yuange se prépare à Chengdu, au Sichuan, sans doute le 30 novembre prochain. Mgr Tang a reçu l’accord du pape pour devenir évêque. Mais deux autres ordinations seraient aussi en préparation, pour les diocèses de Heze (dans le Shandong) et de Xichang (dans le Sichuan), et les deux candidats pressentis n’ont pas reçus l’accord du pape.

Selon les analystes, si Pékin fait en sorte que seuls soient ordonnés les évêques qui ont reçu l’accord du pape, cela pourrait être le signe de la volonté de la Chine de poursuivre les négociations en vue d’un possible accord au sujet de la nomination des évêques. Dans le cas contraire, en cas d’ordinations d’évêques non reconnus par Rome ou au cas où des évêques illégitimes prennent part à des ordinations épiscopales, Pékin pourrait signifier son refus de conclure un accord avec Rome. Un autre « test » de la volonté de la Chine de parvenir à un accord se situera en décembre avec la réunion annoncée de la « 9ème Assemblée nationale des représentants catholiques », une instance qui réunit à la fois des évêques, des prêtres, des religieuses et des laïcs, et qui est présentée comme l’organe suprême de l’Eglise en Chine. Cette assemblée a déjà été dénoncée par le Saint-Siège – c’était en 2010 – comme étant « inacceptable » pour la communion de l’Eglise.

Enfin, le Saint-Siège a publiquement désavoué, lundi 7 novembre, des « ordinations épiscopales conférées sans mandat pontifical à des prêtres de la communauté non officielle de l’Eglise catholique en Chine continentale ». Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège a précisé que Rome « n’a[vait] autorisé aucune [de ces] ordination[s], et n’était officiellement pas informé de tels événements ». Une telle prise de parole – rare à propos de la Chine – au sujet d’ordinations épiscopales menées sans l’accord du pape par un évêque « clandestin » dans le Hebei serait motivée par la volonté du Vatican de ne pas compromettre un éventuel accord avec Pékin.

A nouveau, un évêque soustrait par la police à son diocèse

De plus, sur le terrain, la situation de l’Eglise reste toujours aussi difficile. Selon des sources exclusives issues de Chine, le diocèse de Mindong, dans la province du Fujian, traverse une passe délicate. Après la mort, l’été dernier, du vieil évêque « clandestin » du lieu, Mgr Huang Shoucheng, son successeur, le jeune Mgr Guo Xijin, son vicaire général, le P. Zhu, et son chancelier, le P. Xu, ont été « emmenés en voyage » par la police. Par cet euphémisme, on désigne la mise au secret des personnes sur lesquels la Sécurité publique souhaite faire pression. L’évêque et les deux prêtres ont été emmenés le 7 novembre dernier ; ils auraient été transportés dans un premier temps à Nanchang, au Jiangxi. A ce stade, on ne peut que supputer les raisons d’un tel enlèvement : l’évêque « officiel » de Mindong est Mgr Zhan Silu ; il figure au nombre des huit évêques « illégitimes » de la partie « officielle » de l’Eglise. Les autorités chercheraient-elles à faire pression sur Mgr Guo, l’évêque légitime du lieu, pour qu’il cède son siège à Mgr Zhan ? Les autorités cherchent-elles, comme on l’a vu très récemment dans le diocèse de Wenzhou, à prendre le contrôle de la situation après la mort de Mgr Huang ? Autant de questions qui sont pour l’heure sans réponse.

Source : Eglises d’Asie

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