Témoignage – En Inde, des religieuses vivent avec les lépreux pour combattre les préjugés

Au Madhya Pradesh, dans le district de Bharwani, Sœur Suso Kottirikal vit depuis plus de vingt ans dans un village rassemblant uniquement des personnes atteintes de la lèpre. Avant de venir vivre à l’Asha Gram, ce « village de l’espérance », la religieuse travaillait dans le pensionnat d’une école chrétienne où, dans les années 1980, le personnel éducatif n’hésitait pas à chasser les enfants dont les parents étaient atteints par la maladie. « Ces enfants souhaitaient seulement s’asseoir pour suivre les cours, mais ils ne pouvaient intégrer l’école car ils n’étaient pas autorisés à côtoyer les autres élèves », témoigne Sr Kottirikal. « J’ai même vu des professeurs jeter des pierres à ces enfants. Ce fut le choc de ma vie, je ne l’oublierai jamais », a-t-elle confié à l’agence Ucanews.

Elle dût pourtant attendre 1994 pour avoir l’autorisation de démarrer une école primaire destinée aux enfants des familles touchées par la maladie, dans ce village pour lépreux construit par le gouvernement en 1983. Depuis vingt-trois ans, c’est là que vit Sr Suso, avec deux autres religieuses de sa congrégation, The Poor Handmaids of Jesus-Christ, qui dispensent des soins médicaux aux malades, « les médecins et infirmières étant eux-mêmes réticents à venir sur place, craignant d’être contaminés à leur tour ».

Une fois les soins médicaux dispensés aux malades, la priorité de Sr Suso a été de scolariser les enfants d’Asha Gram, afin qu’ils poursuivent des études et puissent sortir du village des lépreux, en s’insérant socialement grâce à l’obtention d’un emploi. « Je n’aurais jamais pu m’approcher de la porte d’une école, et encore moins suivre des cours si Sr Suso ne m’avait pas accueillie et aidée », confie Sunita Nagrawe, 25 ans, originaire d’Asha Gram. Aujourd’hui titulaire d’un diplôme de responsable administratif et financier, Sunita a réussi brillamment le concours de la fonction publique, grâce aux cours dispensés par la religieuse.

Vivre avec les lépreux pour combattre les préjugés

Pour Mahali, la mère de Sunita, l’arrivée de Sr Suso dans l’enceinte du village de lépreux a été une grande surprise. « Elle s’est mise à vivre avec nous, comme l’une d’entre nous, soignant nos plaies et nous apportant son aide. Elle a commencé par rassembler les enfants sous un arbre pour leur enseigner l’écriture, car elle n’avait pas de local à l’époque », raconte-elle. En vivant avec les lépreux, la religieuse a à la fois cherché à redonner une dignité aux personnes victimes de cette maladie, mais également sensibiliser les populations environnantes au fait que la maladie n’était ni héréditaire ni transmissible par le toucher, puisqu’elle-même pouvait vivre avec les malades sans contracter la lèpre. Pour faire tomber ces préjugés, elle s’est donc rendue dans les villages alentours, organisant différentes campagnes de sensibilisation pour expliquer que cette maladie n’était pas contagieuse si la personne infectée suivait un traitement, mais qu’en plus les malades pouvaient être définitivement guéris, après un traitement de six mois. « C’est l’ignorance qui se trouve à la racine de ces discriminations. Davantage de sensibilisation auprès de la société indienne est nécessaire pour aider ces familles et permettre à leurs enfants de mener une vie normale », estime Sr Suso.

Aujourd’hui, la religieuse se dit heureuse. Car quand bien même les premiers élèves du village n’ont pas tous réussi leur scolarité, les générations actuelles sont « prometteuses ». Cent dix enfants sont actuellement scolarisés, parmi lesquels 80 filles, « dont des enfants des villages environnants », ce qui, pour Sr Suso, est une belle victoire contre les discriminations endurées par les familles des lépreux et leurs enfants, longtemps rejetés et livrés à eux-mêmes.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les chiffres montrent qu’un peu plus de 176 000 personnes dans le monde étaient infectées par la lèpre en 2015 et qu’un boom de 212 000 nouveaux cas avait été répertorié cette même année, dont 60 % en Inde. Selon le quotidien The Hindu, « la maladie a été retirée des priorités de santé public depuis seize ans, et il est grand temps que l’Inde intensifie de nouveau sa lutte contre la lèpre ». Dans sa stratégie mondiale de lutte contre la lèpre 2016-2020, l’OMS a demandé aux pays d’Asie du Sud et du Sud-Est, qui recueillent près de 70 % des nouveaux cas de contamination, de mettre la priorité sur les enfants qui représentent 10 % des personnes atteintes par la maladie.

Source : Eglises d’Asie

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