Toutes les études montrent les approches complémentaires des pères et des mères

Toutes les études montrent les approches complémentaires des pères et des mères

 

Côté mères est la revue du Mouvement Mondial des Mères. elle publie ce moi-ci un édito sur la place des pères. nous vous en proposons le début. 

Il apparait, de façon indéniable que l’investissement affectif des pères auprès de leurs enfants se renforce. Comme l’explique ci-après notre experte psychiatre, une des raisons tient à l’implication des pères dès la conception. Les naissances ne sont plus subies mais anticipées, prévues, et tout au long de la grossesse et des premières années de l’enfant les pères apparaissent nettement plus présents que ceux de la génération précédente. Mais se pose le problème de l’articulation du temps professionnel avec celui du temps privé qui pénalise les pères qui souhaiteraient être plus impliqués dans la sphère privée. Sur ce point il nous a paru intéressant d’interroger le fondateur de l’association « mercredi c’est papa » qui travaille à changer les stéréotypes du monde professionnel masculin à travers un réaménagement de l’organisation au travail.

Nous vous donnons également quelques éléments chiffrés, reflets de l’évolution de la place du père dans la famille. Vous trouverez enfin des témoignages de pères de générations différentes qui illustrent les tendances observées. Ils seront complétés par les échanges qui auront lieu lors du prochain dîner MMMFrance à Argenteuil en janvier sur la place et le rôle des pères (cliquez pour plus d’informations).

Entretien avec M.C. psychiatre, psychothérapeute (62ans et mère de 4 enfants)

Quel constat faites-vous sur l’évolution de la place et du rôle du père aujourd’hui ?

Le rôle et la fonction du père n’ont cessé d’évoluer parallèlement à l’évolution de la société. Les premières études psychologiques dans les années 50 (théories de l’attachement) se sont surtout intéressées à l’interaction mère-enfant, faisant totalement abstraction du père et de l’environnement de l’enfant et faisant intervenir le père beaucoup plus tard avec, essentiellement, un rôle d’autorité. La société a beaucoup évolué avec le partage de l’autorité parentale, l’entrée des femmes dans le monde du travail et la reconnaissance de l’homosexualité. Les pères sont de plus en plus présents et impliqués dans la vie de leurs enfants et cela, dès la conception. A mon cabinet, je constate que depuis une dizaine d’années un nombre croissant de pères accompagnent leur enfant en consultation alors qu’auparavant, je ne voyais que les mères.

Quel est l’impact de cette évolution sur les mères ?

Aujourd’hui les pères sont donc présents dès la conception : décider d’avoir un enfant est un projet commun qui est discuté et réfléchi. Le plus souvent, les pères sont très présents tout au long de la grossesse, viennent aux échographies, voire participent aux séances de préparation à l’accouchement. Ils assistent à l’accouchement, sont invités parfois à couper le cordon ombilical et apportent un soutien moral et physique aux mères lors de leur retour à la maison.

Le rôle du père est essentiel dans les premiers mois après l’accouchement pour « défusionner » la mère et son enfant. Son intervention permet à la mère de trouver sa juste place et par là même redonner de l’existence au couple.

Et quel impact sur l’enfant ?

Cette présence du père dès la conception et son implication tout au long des premières années (bain, jeu, câlins…) va lui permettre de se projeter plus facilement et de mieux asseoir son rôle auprès de l’enfant. Cette création d’un lien précoce et fort fait que les choses se passent mieux vers 2/3 trois ans puis à tous les stades ultérieurs du développement

Quels rôles pour les pères et les mères ?

Toutes les études montrent les approches complémentaires des pères et des mères, en particulier dans le nursing (soins donnés) et le jeu. Un père ne va pas changer son enfant comme une mère (celle-ci chantonnera plus volontiers que lui). De la même façon, lorsqu’il joue, un père ne laissera pas gagner son enfant alors que la mère le fera plus volontiers.

Cette complémentarité est importante pour la construction psychique de l’enfant qui a besoin de repères clairs. Au père est reconnu le rôle de sociabilisation. A lui d’autonomiser l’enfant, en particulier en jouant et en chahutant ; de le préparer à affronter le monde extérieur en introduisant les notions d’ordre et de loi. A la mère, une fonction essentiellement sécurisante auprès de son enfant ; elle lui parle, le câline, le console et crée un univers vocal d’où naitra la parole.

Mais pour que cette complémentarité existe, il est important de privilégier l’échange dans le couple afin de réajuster régulièrement l’attitude à avoir par rapport à l’enfant. Car le risque aujourd’hui est la confusion des deux rôles qui renvoie un message paradoxal à l’enfant. J’observe que certains pères n’assument pas leur rôle d’autorité et craignent la confrontation. Cela est particulièrement dommageable auprès des garçons qui ont besoin de s’identifier à leur père pour se construire. C’est la raison pour laquelle il est important que les mères qui élèvent leurs enfants seules aient une présence masculine à proposer, que ce soit dans la famille, la pratique d’un sport ou autre.

Pour conclure je dirai qu’on a besoin de ses deux parents pour grandir harmonieusement. .
Dans notre société du tout ou rien, on a eu tendance il y a un demi-siècle à
donner beaucoup de responsabilités à la mère, la rendant, par la même occasion, responsable de nombreux maux. J’ai l’impression qu’actuellement c’est l’inverse qui se produit et que l’on surcharge le père.

Certes les pères et mères sont en quête d’une autre identité que celle de leurs parents mais une juste place pour chacun doit être trouvée dans le couple et la famille. .
L’homme doit pouvoir assumer son rôle de père d’autant plus facilement que la mère lui laisse cette place et que la société l’y encourage.

Et comme le disait Tony Anatrella, psychanalyste, « la place du père est signifiée grâce à l’image positive que la mère a de l’homme et la valeur que la société accorde à la fonction paternelle ».

 

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