Travail, famille, migrants et laïcité – Le discours du pape au Quirinal

Le travail des jeunes et le bien commun, mais aussi la crise migratoire, la famille  et la « laïcité positive » ont été au cœur de l’allocution du pape François lors de sa visite au palais présidentiel du Quirinal – ancien palais des papes -, à Rome, où il a été reçu par le président Sergio Mattarella, ce samedi 10 juin 2017, à 11h.

Extraits

Monsieur le Président,

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Nous vivons cependant à une époque où l’Italie et l’Europe dans son ensemble sont appelées à affronter des problèmes et des risques de différentes natures, comme le terrorisme international qui se nourrit du fondamentalisme ; le phénomène migratoire, augmenté par les guerres et par les graves déséquilibres sociaux et économiques de nombreuses régions du monde ; et la difficulté des jeunes générations à accéder à un travail stable et digne, ce qui contribue à augmenter la manque de confiance dans l’avenir et ne favorise pas la naissance de nouvelles familles ou d’enfants.

Mais je me réjouis de relever que l’Italie, grâce à la générosité active de ses citoyens et grâce à l’engagement de ses institutions, et en faisant appel à ses abondantes ressources spirituelles, s’engage pour transformer ces défis en occasions de croissance et de nouvelles possibilités.

J’en veux pour preuve, notamment, l’accueil de nombreux réfugiés qui débarquent sur ses côtes, l’action des premiers secours garantie par ses navires en Méditerranée, et l’engagement de foules de bénévoles, parmi lesquels se distinguent des associations et des organismes de l’Eglise et le réseau capillaire des paroisses. J’en veux pour preuve aussi le lourd engagement de l’Italie dans le domaine international en faveur de la paix, du maintien de la sécurité et de la coopération entre les Etats.

 

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Pour ce qui est du vaste et complexe phénomène migratoire, il est clair qu’un petit nombre de nations ne peuvent pas le prendre entièrement en charge, en assurant une intégration ordonnée des nouveaux arrivants dans son tissu social. C’est pourquoi il est indispensable et urgent que se développe une coopération internationale large et décisive.

Pari les questions qui interpellent le plus aujourd’hui qui a à cœur le bien commun, et en particulier les pouvoirs publics, les entrepreneurs et les syndicats de travailleurs, c’est celle du travail. J’ai eu l’occasion de la toucher, non pas de façon théorique mais par un contact direct avec les personnes, des travailleurs et des chômeurs, lors de mes visites en Italie, y compris la plus récente, à Gênes. Je renouvelle mon appel à générer et à accompagner des processus qui donnent lieu à de nouvelles possibilités de travail digne. Le malaise des jeunes, les poches de pauvreté, la difficulté que les jeunes rencontrent pour former une famille et mettre des enfants au monde trouvent un dénominateur commun dans l’insuffisance de l’offre de travail, parfois tellement précaire et tellement peu rétribué qu’il ne permet pas de faire de projets.

Il faut une alliance de synergies et d’initiatives pour que les ressources financières soient mises au service de cet objectif de grande ampleur et de grande valeur sociale, et qu’elles ne soient pas au contraire enlevées et dispersées dans des investissements surtout spéculatifs qui dénotent un manque de vision à long terme, une insuffisance de prise en considération du vrai rôle de qui fait l’entreprise, et, en dernière analyse, d’une faiblesse et d’un instinct de fuite devant les défis de notre époque.

Un travail stable ainsi qu’une politique effectivement engagée en faveur de la famille, lieu premier et principal où se forme la personne-en-relation, sont les conditions d’un développement durable authentique et d’une croissance harmonieuse de la société. Ce sont les deux piliers qui soutiennent la maison commune et qui la fortifient pour affronter l’avenir avec un esprit non pas résigné ni craintif, mais créatif et confiant. Les nouvelles générations ont le droit de pouvoir marcher vers des objectifs importants et à la portée de leur destin de façon à ce que, poussés par de nobles idéaux, ils trouvent la force et le courage d’accomplir à leur tous les sacrifices nécessaire pour atteindre le but, pour construire un avenir digne de l’homme, dans les relations, dans le travail, dans la famille et dans la société.

Dans ce dessein, on attend de tous ceux qui ont une responsabilité dans le domaine politique et administratif un travail patient et humble pour le bien commun, qui cherche à renforcer les liens entre les personnes et les institutions, afin que, grâce à ce tissage tenace et par ce commun engagement, se développe la vraie démocratie, et que l’on mette en route des solutions aux questions que, du fait de leur complexité,  personne ne peut se targuer de résoudre tout seul.

L’Eglise, en Italie, est une réalité vivante, fortement unie à l’âme du pays, à ce que ressent la population. Elle en vit les joies et les douleurs, et elle cherche, selon ses possibilités, à en alléger les souffrances, à renforcer le lien social, à aider chacun construire le bien commun. En cela aussi, l’Eglise s’inspire de l’enseignement de la constitution pastorale du concile Vatican II, Gaudium et spes, qui souhaite la collaboration entre communauté ecclésiale et communauté politique en tant qu’elles sont toutes les deux au service des mêmes personnes humaines. Un enseignement qui a été consacré, dans la révision du concordat, de 1984, dans le premier article de l’Accord, où l’on mentionne l’engagement de l’Etat et de l’Eglise « à une collaboration réciproque pour la promotion de l’homme et du bien du pays ».

Cet engagement, avec le rappel du principe de la distinction fixée par l’art. 7 de la Constitution, exprime et a promu en même temps une forme particulière de laïcité, ni hostile ni conflictuelle, mais amicale et collaborative, dans la rigoureuse distinction des compétences propres des institutions politiques d’un côté et religieuses de l’autre. Une laïcité que mon prédécesseur Benoît XVI a définie comme « positive ». Et l’on ne peut s’empêcher de constater, grâce à elle, l’excellence de l’état des relations de collaboration entre l’Eglise et l’Etat en Italie, au bénéfice des personnes et de toute la communauté nationale.

L’Italie a aussi le devoir et l’honneur d’avoir, en son cœur, le siège du gouvernement universel de l’Eglise catholique. Il est évident qu’en dépit des garanties offertes par le Traité de 1929, la mission du Successeur de Pierre ne serait pas facilitée sans la disponibilité et la collaboration cordiale et généreuse de l’Etat italien. On a pu en avoir une nouvelle démonstration au cours du récent Jubilé extraordinaire, qui a vu tant de fidèles venir à Rome, auprès des tombeaux des apôtres Pierre et Paul, dans un esprit de réconciliation et de miséricorde. En dépit de l’insécurité de notre époque, les célébrations jubilaires ont pu se dérouler de façon tranquille et avec un grand bénéfice spirituel. Le Saint-Siège est pleinement conscient et sincèrement reconnaissant du grand engagement assuré par l’Italie à ce sujet.

 

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