Les trois théories de morale pernicieuses mais populaires, venin de la pensée actuelle

Chaque semestre j’enseigne un cours d’éthique (philosophie morale) à mon collège communautaire. Je dis aux étudiants qu’ils n’ont pas besoin d’être d’accord avec moi ; ils ont droit à leurs propres opinions, même si leurs opinions sont profondément erronées. Mais je m’efforce de les persuader qu’il existe certaines théories de morale populaires qui sont fausses.
En particulier, je combats trois théories populaires mais (à mon avis) pernicieuses :

La théorie selon laquelle les règles du bien et du mal sont des créations purement sociales.

La théorie selon laquelle nous sommes libres de créer nos propres codes moraux individuels.

La théorie selon laquelle tout est moralement admissible pourvu que cela ne cause aucun préjudice évident et tangible à d’autres personnes non consentantes.

D’autre part, je soutiens qu’il existe une véritable théorie de la morale, à-savoir la théorie selon laquelle tous les êtres humains normaux ont une connaissance innée de certaines règles fondamentales de la moralité, par exemple, ne tue pas, ne vole pas, ne commets pas l’adultère, n’abandonne pas tes enfants, etc. On peut appeler cela une théorie de la « loi naturelle » de la morale, mais je n’insiste pas sur ce nom.

Inutile de le dire, je ne persuade pas tous mes élèves, ni même presque tous d’être d’accord avec moi. Je me console en disant que ça ne fait rien. Pourquoi ? Parce que je peux me tromper, et si c’est le cas, j’espère qu’ils ne sont pas d’accord avec moi. Ou parce que j’ai peut-être raison et ils seront d’accord avec moi dans trente ou quarante ans d’ici. Ou peut-être ai-je raison mais ils ne seront jamais d’accord avec moi – mais si Jésus lui-même n’a persuadé que onze de ses douze disciples, pourquoi devrais-je être découragé parce que je ne peux pas persuader tous mes élèves ?

L’autre jour, cependant, un jeune homme de ma classe m’a choqué (en fait il m’a amusé) en défendant clairement et franchement une théorie de la moralité que je regarde comme absolument horrible. C’est un bon étudiant, sincère et aimable ; et ce n’est pas du tout le genre d’étudiants que les professeurs rencontrent parfois, je veux dire le genre qui n’est pas d’accord avec le professeur uniquement pour être casse-pied. Pas du tout ; loin de là ; c’est un gentil garçon.

Il a soutenu (même si j’avais essayé plus tôt dans le semestre de réfuter cette théorie odieuse) que les individus créent leur propre moralité, et donc ce qui est bien ou mal pour vous ne sera pas nécessairement juste ou mauvais pour moi. Tant que vous faites ce que vous croyez personnellement juste, alors, c’est juste. De même, si je fais ce que je crois personnellement juste, alors, c’est juste.

Or, quand un étudiant exprime ce point, j’évoque Hitler : « Si Hitler pensait que l’Holocauste était la bonne chose à faire, alors vous dites qu’il était juste qu’il assassine six millions de juifs, sans parler des millions d’autres – est-ce cela que vous dites ? »

Quand j’introduis Hitler dans la discussion, l’étudiant recule généralement loin de son assertion. (Parfois je soupçonne que Dieu a peut-être permis qu’Hitler commette ses meurtres de masse pour que les professeurs puissent l’utiliser comme exemple horrible dans les discussions de classe.) Mais l’autre jour ce jeune homme n’a pas reculé. Il s’est attaché à la logique de sa position. Il a dit que ce qu’avait fait Hitler était juste parce qu’il croyait que c’était juste ; et que par conséquent lui (mon élève) ne condamnerait pas Hitler pour avoir fait le mal.

En même temps, il m’a assuré que lui-même avait une morale personnelle tout-à-fait différente. Personnellement il ne commettrait jamais un génocide ; ce serait mal parce que cela ne correspond pas à son code moral personnel. Je suis sûr que c’est vrai. Comme je l’ai dit, c’est un gentil garçon. Je ne crains pas un massacre quand j’entre dans la classe.

Mais cela me rappelle que nous pouvons changer d’avis plus facilement que nous ne pouvons changer nos cœurs ; nous pouvons changer d’opinions plus facilement que nous ne pouvons changer de sentiments. Parmi les plus profonds de tous nos sentiments il y a les attitudes morales que nous acquérons pendant notre enfance et notre adolescence.

Nos attitudes morales, cependant, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, sont différentes de nos opinions morales. C’est pourquoi il est si difficile de persuader une personne de quitter de mauvaises habitudes. Les conseils que vous donnez à cette personne sont peut-être 100 % valides, mais pourtant il est presque impossible de l’ébranler. C’est aussi vrai, mutatis mutandis, pour les gens qui grandissent avec de bonnes attitudes morales.

Cela veut-il dire que les mauvaises théories morales sont inoffensives ou que les bonnes théories sont inutiles ? Pas du tout. Si vous êtes une personne qui a de bonnes attitudes morales, vos mauvaises théories n’auront probablement que peu d’impact sur votre comportement moral actuel. Mais il se pourrait bien qu’elles aient un impact sur vos enfants.

En les élevant, vous leur donnerez un bon exemple par votre conduite (disons, des habitudes d’honnêteté) ; mais votre mauvaise théorie leur dira : « Personnellement je crois en l’honnêteté, et personnellement j’espère que vous ferez la même chose quand vous serez adultes ; mais rappelez-vous toujours ceci, que l’honnêteté n’est rien de plus que ma préférence personnelle. Rappelez-vous d’être tolérants envers les escrocs, les menteurs et les voleurs qui ne croient pas en l’honnêteté. »

Les mauvaises théories morales auront alors de mauvaises conséquences morales, et les bonnes théories morales auront de bonnes conséquences. Mais cela n’arrive pas du jour au lendemain. Cela prendra une génération ou deux, ou peut-être cent ans ou peut-être deux ou trois cents ans. Jefferson a écrit : « tous les hommes sont créés égaux » en 1776. Ceci impliquait que l’esclavage devait être aboli. Mais il a fallu 87 ans et une grande guerre civile avant que cela n’arrive.

« Les idées gouvernent le monde » a dit un philosophe français un jour. Et c’est vrai. Mais dans la plupart des cas, seulement progressivement. Nous avons beaucoup de mauvaises théories morales aux Etats-Unis aujourd’hui, et pas seulement la mauvaise théorie de mon étudiant. Si nous ne les arrêtons pas, elles nous détruiront – sinon à court terme, alors, graduellement.

 

David Carlin

Source France Catholique

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