Un calendrier pour la révision de la loi de 1905 ; les catholiques restent vigilants

Les Français sont invités à débattre de la laïcité. Le gouvernement avance de son côté sur les modifications qu’il souhaite apporter à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Que vient faire le thème de la laïcité dans le grand débat national, lancé, hier, par le président Emmanuel Macron ? Ce choix a, de fait, surpris dans les milieux laïques tout autant que religieux, chacun craignant que de vieilles querelles ne soient réveillées à cette occasion. « Cela a été ajouté au dernier moment », assure une source proche du dossier, mettant en avant une volonté personnelle du président de la République.

« En France, le thème de la laïcité est un chiffon rouge »,s’inquiète Mgr Olivier Ribadeau Dumas, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF). Si ce choix a surpris, c’est que la question n’est pas apparue dans les revendications émises depuis novembre par les gilets jaunes et que le gouvernement a d’ores et déjà mis sur les rails une réforme de la loi de 1905.

Sur le fond, c’est toutefois moins étonnant. Il correspond à un corpus de pensée chez le Président. « Dans la conception d’Emmanuel Macron, le pacte civique ne peut pas se penser en faisant l’impasse d’une réflexion sur l’articulation entre le politique et le religieux », analyse l’historien et sociologue Philippe Portier.

« Réparer » le lien

Depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l’Etat a manifesté, de fait, un attrait particulier pour le dialogue avec les religions. Dans son discours prononcé le 9 avril 2018, au collège des Bernardins, Macron disait souhaiter « réparer » le lien qui « s’est abîmé » entre l’Eglise et l’Etat, des propos qui ne sont toujours digérés dans les milieux qui défendent une laïcité stricte. A Grand Bourgtheroulde (Eure), le Président a rappelé mardi que la loi de 1905 était « une loi de liberté qui permet dans notre pays de croire ou de ne pas croire et de croire à toutes les religions sans être ennuyés et de respecter absolument les lois de la République ».

Le grand maître du Grand Orient de France (GOF), Jean-Philippe Hubsch estime, lui, que le thème n’avait pas sa place dans le grand débat national. « La laïcité, en tant que telle, devrait faire consensus », plaide-t-il.

En intégrant le thème de la laïcité dans le grand débat national, le président Macron met-il en sommeil son projet de modification de la loi de 1905, lancé en décembre ? C’est très peu vraisemblable. Il souhaite même, selon ses dires à Grand Bourgtheroulde, « une réforme ambitieuse » et chercherait plutôt à faire de la pédagogie. « Mais il prend des risques, c’est évident. Le débat peut être instrumentalisé par les extrêmes »,remarque Philippe Portier.

La religion musulmane visée

Quoi qu’il en soit des résultats du grand débat national, le gouvernement continue d’avancer sur le dossier. Trois jours avant la publication de sa lettre aux Français, le chef de l’Etat lui-même recevait, à l’Elysée, l’ensemble des représentants des cultes et leur remettait un document de deux pages synthétisant les pistes de réflexion du gouvernement. Elles visent principalement à un contrôle accru sur le fonctionnement des associations cultuelles et à mettre davantage de transparence dans les financements, une mesure qui concerne particulièrement la religion musulmane.

De son côté, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a bouclé, mardi, le premier round des négociations au sujet des modifications éventuelles de la loi de 1905. Il a d’abord reçu les responsables catholiques, assez réservés quant à la démarche gouvernement. « Nous n’en comprenons pas l’opportunité politique, relève Olivier Ribadeau Dumas. Modifier la loi de 1905 est-il le bon moyen pour organiser l’islam et lutter contre la radicalisation ? » L’Eglise catholique a également des interrogations sur les modifications qui pourraient intervenir. Ses représentants l’ont fait savoir au ministre de l’Intérieur.

« Nous voulons avoir l’assurance que le statut des associations diocésaines soit respecté », poursuit Olivier Ribadeau Dumas. En France, le culte catholique est organisé autour d’une centaine d’associations diocésaines, une par diocèse (correspondant grosso modo à un département). Leur statut qui garantit l’autorité absolue de l’évêque relève d’accords diplomatiques signés après la Première Guerre mondiale entre la France et le Saint-Siège. En clair, les représentants catholiques ne voudraient pas que d’éventuelles modifications de la loi de 1905 ne remettent en cause le rôle de l’évêque.

Après avoir rencontré les catholiques, le ministre de l’Intérieur a dîné, place Beauvau, avec les représentants d’une dizaine d’obédiences maçonniques. « Nous avons eu l’assurance que le gouvernement ne toucherait pas au socle de la loi de 1905 »,affirme le grand maître du GOF. De leur côté, les francs-maçons réclament l’abolition du concordat en Alsace-Moselle, une revendication ancienne qui a peu de chances, à court et moyen terme, d’aboutir.

Plusieurs sources indiquent que les négociations vont se poursuivre dans les semaines à venir. L’ébauche du projet de loi devrait être communiquée au cours du mois de février. Mais il faudra attendre les conclusions du grand débat national avant qu’il ne soit présenté en Conseil des ministres.

Source : Liberation

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