Un évêque argentin propose l’herméneutique de la continuité pour Amoris Laetitia

Dans la crise qui a trait à l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, notamment sur son chapitre VIII, différentes interprétations épicopales ont été proposées. Certaines sont clairement en rupture avec l’impossibilité d’accorder la communion à des couples vivant more uxorio (les positions des épiscopats agentins ou allemands), d’autres réaffirment au contraire cette impossibilité (les évêques de l’Ontario ou les évêques polonais).

Dans sa lettre pastorale du 29 juin 2017 adressées à tous les prêtres de son diocèse, Mgr Pedro Daniel Martínez Perea, évêque de San Luis, diocèse d’Argentine, a d’abord qualifié Amoris Laetitia de “grande catéchèse sur l’amour dans la famille, qui est la cellule de la société”. Ce texte est “un grand message d’espoir durant notre séjour dans ce monde sécularisé et terrestre”.

L’évêque constate que certains passages peuvent susciter inquiétude, perplexité et même une confusion parmi les fidèles, notamment concernant la possibilité pour des personnes unies dans une union précédente toujours valide, vivant more uxorio avec une personne vis-à-vis de laquelle elles ne sont pas mariées sacramentellement, d’accéder aux sacrements. L’auteur s’appuie sur la Révélation et sur le Magistère “comme fondations irremplaçables pour la réflexion théologique dans l’Église catholique”. Il se réfère ainsi à des textes de Saint Vincent de Lérins, de Saint Thomas d’Aquin, du concile Vatican I, de la Curie romaine du début du 20ème siècle, mais aussi à des textes allant de Léon XIII à Jean XXIII. Il retient un critère pour la lecture théologique et ecclésiale de ce document : “le Saint-Père n’a pas l’intention de manifester une nouvelle doctrine morale sur le mariage chrétien”.

Ainsi, il rappelle que le lien d’un mariage sacramentel ratifié et consommé “ne peut être dissous par aucun pouvoir humain, civil ou ecclésiastique, ni par l’écoulement d’un certain temps après séparation (…), ni parce que l’amour n’existe plus entre les époux, ni  par une conviction personnelle en conscience, même de bonne foi.”

Avant de détailler les modes d’acccompagnement, Mgr Martínez Perea note que dans chaque situation les fidèles qui se sont séparés doivent d’abord être aidés “à faire tout ce qui est possible devant Dieu pour essayer de se réconcilier dans une attitude de pardon, demeurant ainsi capables de rétablir une vie maritale interrompue”. Si la réconciliation n’est pas possible, la première solution canonique est de chercher une déclaration de l’Église en vertu de laquelle le mariage présumé était, en fait, invalide. Dans ce cas, ceux qui sont dans une nouvelle union peuvent contracter un mariage et alors recevoir la communion.

Mgr Martínez Perea donne trois voies pour l’accompagnement dans le cas où un tribunal n’accorderait pas encore de déclaration de nullité :

– Jusqu’à ce qu’une déclaration de nullité soit rendue, ceux qui cohabitent sont invités à se séparer. L’évêque rappelle que ceux qui continueraient à vivre ensemble “seraient dans un état objectif de péché”. Ainsi, la communion est impossible parce qu’un tel état de vie contredit l’union du Christ avec l’Église que l’Eucharistie signifie et rend présent ;

– Si les divorcés remariés ne peuvent se séparer, mais sont prêts à pratiquer la continence, en s’abstenant ainsi de relations sexuelles, l’accompagnement pastoral les aidera à accéder au sacrement de réconciliation, lequel leur ouvrira l’accès à la communion eucharistique ;

– Enfin, si la réponse à l’appel à la continence n’est pas possible, “bien qu’ils ne peuvent recevoir la sainte communion, nous devons les accompagner et exhorter à cultiver une style de vie chrétienne depuis qu’ils continuent à apprtenir à l’Église”. Ces personnes ne sont pas abandonnées, mais elles doivent faire l’objet de prières et être encouragés. Il réitère ainsi l’invitation de Jean-Paul II à écouter la Parole de Dieu, à prier et à assister à la messe. Pour ceux qui sont incapables de vivre selon l’appel de l’Église, Mgr Martinez encourage la pratique de l’Adoration du Saint-Sacrement. L’évêque rappelle que le diocèse de San Luis comprend 12 chapelles où l’Adoration est pratiquée.

Dans chacune de ces voies, Mgr Martínez Perea rappelle que le pape François “nous encourage à un dévouement paternel et pastoral”. Pour certains commentateurs, cette lettre rassure, même si la crise reste bien présente. Elle démontre que la perspective d’une lecture d’Amoris Laetitia en continuité avec le Magistère de l’Église et les récents textes précédents est possible à défaut d’être totalement convaincante. Elle a au moins le mérite d’exister.

La lettre n’a pas encore été traduite en français, mais InfoCatho reviendra éventuellement sur ce texte.

SOURCE – Catholic News Agency

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