Une éthique des technosciences est-elle possible ?

A l’heure du Transhumanisme, Thierry Magnin s’interroge : « Nous devons être conscients du mode de vie que les technologies engendrent ».

Et le physicien, pour développer une « éthique des technosciences », distingue « l’homme augmenté et l’homme réparé par les nouvelles technologies ». Il constate que la technique peut être un remède à l’homme handicapé qui n’est pas négligeable. Mais les scientifiques ont ensuite cherché à aller plus loin pour dépasser les limites de l’homme en modifiant certaines fonctionnalités biologiques. Le transhumanisme ne veut plus dépasser les limites de l’homme mais les supprimer, jusqu’à « faire sauter la limite extrême, la mort ». Cette vision conduit à « penser l’humain de façon appauvrie. Tout focaliser sur les capacités biologiques revient, en effet, à considérer que ce sont les performances de nos capacités physiques qui fondent notre valeur ».

La position transhumaniste, qui entrevoit de « sauver l’humain », fait des technosciences un absolu. C’est ignorer la riche complexité du vivant que les biologistes ne cessent de découvrir, « et en particulier des liens et interactions entre biologie et psychisme ».

Le transhumanisme veut rendre l’homme invulnérable, et par ce biais, il nie ce qu’est l’humain : un « équilibre dynamique entre vulnérabilité et robustesse ». « Un cyborg invulnérable n’est ainsi plus un vivant mais une machine ». Pour lui, « cette vulnérabilité doit devenir une pierre d’angle de l’éthique ».Vouloir supprimer la vulnérabilité et les limites humaines, « c’est tomber dans le domaine de la violence et du chacun pour soi » alors que les limites sont « ce à partir de quoi l’on se construit ».

Si ces « technosciences sont tout particulièrement précieuses pour ‘réparer’ l’homme, et aussi dans le domaine des soins palliatifs » puisqu’elles permettent de soulager la souffrance, elles n’ont de sens que si « les performances éthiques et humaines » sont intégrées « à l’intérieur des performances technologiques ». 

 

Par Anne Laure Debaecker

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