Université catholique de Louvain – Pierre-Olivier Arduin – La Congrégation pour l’Education catholique doit réintégrer le Pr Mercier

Le 25 mars 2017, jour anniversaire de la publication d’Evangelium vitae sur l’inviolabilité de la vie humaine par saint Jean-Paul II le 25 mars 1995, les autorités académiques de l’Université catholique de Louvain (UCL) suspendaient le cours de philosophie du professeur Stéphane Mercier en raison de sa prise de position contre l’avortement lors d’une leçon donnée devant des étudiants du baccalauréat canonique à la faculté des sciences appliquées. En conformité avec le cahier de charge du cours de philosophie centré sur la question de l’homme, le professeur a en effet proposé à ses élèves une argumentation philosophique et éthique montrant que l’embryon humain est une personne dès la conception et concluant dès lors que l’avortement constituait un meurtre en mettant fin à la vie d’une personne.

Pour justifier leur décision, les autorités de l’UCL avancent dans un communiqué publié le 21 mars que « le droit à l’avortement est inscrit dans le droit belge et la note dont l’UCL a eu connaissance est en contradiction avec les valeurs portées par l’université. Le fait de véhiculer des positions contraires à ces valeurs dans le cadre d’un enseignement est inacceptable ».

Après la suspension du professeur Mercier, une procédure disciplinaire a été par ailleurs diligentée en vue d’autres sanctions à son égard. Cette décision qui émane des plus hautes autorités universitaires de Louvain constitue une injustice insupportable à plus d’un titre. Aussi souhaiterais-je m’élever fermement contre elle en montrant que ce jugement inique menace certes la liberté d’enseignement mais contredit gravement la législation canonique qui régit les Universités catholiques.

Une liberté académique entravée

Des intellectuels belges ont contesté ce jugement, y voyant une menace contre la « liberté académique et d’expression » à l’instar des professeurs Jean Bricmont et Michel Ghins, professeurs émérites de l’UCL dont le premier se dit athée et pro-choix tandis que le second se définit comme catholique et pro-vie[1]. « Y a-t-il des sujets qui ne peuvent pas être discutés dans un cours de philosophie à l’Université ? Notre réponse est clairement : non. Tous les sujets peuvent être abordés, pourvu qu’ils le soient en conformité avec la rigueur et l’excellence académiques, tout en éveillant l’esprit critique des étudiants  ». Ils ajoutent dans leur tribune qu’ « il est pour le moins surprenant de constater l’émergence à l’UCL d’une sorte de néo-cléricalisme de la bienpensance politiquement correcte, d’une forme de nouvelle police de la pensée qui frapperait les positions minoritaires lorsqu’elles sont prises à partie par les médias et qu’elles sont susceptibles de heurter une majorité de l’opinion. L’Université doit rester un lieu de pensée libre et de débats ouverts  ». Je partage bien évidemment cette analyse mais voudrais développer un point fondamental à verser au dossier de la défense du professeur Stéphane Mercier : le statut de l’Université catholique de Louvain qui aurait dû conduire à la protection de sa mission au service de la vérité par les dirigeants eux-mêmes.

La législation canonique de l’Eglise bafouée

Les autorités de l’UCL oublient en effet qu’elles ne peuvent se soumettre ainsi aux idéologies du moment et qu’il existe un document ecclésial princeps énonçant les normes régissant les Universités catholiques et qui les obligent gravement : la constitution apostolique Ex Corde Ecclesiae – « Née du Cœur de l’Eglise » –  publiée par saint Jean-Paul II le 15 août 1990 [2]. Lui-même universitaire de renom, le Pape Jean-Paul II a laissé un patrimoine doctrinal très riche sur la question de l’enseignement universitaire couronné par cette constitution apostolique qu’il a longuement méditée avant de la rendre publique. Les normes générales définies dans ce texte intégrées dans le Code de Droit Canon ne sauraient être ignorées par les dirigeants d’Universités catholiques quels qu’ils soient sans faute objective de leur part.

Saint Jean-Paul II affirme que cette constitution représente la « magna charta » des Universités catholiques (n. 8) qui ont pour mission de « se consacrer entièrement à la recherche de tous les aspects de la vérité dans leur lien essentiel avec la Vérité suprême qui est Dieu » (n. 4). Il fait de la fidélité au message chrétien présenté par l’Eglise l’une des caractéristiques essentielles d’une Université catholique (n. 13) et précise en particulier dans le domaine des sciences le primat de l’éthique et de la dignité humaine sur la technique dans un dialogue entre foi et raison (n. 15 et 18).

Le Pape Wojtila insiste on ne peut plus clairement sur le fait qu’une université catholique entretient « un lien spécial avec le Saint-Siège » et que de ce lien « dérivent plusieurs conséquences : la fidélité de l’Université, en tant qu’institution, au message chrétien et la reconnaissance et l’adhésion à l’autorité magistérielle de l’Eglise en matière de foi et de morale » (n. 27). Il ajoute que les « membres catholiques de la communauté universitaire, à leur tour, sont eux aussi appelés à une fidélité personnelle à l’Eglise avec tout ce que cela comporte » tandis que « des membres non catholiques, on attend le respect du caractère catholique de l’institution au sein de laquelle ils travaillent » (n. 27).

Il ressort de ces propos sans ambiguïté que le professeur Mercier avait non seulement le droit de défendre rationnellement la vie humaine dans un cours de philosophie mais qu’il s’agissait même d’un devoir au regard des exigences de sa mission dans une Université catholique. En proposant un argumentaire philosophique contre l’avortement, il a été fidèle au magistère ecclésial sur la protection de la vie humaine développé dans la grande encyclique Evangelium vitae du Pape Jean-Paul II et a répondu à son appel en tant qu’intellectuel : « Les intellectuels peuvent faire beaucoup pour édifier une nouvelle culture de la vie humaine (…). Nourrissant leur inspiration et leur action à la pure sève de l’Evangile, ils doivent s’employer à favoriser une nouvelle culture de la vie, par la production de contributions sérieuses, bien informées et susceptibles de s’imposer par leur valeur à l’attention et au respect de tous (…). Les Universités fourniront aussi un apport spécifique, les Universités catholiques en particulier[3] »

Au contraire, les dirigeants de l’UCL ont gravement bafoué la législation canonique en méconnaissant totalement leurs devoirs. Rappelons ainsi les normes générales d’Ex Corde Ecclesiae : une Université catholique est tenue « d’incorporer ces Normes générales dans les documents relatifs à son gouvernement » (§3 art. 1), « l’identité de l’Université catholique est essentiellement liée à la qualité des professeurs et au respect de la doctrine catholique, l’autorité compétente a la responsabilité de veiller sur ces deux exigences fondamentales selon les indications du Droit canon » (§1, art. 4), « tous les professeurs catholiques doivent accueillir fidèlement et tous les autres professeurs doivent respecter la doctrine et la morale catholiques dans leur recherche et leur enseignement » (§3 art. 4).

Défense du statut des universités catholiques

Cette affaire ne peut donc demeurer en l’état. Le professeur Mercier doit être promptement réintégré à l’UCL et son excellence universitaire réhabilitée. En revanche, ses dirigeants doivent être rappelés à l’ordre, voire blâmés si nécessaire par les autorités ecclésiastiques compétentes. L’alinéa 2 de l’article 5 des Normes générales stipule ainsi que « chaque évêque (…) a le droit et le devoir de veiller à la préservation et au renforcement du caractère catholique des Universités. Si des problèmes relatifs à cette exigence essentielle devaient surgir, l’évêque local serait tenu de prendre des initiatives nécessaires pour les résoudre (…) et si besoin était avec l’aide du Saint-Siège ». L’article 1 rappelle ce « droit d’intervention du Saint-Siège lorsque cela s’avère nécessaire ». La réaction de la Conférence épiscopale belge reste à ce jour timorée, les évêques faisant savoir qu’ils faisaient « confiance à la procédure interne menée par l’UCL » tout en rappelant leur opposition à « l’avortement en raison du respect pour la vie ».

La Congrégation pour l’Education catholique garante du respect de la constitution apostolique Ex Corde Ecclesiae par les Universités catholiques à travers le monde et le nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie institué par le Pape François le 4  juin 2016 [4] pourraient ainsi intervenir en faveur du professeur Mercier et régler une affaire qui dépasse le cadre de l’Université catholique de Louvain. Leur prise de position devrait « faire jurisprudence » et rappeler à tous les professeurs et dirigeants des universités catholiques la mission qu’ils reçoivent de l’Eglise au service de la vérité dans le respect de la doctrine catholique.

Pierre-Olivier Arduin

Membre des Foyers amis de Notre-Dame.

Titulaire d’un doctorat canonique de philosophie de l’Université catholique de Lyon

 Source et notes

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