Dans le Var, Mgr Rey, évêque de la reconquête catholique

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu autant de soutanes dans le Var : s’il refuse l’étiquette “trop passéiste” de conservateur, l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, a fait de son diocèse un carrefour de courants traditionnels ou charismatiques, en plus d’un havre pour jeunes prêtres.

S’inspirant de pasteurs évangéliques américains pour implanter l’Eglise aussi bien dans les milieux du monde de la nuit que sur les terrains de rugby, cet ancien inspecteur des finances de 65 ans a fait de son territoire, depuis dix-sept ans, le laboratoire d’un catholicisme remusclé.

Energique, “dangereux” pour l’hebdomadaire catholique contestataire Golias qui le gratifie de deux bonnets d’âne dans son “trombinoscope des évêques”, ce grand chauve au visage austère évacue promptement les questions qui pourraient fâcher.

Fallait-il inviter Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille du fondateur du FN, aux universités d’été de la Sainte-Baume en 2015 ? “Jésus a parlé avec des publicains, des prostituées et on lui en a fait le reproche ! Je suis pour l’ouverture à tous”.

Le diacre Olivier de Boisgelin dit de son supérieur qu’il n’est “pas conservateur” mais “éclectique”.

“Quand on travaille avec lui, il faut accepter cette pauvreté d’esprit qui consiste à changer d’idées quand il change d’idées”, confie-t-il. “Dans notre diocèse, il y a un accueil de toutes les façons de vivre sa foi, personne n’est sur la touche, c’est riche, même si parfois ça bouscule”.

“On ne peut exister dans une société très sécularisée qu’en raison de ce dynamisme, sinon on s’étiole et on disparaît”, fait valoir pour sa part l’évêque.

Dominique Rey est né dans une famille de sept enfants et dans “un climat structuré par la foi”. Son doctorat d’économie fiscale en poche, il part en coopération au Cameroun et au Tchad où il côtoie un prêcheur pentecôtiste, Jacques Giraud. Il est séduit sans aller jusqu’à se convertir : “J’avais un ADN catholique, ce sens de l’intériorité et de la ritualité”.

De retour à Paris, c’est vers la communauté de l’Emmanuel qu’il se tourne. Il deviendra en 2000 le premier évêque issu de cette organisation symbole du “renouveau charismatique” basé sur “l’effusion de l’Esprit” et de ses dons, ou charismes.

Auparavant, il avait été curé de la Trinité dans le quartier des théâtres et avait tenu un bistrot à Pigalle, “entre le sexodrome et la lingerie fine”, rappelle-t-il fièrement.

“Catholicisme intransigeant”

Dans le Var, il va à nouveau prendre des risques, ouvrant grand ses portes à des religieux de tous horizons, voyageant jusqu’à la “megachurch” du baptiste californien Rick Warren pour percer le secret de son dynamisme.

Avec un budget selon lui “ric-rac”, le diocèse se transforme, la messe en latin se développe, les groupes charismatiques aussi. On y trouve une vingtaine de communautés nouvelles, comme les Missionnaires de la miséricorde divine, adeptes de l’ancienne messe, des processions et de l’évangélisation sans concession des musulmans.

 

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