Vers une nouvelle guerre de sécession après la désignation de Brett Kavanaugh ?

Vers une nouvelle guerre de sécession après la désignation de Brett Kavanaugh ?

de David Carlin, traduit par Pierre pour France-catholique :

La désignation de Kavanaugh à la Cour Suprême, entraînant la réaction négative de pratiquement tous ceux qui se disent de gauche prouve gravement à quel point les Américains sont actuellement divisés. À mon avis c’est la pire scission depuis la Guerre de Sécession.

Débouchera-t-elle sur une seconde Guerre de Sécession ? Si l’épouvantable division n’est pas rapidement surmontée, je crains qu’elle mène à un afflux de violence, ressemblant à un conflit sous forme de guerilla, et à un nombre considérable de meurtres.. Mais pas à une guerre à grande échelle. Les moyens en police et en forces armées du gouvernement fédéral sont trop importants de nos jours pour l’empêcher — considérablement plus importants qu’ils n’étaient lorsque Lincoln inaugura sa présidence en Mars 1861.

Si, pour être plus précis, on dit qu’il s’agit d’une “guerre culturelle” entre gauche et droite, peut-on espérer une compréhension mutuelle en dépit de nos différences, et l’aboutissement à une coexistence pacifique et amicale ? Ou s’agit-il d’une lutte débouchant sur une amère conclusion, le vainqueur écrasant son adversaire ? Ou bien un conflit sans fin pour les siècles à venir ?

C’est une véritable éventualité. En France, un immense conflit entre droite (catholiques) et gauche (anti-catholiques laïcards) a duré près de deux siècles, de Voltaire à Jean-Paul Sartre. Ce n’est qu’au cours des deux dernières générations que la victoire des laïcards s’est imposée et que le catholicisme ne peut plus espérer être mieux qu’une minorité en France.

Si la France est restée une nation plus ou moins unie sur cette longue période, c’est que la plupart des Français, catholiques ou anti-catholiques, demeuraient patriotes. L’amour du pays était généralement (pas toujours) plus fort que la haine mutuelle.

Le patriotisme peut-il sauver l’union en Amérique ? J’en doute. Car beaucoup à gauche ont une piètre opinion sur le patriotisme qu’ils ont tendance à confondre avec le nationalisme. Et ils croient que le nationalisme Américain est une attitude impliquant une sorte de mépris pour les humains non-Américains ; autrement dit, cette attitude recouvre xénophobie, islamophobie et racisme.

Une des raisons, et non la moindre, de la détestation de la gauche envers le Président Trump, est son appel sans nuance au nationalisme Américain. Cet appel, pour les tenants de la gauche, est une incitation aux plus bas instincts du peuple d’Amérique. Pour eux, sa casquette de joueur de baseball “Make America Great Again” [Rendez sa grandeur à l’Amérique] est une incitation à la haine.

De plus, le patriotisme, aux États-Unis, a toujours eu des relents religieux ; disons, même, des relents Chrétiens. Et, bien sûr, nombre de tenants de la gauche, principalement des dirigeants, sont nettement hostiles à la Chrétienté. En France, les anti-Catholiques ont réussi à bâtir une forme séculière de patriotisme. Aux États-Unis, la gauche n’a pas réussi à faire de même. Alors, pour elle “patriotisme” est considéré comme un gros mot.

Les conservateurs éprouvent une grande faiblesse du fait que l’Église catholique d’Amérique, rempart naturel pour les valeurs culturelles conservatrices, est en pleine crise morale. Il en résulte que l’Église a peu d’autorité aux yeux des non-catholiques. En fait, elle a fort peu d’autorité morale sur de nombreux catholiques. Et les catholiques pour qui l’Église a encore une grande influence ont sensiblement perdu confiance. Pour eux, il faut réformer l’Église (Dieu sait comment !) avant d’entamer la réforme de l’Amérique.

Autre grande faiblesse chez les conservateurs : la défense de la culture conservatrice est désormais entre les mains d’un seul homme, le Président Donald Trump, qui se trouve être l’homme le plus détesté d’Amérique. Il est également l’homme le plus adoré d’Amérique. Voilà le problème.

Où va Trump, vont les conservateurs — au moins dans un proche avenir. Si la gauche peut abattre Trump, elle portera un coup effroyable aux conservateurs d’Amérique. D’où son acharnement quasi-frénétique à montrer que Trump est tenu en laisse par Poutine, ou qu’il fait obstacle perpétuel à la justice depuis son arrivée à la Maison Blanche, ou encore qu’il est mentalement dérangé et doit être démis de sa fonction.

D’autre part, si Trump a le feu vert de Robert Mueller [N.d.T. : procureur spécial chargé d’enquêter sur les liens éventuels entre la Russie et l’élection de Trump], s’il installe Kavanaugh à la Cour Suprême, s’il gagne aux élections de mi-mandat — un seul de ces évènements suffira à porter un grand coup à la gauche. Ce qui explique son acharnement contre Trump.

Et il n’y a rien d’étonnant dans l’acharnement équivalent des conservateurs à le défendre. Il ne s’agit pas de l’homme Trump. Il s’agit de l’avenir de l’Amérique : les États-Unis seront-ils un pays dominé par le conservatisme ou par le gauchisme ?

On peut bien rétorquer : « Mais Trump n’est pas un véritable conservateur. William F. Buckley Jr. était un authentique conservateur. Ou Russel Kirk. Ou Whittaker Chambers. Ou S.S. Jean-Paul II. Ou Edmund Burke. Ou Aristote. Ou Bach. » Peu importe. Pour le moins, dans un proche avenir, le conservatisme de l’Amérique est entre les mains de Donald Trump.

Une grande faiblesse du camp de gauche est due au nombre des soutiens de son programme non parce qu’ils sont de gauche, mais en raison de leur attachement au parti Démocrate, et actuellement c’est la gauche et ses tenants qui contrôlent le parti Démocrate.

Je pense aux nombreux travailleurs en usine et noirs Américains qui, bien que soutenant les idées de gauche, sont par tempérament plutôt conservateurs. Reste à voir si ces gens, éprouvant un conflit entre leurs sentiments plutôt conservateurs et le gauchisme du parti Démocrate, basculeront vers le conservatisme. Cette dérive se sent déjà chez les travailleurs salariés ; autrement, Trump n’aurait pas été élu président. Les noirs suivront-ils le mouvement ? À voir . . .

Tout cela est terrible. Je me rassure en songeant que les assassinats en masse n’ont pas encore débuté. Sauf les assassinats moraux (pensons à Brett Kavanaugh). Que Dieu nous vienne en aide.

5 octobre 2018

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/10/05/a-second-civil-war/

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