Vietnam : les Hmongs catholiques gardent la foi malgré les épreuves

Malgré les restrictions et l’absence de prêtres, la minorité hmong continue de transmettre la foi aux jeunes générations depuis plusieurs décennies. Dans la paroisse de Ngon Lanh, dont dépendent une quinzaine de communautés catholiques hmongs, Joseph Mua Vang Sang et sa femme ont l’habitude de prier le chapelet chez eux tous les soirs en langue hmong. Malgré l’absence de prêtres et les restrictions des autorités, la foi s’est transmise parmi eux de génération en génération. Le diocèse de Hung Hoa couvre huit provinces dont une partie de Hanoi. Sur les 250 000 catholiques du diocèse, 20 000 sont membres des minorités Hmong, Dao, Tay, Thaï et Muong.

Joseph Mua Vang Sang et sa famille sont rassemblés devant l’autel installé dans leur maison, dans le nord du Vietnam. C’est là que chaque jour, après le dîner, ils prient le chapelet en langue hmong. Ses parents et sa belle-mère participent eux aussi à la prière du soir, une tradition établie de longue date chez eux ainsi que dans d’autres familles Hmong du district de Van Chan, dans la province de Yan Bai. « Tous nos enfants ont été baptisés dans l’église locale », explique Joseph. « Puis nous leur avons appris à faire le signe de croix, à réciter le Notre Père avant les repas et à prier avant de dormir. » Le plus jeune a tout juste un an et l’aînée a 17 ans. Ses quatre filles aînées ont déjà reçu leur première communion et leur confirmation. Elles font également partie d’une chorale dirigée par l’épouse de Joseph, qui répète chez eux, non loin de la chapelle de Ngon Lanh dont dépendent près de 200 Hmongs catholiques de cette région reculée.
« Nous essayons d’enseigner à nos enfants les pratiques religieuses que nous avons héritées de nos parents, qui ont vécu plusieurs décennies de souffrance à cause des nombreuses restrictions qui ont été imposées contre leur religion », confie Joseph Sang, 37 ans, membre du comité paroissial. Ses parents font partie des vingt Hmongs catholiques à s’être installés dans le coin en 1993. Ils étaient illettrés mais ils avaient appris par cœur le chapelet et plusieurs prières. « Quand j’avais trois ans, ils m’ont appris à faire le signe de croix avant les repas et avant de dormir. J’ai commencé à prier le chapelet quand j’avais cinq ans », ajoute-t-il. Il se souvient que durant les nuits noires sans électricité, il priait le chapelet et il chantait des hymnes avec ses trois frères et sœurs devant un autel. Leurs parents les encourageaient à rendre grâce à Dieu – « uo trau » en hmong – pour les avoir créés, pour leur bonne santé, pour la météo, pour les récoltes…

De génération en génération

La femme de Joseph, Marie Ho Thi La, explique que leurs ancêtres se sont convertis à la foi catholique suite à l’influence des missionnaires étrangers. Depuis, cela s’est transmis de génération en génération. « C’est pourquoi aujourd’hui, nous avons le devoir de le transmettre à nos enfants. » Marie La, qui s’habille de costumes traditionnels hmongs et qui parle aussi bien le hmong que le vietnamien, explique qu’autrefois, sa famille devait marche quinze kilomètres pour pouvoir se rendre à l’église de Vinh Quang quand des prêtres venaient dans la région pour célébrer la messe. « Je me souviens qu’une fois, j’y suis allée en portant mon bébé de trois mois. C’était épuisant, mais j’étais heureuse de pouvoir assister à la messe. » Marie dirige la chorale et enseigne le catéchisme. Elle confie que la plupart des habitants vivent de leur bétail et de leurs champs, qu’ils cultivent sur les collines environnantes. Un grand nombre d’entre eux souffrent du manque de nourriture durant près d’un quart de l’année, ajoute Marie.
Les Hmongs transmettent leur foi catholique et la gardent vivante dans la région depuis des décennies, malgré l’absence de prêtres. Marie explique que les prières sont transmises oralement aux jeunes générations. Les plus éduqués parmi eux enseignent les prières en hmong pour préserver leur culture et en particulier leur écriture, qui a été créée par les missionnaires étrangers. La langue hmong n’est pas enseignée dans les écoles publiques vietnamiennes. Beaucoup d’entre eux portent des chapelets autour du cou pour montrer leur dévotion à la Vierge. Depuis 2011, les catholiques de la région viennent chez Marie Ho Thi La afin de prier ensemble. Ils peuvent aussi participer à la messe occasionnellement quand un prêtre vient les visiter.
Cependant, le gouvernement ne les a pas reconnus comme des membres légitimes de la paroisse de Ngon Lanh avant 2014. Aujourd’hui, ils voient des prêtres venir d’autres régions du pays afin de venir célébrer la messe une ou deux fois par mois dans leur église en bois, qui a été construite cette année sur un terrain de 3 000 mètres carrés. Marie confie que sa famille a donné le terrain et une partie de leur maison pour que l’église puisse être construite. Désormais, ils se contentent de vivre dans la cuisine. Elle explique que les habitants se rassemblent dans l’église pour prier chaque week-end, mais qu’ils prient chez eux durant la semaine. L’été, des religieuses et des séminaristes enseignent le catéchisme aux enfants et préparent les couples au mariage.

800 Hmongs sur 2 300 catholiques

Joseph Sang explique que les Hmongs qui se convertissent au catholicisme renoncent rapidement aux vieilles traditions comme le fait d’avoir recours aux shamans en cas de maladie ou encore d’organiser des obsèques fastueuses… Il s’agit d’une communauté particulièrement soudée, dont les membres se respectent et s’entraident les uns les autres, assure Joseph. Ce dernier, qui fait partie du groupe d’évangélisation du groupe paroissial, explique qu’ils organisent également des programmes destinés aux habitants de différents districts. Ainsi, 31 Hmongs du district de Cang Chay ont été baptisés à Pâques.
Sœur Marie Cu thi Huynh Hoa, une Hmong dominicaine de la paroisse de Giang La Pan, est reconnaissante envers ses parents pour lui avoir appris à prier et l’avoir guidée vers une vocation religieuse. Sa mère a 83 ans mais elle continue de rendre visite aux villageois et de partager sa foi avec eux. Sœur Marie Hoa, 41 ans, explique que les Hmongs catholiques ont pris l’habitude d’écouter des programmes chrétiens étrangers à la radio et de pratiquer leur foi chez eux sans l’aide des prêtres, depuis qu’ils sont arrivés là dans les années 1960, jusqu’à ce qu’un prêtre soit assigné dans la région en 2003. Le père Pierre Phan Kim Huan, curé de la paroisse de Lai Chau, confie que la paroisse comprend 2 300 catholiques dont 800 Hmongs qui vivent dans quinze communautés dans la province de Lai Chau.
Les autorités lui interdisent toute activité pastorale auprès de dix de ces communautés, car celles-ci ne sont pas reconnues par le gouvernement. En juillet 2017, sa paroisse a donné des cours de catéchisme à soixante enfants Hmongs. Le père Huan raconte que beaucoup d’entre eux souffraient de malnutrition. Deux autres paroisses des provinces de Dien Bien et de Lao Cai organisent des programmes d’été et des cours de langue hmong aux enfants. Le père Huan ajoute que des prêtres de la région négocient avec les autorités afin de demander l’autorisation des activités religieuses pour les communautés qui ne sont pas encore reconnues.
Le diocèse de Hung Hoa couvre huit provinces vietnamiennes, dont une partie de Hanoi, où vivent plusieurs minorités. Le diocèse comprend environ 250 000 catholiques, dont 20 000 catholiques des ethnies Hmong, Dao, Tay, Thaï et Muong. La plupart vivent dans des régions reculées et n’ont pas de prêtres résidents.

Source  : Eglises d’Asie 

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