“En vos mains je remets mon esprit”, les derniers mots de Charette

Le logis vendéen est silencieux. Discret et robuste, il se dresse sur un petit jardin d’agrément en bordure de route. Il est tout ce qu’il y a de plus typique. Un logis tel qu’il y en eut de nombreux dans la Vendée du XVème au XVIIIème siècle. On y retrouve, les différentes marques des modes et de l’histoire, parfaitement restaurées et remises en valeur dans un mémorial qui tient tout autant des guerres vendéennes que du musée du logis vendéen. Il connut les grandes heures des petits domaines et ses fortifications ou réaménagement traduisent aussi bien les rudesses du quotidien que les gestes simples de l’ordinaire. Ses murs, comme ses jardins nous disent un peu de ce que ses occupants, comme leurs voisins, ont vécu d’époques en époques. Un domaine charmant en somme, qui ne serait pas sorti de l’histoire locale sans un événement aussi discret que retentissant, faisant de la Chabotterie l’emblème de la fin pour les Républicains, le symbole d’un commencement pour les Vendéens.

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C’est à quelques pas, aujourd’hui une promenade aménagée, que les Guerres de Vendée prirent fin pour l’histoire officielle. C’est dans ce bois de marécages et de chemins creux que le lieutenant-Général Travot, pressé par Hoche, traqua au printemps 1796, le dernier général vendéen encore vivant. Abandonné par ses hommes, accompagné d’une poignée de fugitifs, François Athanase Charrette de la Contrie, épuisé et blessé est capturé par les républicains à l’orée du bois de la Chabotterie.

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Le « dernier parcours de Charrette », que retracent les dessins de Gilles Scheid dans le parc du logis, suivent pas à pas les derniers instants de liberté de celui que Napoléon appela plus tard, le roi de la Vendée. En suivant, comme une procession, la reconstitution de l’artiste, le pèlerin, comme le touriste marchent dans les derniers pas de Charrette et de ses hommes. Parvenus à la croix commémorant le lieu de la capture, nous pourrions nous dire avec Travot, arrivé lui aussi sur les lieux « Que d’héroïsme perdu ». Mais ici-même, comme une prophétie, résonne la réponse de celui dont Napoléon dira « il laisse percer du génie », « Rien ne se perd ».

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Ses exploits ne sont pas morts avec lui. Et si sa personnalité demeure controversée, il força l’estime de ses ennemis qui le respectèrent jusque dans son exécution à Nantes, le laissant lui-même commander le peloton qui ouvrirait, pour l’histoire, une légende déjà bien vivante. On a pu dire de Charrette qu’il n’était guère convaincu par le combat qu’il menait. Dès le début, quoiqu’étant revenu d’un court exil dont il désapprouvait le principe, il avait tenté de refuser le commandement que les paysans soulevés étaient venus lui offrir. Fort de ses campagnes, en Russie, aux Amériques ou contre les Barbaresques, on ne pouvait mettre en cause sa bravoure. En 1790, le lieutenant de vaisseau comptait déjà onze campagnes. Après un court séjour à Coblence, il préfère revenir en France défendre la famille royale en 1792, aux Tuileries. De peu il échappe au massacre et rentre chez lui et finit par accepter de prendre la tête des paysans du marais breton. Commence ainsi l’épopée vendéenne dont on connait la devise qui résonnera avec tant d’à-propos dans les bois de la Chabotterie, « Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais. Arrêté le 23 mars 1796, il est conduit à Nantes où il est exécuté le 29 mars, laissant à la postérité ces derniers mots qui donnent à penser que s’il n’était pas convaincu au début il pouvait l’être à la fin, comme convaincu d’avoir accompli son destin « Seigneur entre vos mains je remets mon esprit ».

 

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